Culture Burkina : Après « Clé de justice », voici « La Lettre » d’Almamy KJ

dimanche 21 janvier 2018 à 10h13min

« L’artiste du peuple ». C’est ainsi que l’ont rebaptisé ses fans. Almamay KJ, à l’état civil, Abdoul Kader Ouattara. Après son dernier album, « Clé de justice », sorti en décembre 2015, le reggae-maker a officiellement lancé, dans la soirée de vendredi, 19 janvier au jardin de la Musique Reem-Doogo à Ouagadougou, son nouvel opus intitulé « La Lettre ».

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Culture Burkina : Après « Clé de justice », voici « La Lettre » d’Almamy KJ

« Dieu merci », le 20 juillet 2011. « Article 37 » et « Dabo Boukary » (single), le 21 décembre 2013. « Clé de justice », le 19 décembre 2015.

Puis…, « La Lettre », sorti le 19 janvier 2018, album riche de quatorze titres. C’est entouré de ses « lieutenants », Salif Nignan (manager) et Coulio (chargé presse), que l’artiste Almamy KJ a plongé le public de cette soirée de dédicace dans les différents thèmes de son album. « L’artiste n’a pas la langue dans la poche, ses textes sont très engagés ; d’où l’appellation par ses fans ‘’artiste du peuple’’. Contrairement à nombre d’artistes qui ont changé au gré du vent, lui est resté fidèle à sa ligne musicale », a relevé son staff. Avec à l’actif un bilan positif dans l’album précédent, dont des spectacles au plan national, en France et des plateaux d’émissions, le reggae-maker voit en « La Lettre », une suite logique de son engagement. Pour lui, tant que le peuple dans sa majorité vivra dans la pauvreté, parce que victime d’un manque de vision et de courage de ses dirigeants, il dénoncera sans état d’âme. « Je vis, je vois donc, je dis », martèle-t-il. L’album qui vient d’être lancé est un réel concentré de thèmes, les uns aussi engagés que les autres.

« L’impérialisme » dénonce la mainmise des systèmes français et américain en Afrique de façon générale et au Burkina en particulier. Ici, l’artiste pointe la présence des bases militaires comme une violation de la souveraineté, en ce sens que derrière l’argument officiel de soutien à la lutte contre le terrorisme, se cache plutôt la défense des intérêts économiques, politiques et géostratégiques de ces Etats. « Mais, il nous paraît aussi important de relever le fait que l’impérialisme, ce ne sont pas les peuples de ces pays (France, USA, etc.), qui se battent aussi contre les effets pervers de la politique de leurs dirigeants ; il faut avoir à l’esprit que dans la lutte contre l’impérialisme, nous avons besoin du soutien de tous les peuples du monde », a précisé Almamy KJ.

« La Lettre » (titre éponyme) est une missive adressée aux dirigeants au nom des peuples. Elle dénonce les démagogues qui promettent ciel et terre à leurs citoyens lors des campagnes électorales et parallèlement se font dociles au service des intérêts de groupes étrangers au détriment de ceux qui les ont élus. Dans « Tenga Yeelé » (titre chanté en langue nationale mooré), l’artiste se demande à qui profite l’exploitation de l’or, des sols, des terres du Burkina ; tant le peuple manque de bonne école, de soins de santé appropriés, d’eau potable, etc. « Stop corruption » se veut une suite de son engagement à dénoncer cette gangrène de la société, érigée en règle par une certaine classe dirigeante. C’est pourquoi, par ce titre, l’artiste rend aussi hommage aux structures de lutte contre ce phénomène, notamment au REN-LAC et à l’ASCE-LC.

« Notre monnaie » fustige l’impact néfaste que subissent les pays qui partagent le Franc CFA et plaide donc pour une monnaie propre aux pays de l’espace.
« Petit Sory », titre sur lequel Almamy KJ a posé avec la cantatrice Améty Méria, et chanté en langue nationale dioula, s’inscrit dans un autre registre en compatissant aux douleurs des enfants maltraités et invitent les mères adoptives à accepter les enfants des autres.

« Charlie ou pas Charlie » prend pour prétexte l’attaque contre Charlie Hebdo en 2015 pour poser la problématique du terrorisme. De façon précise, l’artiste invite à ne pas faire d’amalgames entre islam (qui prône la paix) et terrorisme. Mieux, Almamy KJ exhorte chacun des citoyens du monde au respect de l’autre dans son opinion ; la diversité étant pour lui une richesse.

Dans « Arko », chanté également en langue bambara de kong, le reggae-maker fait un réquisitoire contre la démagogie et le populisme dans un contexte où le changement tant attendu n’est pas au rendez-vous. « Que plus rien ne sera comme avant » est un thème par lequel, Almamy KJ s’interroge sur ce qui reste de ce slogan né de l’insurrection ‘’Plus rien ne sera comme avant’’. « Bourreau des martyrs » est non seulement une pensée pieuse pour les noms comme Norbert Zongo, Thomas Sankara, Dabo Boukary, Patrice Lumumba, etc., mais également une invite à l’opinion à ne pas confondre bourreau et victime. « Désolé, mais nous n’allons pas pleurer tous les morts », lance l’artiste du peuple.

Dans « Gnamogdeencratie » (en langue bambara) est une dénonciation de cette manière d’ériger les maux sociaux (corruption, pillage, concussions, népotisme…) en mode de gouvernance.

Dans cet album également, l’artiste engagé rend un hommage à André Tibiri, ancien président de l’association nationale des étudiants du Burkina (ANEB), l’Union générale des étudiants burkinabè (UGEB) et de l’organisation démocratique de la jeunesse (ODJ), décédé le 24 mai 2017. Par « Combattant Tibiri » donc, Almamy KJ lance : « Le meilleur hommage qu’on puisse rendre à un tel homme, c’est de sécher ses larmes, prendre le flambeau de la lutte et de poursuivre le combat pour lequel il était fier de vivre et pour lequel il était prêt à mourir. Repose en paix, camarade André Tibiri ! »

Les titres 13 et 14 de cet opus, respectivement intitulés « Sénékelaou » et « Koglwéogos » rendent un hommage soutenu aux paysans (de tous les quatre coins du Burkina, d’Afrique et du monde) et aux initiatives locales de sécurité.
D’ores et déjà, et sur demande antérieure de ses fans, le staff du reggae-maker (almamykj10@gmail.com) annonce deux grands spectacles les 24 et 31 mars 2018 respectivement à Ouaga et Bobo avant de mettre le cap sur les scènes internationales.

L’album « La Lettre » est désormais disponible chez les revendeurs à un prix de 2000 Fcfa le CD.

Lire aussi : « On ne peut pas parler de reggae au Burkina sans parler d’Almamy KJ », le ministre, Tahirou Barry, au concert de remerciements de l’artiste

Lefaso.net

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