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Chronique de la métamorphose du Burkina Faso de Blaise Compaoré (Fin)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Burkina Faso : Chronique des années Compaoré • • mercredi 30 novembre 2005 à 08h48min

Blaise Compaoré

Le dimanche 13 novembre 2005 la présidentielle oppose Blaise Compaoré, candidat sortant, à onze autres responsables politiques burkinabè. Le Conseil constitutionnel a recalé (pour des raisons "techniques" et non politiques) deux candidatures : celle de Boukary Kaboré, dit le
"Lion du Bulkiemdé" et de Ferdinand Frédéric Guirma dit "Son excellence".

L’un et l’autre sont des personnalités notables de la scène politique burkinabè même si elles n’y jouent plus aucun rôle depuis de longues années. Kaboré est rentré au Burkina Faso (il s’était exilé au Ghana) en 1991 après avoir été amnistié ; il s’était jusqu’alors opposé à la prise du pouvoir par Compaoré le 15 octobre 1987 et s’était rebellé avec quelques camarades du Bataillon d’infanterie aéroporté (BIA) de Koudougou dont il était alors le patron. Il avait échoué dans son ambition de "redonner le pouvoir au peuple" par la force.

Guirma, qui avait été le premier ambassadeur de la Haute- Volta à Washington et à New York, sera, par la suite, emprisonné sous le président Maurice Yaméogo, deviendra fonctionnaire international, journaliste et conférencier. Il s’opposera au Conseil national de la Révolution (CNR) et saluera sa chute en 1987 (il rédigera alors son "message pour une régénération nationale dans la réconciliation"). Il se veut inclassable politiquement (on le jugeait, dans les années 1990, au Burkina Faso, "réactionnaire") et a été candidat (sous l’étiquette Front du Refus-RDA) contre Compaoré en 1998. Il est l’auteur de "Comment perdre le pouvoir ? Le cas de Maurice Yaméogo".

Deux recalés mais treize admis. Dont le chef de l’Etat sortant (une partie de l’opposition voulait jouer la carte de la rétroactivité de la loi, la nouvelle Constitution limitant à deux le nombre de mandats présidentiels alors que Compaoré est candidat pour la troisième fois).

Evacuons Hermann Yaméogo qui va déclarer forfait. Les personnalités politiques significatives de l’opposition que l’on pourrait qualifier de "radicale" (il y a, au Burkina Faso, une opposition dite "opposition gâteau") sont rares. On peut citer Philippe Ouédraogo (PDS, CDS, UFP), président du groupe parlementaire Justice & Démocratie, X-Mines, ancien ministre, ancien président du Conseil économique et social (CES), ex-secrétaire général du Parti africain de l’indépendance (PAl), Ram Ouédraogo (RDEB) candidat en 1998 sous l’étiquette des Verts après avoir été candidat à la candidature en 1991 (la présidentielle avait été boycottée), Soumane Touré (PAl), marxiste-léniniste ayant rejoint la "mouvance présidentielle".

Les "sankaristes" sont représentés par maître Bénéwendé Stanislas Sankara, de l’Union pour la renaissance/Mouvement sankariste (UNIR/MS). Le candidat du Parti pour la démocratie et le progrès/Parti socialiste (PDP/PS), dont le président était le professeur Joseph Ki-Zerbo, est Ali Lankoandé.

C’est dire qu’il ne reste pas grand chose du Groupe du 14 février qui, fondé par neuf
leaders politiques le 14 février 1998, avait décidé de boycotter la présidentielle de 1998, les municipales de 2000 mais avait participé aux législatives de 2002 (le G- 14 y a obtenu 16 députés).

Norbert Michel Tiendrébéogo (FFS), Philippe Ouédraogo (PDS, CDS et UFP mais signataire du G-14 au titre du PAl), Ali Lankoandé (PDP/PS), Bénéwendé Sankara (UNIR/MS), Soumane Touré (PAl) sont candidats à la présidentielle. FPC-Yelemani, GDP, PFID, PNR/JV soutenaient la candidature de Hermann Yaméogo (qui n’avait pas rejoint le G-14). C’est dire la complexité de la scène politique burkinabè où les alliances sont plus que jamais opportunistes.

La question qui se pose n’est pas de savoir qui va être élu à la présidence du Faso pour les cinq années à venir. C’est de savoir qui sera sur le podium aux côtés de Compaoré. Autre inconnue : le taux de participation. Dans ce contexte, inutile de parler de programme. Pour ce qui est de Compaoré, les commentateurs sont embarrassés.
Les "politiques" restent sur leur ligne :
"ex-capitaine de l’armée, a pris le pouvoir en octobre 1987 lors d’un coup d’Etat au cours duquel le "père de la révolution", le capitaine Thomas Sankara, a été assassiné" (Le Monde annonçant l’investiture de Compaoré par le CDP le samedi 18 juin 2005). Les autres doivent se rendre à l’évidence d’un bilan qui s’impose à tous.

En 2005, le Burkina Faso est devenu, pour la première fois, le premier producteur de coton d’Afrique noire. Philippe Bernard, dans Le Monde (6 juillet 2005), a consacré un reportage sur les atouts et les difficultés de ce secteur, se faisant l’écho des inquiètudes de Gilles Peltier, le patron de Dagris ("Si le coton continue de baisser,
Sarkozy a du souci à se faire.. les agriculteurs africains émigreront, ou ils feront du cannabis "), et des promesses de Paul Wolfowitz, président de la Banque mondiale qui est passé au Burkina Faso le 14 juin dernier et a affirmé qu’il soutiendrait, à Hongkong, au sommet de l’OMC (13-18 décembre 2005), la "diminution" des subventions US.

Hier, de passage dans la capitale burkinabè, le secrétaire d’Etat US à l’agriculture, Mike Johanns, a annoncé l’octroi d’une aide de 7 millions de dollars "pour améliorer la production, la transformation et le commerce du coton au Burkina Faso, au Mali, au Bénin, au Tchad et au Sénégal". Qui réclament 1 milliard de dollars en dédommagement de la concurrence déloyale qu’ils subissent (en 2002, les aides de Washington aux producteurs US de coton étaient estimées à 3,9 milliards de dollars !).

Paris ferait bien de "mettre le paquet" sur ce dossier ; Christine Lagarde, ministre déléguée au Commerce extérieure, en visite en Afrique de l’Ouest, peut bien annoncer que "la France est aux côtés des pays africains", les cotonculteurs attendent des mesures effectives !

Le défi auquel sera confronté Compoaré pour les cinq années à venir tient en peu de mots :
"Le Burkina Faso est un pays essentiellement agricole dont la population est majoritairement analphabète". Changer la donne prend du temps. Ouaga le sait. Le Monde (8 septembre 2005), toujours sous la signature de Philippe Bernard, écrivait : "la progression de la scolarisation au Burkina Faso est plus rapide que celle enregistrée en moyenne dans les pays en développement depuis 1960 et même supérieure à celle des pays riches au XIXème siècle". Il rappelait le chemin parcouru : moins de 6 % d’enfants scolarisés et plus de 96 % d’analphabètes en 1960. Lors de la "Révolution" le taux de scolarisation ne dépassait pas 15 % ; il est aujourd’hui de 57 %.

Le Burkina Faso reste un pays pauvre ; mais qui se donne les moyens de sortir de la pauvreté. C’est le sens du "papier" que Alain Faujas a signé hier soir dans... Le Monde (daté du vendredi 11 novembre 2005). "Ce pays modèle commence à toucher les fruits d’un travail acharné pour combler les handicaps d’un Sahel aride et enclavé". Et Faujas de dresser le bilan économique du Burkina Faso : croissance soutenue, inflation contenue, production record de coton, explosion de la scolarisation, privatisations, accès à l’eau (barrage de Ziga), etc. Mais il ne manque pas de souligner qu’au "Burkina, il est vital d’inverser les facteurs du proverbe et d’aider ses habitants pour qu’ils puissent s’aider eux-mêmes".

Autre défi pour le "Compaoré nouveau" : 80 % des 13 millions d’habitants du Burkina Faso ont moins de 25 ans. Le Sénégalais Didier A wadi participait, il y a quelques semaines, à peine, à la cinquième édition du festival Ouaga hip-hop ; c’est une voix majeure de l’afro hip-hop. Il disait à Ouaga : "Les gouvernements africains ne donnent pas assez d’espoir de vie et de survie, mais il ne faut pas mettre notre énergie au service de la fuite. Nos pays ne seront pas construits par des donateurs, mais par nous-mêmes. II faut que notre système d’éducation nous donne l’envie de bâtir une nation".

Un message que ne renieraient pas Compaoré et les compaoristes. Mais Awadi ajoutait : "Dans les années 1990, les élections à répétition du président Abdou Diouf ont nourri notre révolte et notre envie de nous engager". Son dernier album s’intitule : "Un autre monde est possible". Veillons à ne pas le rendre impossible !

FIN

Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique

Vos commentaires

  • Le 30 novembre 2005 à 10:10 En réponse à : > Chronique de la métamorphose du Burkina Faso de Blaise Compaoré (Fin)

    « Et Faujas de dresser le bilan économique du Burkina Faso : croissance soutenue (...mais mal repartie), inflation contenue, production record de coton (... alors que le pays n’a pas encore atteint l’auto suffisance alimentaire), explosion de la scolarisation (... corollaire d’une éducation au rabais) , privatisations (...sauvages), accès à l’eau (barrage de Ziga), etc. Mais il ne manque pas de souligner qu’au "Burkina, il est vital d’inverser les facteurs du proverbe et d’aider ses habitants pour qu’ils puissent s’aider eux-mêmes". »

    Fin d’une chronique qui vaut ce ça vaut.

    Répondre à ce message

    • Le 1er décembre 2005 à 17:49 En réponse à : > Chronique de la métamorphose du Burkina Faso de Blaise Compaoré (Fin)

      M. KABORE,

      L’analyse qui a été faite à travers cet article l’a été par un burkinabè.
      A moins que je n’ai point "pigé" le véritable auteur.
      Arrêtons d’avoir des complexes car le Burkina regorge de nombreux intellectuels dont la compétence et l’excellence n’ont rien à craindre des autres puissances étrangères.
      Un observateur de la vie politique au Burkina

      Répondre à ce message

  • Le 30 novembre 2005 à 10:53, par Lefaso.net En réponse à : > Chronique de la métamorphose du Burkina Faso de Blaise Compaoré (Fin)

    Moi, j’ai vraiment apprécié cette chronique, même si je ne suis pas toujours d’accord avec certains commentaires de l’auteur. J’ai appris plein de choses sur le Burkina que je n’aurais pas apprises ailleurs.

    C’est dommage que ce soit des étrangers qui nous apprennent à connaître notre histoire politique.
    Pendant ce temps, nos dits intellectuels ne sont forts que dans les tracts et les dénonciations faciles , sans arguments, sans preuves.

    Combien de Burkinabè ont écrit quelques chose de concret, de pensé sur l’évolution politique du Burkina de ces dernières années ? Ils sont très rares. Qui et que faut-il lire pour avoir un peu de recul et comprendre comment le Burkina a évolué ces dernières ? Difficile à dire !

    Ce sont toujours les autres qui font notre histoire. Et nous, nous nous contentons de calomnies, de jugements lapidaires, de clichés... Et si on exclut ces affirmations gratuites, que reste-t-il de nos discours ? Rien, trois fois rien !

    C’est pas malheureux ça ? A défaut de faire quelque chose, sachons au moins apprécier positivement ce que les autres font, à notre place.

    Kaboré

    Répondre à ce message

  • Le 30 novembre 2005 à 12:12 En réponse à : > Chronique de la métamorphose du Burkina Faso de Blaise Compaoré (Fin)

    Salut,

    Je reconnais que le journaliste Béjot est particulièrement tendre dans ses propos envers le pouvoir burkinabé.
    Mais reconnaissons néanmoins qu’il connait bien l’histoire politique du Burkina, il connait mieux l’executif burkinabé que
    la plupart des burkinabés.

    En tant que fils du pays, nous gagnerons à mieux connaitre l’histoire politique de notre pays, à mieux connaitre ceux
    qui nous dirigent au lieu de verser dans des calomnies, des diffamations, des affabulations.
    Moi personnellenent, les ecrits de Bejot me permettent de me documenter sur l’histoire politique du
    Burkina de la periode 1960 - 2005.

    Aucun ecrit burkinabé ne m’aura permis une pareille documentation.

    A vous cordialement

    Répondre à ce message

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