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Le système de dévolution du pouvoir dans le royaume Mossi : Le roi est mort, qui est le roi ?

Publié le lundi 27 mai 2024 à 21h30min

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Le système de dévolution du pouvoir dans le royaume Mossi : Le roi est mort, qui est le roi ?

La succession au trône dans le Moogho ne se passe pas comme dans certaines monarchies où le fils du roi, de par sa puissance, s’impose comme chef après la mort de son père. Comme le note Joseph Ki-Zerbo et Cheikh Anta Diop, l’hérédité dont il est question dans la monarchie Mooga ne suffit pas pour exercer le pouvoir. La succession au trône n’est pas automatique. Lorsque le roi est mort, on ne crie pas comme dans les empires européens : le roi est mort, vive le roi ! Des règles rigoureuses et strictes encadrent ce processus de succession. Dans notre chronique, nous essayerons de décrire le système de dévolution du pouvoir qui existait dans le royaume Mossi et les rites et coutumes qui l’entourent.

Comme nous venons de le dire, dans le royaume Mossi, la succession au trône après la mort du roi n’est pas immédiate. Beaucoup de rites et de coutumes entourent le processus de la succession.

Mieux, des règles rigoureuses sont établies pour permettre une transmission légitime du pouvoir. L’organisation du système de transmission du pouvoir est assez complexe et permet d’éviter que n’importe qui soit désigné comme roi. Chez les Mossis, on ne devient pas au hasard roi, fût-ce-t-on fils du roi.

En ce qui concerne cette organisation, il y a une classe spéciale composée d’un ensemble de ministres qui président au bon fonctionnement du choix du futur chef. Après la mort du chef, ces ministres sont chargés des consultations, de la sélection des candidats méritants et du choix de celui qui est le mieux placé pour occuper le trône.

Ces ministres sont : Le Loumbila Naba, le Saponé Naba, le Ouagadougou Naba (ce dernier réside à Ouagadougou), le Zagtouli Naba, le Bingo Naba, le Gnimdi Naba, le Sabtenga Naba. Les prétendants légitimes au trône font des visites chez chacun de ces ministres, leur donnant des cadeaux et leur expliquant le bien fondé de leur candidature : une sorte de campagne politique.

Mais peut être prétendant légitime celui qui sort héréditairement de la famille défunte du roi et aussi qui ne souffre visiblement d’aucune infirmité. Parfois c’est le fils aîné du roi, candidat favori qui est susceptible de devenir le nouveau roi. Cela s’explique par le fait que dès sa naissance, il est soumis très tôt aux exercices nécessaires, aux rites et aux coutumes qui le prédisposent légitimement à diriger le royaume. Il bénéficie en effet d’une initiation spéciale aux différents rôles d’un chef.

Chez les Mossé, le phénomène de dévolution du pouvoir est assez complexe car il arrive parfois que ce ne soit pas le fils aîné du roi défunt qui est promu à la tête du royaume. Lorsque le fils du roi meurt avant son père, ses oncles les plus proches peuvent également prendre le pouvoir et changer la direction de l’hérédité car s’il advenait que celui-ci a eu des enfants, ils ne pourront plus prétendre à la candidature de la chefferie. La règle idéale veut que pour être roi, il faut avoir un père qui a déjà régné sur le royaume.

L’adage qui dit que pour être bonnet rouge, il faut avoir un père bonnet rouge se trouve ici justifié. Dans des situations exceptionnelles, d’autres personnes influentes, qui n’ont aucun lien de parenté avec le défunt roi, peuvent à un moment donné se retrouver à diriger le royaume. C’est ainsi qu’il est arrivé qu’un peul, auparavant conseiller politique de la cour, un non descendant de la classe noble ait accédé à la souveraineté en passant par des subterfuges et stratégies. Balima atteste cela en ces termes : « A la mort de Nâba Oubi, dit-il, le conseiller peul, grâce à mille et une manœuvres, toutes hautement dolosives, put faire écarter à l’unanimité tous les candidats, […], puis à la satisfaction générale, il fut élu, à l’unanimité, Moog-Nâba, sous le nom de Nâba Moatiba. »

Un critère non moins important dont on tient compte dans la désignation du roi chez les Mossis est la masculinité. Cette masculinité symbolise la puissance, la force car le chef doit être un homme robuste et fort capable de marier plusieurs femmes.

La polygamie dans le Moogho est un critère de puissance et un roi doit avoir plusieurs femmes. Cela explique le fait que pour la plupart des cas, les femmes sont écartées parmi les prétendants au trône. Cette discrimination est compensée par des fonctions spéciales que l’on relègue aux femmes dans le royaume.

L’autre dimension qu’il ne faut pas oublier dans le cadre de la succession est sans doute les qualités que devraient revêtir les candidats au trône. Car pour avoir la chance d’être élu par le conseil de sages, il faut incarner de valeurs humaines inhérentes au corps social.

La courtoisie, la patience, l’auto-domination et l’auto-commandement, le savoir surprendre, la maîtrise de soi, l’écoute et le respect des anciens et de la tradition… sont autant de qualités que doit recouvrir un prétendant pour mériter le pouvoir. Elles permettent tout de même de procurer au chef un respect et une considération de l’opinion publique.

Parlant des qualités d’un roi chez les Mossis et de la procédure adoptée dans la transmission du pouvoir, Cheikh Anta Diop dira : « Le conseil qui se réunissait pour investir le roi (Moro Naba) examinait, en réalité, le degré de légitimité des différents prétendants : il ne s’agissait pas d’une élection, ce terme est abusif car on était obligé, après un examen savant et complet de chaque cas, de designer, non pas d’après ses préférences, mais en vertu de la tradition, celui qui réunissait l’ensemble des qualités requises »

Les coutumes qui encadrent le processus de désignation du pouvoir chez les sont exigeantes. Dimdelobsom les décrit ainsi : « Le jour de la nomination, on amène le “Nabiga” (de “Naba” : chef, “biga” : fils) chez le Samandé Nabila, où les ministres tiennent conseil. S’ils sont unanimes à nommer un “Nabiga”, on le fait sortir de la case où il attendait, anxieux, et on lui annonce que le Oubritenga, le Zound’Wéogo, le Koudtenga, etc., sont sa propriété (c’est à dire qu’il est reconnu seul détenteur du pouvoir) et qu’il commande seul à tous les territoires que nous venons d’énumérer. Ceci se passe d’ordinaire le soir. »

Aussi, une fois élu, le nouveau roi doit se soumettre à un ensemble de coutumes et de rites pour attester et garantir sa légitimité. Dimdelobsom décrit cette cérémonie rituelle en ces termes « Le matin, le nouveau Morho-Naba s’habille et monte sur son cheval devant le Pagbnoré (la porte des femmes) ; le Kalzi Naba prend la bride du cheval et amène le nouvel élu devant le Lombila Naba et dit à ce dernier et à ses suivants : « Oubritenga Ramba, ade Naba, ade Kouda » (Gens de Oubritenga, voilà votre maître). On l’amène ensuite au Saponé Naba et on dit à ce dernier et à ses suivants : « Koud’Tenga Ramba, ade Naba, ade Kouda » (Gens de Koud’Tenga, voilà votre maître).

Le nouveau chef est présenté au Zagtouli Naba et au Ouagadougou Naba, à qui on dit : « Rimtenga Ramba, ade Naba, ade Kouda » (Gens de Rimtenga, voilà votre maître). Enfin, aux autres chefs qui restent, on dit : « Zound’wéogoramba, ade Naba, ade Kouda » (voilà votre maître). Le Morho-Naba rentre dans la maison. Il est roi. Peu après, il sort et s’assoit à l’ombre d’un arbre chez le Samandé Nabila.

Les “dousissi” jouent ensemble et la population entière pousse des cris de joie. Le Widi Naba, le Tansoba et les autres ministres et personnages importants viennent présenter leurs hommages et lui jurer fidélité et soumission. Chacun fait profession de foi.

Le soir, le nouveau Naba quitte la maison de Samandé Nabila et va passer la nuit chez Ouagadougou Naba, reste vivant des “Nioniossé” chassés par Naba Oubri. Le lendemain, il va à Passepanga (littéralement : “passe” : ajouter, augmenter ; “panga” : la force, le pouvoir). Là, tous les descendants des Morho-Naba et les autres chefs vont le saluer.

À Passepanga, le Morho-Naba s’assoit sous un arbre, ayant à sa droite et à sa gauche des milliers d’hommes armés de fusils, alignés comme des tirailleurs à l’exercice et laissant une sorte d’avenue permettant de bien distinguer le nouveau Naba. Chaque Naba, avec sa suite, vient jurer fidélité et faire profession de foi.

Les frères de l’élu, même ceux qui ont été concurrents, viennent faire leur soumission. Le Morho-Nabase retire chez son “Gansonba” (hôte) et fait donner à tout ce monde suffisamment de “dam” et fait tuer des “nissi” (bœufs) pour eux.

Le Morho-Naba séjourne à Passepanga pendant une semaine, après quoi il vient s’installer à Dimvoussé (le repos du roi). Enfin, deux ou trois ans plus tard, il choisit le lieu où il désire bâtir sa maison définitive ».

Ainsi, à l’instar de la plupart des sociétés africaines traditionnelles, le pays mossi a toujours été caractérisé par un type d’organisation rigoureuse dans son système de dévolution du pouvoir.

Réf :
- Pouvoir politique et parenté dans le système Mossi. Par Ndigue Faye, Université Cheikh Anta Diop de Dakar – Master II 2011.

- Ki-Zerbo Joseph, Histoire de l’Afrique noire, Hatier, Paris, P 635-636

- Diop Cheikh Anta, l’Afrique Noire Précoloniale, Presence Africaine 42, rue de Descartes-Paris-56. P,37-38-39

- Yoporeka Somet, Le Morho-Nabaet sa Cour” Un commentaire du texte de Dim DELOBSOM à la lumière de l’égyptologie.

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