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« Un deuxième Sankara ? C’est inévitable si… », Alouna Traoré, ancien compagnon de Thomas Sankara

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET | Herman Frédéric BASSOLE • samedi 5 août 2017 à 22h29min
« Un deuxième Sankara ? C’est inévitable si… », Alouna Traoré, ancien compagnon de Thomas Sankara

Il est le seul survivant de l’attaque du Conseil de l’entente qui a coûté la vie au président Thomas Sankara et douze de ses compagnons d’infortune, le 15 octobre 1987. Vous l’aurez deviné, il s’agit bien de Alouna Traoré. A l’occasion du 34e anniversaire de la révolution du 04 août 1983 célébré par le Comité international Mémorial Thomas Sankara, nous l’avons rencontré au CENASA lors d’une conférence publique. Dans un entretien express qu’il nous a accordé, l’homme est convaincu que « si l’on continue de se comporter comme on se comportait avant le 04 août 1983 », un deuxième Sankara renaîtra. « C’est inévitable », a-t-il prévenu.

Votre souvenir le plus marquant de cette révolution d’août 83 ?

Il est actuel, il est de fierté. On ne pensait pas qu’on faisait si bien. En quatre ans, nous sommes portés à l’éternité. Les gens ne nous oublient pas. Tout ce qu’on a fait est positif. Les gens apprécient. Les gens dormaient, la révolution est venue les réveiller. Elles sont devenues plus exigeantes. On a mis le feu à la maison et le feu du progrès est toujours là. Quant au camarade président (Thomas Sankara, NDLR), c’était le leader le plus éclairé, le plus convaincu de nous tous parce qu’il était très contagieux, cancérigène à la limite. Quand vous rentrez, vous ressortez avec ses idées. Même quand il vous rebutait, vous étiez convaincu. Ce que je garde donc de positif, c’est la prise de conscience des gens. La révolution a amené les gens à croire en eux-mêmes, en l’effort personnel pour s’en sortir, à ne pas attendre que quelqu’un vienne nous sauver. C’est ça le virus du sous-développement.

L’impossible est devenu possible sous la révolution et il le demeure. La révolution a mis dans la tête des gens le mode opératoire, comment on peut s’en sortir. Tout est réuni pour cela. Voilà les grandes leçons que je garde de la révolution.

Et quel est le souvenir le plus triste que vous gardez de cette époque ?

Le 15 octobre. La perte de notre guide éclairé. Au bout d’un moment, je me demandais bien ce qu’il a pu faire pour mériter cela. Mais aujourd’hui, je comprends plus qu’hier pourquoi les gens ont fait ça. Ce n’est pas du passé. Ils l’ont fait et puis personne n’oublie Thomas Sankara.

Vous êtes le seul survivant de cette tuerie du 15 octobre 87, vous vous demandez sans doute ce que vous avez pu faire pour échapper aux assassins de Thomas Sankara ?

Avant, je me posais ces questions-là. Maintenant, je suis quand même un peu vieux pour cela. Cela fait trente ans et on finit forcément par se faire une habitude, par se donner une raison d’exister et d’avancer.

La révolution du 04 août 83 a 34 ans. Pouvez-vous penser à cette date sans penser à Blaise Compaoré, ex-compagnon de Thomas Sankara ?

Si on se remet à faire l’histoire, le 04 août 83 c’était l’unité, l’harmonie des sons. C’était une équipe de gagnants qui a engagé quelque chose. Maintenant, le 15 octobre c’était le début de l’enfer pour nous. Mais avec le temps, je pense qu’on a pu se refaire et je pense que le peuple a confiance en tout ce qui a été fait. La jeunesse d’aujourd’hui parle mieux de la révolution que ceux qui l’ont fait. Le but a été atteint. Je crois que nous n’étions pas là pour jouer les éternels. Y en a qui parlent peu et qui n’y croient pas, c’est la différence avec la révolution. Il ne faut pas avoir peur du peuple. Il y a des initiatives. On veut développer le caractère des gens, comme Lincoln l’a dit, mais on a peur des initiatives et de l’indépendance. Il faut responsabiliser les gens. Ce n’est parce qu’ils n’ont pas été à l’école qu’ils n’ont pas du génie.

Pensez-vous que le Burkina Faso connaitra un 2e Sankara ?

Si on continue de se comporter comme on se comportait avant le 04 août 1983, c’est inévitable. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, surtout les privilèges exagérés et les frustrations, eh bien, il y a rien à faire. C’est scientifique. Je ne suis pas un prophète de mauvais augure mais il faut faire très attention. C’est au pays de Thomas quand même. (Rires).

Propos recueillis par Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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