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Lettre ouverte au Gouvernement : « Koglwéogo » : solution ou bombe à retardement ?

Publié le lundi 15 février 2016 à 22h57min

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Lettre ouverte au Gouvernement : « Koglwéogo » : solution ou bombe à retardement ?

Chers « serviteurs » du vaillant peuple burkinabé, chers Mesdames et Messieurs les ministres, permettez-moi de bousculer vos calendriers chargés pour vos adresser ma petite opinion sur le sujet combien passionnant du phénomène « Koglwéogo ».

Les origines de la naissance de « Kolwéogo » sont légitimes. Face à la soif d’une sécurité réelle, déçu par le fait qu’il est sans protection (due à une incapacité des Forces de Défense et de Sécurité « FDN », ou à un manque de volonté politique ?) et délaissé comme un orphelin sans défense, le peuple a fait un sursaut instinctif pour assumer son propre destin. De là, j’affirme sans ambages que « koglwéogo » avait sa raison de se créer. Je profite pour féliciter ceux qui s’y sont enrôlés pour contribuer à libérer beaucoup de leur peur. Ils méritent une reconnaissance nationale même si quelques dérives ont déjà joué sur la crédibilité de ces structures. Aux victimes innocentes des bavures de ses « koglwéogo », j’exprime ma compensation. La légitimité des circonstances de la naissance de « Koglwéogo » soutient-elle suffisamment la thèse qui milite pour sa conservation ?

Ce qui est intéressant, il a tiré la sonnette d’alarme sur les points saillants des manquements de nos systèmes comme ci-dessus soulignés. C’est ce que Mr Bernard Zongo a souligné dans son écrit : « Koglwéogo », faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? » paru le 11 février dans le « lefaso.net ». De par sa naissance, « Koglwéogo » a sorti l’Etat de son sommeil mortel et interpellé l’ensemble du peuple face à l’urgence de ne négliger aucun effort pour la sécurité individuelle et collective des Burkinabè. A mon humble avis, le Gouvernement pourrait tacler le problème en utilisant les forces légales à sa disposition : l’Armée, la Gendarmerie, la Police nationale et de proximité, que de conserver les formes actuelles de « Koglwéogo ». Je dis cela quand je pense que le Gouvernement pourrait échouer à son génial projet de les encadrer.

Les dangers possibles de la conservation des « koglwéogo »

Il a été préconisé qu’en « guise de solution, une approche prenant en compte la sensibilisation par la communication dans le sens de les amener à se conformer à la loi, à respecter les droits humains et les procédures judiciaires » (Gouvernement). Voilà qui est bien dit plus que fait. Si ce projet marche comme désiré, rien de tel ; mais c’est que les burkinabé sont habitués à des échecs répétés de la part de certains Gouvernements dont certains d’entre vous ont eu à être membres ? Rappelez-vous que c’est parce que des gouvernements ont échoué que la justice burkinabé ne fonctionne pas. C’est parce que des gouvernements n’ont pas tenu à leurs beaux engagements que le système de Défenses et de Sécurité est défectueux au Burkina. Souvenez-vous que c’est parce que des gouvernements n’ont pas réussi que la corruption, le népotisme, le favoritisme, les détournements de deniers publics et autres gangrènes minent toujours le pays. Je ne jette pas l’anathème à personne car chacun doit avoir ses raisons, mais je voudrais simplement souligner que le risque d’échouer hante tout projet. Mais pour ce cas précis de « koglwéogo », quelles peuvent être les conséquences au cas où vous ne parviendriez pas à relever le défi difficile de leur encadrement ? Pensons-y.

Le projet de les sensibiliser suppose qu’ils seront maintenus. Pour le moment, il n’y a que quelques milieux dont koupela, Boulsa, Manga, etc. qui en disposent. Il est sûr que chaque région, province, département ou village voudrait en créer dans l’avenir. Disposerez-vous des arguments opérationnels pour limiter leur nombre sans tomber dans une discrimination ? Partant de l’hypothèse que chaque région aura le droit d’avoir son propre « koglwéogo », combien en aurons-nous dans 2 à 3 ans. C’est en mangeant que l’appétit vient, pour dire qu’une initiative peut en susciter une autre.

Pour le moment, « koglwéogo » veut dire protéger la forêt, la brousse. Une éventuelle prolifération de ces mouvements n’inspirera-t-elle pas à un certain moment, le goût à d’autres, de vouloir créer des « kolgbuudu ? », des « koglpeendé ? » qui voudraient dire « protéger la famille en terme d’ethnie et je ne sais quoi encore » ? Auriez-vous la possibilité de leur y barrer le chemin ? Ou bien si ça arrivait, envisageriez-vous de leur réserver un quelconque encadrement ?

Revenons à « koglwéogo ». Si maintenu ainsi, et face à un éventuel échec de l’Etat dans sa mission d’encadrement, pourront-ils être à l’abri de toute influence que ce soit ? Ces « kolgwéogo » ne risquent-t-ils pas d’être récupérés facilement par tel chef traditionnel ou telle autre personnalité politique pour des projets qui briseraient la cohésion sociale de leur milieu ? Qu’en diriez-vous si un village dont un des leurs, injustement punis par un « koglwéogo », décidait de s’en venger ?

Auriez-vous les moyens d’y faire face si l’on se réfère à quelques échecs ayant causés désolation dans des conflits intra et inter communautaires ? Habituellement le Gouvernement, ne s’y brille que par l’envoi d’une délégation pour présenter ses condoléances aux familles des victimes. Il existe toujours au Burkina, des tensions intercommunautaires et inter-ethniques dans certaines régions. L’affrontement dans le village de Bam qui s’est soldé par des morts, corrobore cette thèse. Des exemples horribles, il n’en manque pas. Dans une réalité sociale pareille, à quoi attendriez-vous si un « koglwéogo » venait à être acquis à la cause d’un camp quelconque ? Je ne suis pas extrémiste en pessimisme mais, pour être convenablement préparé à parer à toute surprise désagréable, il faudrait souvent simuler le pire.

Nous avons pu constater lors des campagnes électorales que la maturité politique des burkinabés n’est pas assez, pour éviter de les exposer à des affrontements violents sur le terrain. Certains politiques véreux n’hésitant pas à dresser leur camp contre celui de leur rival. Si l’armée nationale a été souvent politisée, ce n’est pas un groupe au village qui pourrait y résister, aussi formel soit-il. Qu’adviendra-t-il, si un « koglwégogo » se laissait payer par les fortunes d’un politicien non « républicain » ? Les brebis galeuses parmi eux ne contribueraient-elles pas à faire de leurs zones, des nids de rébellions pour telle ou telle cause, légitime ou illégitime ? Avec le temps, il n’est pas exclu que certains des « koglwéogo » viennent à réclamer une rémunération financière à l’Etat car convaincus qu’ils contribuent aussi à la sécurité. Chose que je trouverai normal. Si leur revendication est réfutée, ils ne seront pas loin d’être frustrés.

Nous savons que les terroristes recrutent parmi les groupes vulnérables en proie au chômage et des frustrés de tout genre. Si le gouvernement échouait son projet de l’éducation des membres des « koglwéogo », ne risqueriez-vous pas de tendre sur un plateau d’or, une main d’œuvre facile aux terroristes ? N’oubliez pas que géographiquement, nous ne sommes pas très éloignés de ces ennemis planétaires. Et encore, la plaie créée aux burkinabé par les djihadistes n’est pas encore cicatrisée. Le 15 janvier 2015, nous avons été victimes. Pour justifier cela, beaucoup ont pointé du doigt, Blaise Compaoré qui, au nom peut- être de son implication dans la résolution de la crise malienne, avait fait de Ouagadougou, un gîte pour certains de ces groupes. Je ne fais aucun procès d’intention aux braves actuels membres des « Koglwéogo », mais juste pour dire que souvent, sans le vouloir, il peut nous arriver de perdre le contrôle de nos propres initiatives. On ne sait jamais de quoi sera fait demain. Les imprévus du futur peuvent convertir les objectifs et modifier les stratégies du présent.

Que faire ?

Ma position s’inspire de la réalité que le monopole de la force n’appartient qu’à l’Etat. Il devrait par conséquent prendre ses responsabilités pour résoudre la problématique : réparer ce qui a donné naissance aux « koglwéogo ». Pour moi, il faudra attaquer le mal à ses racines, autrement, si l’on se limite à en couper les branches, il repoussera. La cause des « koglwéogo » n’est pas insolvable : on peut éradiquer l’insécurité dans ces zones qui souffrent terriblement. Les Forces de Défense et de Sécurité sont payées au frais du contribuable pour protéger les populations. L’Etat doit immédiatement les engager au travail pour répondre à l’urgence et de façon permanente. « Rien ne sera plus comme avant » dit-on. Il serait plus facile et même économiquement plus rentable d’utiliser les forces existantes. Une forme de collaboration avec les populations n’est jamais à exclure.

L’étendue des zones à haut risque d’insécurité n’est pas au-delà des capacités de couverture par les FDS. Elles sont commises à cela et heureusement, elles sont réputées être les meilleures dans la sous-région. Comment le Burkina peut-il être capable de prêter des experts pour sécuriser Haiti, Soudan, le Mali etc. et n’est pas pouvoir voler efficacement au secours de ses propres populations. Il est vrai que le cordonnier est mal chaussé mais attention ici ; le défi est vital pour le Faso. Ce miracle ne coûterait qu’une volonté politique ferme fondée sur l’amour réel de son peuple. Pourquoi n’est pas désengorger les camps pour déployer un nombre impressionnant de militaires dans ses zones ? N’oublions pas que c’est grâce au peuple et pour le peuple que l’on est devenu Président ou ministre.

Par conséquent, la prunelle de l’œil d’un gouvernement et de son Président doit être son peuple. Rien de plus cher donc pour son plus grand bien. La sécurité est indispensable au développement du pays. La sécurisation des biens et des personnes incombe à l’Etat. C’est à ce prix que tout gouvernement prouvera de sa sincérité au peuple qui l’a élu. Merci à « koglwéogo » pour avoir rappelé cela à nos dirigeants. Mais je dis au gouvernement que son option à vouloir maintenir ces groupes d’autodéfense dans sa forme actuelle, n’écarterait pas les possibles déviations idéologiques dangereuses. La déroute des CDR de la Révolution a créé des frustrations au sein des populations et contribué à déstabiliser mortellement le Capitane Thomas Sankara, de vénérable mémoire.

Le Ministre Simon Compaoré et autres peuvent nous enseigner là-dessus. Il paraitrait que les RSP avaient une autre mission plus noble que celle dont ils nous ont fait preuve jusqu’avant leur démantèlement après le putsch manqué du 16 septembre 2015. Après les avoir combattus, notre prudence par rapport à des « para-forces » aux FDS, devrait être à son plus haut niveau. Il serait donc beau, que nous apprenions à apprendre de l’histoire pour ne plus pas tomber dans les erreurs du passé. Ne dit-on pas que « Errare humanum est, perseverare diabolicum » (l’erreur est humaine, persévérer dans son erreur, est diabolique). Retenons que selon certaines religions, Satan n’avait pas été créé pour être Satan. Il était fait pour être un ange au service de Dieu ; c’est après une déviation incontrôlée qu’il serait devenu ce qu’il est pour nous.

Toutes nos options et nos actions devront être guidées par la fondamentale question : quel genre de pays voulons-nous léguer aux générations à venir ? Même poussés par une certaine peur, nous ne devrions pas faire des options dangereuses pour l’avenir de notre chère Patrie. L’histoire est un témoin neutre, imperturbable et à la mémoire infaillible. L’histoire n’est ni la Cour Pénale Internationale (CPI), ni l’ONU, mais en temps opportun, elle nous rendra un verdict authentique. Quel bord de l’histoire voudrions-nous être ? Quant à moi, c’est le bien du pays dont nous avons tous besoin.

Sibiri Nestor SAMNE, Communicateur.
Email : sasimastor@hotmail.com

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