L’AMEB-ENSEA : Un cadre de rencontre et de concertation entre les étudiants burkinabè d’ingénierie statistique et économique en Côte d’Ivoire

LEFASO.NET | Youmali KOANARI (Stagiaire) • mardi 11 avril 2017 à 15h58min

Se retrouvant à L’Ecole Nationale Supérieure de Statistique et d’Economie l’ENSEA (AMEB-ENSEA) en Côte d’Ivoire pour poursuivre leurs études en ingénierie statistique et économique, des étudiants burkinabè ont vu la nécessité de créer une amicale d’entraide et de solidarité entre compatriotes. Nous nous sommes entretenus avec eux pour mieux connaître leur structure. Il s’est agi également pour nous de chercher à comprendre leur but et leurs motivations dans la mise en place de cette amicale.

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L’AMEB-ENSEA : Un cadre de rencontre et de concertation entre les étudiants burkinabè d’ingénierie statistique et économique en Côte d’Ivoire

Lefaso.net : Bonjour Monsieur Ansonibè Poda. Pouvez-vous vous présenter brièvement aux lecteurs de Lefaso.net ?

Ansonibè Poda : Bonjour. Je suis Ansonibè Poda, élève ingénieur statisticien économiste de la promotion 2017 de l’ENSEA. J’ai participé au concours d’ingénieur statisticien-économiste (en avril 2014) après avoir obtenu ma maîtrise en analyse et politique économiques à l’université de Koudougou. Je suis actuellement le président de l’Amicale des élèves burkinabè de l’ENSEA.

Lefaso.net : Pouvez-vous nous présenter l’Amicale des élèves burkinabè de l’ENSEA ?

Ansonibè Poda : L’AMEB-ENSEA est une association à but non lucratif, apolitique et non confessionnelle. Son siège se trouve à l’ENSEA à Abidjan. L’AMEB-ENSEA constitue un cadre de rencontre et de concertation entre les étudiants burkinabè de l’ENSEA. Elle a pour but d’accueillir et d’intégrer les nouveaux lauréats aux concours d’entrée à l’ENSEA par la transmission de documents scolaires et le parrainage, la prise en compte des problèmes d’ordre social de ses membres, la promotion du métier du statisticien, l’organisation d’activités récréatives, l’organisation de sorties et l’établissement de liens de communication entre ses membres et les autorités.Elle vise, en outre, le développement de la fraternité, de l’entraide et de la solidarité entre ses membres.

Lefaso.net : Pouvez-vous nous en dire plus sur le parrainage et la prise en compte des problèmes sociaux que vous venez tantôt d’évoquer ?

Ansonibè Poda : Le parrainage consiste à attribuer, par tirage aléatoire, à chaque nouveau membre un ancien chargé de lui donner des conseils sur la vie à l’ENSEA, les techniques d’études pour avoir de très bon résultats car la formation se déroule sous une forte pression comme dans toutes les grandes écoles d’ingénieurs, des conseils sur le plan sécuritaire dans une ville où l’insécurité est de taille. Parlant de prise en compte des problèmes d’ordre social, il s’agit à l’écoute et d’apporter assistance par des cotisations modestes et le soutien moral aux camarades burkinabè ne bénéficiant d’aucune bourse, ceux qui sont affectés par des événements malheureux, ceux victimes de vol ou de braquages (très fréquents, de novembre à février nous avons connu deux cas, l’un dans un taxi où tout a été emporté, le 2e que je suis, braquage avec une arme à feu, sous soin actuellement). Aussi, nous venons en aide à nos frères et sœurs qui connaissent des problèmes de santé.

Lefaso.net : Qu’est ce qui a motivé à la création de votre association ?

Ansonibè Poda : Vu le nombre d’étudiants burkinabè de plus en plus important à l’ENSEA, constatant qu’aucune organisation ne régit les étudiants burkinabè de l’ENSEA, nous, étudiants burkinabè, avons décidé de créer une association dénommée : Amicale des étudiants burkinabè de l’ENSEA (AMEB-ENSEA) au sein de laquelle nous nous regrouperons.

Lefaso.net : Combien de membres compte l’association et comment est-elle organisée dans son fonctionnement ?

Ansonibè Poda : Il faut dire que tout élève burkinabè de l’ENSEA, même s’il est ancien fait partie de l’AMEB. Vous comprenez donc qu’on ne peut donner un nombre exact des membres de l’AMEB. Cependant, je note au passage que pour cette année académique 2016-2017, nous avons 20 élèves et stagiaires, toutes filières confondues.

Lefaso.net : Alors, l’intégration à l’amicale des élèves est-elle automatique ?

Ansonibè Poda : L’intégration est automatique, sans frais d’adhésion. Il suffit d’être admis et être affecté à l’ENSEA.

Lefaso.net : En une décennie d’existence, quels sont alors les acquis à mettre à l’actif de votre organisation ?

Ansonibè Poda : L’association étant à but non lucratif, parlant d’acquis, nous pouvons dire que nous avons réussi à réunir la communauté dans un cadre où règne la solidarité, la fraternité, l’entraide.En un mot, nous constituons une famille à l’ENSEA. Cela facilite l’intégration des nouveaux, non seulement au sein de la communauté, mais aussi à l’école.Les statisticiens membres de l’AMEB ont du talent et cela est du à l’appui technique et académique de l’amicale. Elle est une plate-forme de rencontre entre élèves et professionnels, un cadre d’apprentissage et d’échange, de renforcement de capacités.

Lefaso.net : Quels sont les liens que votre structure entretient avec l’administration burkinabè ?

Ansonibè Poda : Nous entretenons de bonnes relations avec l’administration burkinabè. Plus particulièrement avec l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD) et le Centre d’Information et d’Orientation Scolaire, Professionnelle et de Bourses (CIOSPB). Nous profitons saluer au passage les efforts de l’INSD qui a œuvré pour que l’Etat burkinabè accorde un quota de 20 bourses nationales au profit des lauréats des concours d’ingénieur statisticien économiste (ISE) et d’ingénieurs des travaux statistiques(ITS), des concours inter-étatiques d’entrée dans les trois grandes écoles africaines de statistique que sont l’ENSEA(Abidjan), l’ENSAE(Dakar) l’ISSEA(Yaoundé) et l’IFORD (Yaoundé). Nous saluons particulièrement M. Felix Kabré du CIOSPB qui est toujours prêt à nous écouter et à agir à temps dans la limite de ses compétences.

Lefaso.net : Avez-vous des contacts avec des structures similaires dans votre pays d’accueil, la Côte d’Ivoire ?

Ansonibè Poda : L’AMEB-ENSEA entretient de bonnes relations avec les structures similaires de l’ENSEA, notamment les amicales de 16 autres nationalités. Nous nous limitons au cadre de notre école car son règlement intérieur ne nous permet pas de collaborer avec les associations hors de l’ENSEA.

Lefaso.net : Pouvez-vous nous décrire cette relation ?

Ansonibè Poda : Nous menons parfois de concert avec d’autres communautés des activités récréatives et des échanges culturels. Par exemple en avril 2016, l’AMEB a organisé avec la communauté béninoise une sortie de détente.

Lefaso.net : Parlez-nous des conditions d’études et de vie à l’ENSEA.

Ansonibè Poda : Nous bénéficions de bonnes conditions d’étude. Le cadre scolaire est très agréable et la qualité de la formation est très réputée. C’est d’ailleurs ce qui a valu à l’ENSEA le label « centre d’excellence de l’UEMOA » en 2014 et récemment le label « centre d’excellence africain de la Banque mondiale ». Sur le plan du logement, l’école fait de nombreux efforts pour mettre à la disposition de chaque étudiant dès son arrivée ici à Abidjan, une chambre à un coût très social. Nous saisissons l’occasion pour remercier le directeur de l’ENSEA, le docteur Hugues KOUADIO en particulier, et l’Etat Ivoirien en général.

Lefaso.net : Quelle est la politique de continuité que votre amicale a mise en place en termes de suivi de ses membres, une fois de retour au pays ?

Ansonibè Poda : Après leur formation, les membres de l’amicale restent en contact avec ceux toujours à l’école pour leur appuyer techniquement en leur prodiguant des conseils et en s’entretenant avec eux sur les réalités existant sur le marché du travail. C’est ce à quoi s’attèlent actuellement nos ainés qui sont en activité malgré leurs emplois de temps chargés. Nous leurs disons un grand merci. Parallèlement, nous souhaitons raffermir davantage ces relations afin de faciliter l’insertion professionnelle à la fin de la formation.

Lefaso.net : Quelle est la place même du statisticien dans le processus de développement d’un pays comme le Burkina ?

Ansonibè Poda : Aucun pays ne peut se développer sans la planification. Sans la planification, on ira dans tous les sens sans savoir exactement ni où on va ni ce qu’on veut. Or, qui veut planifier a besoin de connaitre la situation qui prévaut. Il faut quantifier la situation. La quantification ne peut se faire sans données statistiques. Par exemple, comment pourrions-nous réduire la pauvreté au Burkina sans savoir combien sont pauvres ou de combien de francs un individu a besoin pour traverser la barre du seuil de pauvreté ? Quelle politique sociale pouvons-nous mener sans connaitre la population du Burkina Faso ? Pour se développer, il faut planifier ; pour planifier, il faut des chiffres. Les statisticiens que nous sommes, maîtres des chiffres, mettent à la disposition du décideur les indicateurs qui aident à la prise de décisions. Ils conseillent, orientent, prévoient. Ils sont indispensables dans le processus de développement d’un pays comme le Burkina Faso. Il faut noter que le statisticien, maître des chiffres, peut intervenir dans tous les domaines de la vie : en géophysique pour les prévisions météorologiques, la climatologie, la pollution ; en démographie pour le recensement d’une population ;en sciences économiques et sociales pour l’étude du comportement d’un groupe de population ou d’un secteur économique ; en marketing pour le sondage d’opinion permettant de prendre des décisions d’investissement ;en médecine et en psychologie, tant pour le comportement des maladies que leur fréquence ou la validité d’un traitement ou d’un test de dépistage ;en assurance et en finance pour le calcul des risques, calcul du défaut de payement d’un client…

Lefaso.net : En tant que statisticien, quelle lecture faites-vous du PNDES, et quelle pourrait être contribution à sa mise en œuvre ?

Ansonibè Poda : Avant toute chose, nous nous réjouissons du fait que notre pays s’est doté d’un référentiel de développement. Le PNDES, Plan National de Développement Economique et Social, a pour vision de faire du Burkina Faso une nation démocratique, unie et solidaire, en transformant la structure de son économie de sorte à réaliser une croissance forte et inclusive au moyen de modes de consommation et de production durables. Au regard de son objectif global qui consiste à transformer structurellement l’économie burkinabè pour une croissance forte, durable, résiliente, inclusive, créatrice d’emplois décents pour tous et induisant l’amélioration du bien-être social, le PNDES, s’il est effectivement mise en œuvre, pourrait enfin sortir le Burkina Faso du sous-développement et sortir bon nombre de Burkinabè de la pauvreté de masse.Notre contribution à la mise en œuvre du PNDES se fera ainsi qu’il suit. D’abord le suivi-évaluation du PNDES : il faut noter que tous les objectifs du PNDES ont été quantifiés. Il faut donc selon une périodicité définie (chaque année par exemple) mesurer les progrès accomplis pour faire ressortir les domaines dans lesquels ces progrès sont insuffisants, faire ressortir où les ressources sont insuffisantes et évaluer l’impact (socio-économique) de chaque politique mise en œuvre.

Ensuite, il s’agit de conseiller, d’orienter le décideur politique quant aux choix des moyens pouvant faciliter l’atteinte des objectifs mentionnés. Enfin, nous comptons proposer des moyens de maitrise des risques pouvant influencer négativement la réalisation du PNDES. A cet effet, lors de mon stage de trois mois (août-octobre 2016) au ministère de l’Agriculture et des aménagements hydrauliques du Burkina Faso, j’ai travaillé sur la gestion des risques qui pèsent sur l’activité agricole au Burkina Faso, travail au bout duquel j’ai proposé l’assurance agricole comme moyen pouvant permettre aux agriculteurs, acteurs du secteur primaire de faire face aux aléas climatiques, aux risques de baisse des prix, augmentant ainsi, la résilience de notre économie aux aléas climatiques. Le risque lié aux aléas climatiques est l’un des six risques susceptibles d’entraver le PNDES (a1ansonube@mail.com pour ceux qui veulent de plus amples informations sur cet outil de gestion des risques agricoles).

Lefaso.net : Quels sont les défis auxquels fait face aujourd’hui votre organisation ?

Ansonibè Poda : Il faut dire qu’au Burkina Faso, le métier de statisticien n’est pas très bien connu par les entreprises. Elles ignorent notre savoir-faire professionnel. Les statisticiens sont donc le plus souvent réservés à servir l’administration burkinabé ou les grandes institutions internationales telles que la BAD, le FMI, la BCEAO, la FAO, le PNUD…Notre plus grand défi, c’est d’augmenter la visibilité du corps des statisticiens afin d’apporter notre savoir-faire aux entreprises locales parce que nous estimons que notre économie a besoin d’un secteur privé performant. L’un des grands défis est l’augmentation de l’assiette boursière tant en nombre qu’en valeur en tenant compte des étudiants burkinabè qui composent les mêmes concours même hors de nos frontières. Enfin, nous travaillons à rendre automatique et immédiate l’intégration des ingénieurs statisticiens après leur formation.

Lefaso.net : Quel lien entretenez-vous avec les organisations de la communauté burkinabè en Côte d’Ivoire ?

Ansonibè Poda : Nous n’entretenons aucune relation avec les organisations non reconnues par l’ENSEA et donc nous n’avons aucune relation avec les autres organisations de la communauté burkinabè en Côte d’ivoire sauf l’Ambassade du Burkina Faso en Côte d’Ivoire où la relation est encore très embryonnaire.

Lefaso.net : Comment avez-vous vécu la crise militaire récente en côte d’ivoire ?

Ansonibè Poda : Il faut dire que le mois de janvier 2017 a vraiment été un mois difficile pour nous. C’est pourquoi, nous avons suivi seconde après seconde l’évolution des évènements. Cette crise avait suscité la peur ; nous nous réjouissons du fait qu’elle ait été aussitôt désamorcée.

Lefaso.net : Avez-vous quelque chose d’autre à ajouter que nous n’avons pas abordée au cours de cet entretien ?

Ansonibè Poda : Remercier et encourager les Etalons du Burkina Faso pour leur détermination depuis maintenant cinq ans. Rappeler que les concours d’entrée dans l’une des trois grandes écoles africaines de statistiques ont lieu chaque année dans le mois d’avril. Les dépôts du dossier de concours se font à l’INSD sis à Ouaga 2000 sur l’avenue Pascal Zagré. Ils couvrent généralement la période du 1er au 31 janvier de l’année. Je profite lancer un appel à tous ceux qui hésitent à nous rejoindre sous prétexte que l’accès à ces grandes écoles de statistiques est difficile. Je voudrais leur dire que les seuls obstacles que connaissent nos ambitions sont nos doutes.Nous ne saurions terminer nos propos sans remercier infiniment votre organe, Lefaso.net, canal par lequel, des millions de personnes s’informent au quotidien. Vous faites un travail noble. Que Dieu vous bénisse.

Youmali Koanari
Lefaso.net

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