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Sanmatenga : La lutte contre la déforestation est mal conduite

Accueil > Régions • • mercredi 10 décembre 2003 à 10h18min

Le désert, avance le couvert général se rétrécie, point besoin d’être un devin pour le dire. Des actions sont menées pour combattre l’avancée du désert mais hélas, les résultats sont mitigés car la lutte contre la déforestation et la sécheresse sont une course de fond et non une course de vitesse. Au Burkina, on veut une chose et son contraire et cela est regrettable.

Alors qu’on crie à tue-tête que le désert avance et qu’il faut des cordons pierreux, planter des arbres, de l’autre côté, des campagnes sont menées pour amener les producteurs à planter du coton. Même que pour ce faire, de nouvelles zones sont prospectées à cet effet. C’est oublier que les zones arides situées au Nord du pays ont été des zones à forte production de coton à l’époque de la splendeur de la CFDT.

De nos jours, ces champs sont devenus des glacis. et il faut déployer de nouvelles technologies pour récupérer celles qui peuvent l’être. Des centaines d’hectares ont servi à des plantations industrielles sans un souci rigoureux. Ainsi en est-il de la plantation d’anacardier de Walo située à l’Ouest d’Accard-ville, vaste de 600 ha et qui devait fournir des amandes et de l’huile pour moteurs.

Trente ans après ce gâchis, on revient sur la promotion de l’anacardier, oubliant que les producteurs des Cascades ont coupé les siens parce l’arbre envahissait le sol et les amandes n’étaient pas achetées comme promis. D’autre part, la population dans son ensemble utilise le bois pour sa cuisine, sa maison, etc.

Cette population augmente d’année en année et sa pression sur le couvert végétal est très forte. Le peu de bosquets qui restent sont assaillis par les femmes tous les jours pour prélever du bois de chauffe.

Aussi, rien n’est épargné par les coupe-coupe. N’ayant pas d’autre produit de substitution, les bosquets qui restent sont appelés à disparaître.

Nous avons aussi cet autre facteur de la déforestation, l’élevage.

De type traditionnel, ce volet sur lequel compte notre économie a un effet préjudiciable sur notre environnement et surtout le couvert végétal. Tous les jours que Dieu fait, les animaux sont conduits en brousse pour leur alimentation. Les bergers, qui ont toujours un coupe-coupe pendu à l’épaule, n’hésitent pas à émonder complètement les arbres quand ils sont hors de vue pour nourrir leurs bêtes.

Le plus embêtant, ce sont les chèvres. Rien ne leur échappe. Les arbres aux troncs tordus les trouveront à la cîme en train de brouter les feuilles. Même dans les agglomérations il faut protéger les plants pour éviter que ces bêtes ne les détruisent. Avec la facilité qu’elles ont de se reproduire deux fois dans l’année, imaginez les dégâts qu’elles causent. Que faire ?

L’élevage apporte des devises à la nation. Il s’agit maintenant et cela passe nécessairement par la stabilisation des animaux et surtout des chèvres. Dans le cadre de la fixation des jeunes, pourquoi ne pas les faire produire des bottes de foin durant la période où l’herbe est bonne et la vendre en saison sèche ? L’expérience de notre ami Yéro à Bingo dans le Bulkiemdé est très illustrative.

Les résidus industriels pourraient venir en complément car, quoiqu’on fasse avec la pression démographique, il ne sera plus question dans une vingtaine d’années, de parler de pistes à bétail. L’élevage doit être modernisé. Il faudra que la politique accepte que ce n’est pas seulement le coton dont le prix chute tout le temps qui nous sortira du bourbier. Pourquoi le Burkina ne serait pas le premier pays exportateur de niébé ?

Le sac se vend à prix d’or et la plante pousse partout et n’a pas besoin d’engrais comme le coton. Cela est aussi valable pour le sésame. Il nous faut changer radicalement notre politique agricole et c’est ce qui manque ou fait peur aux hommes politiques. Nos grands parents ont planté et entretenu sous le feu, le fer et le sang des millions d’arbres que des machines terrassent sans égard pour l’ouverture de voies alors que rien n’est fait pour les remplacer.

Quel gâchis ! Il en est de même des plaines aménagées comme la vallée du Sourou. Pourtant, si on donnait à chaque foyer un plant fruitier gratuitement tous les ans on verrait que ces plants seront entretenus car les paysans savent ce qu’ils peuvent en tirer. Un village, un bosquet, opération Front de terre n’ont été que des leurres.

Pour une reforestation positive, il faut responsabiliser les volontaires en leur fournissant les moyens adéquats car le bien commun est souvent mal géré.

Fournir du grillage, une charrette, un âne, un forage et que la parcelle à reboiser soit entretenue en moins pendant cinq ans, avant de déplacer le même grillage sur le même alignement serait la solution idoine. L’exploitant y produira des céréales, des légumes et du forage. "Le désert doit fleurir". Telle est la devise d’Israël qui reçoit moins d’eau que le Burkina, pourtant, les arbres fruitiers y poussent et sur les marchés occidentaux, ces fruits sont les plus demandés.

La majorité des foyers utilisent le bois de chauffe. Avec les nombreuses subventions octroyées pour la lutte contre la désertification, pourquoi ne pas alors donner gratuitement des foyers améliorés à tous les ménages.

Les paysans aussi savent mieux les dégâts que leurs animaux causent à la nature ; ce n’est pas de gaieté de cœur qu’ils les attachent ou les font garder en hivernage. Ne parlons pas des espèces utiles comme le karité, le nété qu’ils protègent.

Alors ? Les pistes pour la lutte contre la désertification et pour le reboisement sont multiples.

Mais hélas ! La volonté politique fait défaut pour leur application.
Celui qui prendra des décisions contraires aux intérêts des électeurs potentiels qu’on appelle très souvent : "le bétail électoral", perdra aux prochaines échéances électorales. Dans nos pays, on vient à la politique pour y régner à vie comme un responsable coutumier mossi. On voit, on constate et on laisse faire. Notre environnement se dégrade de jour en jour. Si nous ne pouvons pas l’améliorer pour les générations futures, n’y touchons pas alors.

Jacques NONGUIERMA
AIB/Kaya

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