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Communalisation intégrale au Burkina : Un tour chez les « mangeurs de grenouilles »

Accueil > Régions • • samedi 27 janvier 2007 à 09h28min

Edouard Kouma Balkoulga, maire de Zorgho

Sur la route nationale n°4 (RN4), à 110 KM à l’Est de Ouagadougou, et à une trentaine de km de Koupèla, se dresse une des plus vieilles (au plus noble du terme) cités du Burkina : Zorgho. L’étymologie de la cité est aussi originale que l’art culinaire ubuesque de ses habitants reconnus comme des “mangeurs de grenouilles”.

C’est une cité cosmopolite où vivent majoritairement l’ethnie mossi avec quelques peulhs et des bissa. Zorgho est limitée au Nord par les communes urbaines de Koupèla et de Pouytenga (dans le Kourittenga). A l’Est, il y a les départements ou soyons plus actuel, les communes rurales de Mégué et de Salgo. Au Sud, les communes de Boudri et de Zangho limitent cette commune urbaine qui compte à elle seule quelque trente-deux villages et huit secteurs.

D’après un dernier recensement administratif, 51 424 âmes peuplent cette ville dont les habitants sont des descendants du neuvième empereur des Mossés, le Moro Naaba Kouda dont deux des fils auraient quitté Ouagadougou vers le XVIè siècle pour s’installer plus à l’Est sur des terres beaucoup plus fertiles.Aujourd’hui, la vie des habitants n’a pas démenti l’histoire.

Zorgho, c’est l’agriculture. Mais la commune comme l’est la partie Nord du Burkina, n’a pas bénéficié des faveurs de Dame nature. Les hommes aussi n’ont jusque-là pas réussi à dompter à vrai dire la rudesse de leur environnement. Aucun barrage, si ce n’est une mince retenue d’eau à Tuilé, située à une dizaine de km de la ville. La construction de barrages dans deux bourgades de la commune est une perspective intéressante pour les agriculteurs.

On imagine déjà la pratique de la culture maraîchère et de culture de contre-saison telles que le maïs aux berges des points d’eau.
Tout cela pourrait contribuer à freiner légèrement l’exode rural et à garder les jeunes gens de plus en plus attirés par les reflets des réverbères de la métropole, Ouagadougou, située à un vol d’oiseau de là et perçue comme l’eldorado.

L’impatience est d’autant plus perceptible que certains envisagent une culture d’alevins pour réduire la dépendance élevée de la commune qui importe beaucoup de poissons. La ville est bordée par une rivière de crocodiles sacrés qui s’est asséchée du fait de la rigueur du climat. Les Zorgholais continuent d’y faire des sacrifices comme sur la colline « Zonepinga », coin le plus culminant de la ville. La communication avec les ancêtres se fait devant l’entrée de la grotte.

L’emblème de la ville est d’ailleurs largement tributaire de ces lieux sacrés. La rivière sacrée et la colline symbolisent l’appartenance de tous aux mêmes ancêtres. Des concessions incrustées dans une grande case signifient que les Zorgholais forment une famille unique et unie et doivent, de ce fait, participer à la construction de la maison commune.

Economiquement, Zorgho malgré sa proximité de la capitale est une ville presqu’indigente. Pas d’unité industrielle. L’activité économique reste dominée par le petit commerce et les Zorgholais qui sont au bord de la voie voient passer camions et remorques, voitures rutilantes qui rejoignent la capitale ou en partance pour Lomé au Togo.C’est donc naturellement que le budget, heureusement équilibré à 68 950 813 FCFA est presqu’essentiellement consacré au fonctionnement.

Sa faiblesse ne donne évidement pas droit à de grands investissements, pourtant énormes.Les ressources proviennent de la patente et autres impôts et des ristournes issues de la location de l’auberge de la commune, des boutiques et étals.“Il y a quand même des difficultés parce que lorsqu’un commerçant fait des jours sans vendre un article, il cumule des arriérés et il faut quelquefois passer par la force pour recouvrer”, déplore le maire, Edouard Kouma Balkoulga.

La commune de Zorgho ne dispose pas non plus de police qui pourrait l’aider dans sa volonté d’élargir l’assiette fiscale. “Il faut deux millions pour former un policier municipal or, les normes disent qu’il faut avoir un peloton minimum de cinq personnes pour constituer une police minicipale. Nous n’avons pas dix millions pour cela”, commente, avec un grain d’impuissance, monsieur le maire.

Zorgho en chantier

Malgré les difficultés à réaliser un ambitieux programme qu’il a présenté à ses concitoyens pour se faire élire en avril 2006, M. Balkoulga garde l’espoir. “C’est l’espoir qui fait avancer le monde. La population est disposée au travail. Ce n’est pas difficile de les rencontrer et quand les gens se montrent disponibles, c’est que les choses avancent”, soutient-il, philosophiquement. Caché dans de larges lunettes correctrices derrière un modeste bureau situé en plein centre de Zorgho, le bourgmestre n’est pourtant pas inaccessible comme l’est le plus souvent certaines personnes, une fois leur mandat tenu pour acquis à la tête des communes.

Entre deux phrases, le journaliste est obligé de mettre en pause son enregistreur le temps que le maître des lieux réponde aux sollicitations de certains de ses administrés. De tout âge et de toute catégorie, les citoyens arrivent à la queue leu leu dans un service où le secrétariat s’est transformé en un simple lieu pour ordonner les entrées et les sorties.

Problèmes d’eau potable, demandes d’autorisation pour construire une mosquée dans son village, difficultés d’établir rapidement une pièce d’état civil..., les besoins sont immenses et vont du simple au complexe. Et pourtant, il faut bien se résoudre à trouver des solutions avec des maigres ressources. Là-dessus, même le pouvoir central n’y facilite guère les choses.

Pour huit agents reversés à la commune dans le cadre de l’affection des ressources, Zorgho a reçu 1 896 760 F CFA pour des agents dont le salaire global annuel excède cinq millions.“On attend encore que l’Etat nous débloque quelques sous, sinon on ne pourra pas tenir”, prévient M. Balkoulga plutôt admiratif des moyens financiers qu’il dit colossaux des grands centres urbains de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.

La commune de Zorgho est aussi et surtout un chantier, symbole du modernisme en devenir. Construction d’une gare routière, réalisation de forages, jardin de maire et marché à bétail en projet, construction de pistes péri-urbaines, de latrines publiques, chantier de boutiques et étals. Le marché de Zorgho est sens dessus dessous.

Des dizaines d’ouvriers s’affairent à doter les habitants d’un outil économiquement viable et durable. Le marché sera prêt avant la fin de l’année, assure-t-on. Comme dit l’adage “deux mains se lavent mieux qu’une”, Zorgho s’est alliée des amitiés. La commune est jumelée à une petite ville du Nord de la France, Bousbecque (non loin de Lille).

Bousbecque est intervenue dans plusieurs secteurs notamment la santé, l’éducation et l’appui aux associations de forgerons, de femmes ou d’orphelins. Mais avec 4.500 habitants, Bousbecque n’est pas non plus une grande agglomération et ne peut offrir plus qu’elle n’en a.
“Nous recherchons d’autres villes amies ou des partenaires institutionnels ou même des contributions individuelles pour démarrer ou poursuivre certains chantiers”, plaide le maire de Zorgho.

A pas de caméléon, Zorgho grimpe les longues marches du développement. Même si ici, le bitume ne mène pas toujours sur la route du développement. L’indélicatesse de certains usagers, sont cause de mort dans la commune urbaine de la cité des « mangeurs de crapauds ». La vitesse excessive pratiquée par certains conducteurs à l’entrée de l’agglomération endeuille régulièrement des familles.

Les va-et- vient au ministère des Infrastructures et du Désenclavement n’ont jusque-là pas résolu le problème. “J’ai approché le ministre des Infrastructures et du Désenclavement pour lui suggérer de faire construire des “gendarmes-couchés”. Il m’avait dit qu’il a envoyé des gens faire des études au Ghana et qu’en la faveur de la construction de la route, le problème allait être résolu. Mais je reste sceptique”, conclut un maire désabusé par cette situation, mais conscient que sa ville est sur le bon chemin du développement.

Romaric Ollo HIEN


L’UNDP chatouille le CDP à Zorgho

Le Conseil municipal de Zorgho compte soixante seize conseillers dominé par des élus du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) qui en compte soixante dix et le reste (six), appartient à la Convention nationale des démocrates progressistes (CNDP). Le parti d’Alfred Kaboré, est la seule formation politique qui chatouille le CDP à Zorgho, la ville du président de l’Assemblée nationale Roch Marc Christian Kaboré.L’actuel maire Edouard Kouma Balkoulga était déjà à la tête de la commune après la révocation en conseil de ministres de l’ancien bourgmestre François Xavier Kaboré qui était à quelques mois de la fin de son mandat. Balkoulga s’est fait réélire lors des élections communales du 23 avril 2006.
Grossesses précoces et déperdition scolaire un tableau noir pour la promotion de la femme

Considérée comme zone prioritaire par le Plan décennal de développement de l’éducation de base (PDDEB), la commune de Zorgho compte 41 écoles primaires dont quatre écoles satellites avec une école bilingue et quatre privées. Quelque 175 enseignants se mobilisent pour encadrer les 8 034 élèves (4 357 garçons et 3 677 filles). Mais le déficit d’enseignants se fait toujours ressentir d’après le chef de la Circonscription d’enseignement de base (CEB) de Zorgho, Ernest Ouédraogo.

Certains enfants risquent de faire une année blanche si des solutions ne sont pas trouvées”, prévient-il. Au niveau du secondaire, la situation n’est guère meilleure. Le lycée communal Naba-Kolga n’a pas d’enseignants en mathématiques et la vacation monte à 102 heures par semaine.

“Nous avons dépensé plus de huit cent mille (800 000) FCFA au premier trimestre pour payer uniquement les vacations. C’est coûteux pour un lycée de cette taille”, se lamente le proviseur du communal, Ilias Ouédraogo inquiet pour le reste du parcours scolaire . A la fin 2006, ce lycée a payé 6 225 800 F CFA de vacation.M. Ouédraogo place beaucoup d’espoir au “foyer des jeunes filles de Zorgho” construit pour accueillir quelque 250 filles venues dans la ville pour fréquenter les lycées.

Mais le bâtiment reste inachevé, aucun bailleur ne s’étant manifesté pour terminer les travaux après le retrait des partenaires allemands. Et pourtant, Zorgho ne compte que quatre lycées alors que six de ses huit départements disposent d’un CEG (collège d’enseignement général).
“Chaque année, nous enregistrons au moins six grossesses surtout dans les classes de 6è, 5è et 4è.

Les filles n’ont pas de logeurs ici et elles sont très vulnérables à cet âge”, explique M. Ouédraogo. Selon le proviseur du lycée, le démarrage tardif de la cantine scolaire et le manque de logement et de soutien aux jeunes filles sont les causes principales de la déperdition scolaire féminine. “Nous avons seulement six filles en terminale alors qu’elles atteignent presque la moitié dans certaines classes du premier cycle. Nous espérons maintenir plus longtemps les filles à l’école si le foyer est fonctionnel”, soutient le proviseur du lycée municipal de Zorgho.


Les aveugles verront !

La prescription biblique selon laquelle « les aveugles verront quand le Fils de l’Homme viendra » est presque une réalité à Zorgho grâce à une coopération entre l’archidiocèse de Koupèla et des partenaires allemands et autrichiens.

Le Centre ophtalmologique de Zorgho (COZ) ouvert en décembre 2004 a redonné la vue à 690 personnes qui souffraient de la cataracte, 27 du trichiasis et cinq du glaucome. Le COZ accueille majoritairement des malades indigents. La prise en charge (chirurgie, séjour, alimentation) est de 40 000 F CFA (61euros). Ici, le médecin va chercher le malade où il se trouve. Par le biais d’agents communautaires qui sont en réalité d’anciens malades de l’onchocercose ou d’autres maladies graves des yeux, le COZ recense ses patients dans les villages de son aire d’intervention et se déplace pour les chercher grâce à son minibus.

L’administrateur du Centre ophtalmologique de Zorgho, Elie Bagbila prévoit rejoindre les malades chez eux pour leur apporter les soins nécessaires.

Après avoir redonné la vue pour la plupart des cas, le malade est ramené auprès des siens. Le COZ couvre l’aire géographique de l’archidiocèse de Koupèla qui comprend les régions de l’Est, du Nord, du Sahel et du Centre-Est. Il accueille également des malades de la Côte d’Ivoire et du Mali. Quelque 9 149 personnes ont été consultées en deux ans d’existence de ce centre qui dispose pour l’heure de 32 lits d’hospitalisation.

ROH

Sidwaya

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