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Burkina / Coutumes et traditions : Les femmes du chef dans le Moogho

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Publié le mercredi 17 avril 2024 à 12h10min

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Burkina / Coutumes et traditions :  Les femmes du chef dans le Moogho

Dans le royaume Mossi, le roi a le droit d’épouser autant de femmes qu’il veut, selon ce que ses désirs lui commandent. On retrouve alors dans le palais royal plusieurs catégories de femmes, chacune jouant un rôle particulier comme le veut la coutume. Si le roi peut épouser le nombre de femmes qu’il souhaite, cela se fait dans le strict respect des coutumes et chaque femme, une fois devenue Napoaka (épouse du chef), doit suivre scrupuleusement les règles qui régissent le Napogré (la tradition qui encadre les femmes du roi). En fait, n’est pas femme du roi qui veut, mais qui est digne de l’être. Dans cette rubrique, nous allons tenter de décrypter la tradition dans le Moogho qui régit les épouses du roi, c’est-à-dire le Napogré en mooré.

Pour devenir Napagha (femme de chef), l’observance d’un certain nombre de rites est nécessaire. Ces rites se passent généralement chez la Pougtiéma (première épouse du chef). Pour Dim Delobsom, « On fait chauffer de l’eau, dans laquelle on met un peu de beurre de karité et d’autres ingrédients et, après avoir fait complètement raser par des vieilles femmes la tête, les aisselles et mêmes les poils pubiens de la jeune fille, la Pougtiéma ou le vieillard trempe la main dans l’eau, prononce quelques paroles cabalistiques en même temps qu’il ou qu’elle cite le nom des chefs qui se sont succédé, jusqu’au nom du père de celui qui règne. L’eau est ensuite remise aux vieilles femmes qui baignent la jeune Napagha. On lui dicte à ce moment-là les devoirs et obligations du Napogré, ce qu’elle peut faire et ce qu’il faut éviter ».

Ces rites terminés, la Napagha est habillée en kobré (sorte de robe longue), parée de bracelets et mise à la disposition du chef. Alors, le chef peut immédiatement l’épouser ou la destiner à quelqu’un d’autre au palais. Une fois que le chef déclare que la nouvelle femme lui revient, celle-ci lui doit fidélité totale. La Napagha ne doit pas connaître d’autres hommes que son mari dans la vie. Elle est tuée sans pitié si elle déroge à cette règle.

Pour se distinguer des autres femmes, la Napagha ne porte pas de chevelure. Elle porte une rangée de bracelets aux poignets et parfois aux bras. Certaines vielles femmes du roi aiment porter ces bracelets aux pieds. Tous ces ornements contribuent à élever la Napagha au rang de femme extraordinaire.

La Napagha n’est pas la propriété exclusive d’un seul roi. Elle est considérée comme une femme qui peut être léguée de roi en roi. Elle fait partie du patrimoine de succession. Toujours selon Dim Delobsom « le nouveau Naaba (chef) prend quelques vieilles femmes et des jeunes et le reste est distribué à la famille des Nabissi. C’est ainsi qu’il n’est pas extraordinaire de trouver dans la maison d’un Naaba des femmes qui ont été épousées par deux ou même trois chefs décédés. Si elles n’ont pas dépassé l’âge des plaisirs, elles peuvent donner naissance à des enfants du chef sous le toit duquel elles vivent en deuxième ou troisième noce. »

Les femmes dans le palais royal se divisent en plusieurs catégories, installées dans des localités différentes. D’abord, au niveau de « la Zagkassanga (la grande maison) se trouvent les vielles femmes du roi, celles qui n’ont plus l’âge du plaisir et sont sous le contrôle du Poutiema, propriétaire de la case où se trouve les kimsés (les mânes des ancêtres).

Ensuite, dans le Zagbilin (petite maison), se trouvent les femmes d’âge moyen, qui reçoivent toujours de temps en temps la visite de leurs époux. Enfin, il y a le lieu des Dogoudba (maison de garde) qui regroupe les femmes jeunes, très belles et pimpantes qui sont les gardiennes de la case du Naaba. Elles qui bénéficient des faveurs et des privilèges du chef et sont vêtues des plus brillantes parures et les plus beaux pagnes. Elles habitent ensemble dans une ou deux cases dans le palais.

Les femmes dans le palais ne sont pas dispensées des activités agricoles ou commerciales. Elles ne sont pas seulement des ménagères. Le chef ayant plusieurs femmes, il revient à chaque femme de travailler pour assurer les besoins complémentaires en matière de nourriture et d’habillement. Dim Delobsom précise qu’« elles sont obligées pour cela de cultiver et de vendre une partie de la récolte. Chaque Napagha a son petit champ de mil, d’arachides, de haricots et de petits pois. »

Pour terminer sur le Napogré, il faut retenir qu’il est interdit de jouer de la guitare lorsqu’une Napagha passe. Jouer de la guitare dans le Moogho est un acte de séduction, une invite à une relation intime. Cela est vu comme une aubaine pour courtiser la Napagha, ce qui est un sacrilège.

Réf : Le MORHO-NABA et sa Cour, Dim Delobsom, p398

Wendkouni Bertrand Ouédraogo
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Messages

  • Dommage, c’est un sujet très important pour être traité de façon aussi cavalière. moi je suis un prince, je sais qu’il y a plus important à dire.

    • il faut encourager les belles initiatives comme celle-là. Elle qui a le mérite de nous mettre "l’eau à la bouche". C’est un article qui n’est peut-être pas exhaustif, mais il nous incite à creuser davantage pour comprendre nos traditions et nos cultures.
      Chapeau à Wendkouni Bertrand Ouédraogo et LeFaso.net !

    • salut prince,
      une suggestion. tu peux écrire un article pour le faso.net.
      ou nous donner une source acessible aux fins de nous cultiver plus.
      que dis tu ?

  • Comme l’a commenté mon prédécesseur, c’est vraiment dommage que ce sujet si profond soit traité avec autant de légèreté. Moi même de la famille royale d’un royaume mossi, je peux ajouter que l’écrit ci-dessus est juste une copie très pâle et incomplète d’une réalité éblouissante ! Les rites pour devenir femme de Naaba (Napôko) sont bien plus charnus et important qu’une baignade après rasage. Le mérite commence déjà par la famille d’où on vient, l’éducation reçue et la personnalité digne de le jeune fille. N’importe quelle jeune fille ne devient pas Napôko. Il y’a des familles exclue, et des comportemants excluants. L’article ne parle pas par exemple du rang sociale des Napôko. Chaque Napôko est considérée comme une partie du Roi partout où elle est. Sa personne, ses effets, ses biens sont sacrés et lorsqu’elle repart dans sa famille paternelle, elle a un statut élevé. Les village du royaume sont très honoré de voir leurs filles devenir épouse du Roi. Et elle sont les propulseur des valeurs morales, culturelles et de protection des enfants du village. Elle sont si dignes.

  • Merci au journaliste et mes hommages a Antoine Dim Delobsom le premier ecrivain de l’AOF si je me trompe pas. Pour completer ce que l’ecrit dit, les POESSE (les juges) avaient pour tache de non seulement proteger le roi et sa famille (en wack) mais egalement detecter toute infidelite dans la cour royale. Nous sommes des humains et des tentations peuvent arriver a tout moment. Les poesse utilisaient 2 methodes pour attraper les fautifs. Soit la calebasse remplie d’eau ou on voit ce qui s’est passe, soit on met une corde au cou des fautifs et la corde va essayer de les etrangler jusqu’a ce qu’ils avouent. Apres cela, une famille (nom de famille populaire) que je vais pas citer ici, eux ils sont charges d’amener les fautifs dans un coin avec des gourdins, vous pouvez imaginer la suite. Mon pere m’amenait chez beaucoup de DIMA et j’ecoutais des conversations les secretes concernant le royaume. Ils ont surement pense que je suis un bebe (environ 6 ans) !!!!!!! Il ya des DIMA qui disaient qu’ils vont etre rassassie tres bientot car ce qui se passe est une honte (influence du blanc ?) pour eux !!!!!

  • Dans la cour du chef, seuls les Poesse peuvent entrer fouiller si possible sans probleme. Si tu n’es pas de cet sous-ethnie, la VAR peut dire que tu cherchais femme du chef et ca peut te creer des ennuis. Le royaume mossi a un totem qu’on appelle Tibo, si quelqu’un s’appelle Tibo, c’est a l’honneur de cet TOTEM arrache de force au Ghana par les POESSE dont je parlais !!!!!!!

  • Merci beaucoup pour cet article et tous ces commentaires. Ma grand-mère s’appelait Tibo, mais je ne savais même pas d’où ça venait. Il est temps qu’on se reconnecter à nous mêmes. A nos racines pour tenir debout et avancer.

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