Le tramadol : un antidouleur détourné de son usage thérapeutique et qui dévaste la jeunesse

dimanche 5 juin 2016 à 14h55min

Qu’est ce que le tramadol ?
Le tramadol est une molécule synthétisée pour la première fois en 1962. Il a été développé et commercialisé comme médicament antidouleur par la firme pharmaceutique allemande Grunenthal GmbH en 1977 sous la dénomination commerciale de « Tramal ». Le tramadol est utilisé aux Etats Unis depuis avril 1995, au Royaume Uni depuis 1997 et en Australie depuis 1998. Au Burkina Faso, les premières autorisations de mise sur le marché dateraient de 2013.

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Le tramadol : un antidouleur détourné de son usage thérapeutique et  qui dévaste la jeunesse

Les indications du tramadol

Le tramadol est utilisé contre les douleurs modérées à sévères à la dose thérapeutique de 50 à 400 mg par jour. Il exerce son action antidouleur directement sur le cerveau tout comme la codéine ou la morphine. Le tramadol est plus puissant sur la douleur que le paracétamol, et les anti-inflammatoires tels que l’ibuprofène, le diclofénac… Lorsque le tramadol est utilisé trop longtemps, il entraine une dépendance psychique qui peut conduire à l’automédication et à un usage détourné. L’utilisation du tramadol de nos jours est en forte croissance depuis le retrait du marché de l’association paracétamol+ dextropropoxyphène.

L’usage détourné du tramadol

A forte dose, le tramadol augmente substantiellement la quantité des monoamines (dopamine, sérotonine, noradrénaline). L’augmentation de ces substances entraine les effets majeurs suivants :
-  Sensation de bonne humeur (aide à résister au stress)
-  augmentation de la vigilance avec diminution des besoins de sommeil, insomnie
-  stimulation locomotrice, logorrhée (parler beaucoup)
-  réduction de la sensation de fatigue
-  anorexie (perte de l’appétit)
Les effets psychotropes ont donc rapidement conduit à l’usage détourné de la molécule par une partie de la population surtout la tranche jeune. Cette pratique est-elle sans danger ?

Les effets toxiques du tramadol à forte dose

Le mésusage du tramadol à des effets dévastateurs. Les signes cliniques en relation avec la toxicité liée au tramadol sont divers. On retiendra entre autres, les agitations anxieuses, la léthargie, la confusion, les hallucinations, les crises d’épilepsie, les délires, la dépression respiratoire, l’augmentation du rythme cardiaque, l’hypertension artérielle, le coma. La mort survient habituellement suite à une altération du foie, un collapsus cardiovasculaire, un choc réfractaire, une profonde dépression respiratoire. C’est malheureusement le sort réservé à ceux qui s’adonnent au tramadol à fortes doses.
Pour exemple, en 2010, sept décès par overdose de Tramadol chez des toxicomanes ont été recensés en France.
Au Burkina Faso, en l’absence de statistiques, bon nombre sont ceux qui subissent ou constatent les effets dévastateurs du tramadol.

Le tramadol et la jeunesse burkinabè

Le tramadol est aujourd’hui utilisé à fortes doses par des jeunes pour ses propriétés anti-fatigue, et pour sa capacité à occulter les douleurs morales causées par la situation locale (chômage, déception de toute sorte, pauvreté, l’avenir de plus en plus sombre). L’accès à la molécule serait facilité par des prescriptions médicales irrationnelles, par la délivrance sans ordonnance médicale et par le développement de la vente illicite des médicaments (médicaments de contrefaçon, médicaments de la rue).
Vu les conséquences de cette pratique sur la qualité de la vie, la jeunesse burkinabè qualifiée de fer de lance du développement est alors en passe de devenir si rien n’est fait, le frein au développement.

A qui la faute ? Aux gouvernants qui ne proposent pas de politiques sincères au profit de la jeunesse ? Aux familles qui ont peut être démissionné de leur rôle d’éducateur ? A la jeunesse elle-même qui est fatiguée de supporter un avenir de plus en plus sombre ? Réfléchissons-en !

En tout état de cause, nous pensons que le tramadol, nouvelle drogue de la jeunesse, doit faire l’objet d’une surveillance particulière tant au niveau de la prescription qu’au niveau de toutes les voies de distribution (licite ou illicite). La lutte ferme contre les médicaments de la rue serait la voie à privilégier.

Nous souhaitons vivement que beaucoup de vies soient préservées et sauvées par cet écrit.

Docteur TRAORE S. Martin
Pharmacien spécialisé en Biologie clinique

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