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An1 de la disparition de Salif Diallo : « Il n’était ni un saint, ni un diable » Jacob Ouédraogo, ambassadeur du Burkina Faso au Sénégal

Accueil > Actualités > Société • • lundi 20 août 2018 à 11h05min
An1 de la disparition de Salif Diallo : « Il n’était ni un saint, ni un diable » Jacob Ouédraogo,  ambassadeur du Burkina Faso au Sénégal

Il y a un an, l’actualité nationale était marquée par la disparition du président de l’assemblée nationale d’alors, Salifou Diallo. Un baobab politique s’est écroulé, disparition d’un dinosaure, d’un fin stratège politique. Les qualificatifs foisonnaient. La classe politique, toutes sensibilités confondues, ses admirateurs tout comme ses contempteurs étaient unanimes. Le Burkina Faso perdait un de ses grands fils. Une année après, les témoignages continuent. Par le truchement d’internet, nous sommes entrés en contact avec Jacob Ouédraogo, ambassadeur du Burkina Faso au Sénégal. Ancien haut-commissaire de la province du Yatenga et député, le diplomate revient sur les grands traits de « Gorba », ses actions, et son héritage politique.

Lefaso.net : Il se dit que vous étiez très proche du défunt Salif Diallo. Quels sont les souvenirs que vous gardez de lui ?

Jacob Ouédraogo :
Après un si long compagnonnage auprès de Salif Diallo de la présidence du Faso en Décembre 1987 où il était chef puis directeur de cabinet du Président Blaise Compaoré, à l’Assemblée Nationale jusqu’en Août 2017 ; comprenez que de nombreux souvenirs se bousculent dans ma tête. Salif Diallo a impacté ma vie personnelle, professionnelle et politique d’une part, mais plus globalement il fut, je puis l’affirmer, l’une des plus grandes révélations de la vie politique nationale ces trois décennies écoulées.
Je garde de lui le souvenir d’un homme politique et d’un homme d’Etat très talentueux doté d’une conviction et d’une force de persuasion faisant de lui un véritable meneur d’Homme.

Salif était à la fois un homme de réflexion et d’analyse des contextes et des perspectives et un homme d’actions sur le terrain concret afin de le transformer en vue de l’atteinte des objectifs qu’il savait clairement dégager. Le tout encadré dans une vision progressiste j’allais dire volontariste sinon révolutionnaire tant il était obnubilé par la satisfaction des besoins fondamentaux des masses populaires, en particulier les femmes et les jeunes.

Une anecdote : Après l’insurrection populaire à Bobo-Dioulasso au cours d’un entretien, une dame bien connue dans le milieu des affaires, était persuadée que Salif disposait de pouvoirs occultes l’ayant permis de prédire la faillite inéluctable du régime Compaoré. Celui-ci lui rétorqua que sa culture politique ne lui prédisposait pas à un tel penchant.

Son jugement était simplement fondé sur l’analyse sans complaisance du contexte qui prévalait et qui ne laissait guère de chance au pouvoir du CDP d’alors de survivre devant une si grande mobilisation populaire tant qu’il ne renonçait pas à sa volonté de s’éterniser. C’était un bourreau du travail qui ne s’accordait pas de repos ; toute chose qui a d’ailleurs joué négativement sur son état de santé.

Au fil des nombreuses responsabilités qu’il a assumées, Salif a fini par devenir un homme d’appareil et de réseaux maitrisant les rouages de l’Etat, connaissant le pays profond et ayant côtoyé la plupart des hommes et femmes d’envergure politique, économique et sociale de notre pays. Je retiens enfin de lui sa passion voire son obsession pour sa région natale.
Ayant moi-même été Haut-Commissaire du Yatenga sept années durant, puis député à ses côtés j’ai été édifié par son engagement non négociable pour notre Yatenga natale où, sous son impulsion, nous avons pu réaliser de nombreux acquis pour les laborieuses populations.

Cependant et comme tout homme, il avait aussi des défauts qui procèdent même de ses traits de caractères très trempés marqué par son franc-parler n’en déplaise à qui que ce soit, son inflexibilité voir son entêtement et son jusqu’au boutisme.

Lefaso.net : Du temps où vous étiez député qu’a-t-il fait pour l’essor de la législation burkinabè ?

Jacob Ouédraogo : Salif avait une haute idée du pouvoir législatif qui selon lui, devrait refléter la conscience du peuple mandant, à la fois dans la production législative, le contrôle de l’action gouvernementale comme dans les actes au quotidien des élus. Vous vous souviendrez de la diminution de 19% des indemnités des députés en signe de solidarité aux sacrifices consentis par le peuple. Il a particulièrement œuvré pour que l’Assemblée nationale ne soit pas une caisse de résonance du pouvoir exécutif, mais plutôt qu’elle soit davantage critique tout en donnant des moyens légaux au gouvernement pour servir avec efficacité les intérêts du peuple.

Dans ce cadre par exemple je peux citer la loi portant sur l’allègement des procédures d’exécution des projets et programmes de développement adoptée en Juillet 2016 en prélude à l’adoption plus tard de la loi sur la commande publique. C’est cette vision qui l’a amené à doter l’assemblée nationale d’un plan stratégique 2016-2020 au terme de l’exécution duquel notre parlement devrait renforcer sa crédibilité, son efficacité dans ses missions constitutionnelles et réussir sa mutation sur la modernité à travers une meilleure capitalisation des TIC (Technologies de l’information et de la communication, Ndlr.) et de la promotion constante de la redevabilité.
C’est un programme qui du reste a été accueilli favorablement par les PTF (Partenaires techniques et financiers, Ndlr.), et mérite d’être exécuté pour le bien de l’institution et des députés.

Lefaso.net : Et si l’on vous demandait les secteurs qui doivent leur envol à la vision de Gorba comme on l’appelle affectueusement ?

Salif-Diallo-président-de-lAssemblée-national-depuis-le-30-décembre-2015

Jacob Ouédraogo : J’avoue que c’est difficile d’être exhaustif dans la citation des secteurs ayant particulièrement été impactés par l’action de Gorba. D’une fonction à une autre il s’est toujours distingué par l’envergure qu’il donnait aux secteurs concernés par ses attributions, au point de faire pratiquement corps avec ces secteurs et même de les déborder. Pour ne considérer que quelques postes occupés, on peut retenir de son rapide passage au secteur de l’emploi, ou il a su œuvrer à son ancrage institutionnel et thématique dans la gouvernance et en faire une préoccupation émergente.

Dans les secteurs de l’environnement et de l’eau, on peut retenir les vastes campagnes de reboisement axées sur la plantation d’arbres utiles tels l’acacia senegalensis notamment pour la gomme arabique, de même que l’amélioration de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement à travers des projets majeurs comme Ziga et l’hydraulique villageois ayant permis l’exécution de plusieurs forages, retenus d’eau... Mais le secteur qu’il aura particulièrement impacté et qui lui a valu sa notoriété auprès du monde rural reste l’agriculture et les ressources halieutiques.

En plus d’avoir œuvré à l’accroissement de la production agricole et halieutique à travers des projets comme la petite irrigation, la mécanisation agricole, le Programme Saaga etc., il a donné confiance au monde paysan en œuvrant à la mise en place des chambres agriculture et de l’emblématique journée nationale du paysan.

Au-delà de ces secteurs, Gorba n’a jamais hésité à accompagner les autres secteurs sociaux tels la santé, l’éducation, la culture, la formation au profit des jeunes et la promotion d’activités rémunératrices en particulier pour les femmes.

Lefaso.net : L’on entend souvent dire que Salif Diallo était l’un des grands politiciens que le Burkina a connu ces dernières années. Quel est votre commentaire ?

Jacob Ouédraogo :
Je ne voudrais pas céder à l’exagération ou à la surenchère, car je ne pense pas que Salif lui-même se préoccupait d’être un homme politique sans égal. Ce qui est certain, c’est qu’il était hors du commun faisant preuve d’exigence envers lui-même et envers ses collaborateurs et partenaires.

Il était pragmatique et doté d’un flair politique qui fait qu’il avait comme une longueur d’avance, ce qui ne lui a pas toujours rendu service et l’exposant à des incompréhensions et même à des hostilités. Mais il savait garder la constance dans ses engagements et lancer des défis qu’il assumait pleinement. Je crois que Salif a vécu son art avec assurance. Il n’était pas un saint, mais pas non plus un diable. Il a profondément marqué sa génération et comme chaque génération a ses défis à relever sans trahir, je suis persuadé que son œuvre pourrait inspirer les générations montantes

Lefaso.net : Pensez-vous que sa disparition va redistribuer les cartes politiques au Burkina ?

Jacob Ouédraogo : La classe politique dans son ensemble est unanime à reconnaitre la contribution majeure que Salif a apportée dans le jeu politique de notre pays. Sa disparition constitue donc une perte pour la Nation car ce fut un homme d’Etat et pour le débat politique dont il était un des grands animateurs. Son parti politique le MPP en est conscient et en tire les conséquences avec une volonté ferme de relever les défis qui lui tenaient particulièrement à cœur.

Dans cette dynamique je reste convaincu que son parti assumera le leadership politique qui est le sien dans un débat ouvert digne d’un Etat de droit et de démocratie. Pour ce faire, il convient de poursuivre l’organisation du parti avec pragmatisme, la formation des militants et le renforcement de la gouvernance pour une exécution efficace et optimale du programme du Président Roch Kaboré.

Lefaso.net : Votre dernier mot à l’occasion du 1er anniversaire du décès de Salif Diallo…

Jacob Ouédraogo :
J’exprime ma compassion et mon affection à la famille Diallo à Ouahigouya et ailleurs, à son épouse Chantal et à ses enfants que j’ai vu naitre. J’aurais bien voulu être des leurs en ce moment mai je viens de rentrer d’un séjour au pays suite au décès accidentel de mon frère ainé le Pasteur Jérémie OUEDRAOGO à Orodara, le 04 aout dernier et dont je porte le deuil. Néanmoins à Dakar avec des amis de Salif, nous commémorons à notre manière, par la prière et la méditation.

Je salue la mobilisation de notre parti, de la classe politique dans son ensemble et des forces vives pour lui rendre une fois de plus hommage. Nous devons nous armer de courage et de détermination pour poursuivre son œuvre. Salif a légué un héritage politique qu’il convient d’assumer dans un esprit de cohésion et de patriotisme. Enfin, je vous remercie en espérant avoir contribué en tant soit peu à faire connaitre davantage Salif Diallo.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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