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Burkinabè vivant en Autriche : Salif Nikièma ou la parfaite illustration de la résilience !

Accueil > Diasporas • LEFASO.NET • lundi 5 octobre 2020 à 22h55min
Burkinabè vivant en Autriche : Salif Nikièma ou la parfaite illustration de la résilience !

Quand on observe le parcours de notre compatriote Salif Nikièma, agent de banque et conseiller municipal à Waidhofen sur la Thaya (Waidhofen an der Thaya en allemand) en Basse Autriche, difficile de ne pas affirmer que ce jeune homme est un parfait exemple de résilience. Tout ou presque de ce qu’il est aujourd’hui est le résultat de sa « capacité à faire face aux adversités de la vie, à transformer sa douleur en force motrice pour se surpasser et en sortir fortifié ». De son village natal Pighin dans la commune rurale de Dapélogo, située à une trentaine de kilomètres de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, Salif Nikièma s’est retrouvé en Autriche pour la force des choses, à l’âge de treize ans, suite à une situation dramatique. En effet, il a subi des sévices graves à l’école coranique qui ont failli l’emporter ou tout au moins le rendre impotent pour toute la vie. Mais la Providence s’est mise sur sa route, et avec courage et abnégation, il a compris qu’il se devait d’être désormais l’architecte de son bonheur. Par les soins de ses parents adoptifs, il s’est tiré d’affaire avec toutefois quelques marques indélébiles, a bénéficié d’une bonne scolarité sur sa terre d’adoption et s’est, par la suite, frayé son propre chemin avec la bénédiction de ses bienfaiteurs.

Nous avons rencontré, pour vous, celui dont l’histoire mais surtout la positivité qui se dégage de lui ainsi que l’engagement nous ont séduits à plus d’un titre. Zoom sur ce compatriote qui s’investit beaucoup pour « le bayiri » à travers la réalisation de plusieurs projets et qui demeure très engagé dans sa commune de résidence et au sein de la communauté burkinabè dans cette partie du monde !

Lefaso.net : Vous habitez la commune de Waidhofen sur la Thaya (Waidhofen an der Thaya en allemand) située dans la Basse Autriche depuis l’âge de treize ans. Comment s’est faite votre rencontre avec la famille qui vous a adopté ?

Salif Nikièma : Je suis arrivé en Autriche depuis l’âge de 13 ans pour des soins médicaux. Comme beaucoup d’enfants dans les villages au Burkina Faso, mon enfance n’a pas été très heureuse. A 10 ans, mon père m’a envoyé à l’école coranique.

Dans le cadre des travaux champêtres du maître coranique, j’ai subi de mauvais traitements qui ont mis en péril ma motricité au niveau des pieds et des mains. En effet, le maître m’avait donné une grande surface à cultiver dans des délais assez brefs. Quand il a constaté que je n’ai pas pu finir tout le travail, il est entré dans une colère noire et m’a attaché les pieds et les mains avec du fil de fer.

Il avait tellement serré mes membres que les nerfs ont été touchés. Mes doigts particulièrement avaient été paralysés de sorte que je ne pouvais plus tenir un verre d’eau. C’est à la suite de cela que mes parents m’ont conduit au « Centre une vie meilleure » de la Croix-Rouge. Nous avons eu la chance de rencontrer une équipe de médecins autrichiens qui séjournaient chaque année au Burkina Faso dans le cadre de l’opération du noma. Quand les médecins ont constaté la gravité de mes blessures, ils ont décidé de m’assister dans l’opération de ma main droite au Burkina Faso. Mais la situation était en réalité plus complexe si bien qu’ils ont finalement opté de m’amener en Autriche pour pouvoir effectuer une série d’opérations. Arrivé en Autriche en 2004, j’ai été pris en charge à l’hôpital des « Frères miséricordieux » de Vienne. Et plus tard, une famille autrichienne m’a accueilli et m’a adopté.

Par la suite, vous avez suivi un cursus scolaire et vous vous êtes battu pour voler de vos propres ailes. Parlez-nous de cet épisode important de votre vie ?

Au début, la gentille famille qui m’a adopté et qui habite Waidhofen/Thaya et leurs amis m’ont appris l’allemand. Je voulais vraiment approfondir la connaissance de la langue afin de mieux m’adapter à mon nouveau milieu de vie et à la société autrichienne. C’est ainsi que je suis allé, grâce à leurs soutiens, au lycée à Waidhofen/Thaya où j’ai passé quatre (4) ans de scolarité. Après, j’ai poursuivi dans une école de Commerce à Horn dans laquelle j’ai fait trois (3) ans à l’issue desquels j’ai obtenu mon diplôme. Horn est une commune située en Basse-Autriche et distante d’une trentaine de kilomètres de Waidhofen sur la Thaya.

Votre abnégation vous a permis aujourd’hui de vous faire une place au soleil. Vous travaillez notamment dans une banque. Comment s’est déroulée votre insertion socio-professionnelle en Autriche ?

Après l’obtention de mon diplôme en Commerce, j’ai postulé à la Raiffeisenbank à Vienne où j’avais effectué un stage dans le cadre de mes études. Mais finalement, j’ai trouvé un emploi toujours à la Raiffeisenbank de Zwettl, commune située à trente kilomètres de mon lieu de résidence. J’y ai passé une année avant de rejoindre depuis sept (7) ans la même banque à Horn.

Je remercie Dieu qui a mis sur ma route des gens qui ont vu ma détermination à me battre pour me faire une place au soleil, comme vous le dites, après la parenthèse malheureuse évoquée plus haut. Ils ont cru en moi et m’y ont aidé.

Je suis reconnaissant au Tout Puissant et à toutes ces personnes qui ont permis mon intégration ici. Et jusqu’à maintenant, je n’ai pas de problèmes particuliers.
Vous êtes également dans le Conseil municipal de la commune de Waidhofen sur la Thaya, dirigé par le maire Robert Altschach et qui compte 29 membres. Racontez-nous comment vous êtes venus en politique dans ce district.

Au début, je ne m’intéressais pas du tout à la politique jusqu’à ce que je rencontre en 2012 Sebastian Kurz. Il est le président fédéral du Parti populaire autrichien depuis 2017 et Chancelier fédéral de l’Autriche, de 2017 à 2019. Et depuis 2020, à l’issue de sa réélection après la parenthèse de l’adoption, en mai 2019 par le Parlement, d’une motion de censure contre lui suite au scandale dit de l’Ibizagate qui a mis à rude épreuve la coalition qu’il avait tissée avec l’extrême droite.

Salif Nikièma dans sa tenue de volontaire chez les Sapeurs-pompiers de Waidhofen

A l’époque où je le rencontrais, il était Secrétaire d’Etat au ministère fédéral de l’Intérieur. Lui et son équipe avaient fondé une initiative appelée « Zusammen Österreich ». L’idée était d’envoyer des personnes issues de l’immigration, qui s’étaient bien intégrées en Autriche, dans les écoles pour y donner des conférences sur l’intégration. Et c’est dans ce sens que j’ai pu sillonner de nombreuses écoles pour m’exprimer sur le sujet. Plusieurs fois, j’ai eu l’opportunité de faire équipe avec Sebastian Kurz. Par la suite, il m’a nommé « Ambassadeur de l’intégration » avec d’autres personnes et cela a permis d’élargir mon horizon. Le maire de ma commune, Robert Altschach, a suivi avec intérêt cette activité que je menais et il a apprécié positivement. Comme j’étais également bien intégré, il m’a demandé de rejoindre son équipe. Je n’ai pas hésité et depuis quelques années, je suis membre du Conseil municipal de Waidhofen/Thaya.

Dites-nous brièvement en quoi consiste le travail d’un conseiller municipal à Waidhofen et de quoi vous vous occupez concrètement ?

Comme dans tout pays démocratique, le conseiller municipal est un acteur de la démocratie locale. Le rôle du Conseil municipal est, comme vous le savez, de se pencher sur les affaires qui concernent la vie de la commune. Mon travail est donc de soutenir les initiatives du maire qui m’a offert l’occasion de vivre cette belle expérience, de porter également les préoccupations de la population et d’assister les concitoyens dans divers domaines. Dans ce cadre, je m’efforce de participer aux réunions et d’être présent aux différents événements.

Vous êtes également très actif sur le plan social dans votre commune et dans l’Association des Ressortissants du Burkina Faso en Autriche. Dites-nous comment vous trouvez le temps et l’énergie nécessaires pour vous engager autant ?

J’ai toujours voulu travailler dans des associations sociales et c’est pourquoi, je me suis engagé dans plusieurs structures associatives. Je suis, par exemple, volontaire chez les Sapeurs-pompiers de Waidhofen et dans un club de football de la commune. J’ai également été très heureux de faire la connaissance de l’association des ressortissants burkinabè en Autriche (ARBA) et d’y militer. Pour moi, c’est formidable de rencontrer les compatriotes, de nous organiser pour mieux exprimer notre fraternité et notre solidarité.

Comme vous le savez, c’est important surtout quand on est loin de la mère-patrie et quand on connait les exigences de tous ordres de la vie dans les pays d’accueil. Bien que n’habitant pas Vienne, j’essaye de participer aux différentes activités organisées par l’ARBA. Certes, le temps est parfois difficile pour moi mais j’essaie de m’organiser du mieux que je peux pour répondre présent aux différents rendez-vous. Je suis encore jeune et j’en profite pour faire le maximum parce que je sais que lorsque j’aurai atteint la soixantaine et au-delà, ce ne sera plus évident de pouvoir courir.

Vous avez initié de nombreux projets au bénéfice des populations de Dapélogo, votre village d’origine. Voudriez-vous nous en parler ?

Comme je l’ai indiqué au début de notre entretien, je suis heureux et reconnaissant à Dieu de m’avoir offert la chance de vivre dans ce pays qui constitue pour moi une seconde patrie. J’ai beaucoup appris ici en Autriche et avec ma propre histoire, vous comprenez qu’il est important pour moi de faire bénéficier de mon expérience et de mes relations aux populations du Burkina Faso qui m’a vu naître. Par la grâce de Dieu, des réalisations ont déjà été faites notamment à Dapélogo et d’autres projets sont en cours de réalisation.

En dehors de quelques petites actions ponctuelles, nous avons notamment pu mettre deux forages à la disposition de nos parents, frères et sœurs de Dapélogo et actuellement nous sommes en train de boucler la construction d’un dispensaire toujours dans cette localité. Nous envisageons également l’envoi, dans les prochaines semaines, de matériels médicaux, d’ordinateurs, de tables-bancs et de chaises pour soutenir le CSPS et une école du village. Avec des amis, j’ai créé une association dénommée "Stimmen für Afrika" qui s’inscrit dans la dynamique de la solidarité en soutenant ou en initiant des projets de construction d’écoles, de forages et d’infrastructures sanitaires au Burkina Faso et au Bénin.

Vous êtes marié à une Burkinabè et vous êtes père de deux enfants. Vous avez également convié en août dernier des compatriotes à une pendaison de crémaillère à Waidhofen sur la Thaya. Quels sentiments vous animent quand on sait les difficultés qu’on éprouve à pouvoir disposer de sa propre maison dans un pays comme l’Autriche ?

Oui, c’est vrai, j’ai épousé une Burkinabè. J’aurai pu épouser une Autrichienne (rires). Pour répondre plus sérieusement à votre question, je dirai que c’est la volonté de Dieu. Vous voyez que nombre de nos compatriotes vivant ici ont épousé des filles de notre pays d’accueil ou d’autres nationalités et ça marche. En matière d’amour, il n’y a pas à mon avis de frontière et chaque couple a sa propre histoire. Le plus important pour moi, c’est de travailler à être heureux dans son couple.

En ce qui concerne le deuxième volet de votre question, j’aurai aimé ne pas évoquer le sujet. Mais je dirai simplement que ce n’est pas toujours facile de faire des acquisitions quelle que soit leur nature et quel que soit le pays dans lequel on vit. Je rends grâce à Dieu de nous avoir permis de disposer de notre propre logement et je réitère mes remerciements à tous les compatriotes qui ont effectué le déplacement pour communier avec nous au mois d’août dernier.

Salif Nikièma

Si certains pensent que vous avez eu de la chance dans votre vie, beaucoup estiment que vous êtes un parfait exemple du jeune résilient, c’est-à-dire que vous avez compris que vous êtes l’architecte de votre propre joie et de votre destin, et vous vous y êtes inscrit. Qu’en dites-vous ?

Oui, bien sûr, j’ai eu de la chance. Et comme diraient ceux qui croient en Dieu, et j’en fais partie, la Providence était avec moi. Mais au début, ça n’a pas été facile et par la suite, il a fallu que je me batte pour me faire une place. Je ne suis pas resté sur le confort que m’ont offert mes parents d’adoption. Pour cela, je me suis donné dans l’apprentissage de la langue, dans la poursuite de mes études et j’ai essayé de m’intégrer du mieux que je pouvais. Certes, j’ai bénéficié de la chance et d’une main divine secourable mais je pense également que beaucoup de gens m’ont soutenu parce qu’ils ont vu en moi la détermination à aller de l’avant.

Vous êtes encore certes dans la trentaine, mais pensez-vous déjà à faire partager à un moment donné vos expériences avec vos compatriotes au Burkina Faso ?
J’essaie de le faire déjà dans certains domaines que j’ai évoqués plus haut et je souhaite en faire davantage. Mais si vous me demandez ce que j’envisage faire à ma retraite, on pourrait en reparler car il me reste encore quelques bonnes années. Mais en attendant, je n’hésiterai pas à partager aussi bien mes idées que mes petites expériences à mes frères et sœurs au Burkina Faso.

Il y a aussi des réflexions qui sont menées ici pour répertorier toutes les compétences au niveau des compatriotes et envisager de possibles actions à développer au pays. Ce sont autant d’initiatives auxquelles j’adhère et qui s’ajoutent aux activités que je porte déjà au bénéfice des populations de ma région natale et d’ailleurs.

Un mot pour clore notre entretien ?

Je me réjouis des bonnes relations que le Burkina Faso entretient avec l’Autriche, notre pays d’accueil. Je suis également heureux de constater que les Burkinabè se comportent bien ici et sont souvent cités en exemple. Je souhaite qu’on puisse toujours se respecter les uns les autres et apprendre à se pardonner mutuellement. C’est très important à mes yeux. Que tous ceux qui vivent à l’étranger n’oublient pas leur pays et leur village d’origine, et surtout qu’ils n’hésitent pas, si les moyens et les opportunités leur permettent, à faire quelque chose pour le « bayiri » !
Vous me permettrez aussi de dire merci à SEM Dieudonné Kéré et à son équipe pour le travail formidable qu’ils font pour nous ici et pour le pays.

Je souhaite également la paix et la sécurité pour le Burkina Faso qui va organiser bientôt les élections présidentielle et législatives. Que les meilleurs gagnent ! Enfin, que Dieu nous aide à combattre efficacement la maladie à corona virus et nous protège des calamités de toutes sortes !

Simon Yaméogo
Lefaso.net

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