Sécurité alimentaire : Des chercheurs de l’INSS font le compte rendu de leur étude aux populations de Nessemtenga et Kaya

lundi 21 mars 2016 à 00h42min

Les 17 et 18 mars 2016, des chercheurs de l’Institut national des sciences sociales étaient à Nessemtenga et à Kaya. Pas pour des recherches, mais plutôt pour restituer aux populations les résultats d’une recherche menée depuis 2012 auprès d’elles. C’était dans le cadre du projet « Assurer la sécurité alimentaire en période de volatilité des prix des denrées alimentaires ».

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Sécurité alimentaire : Des chercheurs de l’INSS font le compte rendu de leur étude aux populations de Nessemtenga et Kaya

« C’est une question déontologique que l’on doit intégrer dans les programmes de recherche ; quand on voit les populations pour des recherches, il faut leur restituer les résultats de la recherche ». C’est ainsi que Pr Ludovic O. Kibora, coordonnateur général de l’équipe de l’étude et directeur de l’Institut national des sciences sociales (INSS), explique la démarche.

« Assurer la sécurité alimentaire en période de volatilité des prix des denrées alimentaires » est un projet de recherche sur la sécurité alimentaire. Une étude commanditée par l’ONG Oxfam et menée par une équipe pluridisciplinaire du Département Socio-Economie et Anthropologie du Développement (DSEAD) avec la contribution scientifique de l’Institut of development studies (IDS) en Angleterre. Les recherches ont débuté depuis 2012 dans le village de Nessemtenga (à quelques encablures de Kaya) et à Kaya.

« Il s’agissait de choisir les pays, parmi les plus pauvres ou ceux qui ont connu les difficultés en matière de sécurité alimentaire, pour voir comment on peut, pendant un certain nombre d’années, mener des recherches de façon longitudinale pour tirer des résultats assez probants sur la sécurité alimentaire », précise l’anthropologue Pr Ludovic Kibora qui précise par ailleurs que la même étude est menée parallèlement dans 10 pays au monde.

L’étude menée par l’équipe de l’INSS s’est ainsi attelée à identifier les réponses à court, moyen et long terme à la vulnérabilité des populations face à la fluctuation à des produits alimentaires. L’accent étant mis sur les produits de grande consommation au sein des ménages.

Une méthode participative jusqu’au bout

Débuté en 2012, le projet a ciblé les mêmes personnes. Des focus groupes, des entretiens individuels ont été réalisés pour récolter des données. La première année, il s’est agi de mettre en évidence les tendances du bien-être de la population en période de volatilité des prix alimentaires. Là, les chercheurs ont identifié et analysé entre autres les stratégies d’adaptation ponctuelles des populations face aux crises alimentaires.
La deuxième année, les recherches se sont focalisées sur la détermination du niveau de connaissance des populations en matière de droit à l’alimentation et la responsabilité face à la faim.

Enfin la troisième année s’est penchée sur l’identification et l’analyse des nouvelles habitudes alimentaires et consommation d’aliments transformés. La capacité de contrôle des individus sur les aliments importés ou transformés, les changements des habitudes alimentaires et leurs incidences sur la culture locale (la socialisation de l’enfant ne se passe plus, par exemple, autour du plat familial).

Les ateliers de dissémination à Nessemtenga le 17 mars et à Kaya le 18 mars ont été l’occasion pour Pr Ludovic Kibora, coordonnateur du projet, Dr Roger Zerbo, et Guibril Mando technicien de recherche, tous chercheurs de l’INSS, et les populations de discuter sur le document final. Une initiative que les populations ont louée et que le coordinateur du projet justifie en ces termes : « En tant que chercheurs en sciences sociales, on a déjà rencontré des gens ; lorsqu’on veut leur parler, ils disent qu’on vient poser des questions, on ne voit plus la suite et on ne sait pas ce qu’il en est. Même si votre but est d’amener les décideurs à intervenir, il faudrait dire aux populations ce qu’on a pu faire avec elles, discuter avec elles pour voir si cela va dans le sens qu’elles attendent (…) on ne peut pas se permettre de faire des recherches et disparaitre », clame-t-il.

« Nous attendons que les autorités donnent suite aux recommandations »

Le Projet, « Assurer la sécurité alimentaire en période de volatilité des prix des denrées alimentaires » à Nessemtenga et à Kaya a ‘’accouché de huit recommandations.
-  Promouvoir la vente de vivres à prix social au profit des plus démunis

-  Renforcer la mécanisation de l’agriculture

-  Mettre à la disposition des zones déficitaires les productions vivrières des provinces excédentaires

-  Promouvoir les activités génératrices de revenus pour les jeunes agriculteurs et les femmes

-  Mettre en place une centrale d’achat de céréales et d’intrants agricoles

-  Veiller à l’intégration agriculture - élevage

-  Mettre en place un système de protection sociale en faveur des plus démunis

-  Dynamiser les politiques d’intégration

Et pour les populations, c’est le résumé de leurs préoccupations et les yeux sont maintenant tournés vers les autorités et les partenaires après le ‘’défrichage’’ du terrain par les chercheurs. Selon le chef de Nessemtenga Zakaria Ouédraogo, qui a participé à tout le processus de l’étude, les problèmes sont connus, reste à agir. « Nous nourrissons beaucoup d’espoirs quant à la suite du projet. Même si les huit recommandations ne sont pas prises en compte au moins la moitié. Notre problème ici, c’est l’eau, l’élevage, l’emploi des femmes et des jeunes », indique le chef coutumier.

La représentante des veuves à Kaya Emilienne Ouédraogo, pense pour sa part que le problème de la sécurité alimentaire est un problème transversal. Et le poids est lourd sur les épaules des groupes vulnérables. « Au regard de notre situation (Ndlr. veuves), aux charges que nous avons, et des prix des denrées sur le marché, cela joue sur l’éducation de nos enfants. On souhaiterait que l’Etat se penche sur notre situation. Par exemple, à Kaya on n’a pas accès aux boutiques témoins. Quand on y va, on trouve que ce sont les personnes aisées qui ont plus accès, par rapport aux personnes défavorisées ».

A en croire Wounoogonabila du Sanmatenga, par ailleurs président de L’union des religieux et coutumiers du Burkina pour la promotion de la santé et le développement (URCB/SD), section du Burkina, l’alimentation est un préalable pour avoir des bras valides qui participent au processus de développement du Burkina. « Quand on est bien alimenté, on est en bonne santé et cela permet de vivre plus longtemps et surtout d’être productif. Nous espérons et attendons que les autorités donnent suite aux recommandations », a-t-il conclu.

Tiga Cheick Sawadogo (tigacheick@hotmail.fr)
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Vos commentaires

  • Le 22 mars 2016 à 16:35, par MEDA W.
    En réponse à : Sécurité alimentaire : Des chercheurs de l’INSS font le compte rendu de leur étude aux populations de Nessemtenga et Kaya

    Bravo à INSS pour cette tentative de partager avec les populations les résultats de la recherche et surtout en sciences sociales. Cela montre qu’au FASO ,il y a des chercheurs qui cherchent et qui trouvent. Disparaître au bout d’une étude sans crier gars laisse les gens dans la suspicion et libre pensée aux gens qui trouvent que les chercheurs se font des sous sur la pauvreté des populations. C’est parce que aucun feed back ne se fait après les phases de récolte et d’ analyse des données.Courage et invitation aux autres chercheurs toutes catégories confondues ; aux projets et programmes d’en faire autant surtout dans un contexte burkinabé assoiffé de développement Aux gouvernants de ce pays, aider la recherche à valoriser les résultats.

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