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1897 : La conquête coloniale de L’émirat de Liptako

Publié le jeudi 16 mai 2024 à 15h09min

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1897 : La conquête coloniale de L’émirat de Liptako

La conférence de Berlin en 1884 a ouvert la voie légale et officielle aux ruées vers les territoires africains par les Européens. L’Emirat de Liptako, un territoire qui venait d’être créé vers 1809 / 1810 sera attaqué et conquis par les troupes françaises le 30 avril 1897. Cette conquête, qui a tout de même précipité la prise du Moogho par le colon le 24 janvier 1897, obligeant Boukary Koutou à replier vers le Ghana, a été moins rude et moins violente par rapport à celle du Bani-Volta où il y a eu des affrontements sanglants entre les protagonistes. Dans notre chronique, nous allons nous intéresser à la découverte de l’Emirat de Liptako par le colon jusqu’à sa conquête du territoire.

L’Emirat du Liptako serait né au XVIIIe siècle. Comme la création de tous les autres royaumes, celui de Liptako s’inscrit aussi dans une légende guerrière. Il a été fondé par Ibrahima Seydou en 1810 suite à une guerre contre le roi gourmantché, avec pour capitale Dori. Le nom Liptako ou Liptaako remonte au XIXe siècle et aurait été recommandé par le sultan du Sokoto, Ousmane Dan Fodio, qui aurait reçu la visite de Brahima Seydou, et de ses deux frères venus demander de l’aide spirituelle pour vaincre les Gourmantché qui les empêchaient de vivre dignement sur leurs nouvelles terres. Ils viennent du Macina, dans l’actuel Mali, où ils se sont disputés entre frères pour la succession au trône.

En 1853, le Liptako commença à être dans le viseur des conquistadors européens. Le premier Blanc qui a foulé le sol de Liptako fut Henri Barth, un explorateur allemand. Il passa une semaine à Dori dans des conditions qu’il juge impropre à sa culture. Il fut particulièrement déçu du climat, de l’organisation politique qu’il assimile à de l’anarchie. Mais cela n’est qu’un regard condescendant et hautain d’un personnage qui n’a pas pris le temps de connaître véritablement ce qu’était L’émirat du Liptako.

En 1970, les informations que donne Paul Irvin sont encore beaucoup plus révélatrices de ce qu’était véritablement ce territoire. Celui-ci témoigne dans son livre (Chroniques de Liptako au XIXe siècle) que les deux premiers émirs qui avaient régné sur le Liptako étaient des hommes pieux et justes qui avaient doté l’émirat de Liptako d’une véritable identité, malgré que l’existence d’un État au sens propre du terme n’était pas visible.

Cependant, Sori Hamma en 1832 eut un comportement un peu étranger à la dimension spirituelle et identitaire du royaume. Très cupide, Il était beaucoup plus préoccupé par des guerres de razzias et au commerce des esclaves. Seku Saalu qui lui succéda en 1860 opta pour le chemin de la justice et la construction du royaume. Il bâtit la première mosquée en banco de Dori. Il resta très célèbre alors qu’il était devenu très tôt aveugle et du fait de son infirmité, il finit par laisser le pouvoir à son neveu Amadu Issa.

Le Liptako eut une nouvelle coloration diplomatique teintée d’admiration et de bienveillance après la vague des premiers explorateurs. Pour Louis Parfait de Monteil, atteindre le Liptako c’est quitter le monde obscur du paganisme (les fétiches des mossis) pour celui de l’islam moins redoutable. Une guerre de succession secoua le Liptako. Monteil fut accueilli triomphalement à Dori par l’un des prétendants au turban. Il s’émerveilla de l’accueil chaleureux qu’on lui a accordé et se dit être finalement sorti de l’enfer mossi qu’il considérait comme un territoire sans hospitalité. En fait, il a été chassé en pleine nuit du Wagadugou sans avoir eu le précieux traité qu’il était venu chercher auprès du Moogho Naaba.

Tout compte fait, son séjour à Dori fut des plus beaux et était au point d’effacer ses mauvais souvenirs du royaume mossi. Il se réjouit d’avoir trois partenaires prêts à faire alliance avec lui : Buhaari lisa, frère cadet d’Amadu lisa (l’amiiru défunt) et représentant de la branche aînée de la dynastie, celle d’lisa, Bokari Sori, cousin du père d’Amadu lisa et représentant de la branche cadette, celle de Sori Amadu Seeku enfin, cousin probable d’Amadu lisa, mais candidat de peu de poids sur lequel les traditionalistes ne s’appesantissent guère.

Pour gagner la signature de son fameux traité, Monteil compta sur le premier des trois sur qui il s’appuya pour ménager son entrée triomphale à Dori. Il confia en ces termes : « Le 23 mai 1893, je signais avec Boubakar, fils de Boari, délégué par lui, un traité plaçant le Liptako sous le protectorat de la France. J’estimais que Boari devait être élu Emir du Liptako ; cela fut en effet : j’en appris la nouvelle à Denga le 20 juillet ». Cependant, la nouvelle était inexacte. Buhaari n’avait pas été élu. Soutenu au sommet par la confédération de Sokoto dont le Liptako était vassal, soutenu à la base par les Toroobe qui fournissaient dans six villages (Wendu, Torodi, Kampiti, Lerbu, Babirka et Dori) les membres du collège chargé d’élire l’Emir et « qui avaient un long passé d’alliance avec la maison de Sori » ont choisi Bokari Sori. Destenave, résident de Bandiagara, chargé par le lieutenant gouverneur du Soudan français de parachever l’œuvre de Monteil, signa en 1895 un traité de protectorat avec lui, non sans avoir auparavant, tout comme son illustre prédécesseur, subi un échec à Ouagadougou, où il n’avait même pas réussi à obtenir du Moogho Naaba l’autorisation d’entrer. La résistance de ce dernier donnait d’ailleurs encore plus d’importance à l’occupation de Dori, qui représentait pour la France une base idéale pour contrer les Allemands et les Anglais qui convoitaient autant qu’elle le royaume mossi de Ouagadougou. Destenave trouva comme Monteil l’ambiance de Dori des plus agréables. « J’ai reçu le meilleur et le plus cordial accueil », écrit-il à son tour, saluant même au passage l’autorité dont fait montre le nouvel émir. En 1897, les colonnes militaires françaises envahirent Dori, le Liptako venait d’être sous contrôle effectif de la France et cela s’est passé sans heurts et sans combats.
Réf :
 (Monteil, in Merlet, 1995 : 221).
 Cent ans D’histoire : 1895-1995, Tome 1, Anne- Marie, Pillet Schwartz p919, Karthala, PU
 Irvin Paul, Chroniques de Liptako au XIXe siècle, p3-47

Wendkouni Bertrand Ouédraogo
Lefaso.net

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Messages

  • Bonjour M. Ouédraogo,
    Je vous remercie de nous entretenir régulièrement à travers votre chronique de l’histoire récente de notre pays. Cependant, l’article de ce jour parait décousu donc difficile à comprendre.

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