« Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

LEFASO.NET | Marcus Kouaman • dimanche 23 octobre 2016 à 07h22min

Membre fondateur de l’UNIR/PS (Union pour la renaissance/Parti Sankariste), le pharmacien – Colonel à la retraite, Abdoul Salam Kaboré, dans les lignes qui suivent, nous parle de sa retraite anticipée de l’armée, du projet de mémorial et de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. Ceci est la deuxième et dernière séquence de cet entretien.

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« Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

Lefaso.net : Comment êtes-vous parti de l’armée ?

Abdoul Salam Kaboré : Il y a eu plusieurs phases dans leur gouvernement, la réhabilitation, ensuite la réconciliation, etc. J’ai été réhabilité au grade de pharmacien-colonel en 1994. Depuis là je n’ai plus bougé parce que j’ai d’abord pris ma retraite anticipée. Je ne pouvais pas tricher, être militaire et être pharmacien privé. Il y avait à choisir et j’ai laissé mon uniforme. Personne ne m’a chassé de l’armée.

Parlons du projet de mémorial Thomas Sankara. D’où vous est venue une telle idée ?

Ce n’est pas parce que je suis président du comité d’initiative que c’est moi qui ai eu l’idée. En fait, je pensais que si un jour j’étais maire dans mon village, je ferais une place Thomas Sankara. Il y a un autre qui disait que si un jour, il a les moyens, il va construire un bâtiment à l’honneur de Thomas Sankara, etc. Il y a eu plusieurs initiatives comme cela et au fil des causeries, on est venu à fédérer ces initiatives pour dire, mais Sankara mérite quelque chose de grand, de maousse. C’est là que nous avons pensé à un mémorial. Qui rappellerait la vie de Thomas Sankara, son enfance, ce qu’il a fait pour le Burkina Faso. Ses principales phrases : « malheur à ceux qui bâillonnent leur peuple », « ce qui sort de l’imagination de l’homme est réalisable par l’homme », « osez lutter, savoir vaincre », etc. Donc nous avons pensé ériger un monument pareil qui va rappeler l’homme aux Burkinabè que nous sommes.

Combien coutera ce mémorial et comment allez-vous le financer ?

Personne ne peut vous le dire aujourd’hui. Nous sommes en phase de construction (du projet). Il y aura des concours architecturaux. Nous savons que nous pouvons facilement construire le mémorial avec l’argent du Burkina Faso. L’autre jour dans mon discours (au lancement du projet le 2 octobre 2016) j’ai montré que nous avons commandé des boites d’un certain volume que nous allons placer à des endroits stratégiques. Nous avons évalué, la population du Burkina Faso est de 17 millions environs. Dans ces 17 millions, nous avons mis à part 7 millions constitués par des bébés, des enfants, des malades. Donc il nous restait 10 millions. Si chacun met 100 francs dans la boite, lorsque la boite sera pleine, nous aurons 1 milliard. Si nous commençons cette opération dans les autres pays d’Afrique, on sera submergé. J’ai été invité à Niamey pour le lancement de leur boite. Je ne pense pas que nous aurons du mal à construire notre mémorial avec les idées que nous avons.

Semble-t-il que ce mémorial coûtera 5 milliards ?

Non. On n’a pas dit que le projet coutera 5 milliards. On a dit, si par exemple, le projet coûte 5 milliards, nous en une opération, on a 1 milliard. On est capable d’avoir les 5 milliards pour faire le mémorial. Personne aujourd’hui ne peut chiffrer cela, parce qu’il n’y a pas eu de concours architectural.

Pensez-vous que de son vivant, le Président Thomas Sankara, aurait accepté une telle dépense ?

Peut-être pas. Mais Attention, en faisant le mémorial, on pensait à plusieurs choses. L’endroit que nous avons choisi, le Conseil de l’entente, où Thomas Sankara a commencé à travailler en tant que président, où il a pris les grandes décisions, où il a été tué. En prenant cet endroit et en le faisant ouvert, ça va être un endroit hautement touristique qui va drainer pas mal de personnes. Aujourd’hui quand quelqu’un vient au Burkina Faso, un expert de la FAO finit son séminaire et demande est-ce qu’on peut voir la tombe de Thomas Sankara.

Mais le cimetière de Dagnoin est là !

On le conduisait au cimetière de Dagnoin. Si on peut en tirer quelque chose en faisant le mémorial, cela va être grandiose et plaire au gens. Les gens vont passer et laisser de l’argent dans les hôtels, en visitant. Nous allons permettre à tout le monde de rentrer voir. Il y aura plein de choses.

Bientôt deux ans qu’il y a eu l’insurrection. Comment avez-vous vécu cette situation en son temps ?

En son temps ! Holala. En son temps j’ai dit, voici l’ère des Sankaristes.

L’ère des partis Sankaristes ?

Je n’ai pas dit partis Sankaristes. Parce que Sankara disait que s’il meurt, il y aura des milliers et des millions de Sankara qui vont naitre. Et ce jour-là, je me suis dit que les milliers et les millions de Sankara qui devait naitre là sont là. Parce que tous ceux qui étaient à la place de la nation, c’était le point levé. Ce qui caractérisait Thomas Sankara. Cette insurrection vraiment m’a donné beaucoup d’espoir. Certains qui étaient là n’avaient pas connus Thomas, mais ils voient ce qu’il a fait pour eux et pour leurs parents. Tout cela m’a donné le sourire.

De l’insurrection à nos jours, les jeunes attendent toujours. Qu’est ce qui se passe selon vous ?

Un pays ne se fait pas en un jour. Un travail ne se fait pas en un jour. Il y a beaucoup de choses à faire pour qu’on y arrive. Il faut que ceux qui sont aux commandes de l’Etat sachent prendre le pouls de ceux qui sont là et qui attendent. C’est ensemble lorsque nous (le peuple) aurons compris ce que les gouvernants d’aujourd’hui veulent faire et lorsque nous serons en phase, peut-être qu’on verra l’arbre faire des fruits.

Avez-vous des conseils à donner aux gouvernants actuels par rapport à la fronde sociale, vous avez déjà été ministre ?

Je ne veux pas être prétentieux pour dire que je vais donner des conseils aux gouvernants. La seule chose à faire, c’est de rester soi-même, humble, travailler beaucoup. Lorsque vous marchez, vous pouvez vous arrêter jouer au damier… c’est comme cela que les Burkinabè aiment leur chef. Faire en sorte que votre peuple vous aime.

Entretien réalisé par Marcus Kouaman
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 22 octobre 2016 à 17:46, par Tapsoba R(de H)
    En réponse à : « Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

    « Depuis là je n’ai plus bougé parce que j’ai d’abord pris ma retraite anticipée. Je ne pouvais pas tricher, être militaire et être pharmacien privé. Il y avait à choisir et j’ai laissé mon uniforme. Personne ne m’a chassé de l’armée. » Parole d un patriote digne de son rang !! Longue vie papa.

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  • Le 22 octobre 2016 à 20:17, par Zerbo Lawakila
    En réponse à : « Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

    Grand monsieur, homme de dignité et de fidélité, vous avez tous mes respects.

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  • Le 23 octobre 2016 à 09:32, par somed
    En réponse à : « Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

    Tu n’a jamais triche et tu ne tricheras jamais par ce q c n’es pas ds ton educstion en tout cas felicitstion et bravo pour exercer le metier d pharmacien hors de l’armee. C,’ed cela l’honetete. Apres vs regardez : des militaires president d’sssociation, commercant et en uniforme. Besucoup se sont decouvert une ame de presidentiable di ce n’es pas des coups d’etat qu’ils font. Regardez ds quel etat es l’armee. Continuez a ns eclairer avec votre franchise et votre honetete

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  • Le 23 octobre 2016 à 10:05, par TRAORE
    En réponse à : « Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

    Longue vie à vous et que ce projet soit une réalité. Je vous ai connu au dispensaire du camp militaire à Dédougou à l’époque. Toujours prêt à rendre service.

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  • Le 23 octobre 2016 à 13:50, par Fidèle Au FIDEL
    En réponse à : « Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

    Je propose à tous les Burkina que l’insurrection populaire de 2014 soit mentionnée dans la nouvelle constitution comme patrimoine inaliénable du peuple Burkinabe et que le déni de cette juste insurrection et de ses acquis soit considéré comme crimes contre le vaillant peuple Burkina beaucoup et sanctionnable comme tel, à la i’image du déni de l’extermination du peuple juif pendant la 2ème guerre mondiale, qu’ Israël n’est pas prêt à tolérer.

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  • Le 23 octobre 2016 à 13:53, par Fidèle Au FIDEL
    En réponse à : « Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

    Je propose à tous les Burkina que l’insurrection populaire de 2014 soit mentionnée dans la nouvelle constitution comme patrimoine inaliénable du peuple Burkinabe et que le déni de cette juste insurrection et de ses acquis soit considéré comme crimes contre le vaillant peuple Burkinabe et sanctionnable comme tel, à la i’image du déni de l’extermination du peuple juif pendant la 2ème guerre mondiale, qu’ Israël n’est pas prêt à tolérer.

    Répondre à ce message

  • Le 23 octobre 2016 à 19:14, par Francis William YAGUIBOU
    En réponse à : « Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

    Vous êtes restés digne comme on en voit très rarement aujourd’hui. Félicitation mon commandant (colonel aujourd’hui). Aidez nous à reconstituer l’histoire exact du 04 août. Des hommes de peu de foi ont tenter de tronquer les choses, mais l’histoire les rattrapent. Honte à eux !

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  • Le 24 octobre 2016 à 07:37, par kouadio
    En réponse à : « Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

    quel espoir ? si tu n’as rien a dire tais toi ! Le pays va ou ira t-il mieux qu’avant ? Attends de voir avant de voir car la situation actuelle du pays n’autorise pas ce genre de declaration. Ensuite evitez de faire croire aux jeunes que Sankara etait la solution car ce nom divise les Burkinabe aujourd’hui plus qu’auparavant. Car beaucoup d’opportunistes en ont fait leur fonds de commerce

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  • Le 24 octobre 2016 à 12:35, par DIEU MAUDISSE LES DICTATEURS
    En réponse à : « Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

    @Internaute 8 Kouadio, vous etes decevant par vos declarations a la limite irrresponsables. Vous dites que Sankara divise les burkinabe aujourd’hui plus qu’auparavent ? Ou sont vos preuves ? Sachez qu’il est magnifie a l’international d’abord et meme certains qui ont connu la dure realite des choses sous son regime reconnaissent la valeur de ce grand homme.
    Vous dites que certains en font un fond de commerce ? Ou sont vos preuves ? Des declarations ridicules et enfantines. Dans ce cas, il est un grand homme puisque meme mort on peut en faire un fonds de commerce. Et ton Blaise vivant, dis nous si on peut en faire un fonds de commerce ?
    As- tu ecoute les declarations de l’impitoyable chef de guerre liberien Prince Jhonson sur la liquidation physique de Thomas Sankara ? Trop malmene par tes emotions tu n’as rien compris. Il dit que Blaise Compaore controlait les camps militaires, l’armee et Thomas Sankara n’etait qu’un President ceremonial et que la realite du pouvoir etait detenu par Blaise Compaore. Il lui etait donc plus facile de faire un coup d’Etat.
    Le comble du sort, des internautes ont baptise Compaore Blaise le nouveau ivoirien Konan Kouadio Kouassi Blaise et toi ton profil c’est Kouadio. Blaise j’espere que ce n’est pas toi qui te cache sous ce profil ?
    En attendant ce memorial Thomas Sankara... "Malheur a ceux qui baillonnent leur peuple".

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  • Le 24 octobre 2016 à 13:32, par pâtit tawgo
    En réponse à : « Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

    Restez humble, s’arrêter jouer au damier dans la à rue. C Est comme sa que les burkinabe aiment voir leurs dirigeants. Exact mon colonnes. Vous vous avez été humble et vous êtes tjr humble. Je serre les fesses mon colonel

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  • Le 17 novembre à 13:48, par Hamon
    En réponse à : « Cette insurrection m’a donné beaucoup d’espoir », Colonel Abdoul Salam Kaboré, ancien ministre de Thomas Sankara (2/2)

    Un livre est Daniel Tranchant est en librairie en France.
    Il a été écrit par Daniel Tranchant médecin militaire qui était â Ouagadougou pendant les mois qui ont précédé l’assassinat de THOMAS SANKARA.
    Il y mentionne sa vie avec sa famille et son activité de medecin chef de l’hôpital de la ville.
    Â la page 96 ,il décrit que des militaires viennent â l’hôpital pour le chercher à la demande du ministre des sports ,le camarade Abdoul Salam kabore ,l’ancien ministre de la santé.
    ABDOUL SALAM kaboré est lui ancien eleve de l’ecole de santé navale de Bordeaux
    La question qui est posée par le ministre ne manque pas d’interrogations, le docteur Tranchant qui est en face du ministre .
    Docteur ! je n’irai pas quatre chemins. Vous connaissez le President et sa famille.je sais que vous avez demander l’évacuation sanitaire de joseph SANKARA, le père du PF,et je sais que PF l’a refusée. Seul un fou peut faire Cela. Vous etes d’accord,non ? Refuser de faire soigner son père c’est être fou, non ?Vous savez que le Président est malade, du surmenage, il n’a plus sa tête. Il ne doit pas gouverner.voilà un certificat médical qui le dit. Vous devez le signer ! Le docteur Tranchant refuse de signer ce certificat par lequel je declare que THOMAS SANKARA, président du Burkina Faso,n’est plus en possession de ses moyens intellectuels,qu’il est inapte â gouverner,qu’il doit mis fin à ses fontions immédiatement y compris contre son gré. Mon nom est déjà écrit en bas , avec la date,je n’ai plus qu’à signer.
    Je suis censé certifier la folie de THOMAS SANKARA....... voilà les écrits d’une personne médecin qui a côtoyé la famille SANKARA et qui révèle une situation ambiguë en amont des jours dramatiques qui se passeront quelques jours plus tard. Réalité ou interprétation..??

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