« Thomas Sankara se reconnaîtrait mieux dans une école d’envergure internationale que dans un monument », observe le président du R.S.E.E.P, Joël Aimé Ouédraogo

LEFASO.NET | Oumar L. OUEDRAOGO • jeudi 5 octobre 2017 à 00h38min

Le Rassemblement des Sentinelles pour l’Epanouissement Economique et Politique (R.S.E.E.P) est l’un des plus derniers-nés de la scène publique burkinabè. Avec un bureau exécutif composé et piloté par des jeunes de divers horizons, le R.S.E.E.P affiche concevoir la vie politique autrement et entend ainsi la vivre, pleinement par la défense et la promotion des valeurs d’intégrité, de vérité, de travail, de justice sociale, etc. De ce fait, ses dirigeants n’y vont pas avec le dos de la cuillère pour dire ce qu’ils pensent sur les questions de la vie nationale, des sujets à l’échelle du continent, et bien au-delà ! Nous avons rencontré son président, Joël Aimé Ouédraogo, pour échanger autour de plusieurs sujets ; de la vie du parti à la question de la réconciliation nationale en passant par le débat sur le Franc CFA, l’intervention de Roch Kaboré à la tribune de l’ONU, etc. Avec ce jeune dirigeant de parti politique, enseignant, plein de punch, il a également été question des initiatives autour de l‘héritage Thomas Sankara. Joël Aimé Ouédraogo n’a pas été avare dans les réponses aux questions. Interview !

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« Thomas Sankara se reconnaîtrait mieux dans une école d’envergure internationale que dans un monument », observe le président du R.S.E.E.P, Joël Aimé Ouédraogo

Lefaso.net : Deux mois après son lancement officiel, comment se porte le R.S.E.E.P ?

Joël Aimé Ouédraogo : Le R.S.E.E.P se porte bien, toujours dans sa posture d’observation, mais quelque peu actif, pas de façon propagandiste comme beaucoup de partis ; parce que nous marchons à notre rythme. Nous marchons en fonction de nos moyens, de nos capacités et selon la devise « vigilance-prudence-prévoyance », car la situation actuelle l’exige. Le R.S.E.E.P se porte donc bien et, petit-à-petit, nous faisons notre chemin et avec beaucoup d’espoir.

Lefaso.net : « Posture d’observation », qu’est-ce qui motive une telle option ?

Joël Aimé Ouédraogo : Il ne faut pas confondre l’observation passive et l’observation qui est purement la nôtre. Celle-là a une finalité active. Nous observons pour connaître et comprendre afin de pouvoir agir conséquemment. C’est par l’observation que notre parti a vu le jour et sans prétention, sans orgueil, nous pouvons dire qu’il est le parti qui se marie le plus à l’actualité nationale. Le peuple aujourd’hui est tenu, plus que tout autre moment de notre histoire, de s’ériger au statut de la sentinelle. Créé le 13 mai 2015, avant la première attaque terroriste dans notre pays, vous vous rendrez compte qu’au nom de la prévoyance, fruit de l’observation, nous avons déjà à travers notre devise (Vigilance-Prudence-Prévoyance) interpellé le peuple et le gouvernement burkinabè. Aujourd’hui, nos leaders politiques, civils, et syndicaux recommandent et préconisent la vigilance et la prudence sans se rendre compte que cela est déjà la devise d’un parti politique au Burkina Faso.

Lefaso.net : Quel est votre ressenti par rapport à la situation nationale, notamment en lien avec ces attaques perpétrées ?

Joël Aimé Ouédraogo : Sentiment de désolation, parce que nous sommes dans une situation qui nous met très mal à l’aise et met mal à l’aise la société dans son ensemble. Nous sommes divisés au moment où nous devons nous unir. Ceux qui devaient prendre vraiment leur responsabilité aujourd’hui, c’est bien la jeunesse. Malheureusement, elle s’est recroquevillée et a opté d’être dans la société civile et laisser le champ politique libre à qui veut. Et si certains décident de venir en politique, c’est pour être la marionnette de certains leaders politiques. La jeunesse, quand elle va en politique, c’est moins par conviction que par désir de manger, pire elle vend sa dignité et son intégrité pour assouvir ses basses besognes. Voici pourquoi le champ politique est habité par tous les ‘’démons’’ politiques. La jeunesse dans la société civile, passe son temps à revendiquer, à critiquer cependant le statut quo demeure : « le chien aboie, la caravane passe et rien ne se passe ». Donc, la situation actuelle n’avance pas. II faut donc changer de repères, opter pour un renouveau politique ; une nouvelle énergie, une nouvelle pensée.

Lefaso.net : A ce stade, pensez-vous vraiment que le déclic pourrait partir de la jeunesse ?

Joël Aimé Ouédraogo : Le déclic pourrait partir de la jeunesse. Le problème se situe au niveau de notre mentalité ; parce que quand on prend la jeunesse aujourd’hui et quand on écoute les anciens de la scène politique, ils ont tendance à nous faire croire que nous sommes jeunes, que nous ne sommes pas capables . Jusqu’à preuve du contraire, les grands révolutionnaires étaient des jeunes et ils ont eu l’accompagnement des anciens. Ils ont réussi leurs missions, jusqu’à ce que, pour bon nombre d’entre eux, leurs propres frères en viennent à les éliminer. Mais, tout compte fait, c’étaient des jeunes. Malheureusement, la vieille classe qui est plus inspirée par le passé que par l’avenir a tendance à conduire les jeunes sur les dogmes du passé alors que nous, nous aspirons à l’avenir. Il y a donc une contradiction. Il est donc impératif que la jeunesse se lève pour prendre sa destinée en mains. Autrement, nous allons rater le rendez-vous avec la destinée du Burkina Faso.

Lefaso.net : Mais aujourd’hui, l’observation est que les jeunes perçoivent comme une fin, un titre de gloire, et ils le clament, le fait de n’appartenir à aucun parti politique (ils se réclament plutôt avec fierté d’être de la société civile. Qu’est-ce qu’une telle perception des choses vous laisse comme analyse ?

Joël Aimé Ouédraogo : Je pense que c’est être hypocrite et une fuite de responsabilité. Ce sont des postures pleines de mensonges. Cette posture n’est pas digne d’un Burkinabè ; parce que le nom Burkinabè est déjà une responsabilité : Homme intègre. Dire qu’on est dans la société civile et qu’on est apolitique, il n’y a rien de glorieux à cela. C’est même glorieux de faire la politique. Si on se réclame d’apolitique et d’une manière ou d’une autre, on participe à la vie de la société, c’est déjà ne rien comprendre même au sens de la politique. Tu poses des actions, tu critiques les politiques et tu viens dire que tu n’es pas politique, cela paradoxal ! Etre apolitique, en mon sens, ce n’est pas critiquer, ne pas revendiquer, ne pas voter, en somme, c’est rester dans sa maison et sur son lit sans rien faire. La société civile doit marquer la différence avec la politique pûr et dûr par son impartialité par rapport aux postures partisanes. Des gens ont certes sali le temple de la politique, mais il nous revient, nous, jeunes, de le sanctifier.

Lefaso.net : Revenant à la vie du parti à proprement dit, quelle est l’idéologie que le R.S.E.E.P défend ?

Joël Aimé Ouédraogo : C’est le social-libéralisme, avec une philosophie révolutionnaire. Donc, nous sommes de la « révolution social-libérale ». Cette doctrine ne peut s’appliquer que dans un système démocratique, lequel système se doit d’être pensé et vécu burkinabè, d’où la nécessité d’une démocratie « made in Burkina ».

Lefaso.net : Comment se conçoit cette démocratie, « made in » Burkina ?

Joël Aimé Ouédraogo : C’est simple, parce que ceux qui ont conçu la démocratie de l’autre côté de l’océan, ne nous ont pas consultés. Ils l’ont conçue certainement sur la base de leurs réalités, de leurs valeurs, de leurs traditions, de leur civilisation. Nous aussi, nous en avons. Nous allons ériger notre démocratie sur la base de nos traditions, de nos réalités et nos valeurs.

Lefaso.net : Votre parti est donc convaincu que le Burkina regorge de suffisamment de ressources pour aller à son développement !

Joël Aimé Ouédraogo : Tout à fait ! Suffisamment pour le faire.

Lefaso.net : Nous venons quand même d’avoir une table-ronde pour le financement du PNDES, cela ne contraste-t-il pas avec votre réalité ... ?

Joël Aimé Ouédraogo : Justement, tout dépend de la posture, de la vision des leaders. Eux, ils ont estimé que nous n’avons pas assez de ressources. Mais nous, dans notre posture révolutionnaire, nous estimons que nous en avons suffisamment et je m’explique : il faut se poser les bonnes questions et avoir le courage d’y faire face. On est trop intellectuel ; on nous a appris à tellement à penser à l’Occidental, si bien que nous pensons dans un contexte qui ne sied pas. Ceux qui se sont donné les moyens pour se développer, pour atteindre l’autosuffisance alimentaire peuvent se donner le loisir du luxe. Mais nous, nous n’avons pas encore atteint ce stade. En réalité, c’est pour nourrir la corruption, sinon, nous n’avons pas besoin de tant de luxe. Quand on voit aujourd’hui au Burkina, l’écart qui existe entre le riche et le pauvre, c’est hallucinant. Il y a quelque chose qui ne va pas, et cette chose, c’est la corruption. Et la corruption est presque légalisée au Burkina. Mais qui est mère de cette corruption ?

C’est le système politique, le système de gouvernance qui a éduqué le peuple. Quand vous avez un peuple travailleur comme les Burkinabè, il ne manque qu’une volonté et une vision pour réussir le pari du développement. Entre les revendeurs et le grossiste, ceux qui permettent le développement économique, ce sont les revendeurs. Pourtant, ce sont ces vendeurs ambulants qui sont mis aujourd’hui à la marge. Nous avons assez de potentiel pour développer le Burkina. On peut créer de vraies forêts ici au Burkina, en l‘espace d’une décennie (nous l‘avons bien détaillé dans notre programme). Je ne sais pas pourquoi nous allons quémander. Travaillons simplement et les choses iront mieux. Notre développement doit se mesurer en termes d’autosuffisance alimentaire.

Lefaso.net : De quel bord sentez-vous le plus proche ; opposition ou majorité ?

Joël Aimé Ouédraogo : Pour être honnête, ni de l’opposition ni de la majorité. En tout cas, le R.S.E.E.P ne se définit pas par rapport à cette posture majorité/opposition. Je dirais que le R.S.E.E.P est centriste. Nous ne sommes pas dans la guerre du pouvoir, mais dans la quête du développement durable pour la nation burkinabè.

Lefaso.net : Il est une réalité au Burkina que, qui parle de parti politique parle de moyens financiers. Quelles sont les forces de votre parti en la matière, quand on sait que la conquête des suffrages demande beaucoup ?

Joël Aimé Ouédraogo : C’est juste, qui parle de parti politique parle de moyens. C’est la réalité à laquelle nous sommes confrontés. Nous n’avons pas des moyens financiers certes, mais ce que nous pouvons déjà faire, c’est de proposer. Si quelqu’un trouve en nos propositions, des éléments qu’il peut utiliser pour le bien du Burkina, qu’il les prenne. Donc, jusqu’à ce jour, nous fonctionnons avec nos maigres moyens (le bureau étant composé de petits fonctionnaires, d’étudiants, etc.).

Lefaso.net : Ne faites-vous pas entorse ainsi aux textes, qui stipulent clairement que la vocation d’un parti politique, c’est la conquête du pouvoir ? On s’aperçoit que ce n’est pas le principal pour le R.S.E.E.P !

Joël Aimé Ouédraogo : Je pense que nous faisons la conquête du pouvoir, à notre manière. Nous la faisons en fonction de nos moyens (puisque nous ne pouvons pas le faire au-delà). Il faut que ceux qui ont rédigé la Charte des partis politiques comprennent que le Burkina Faso est composé de riches, mais aussi de pauvres. Donc, nous sommes dans la basse classe et nous l’admettons. Mais, nous faisons la propagande de nos idées. Si nos idées peuvent aider quelqu’un dans la dynamique de la constriction du pays, qu’il les prenne ; nous ne concevons pas la politique dans une logique de conquête du pouvoir pour le pouvoir. J’admets qu’un parti politique se crée pour la conquête du pouvoir, mais si on doit nous condamner pour cela, qu’on commence par ceux qui ont créé leur parti politique pour s’affilier à d’autres partis (parce que, je ne peux pas comprendre qu’on crée son parti pour aller soutenir X ou Y). Nous croyons qu’il l y a une valeur d’intégrité qui sommeille en chaque Burkinabè, que le discours de la vérité peut ressusciter. Je pense que c’est ce à quoi on doit s’atteler.

Lefaso.net : Vous avez des valeurs à dispatcher, mais dans votre posture d’observation, comment parviendrez-vous à faire écho de vos valeurs et message auprès du peuple ?

Joël Aimé Ouédraogo : Oui, vous avez tout à fait raison, mais en plus de l’observation, nous proposons. Quand vous surfez dans la page Facebook du parti (https://www.facebook.com/rseepbf/?f...) par exemple, nous avons fait beaucoup de propositions sur plusieurs sujets. Sur la question sécuritaire par exemple, nous avons fait des propositions au Chef de l’Etat, lui disant entre autres qu’il est impératif d’ériger le peuple au statut de sentinelle. Au lieu de passer le temps à nous diffuser des émissions bizarres à la télévision nationale, nous pouvons opter d’apprendre aux gens, des réflexes citoyens, des comportements à tenir lorsqu’ils entendent des coups de feu... Le rôle de la télé nationale, c’est quoi actuellement ?

Son effet sur la population, c’est quoi ? C’est de nous apprendre à danser, à marcher en mister, en miss où en je ne sais quoi encore ? Ces outils doivent, aujourd’hui, servir à éclairer et à éduquer le peuple. Par rapport à la religion, je dis : si les gens peuvent utiliser le nom de l’islam pour faire du mal et salir le nom de l’islam, les dignes musulmans peuvent encore mieux utiliser le nom de l’islam pour faire du bien. Jusqu’à preuve du contraire, toutes les religions cohabitent en bonne intelligence au Burkina, alors, on ne doit pas permettre à ceux qui n’ont rien compris en l’islam de propager des messages haineux alors que les bons imams sont-là et veulent même des tribunes d’expression. Mais, offrons-les cette tribune pour s’adresser au peuple, aux jeunes !

Lefaso.net : On enregistre une pléthore de partis politiques au Burkina, que souhaitez-vous que le peuple burkinabè, la jeunesse en particulier, retienne du R.S.E.E.P ?

Joël Aimé Ouédraogo : Je voudrais que les Burkinabè, en particulier la jeunesse, retiennent que le R.S.E.E.P est venu dans une situation particulière, dans une vie politique compliquée et qu’il est venu tendre sa main. Si le peuple burkinabè lui saisit la main, nous irons ensemble. C’est un regroupement de personnes animées d’une volonté d’installer un minimum d’équité entre riches et pauvres.
Les visions du R.S.E.E.P vont au-delà de la sphère nationale. Nous voulons restaurer l’intégrité de l’Afrique, en commençant par le Burkina Faso, car nous voulons faire de Burkina un carrefour de l’économie mondiale.

Lefaso.net : S’il y a une question qui divise les Burkinabè aujourd’hui, c’est celle de la réconciliation, surtout dans les modalités pour y aller. Quel est le regard de votre parti sur le sujet ?

Joël Aimé Ouédraogo : Je dirais que ceux qui nous parlent de réconciliation doivent revoir leur manière de faire. Et s’il faut qu’ils démissionnent de cette tâche, qu’ils le fassent ; parce que celui qui doit parler de réconciliation doit au minimum avoir les mains propres. Tu ne peux pas avoir fait tant de tort, participer à autant de mal et de te donner cette aisance de parler de morale et de réconciliation : c’est immoral. Nous sommes avec ceux qui pensent qu’il faut la justice d’abord, la réconciliation ensuite. Le R.S.E.E.P propose une justice révolutionnaire parce que la justice actuelle est en notre sens trop protocolaire.

Lefaso.net : Il ressort de vos propos que vous êtes admirateur de Thomas Sankara. Aujourd’hui, comment jugez-vous la manière dont les hommes politiques et les organisations de la société civile se réclament et défendent son héritage ?

Joël Aimé Ouédraogo : Je pense que beaucoup utilisent le nom de Thomas Sankara, mais qui n’en sont pourtant pas dignes. Mais, ils l’utilisent quand même. Il n’y a pas pire mal sur la terre, que de vouloir utiliser la vérité pour couvrir le mensonge. Utiliser le mal, pour couvrir la vérité. C’est ce qui se passe ; des gens utilisent à tort le nom de Thomas Sankara. Moi, je ne me réclame pas de la révolution sankariste, je me réclame simplement d’une révolution qui se colle à ma réalité. Si dans nos réalités, il arrive qu’il y ait des accointances avec les idées de Thomas Sankara, c’est tant mieux ! Sinon, par rapport au mémorial Thomas Sankara, j’avais en son temps fait des propositions qu’au lieu de vouloir récolter tant de milliards pour ériger un béton armé, bien solide, que l’on mette en place une école d’envergure internationale.

Quand nous étudions la carrure et l‘esprit de Thomas Sankara, on se rend compte que ce n’est pas un homme qui est attaché au matériel. D’ailleurs, il est mort les poches vides. Alors, pourquoi vouloir faire ce que lui-même, de son vivant, n’aurait jamais admis ? Mais, avec une école d’envergure internationale, on accueillerait des récipiendaires de partout dans le monde (en Afrique, et même de ceux qui nous ont colonisés), par des bourses d’études bien méritées.

Et pour rendre Thomas Sankara immortel, on pourrait mettre son effigie sur les diplômes. De la sorte, on planterait des Thomas Sankara partout dans le monde. D’ailleurs, si on tient tant au mémorial, on pourrait, comme nous avons rebaptisé l’Université Ouaga I en Université Pr Joseph Ki-Zerbo, rebaptiser le monument des martyrs en monument Thomas Sankara et les martyrs ; d’autant plus qu’il est un martyr ! Là, nous récoltons nos Fonds pour construire l’école ; parce que je pense que Thomas Sankara se reconnaîtrait mieux en cela que dans un monument. Je ne sais pas le message que va donner un monument, va-t-il réciter l’histoire de Thomas Sankara ? Et même si on y ajoutait une bibliothèque, il est connu que l’Africain n’est pas un fin lecteur. Mais, si c’était une école d’envergure internationale, on dispense les cours clairement.

Lefaso.net : Quelle est votre position par rapport au débat sur le Franc CFA qui se mène en ce moment sur le continent ?

Joël Aimé Ouédraogo : Je suis parfaitement pour que l’Afrique quitte la zone du Franc CFA. Il faut que nous soyons définitivement indépendants. L’Afrique a tout aujourd’hui pour dominer l’Occident. Et pour cela, je félicite la position du Président Roch Kaboré, une posture révolutionnaire. Il faut éviter de trouver de la bienséance dans le Franc CFA. Il faut que nos grands économistes, qui voient au Franc CFA une bonne chose changent de mentalité. Ce sont eux en réalité le problème, parce que ce sont eux qui annihilent tous les efforts de l’Afrique. L’heure est venue pour l’Afrique de se développer. Comment s’est développé l’Amérique ? C’est au moment où Hitler tourmentait le monde, à la deuxième guerre mondiale, que l’Amérique a trouvé l’opportunité de fructifier son économie.

Aujourd’hui, la Corée du Nord tourmente les grandes puissances, qui n’ont plus trop d’attention sur les Africains. Alors, profitons-en pour nous unir et aller au développement ! Sinon, à la limite, on dira qu’on est maudit ! Il y a tellement d’opportunités... Il faut se réveiller et avoir le courage d’aller au développement, car rien d’autre ne manque sinon la vision et la volonté. C’est tellement simple, mais les gens sont très limités dans leur esprit, parce qu’on les a frappés de doctrines, ils sont tellement intellectuels... De toute façon, quand tu vas prendre une décision, il faut la prendre et c’est tout ! Les pays africains sont à l’ONU, mais on ne les respecte pas. Quand ils tiennent les discours, les salles sont désertes. Ecoutez, quand on ne vous respecte pas, au moins respectez-vous, vous-mêmes ! Si vous partez et qu’on ne vous respecte pas, mais revenez et concertez-vous pour vous faire respecter aussi !

Quand Paul Kagamé a pris la décision de changer de langue officielle en abandonnant le français pour l’anglais, qu’est-ce qu’on n’a pas entendu, mais rien ! Il a pris sa décision courageusement et aujourd’hui, tout va bien pour ce pays ! On a besoin simplement de prendre des décisions avec courage et de les assumer. On se plaît à parler de Thomas Sankara, qui a fait respecter le Burkina à l’international. Tout le monde est fier de lui aujourd’hui. Mais, il est reconnu comme monument tout simplement par son courage, son discours de vérité et en brandissant le drapeau de la vérité et de la justice.

Lefaso.net : Roch Kaboré s’est prononcé à la tribune des Nations-Unies (21 septembre à la 72ème Assemblée Générale) en prenant position pour les USA contre la Corée du Nord, au sujet des essais nucléaires par le pays dernier cité. Les Burkinabè ont diversement apprécié cette prise de position. Votre point de vue ?

Joël Aimé Ouédraogo : Pour moi, il ne devrait pas se prononcer ; parce que Donald Trump n’a aucune considération pour les Africains. Depuis qu’il est président, il n’a pas mis pied en Afrique et c’est lui qui nous convoque en table-ronde, comme ses enfants. Rien que pour cela, je n’étais pas pour qu’il se prononce sur le sujet. On ne peut pas parler comme les Américains, comme s’ils étaient avec nous. On ne peut pas parler comme les Français, comme s’ils étaient avec nous. Nous ne sommes ni pour X ni contre Y. C’est parce qu’ils ont des armes qu’ils parlent, laissons-les se battre, d’autant plus qu’ils ne nous considèrent d’ailleurs pas à l’ONU. Que fait la souri à la bataille des éléphants ?

Lefaso.net : ...Oui, mais n’est-ce pas dans ce genre de prises de position aussi qu’on affirme son existence dans le concert des Nations !

Joël Aimé Ouédraogo : Je suis parfaitement d’accord qu’il faut prendre des positions, mais quelle position ? Par rapport à des gens qui se font la guerre de missiles ? Non. Par contre, par rapport à une injustice, qu’on fait peut être à un pays pauvre, voici là où il faut se prononcer. C’est une guerre froide qui a toujours existé entre ces nations. C’est leur problème. Nous, nous avons nos problèmes. Nous, nous n‘avons pas encore atteint le niveau des débats d’armes, nous, ce sont les débats alimentaires, débats de justice sociale. Nous ne sommes pas-là pour être contre X ou Y, si l’Amérique peut nous aider à nous développer, on est preneur, si la Corée du Nord peut le faire, on est preneur ! Ce qui nous importe, c’est nous développer.

Et puis, qu’on comprenne un peu l’histoire : à la seconde guerre mondiale, l’Amérique était avec quel pays, quand ça chauffait ? L’Amérique se préoccupait de vendre ses denrées et armes, elle n’a pas pris de position. C’est après, quand il a vu les choses se dessiner, et leurs intérêts menacés, qu’elle a commencé à prendre position. C’est quelque peu cynique de le dire, mais si leur combat peut nous aider à nous développer..., qu’ils se battent ! Comme l’a recommandé Karl Max « Prolétaires de tous les bords, unissez-vous ! ». Il faut qu’on sache donc se respecter. D’ailleurs, le président Kaboré connaît-il réellement les motivations de chacun (USA, Corée du nord) ?

De toute façon, les motivations des grandes puissances les ont poussés à tellement faire de mal à l’Afrique... C’est au nom de la motivation de la démocratie que la Lybie est ce qu’elle est aujourd’hui ; on a nous a fabriqué de la salade. Constatons simplement. Il faut savoir à quel moment donner notre opinion.

Interview réalisée par Oumar L. Ouédraogo
(oumarpro226@gmail.com)
Lefaso.net

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