Des assises pour une école catholique plus forte au Burkina

mardi 10 novembre 2015 à 23h36min

L’arbre ne doit pas cacher la forêt ! Les super résultats de fin d’année scolaire et académique dans les écoles catholiques au Burkina, n’exemptent pas celles-ci de son lot de difficultés. Susceptible d’entraver malheureusement la marche d’une structure qui fait non seulement la fierté de l’Eglise Famille de Dieu au Burkina, mais également celle de bien des fils du Faso, le problème est suffisamment grave pour que l’épiscopat et les acteurs principaux de l’enseignement catholique, décident de la tenue des assises nationales de l’enseignement catholique au Burkina. Introspection oblige. Ces assises qui se déroulent présentement à Ouagadougou, dans les locaux du centre national Cardinal Paul Zoungrana, veulent selon le Cardinal Philippe Ouédraogo qui a accueilli les participants, « être un espace pour tous, pour privilégier la réflexion sur les nombreux et complexes défis à relever dans ce pan important de la pastorale de l’Eglise Famille de Dieu au Burkina Faso ».

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Des assises pour une école catholique plus forte au Burkina

Une vision à recadrer ?

Depuis 1990 faut-il le dire, l’école catholique a connu des formes diverses au fil des années au Burkina Faso. En croissance continue certes, mais toujours sur le lit des soubresauts, elle était obligée de faire l’expérience douloureuse de la cession de sa gestion à l’Etat en 1969. Un dénouement malheureux qui s’imposait à l’Eglise, à l’issue d’une grave crise qu’elle a traversée face à de nombreuses difficultés que l’école catholique rencontrait. L’école catholique cheminera désormais petitement dans sa partie secondaire, et par les soins des congrégations religieuses. Mais lors des premières assises de novembre 1996, un souffle nouveau consacrait l’idée d’une école catholique nouvelle, où les évêques insistaient sur l’engagement de toute la communauté ecclésiale. « C’est la communauté désormais disaient-ils, qui devra pourvoir à la création des écoles, à leur organisation et à leur gestion ; c’est elle également qui devrait être responsable de sa gestion ». Vingt ans sont écoulés et à en croire les responsables, les difficultés ne manquent pas. Il est de bon ton donc, selon Mgr Séraphin ROUAMBA président de la commission épiscopale pour l’enseignement catholique, que « les acteurs principaux engagés dans ce domaine s’asseyent pour clarifier leur vision et leur commune mission dans ce domaine capital de l’éducation par l’école catholique ».
L’école catholique au Burkina Faso, c’est cette machine aux 57 centres pré scolaires, 173 écoles primaires dont 47119 élèves et 1132 enseignants, 102 post primaires et secondaires avec 36007 élèves pour 66o professeurs permanents et un grand nombre de vacataires. Elle caracole dans le supérieur avec deux universités, une école supérieure, un centre de formation des enseignants, tous, des structures prisées mais également concernées par les difficultés que les présentes assises entendent circonscrire.

Qu’est ce qui doit changer ?

Les participants sont unanimes à reconnaitre que les problèmes ne viennent pas seulement de l’extérieur. Le président de la commission épiscopale relève en effet, « qu’à l’interne, il y a une insuffisance dans le devoir de concertation qui avait fini par mettre à mal la communion et la gouvernance depuis le secrétariat de l’enseignement catholique ». La part externe cependant dans sa gravité, peut risquer d’asphyxier l’enseignement catholique, si rien d’urgent n’est entrepris. Mgr Séraphin explique en effet, que « le non respect par l’Etat de son engagement pour l’équilibre budgétaire de l’enseignement primaire catholique éprouve durement cette institution ». Un tel non respect a conduit au fil des années à un déficit financier devenu insoutenable à partir de 2013. « Estimé à sept cent soixante cinq million soixante cinq mille cinq cent trente (768 65 530) en juin 2013, il a atteint un milliard neuf cent dix neuf mille six cent cinquante un mille huit cent vingt huit (1 919 651 828) en décembre 2014 et s’annonce à deux milliards neuf cent trente trois mille sept cent vingt (2 000 933 720) en décembre 2015 » explique Mgr Séraphin ROUAMBA. C’est dire donc, qu’il ne va pas suffire de signer un contrat, -celui de la convention du 18 mai 2009 entre l’Etat et l’Eglise catholique, -mais plutôt qu’il va falloir l’appliquer si tant il est vrai pour tous, que la part du rôle que joue l’Eglise intéresse l’Etat au plus haut degré. L’avenir de l’enseignement catholique est fortement lié au traitement salarial et indemnitaire des enseignants. Nul ne peut nier que la convention apporte beaucoup à la carrière des enseignants embraqués dans cette aventure, mais la convention doit viser plus que cela. Les recettes constituées des scolarités et de la subvention vont croissantes certes, mais elles restent en deçà de celles que représentent les charges salariales. Pour preuve, les deux sources cumulées, frais de scolarité et subventions de l’Etat, ne peuvent couvrir que 56% des besoins actuels de l’école catholique. Pourtant les termes de la convention sont clairs « l’Etat s’engage à soutenir l’enseignement catholique par une contribution financière lui permettant d’atteindre l’équilibre budgétaire ».

L’Etat interpellé ?

Les assises ne sont pas une tribune pour revendiquer. Elles servent à interpeler tous les acteurs dans ce vaste champ de l’enseignement catholique. La commission paritaire créée dénote de la volonté de l’Etat à jouer aussi bien que possible sa partition, pour résoudre les problèmes, mais l’on constate que le but est loin d’être atteint. L’aide accordée arrive par exemple en retard, alors que les salaires doivent être versés à des périodes bien connues.
Tout le monde le sait, cette aide ne doit pas être considérée comme un privilège accordé à l’école catholique, mais comme un appoint pour donner plus de chance au maximum d’enfants d’accéder à la culture. Il s’avère donc impérieux de revoir l’esprit de la convention pour permettre à l Eglise de jouer son rôle dans l’immense chantier de l’éducation où elle se déploie dans tous les compartiments du pays, et au bénéfice sans exclusive de tous les burkinabè. Les réflexions devront aboutir in fine, à trouver une convention pour un partenariat fécond avec l’Etat, en vue de permettre l’amélioration du traitement des enseignants et d’ouvrir des écoles même dans les milieux pauvres. Pour l’atteinte d’un tel idéal, il est nécessaire que les premiers acteurs s’accordent et célèbrent la communion dans l’agir et dans la vision.

Abbé Joseph KINDA
www.egliseduburkina.org

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Vos commentaires

  • Le 11 novembre 2015 à 08:31, par Ousmane
    En réponse à : Des assises pour une école catholique plus forte au Burkina

    Les assises pour cette rentrée sont les bien venues car l’enseignement catholique rime un peu avec du commercial ce qui fait les résultats attendus pour es examens...Je ne peux pas comprendre que l’année scolaire 2014-2015 il y’avait 2 classes de 2 AB3 au Lycée Marie adélaide de Cissé et que la rentrée scolaire 2015-2016 on se retrouve avec une clase1G 2 avec un effective de 91 élèves....Quel enseignement peut on donner avec un tel effectif ;sans oublier des enseignants qui imposent que les élèves prennent les cours sur support numérique....

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  • Le 11 novembre 2015 à 08:42
    En réponse à : Des assises pour une école catholique plus forte au Burkina

    Courage à l’Église Famille de Dieu ! Vous faites beaucoup pour l’enseignement au Burkina Faso. Les meilleurs éleves et les meilleurs taux de succès aux différents examens proviennent de vos écoles. Soyez-en surs, Dieu le Tout-Puissant continuera a bénir vos efforts et l’école catholique au Burkina Faso brillera de plus belle. Amen !

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  • Le 11 novembre 2015 à 10:50
    En réponse à : Des assises pour une école catholique plus forte au Burkina

    Ousmane, tous les établissements qui portent les noms des saints et de l’église ne sont pas forcement sous la direction de l’église. beaucoup sont des privés. ils ne sont donc pas dirigés par l’église catholique. donc faut pas confondre. merci ;

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  • Le 11 novembre 2015 à 11:24, par Tuadihanla
    En réponse à : Des assises pour une école catholique plus forte au Burkina

    Merci à l’enseignement catholique pour les efforts faits. Que Dieu accompagne tous les animateurs de cette "aventure".
    Je voudrais que monsieur l’Ab nous dise dans quelle période se déroule la rencontre.

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  • Le 11 novembre 2015 à 11:52, par kouka !
    En réponse à : Des assises pour une école catholique plus forte au Burkina

    Merci, pour les cadres compétents que vous avez formé pour le Burkina et pour le monde entier. Je suis fier d’avoir fait tout mon secondaire dans ces écoles !

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  • Le 11 novembre 2015 à 12:27
    En réponse à : Des assises pour une école catholique plus forte au Burkina

    Bonjour,
    A l’Eglise, même les cierges qui se consument pour la gloire de Dieu ont un prix. Je ne suis pas sûr que l’on puisse acheter un cierge de 25F pour 10F.
    A l’Eglise, les hosties et le (très bon)vin qui deviendront corps et sang du christ ont un prix. Je ne suis pas sûr que les hosties et le vin puissent s’acheter à vil prix, sous prétexte que ...
    L’Eglise a mal à parler d’argent, a être honnête avec elle même sur les questions d’argent (elle parlera de Mamon). A mon avis la solution est simple à 55%. Au Collège de la Salle, si la classe est de 40 élèves, pour la faire fonctionner et obtenir les bons résultats, la scolarité serait de 200 000F par exemple. Si l’Etat "conventionne" 20 élèves et paient 50 000F par élève, les 150 000F restants devront être "payé par quelqu’un". Et comme "les pauvres sont la richesse de l’Eglise", elle devra diminuer les honoraires de chacun de ses prêtres, et les évêques vendre leur anneau et leur mitre pour financer les élèves pauvres. En tout état de cause, l’éducation à un coût que même l’Eglise, fut-elle pauvre doit assumer. Cela me semble évident comme l’évangile de saint Luc même si c’est dur à comprendre comme un prêche de dimanche ! En deuxième lieu, que l’Eglise arrête de demander de l’aide à l’Etat. Elle dit à l’Etat : chaque élève coute 200 000F, soit tu payes les 200 000F et les parents 0F ou soit tu paies les 50 000F et le reste est complété par quelqu’un (le prêtre, l’évêque, la quête du dimanche, le mendiant de la rue, bref mais il faut que quelqu’un paye) !. L’Eglise devrait être clair dans son raisonnement et dans sa démarche !!! Il faut arrêter de jouer au publicain.
    Tarcicius

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  • Le 11 novembre 2015 à 12:45, par Jonassan
    En réponse à : Des assises pour une école catholique plus forte au Burkina

    Quand on voit que dans la même période le Budget de l’Etat a consacré 12 millliards pour soutenir une entreprise familiale comme Brafaso (une quarantaine d’employés dont des temporaires) on risque de crier au crime citoyen.... et bien d’autres dilapidations de fonds que ces nouveaux voraces ne vont pas certainement se l’interdire.
    Courage seulement et que Dieu pourvoit à vos besoins pour le devenir de l’homme burkinabé.

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  • Le 11 novembre 2015 à 13:26, par NIDO
    En réponse à : Des assises pour une école catholique plus forte au Burkina

    Bon courage car avec un déficit de 2 milliards c est pas simple.

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  • Le 11 novembre 2015 à 20:12, par kaos weogo
    En réponse à : Des assises pour une école catholique plus forte au Burkina

    L’Eglise catholique semble très divisée pour la question des écoles entre les prêtres et les religieux, le tout autour des questions d’argents et conflit de pouvoir. qui commande qui ou quoi ?! comme quoi là où il y a odeur de sous, y a pas soutane ou voile qui résiste !!!! Eglise Famille, n’est ce pas ?

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