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Paul Kaba Thiéba et la fragilité économique du Burkina : Le bon diagnostic et les mauvais remèdes

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Roch Marc Christian Kaboré, président • • vendredi 12 février 2016 à 10h00min
Paul Kaba Thiéba et la fragilité économique du Burkina : Le bon diagnostic et les mauvais remèdes

Une semaine après le discours de politique générale du premier ministre Paul Kaba Thiéba, l’exercice continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive. L’homme s’est montré bien volontariste mais peu innovant. Non seulement il prend à son compte des projets initiés sous Blaise Compaoré mais n’a pas non plus annoncé de solutions originales pour juguler le déficit budgétaire chronique et l’inquiétante aggravation des dépenses courantes de l’Etat qui sont entre autres des signes de la fragilité de la situation économique du pays.

Pour les projets conçus sous Blaise Compaoré, on en voudrait des exemples que l’on citera ceux de la construction de deux nouveaux échangeurs à Ouagadougou, un autre à Bobo- Dioulasso, l’autoroute Ouagadougou frontière de la Côte d’Ivoire, la transformation des dispensaires départementaux en centres médicaux avec antenne chirurgicale et les hôpitaux régionaux en centres hospitaliers universitaires, la mise en œuvre de l’assurance maladie universelle, les pôles régionaux de développement, etc. De fait, les exemples de vieux projets réchauffés, on les dénombre à la pelle dans le discours programme du premier ministre. Que Paul Kaba Thiéba ne veuille pas réinventer la roue des projets de développement du Burkina et travaille à améliorer l’existant, c’est tout à son honneur. Mais on est quelque peu surpris que face à la dégradation avérée de la situation économique nationale qu’il a décrit en 09 points, il ait manqué d’originalité dans ses propositions de solution.

En effet, de la croissance économique jugé trop faible (en moyenne 5,5 % l’an) au bilan mitigé du programme spécial d’urgence de la Transition qui a laissé à l’Etat une ardoise de 15 milliards de dettes, en passant par les charges courantes élevées de l’Etat (94% du budget), ses capacités limitées d’investissement ( 6% du budget) ou les tensions latentes de la trésorerie publique, on s’attendait à une thérapie de cheval pour sortir de la zone de turbulence. En lieu et place, Paul Kaba Thiéba a donné dans le lieu commun en proposant l’élargissement de l’assiette fiscale, la lutte contre la fraude et la corruption, l’augmentation des emprunts d’Etat auprès des banques et auprès des particuliers par l’émission des bons de trésors. Pour l’économiste de haut vol qu’il est, on s’attendait à mieux ; et pour cause ! Il n’a rien dit sur comment améliorer la croissance économique et à quel taux il voudrait le porter d’ici cinq ans. Plus grave, certains des remèdes pour soigner la fragilité économique pourraient aggraver le mal.

En effet, comment élargir l’assiette fiscale dans une conjoncture de fragilité économique avec un faible niveau de mobilisation de l’épargne intérieure. En français facile, comment demander aux Burkinabè, les individus comme les entreprises, de payer plus d’impôts quand ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts pour économiser ? Comment augmenter les emprunts de l’Etat sans augmenter la dette publique jugée trop lourde avec une trajectoire insoutenable suivant les normes de l’UEMOA et des institutions de Breton Wood ? Comment limiter les charges courantes trop élevées de l’Etat, en faisant des recrutements tous azimuts de nouveaux fonctionnaires dont l’impact sur le budget n’a pas été évalué ou tout le moins annoncé dans ce discours ? Comment relancer la croissance économique jugée trop faible sans annoncer des mesures fortes d’apurement de la dette intérieure susceptible de relancer la consommation des ménages, facteurs de croissance ?

On pourrait continuer de multiplier les questions qui montrent que le premier ministre a soit caricaturé la situation économique nationale soit celle-ci est vraiment fragile et il se refuse à prescrire les bons remèdes pour en sortir. On se refuse à croire qu’il n’a pas les compétences pour cela pour suggérer qu’il ne veut pas proposer les solutions draconiennes qui peuvent fâcher ses mentors politiques ou « le peuple des insurgés ». Si oui, que fera-t-il quand la fragilité de la conjoncture économique nationale se sera aggravée ? Ce n’est pas responsable pour un médecin compétent de prescrire de la pommade adoucissante pour soigner une gangrène.

Mais on le comprend ce premier ministre qui arrive à la tête de l’exécutif au moment où « rarement dans l’histoire de notre peuple, un gouvernement n’a été mandataire de tant d’espérance et d’attentes » ! De fait, Paul Kaba Thiéba était attendu pour cet exercice constitutionnel. Il était d’autant plus attendu que primo, les attentes des populations sont très fortes en matière de développement économique , de progrès social et de bonne gouvernance ; secundo, sa virginité politique d’une part, la longue collaboration des ténors du nouveau parti au pouvoir, le MPP, d’avec l’ancienne majorité, d’autre part, laissait planer le doute sur les capacités de l’exécutif actuel à inventer des solutions innovantes pour répondre aux aspirations des Bburkinabè. A l’arrivée à écouter le Premier ministre dérouler son discours programme, il s’est montré réaliste, plus politique que technocrate off shore, réagissant avec froideur devant des indicateurs économiques alarmants. Il reste cependant optimiste et croit en l’avenir d’un Burkina de progrès. Il est volontariste et pragmatique dans son programme avec de très bonnes intentions.

Mais du discours meublé par de bonnes intentions à la réalité des actions concrètes pour leur mise en œuvre, il y a bien d’obstacles. Les lever, ces obstacles, peut être la mer à boire et une hypothèque sur l’engagement et la détermination des politiques et des technocrates les plus résolus. C’est pourquoi, même si l’exécutif actuel ne manque pas de compétences et de motivations, il faudrait être bien naïf pour croire qu’il conduira avec un succès de 100% les projets exposés sur sa feuille de route. 75% d’achèvement de ce programme d’ici cinq ans, serait déjà un grand progrès pour le pays.

En effet, la conjoncture économique mondiale n’est pas rose avec une croissance en berne dans les pays locomotives et les menaces sécuritaires dans notre sous région, pas du tout rassurante pour la stabilité de nos Etats et les investisseurs. Va donc pour la prudence pragmatique affichée par le Premier ministre malgré la situation économique difficile que connait le pays ! Cependant, tôt ou tard, avant la fin du mandat présidentiel, il faudra prendre les mesures qui fâchent si l’on veut se mettre sur l’orbite du développement durable.

Derbié Térence Somé
Pour Lefaso.net

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