L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

lundi 3 novembre 2014 à 10h51min

Soutenu par l’armée, l’homme fort de la transition suscite la défiance de l’opposition et de la société civile qui ne connaissent presque rien de son passé. Retour sur le parcours d’un officier qui a su habilement réagir à la chute du pouvoir.

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L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

Il ne lui a fallu que quelques heures pour passer de l’ombre à la lumière. Jusqu’alors numéro deux de la garde personnelle du président burkinabè déchu Blaise Compaoré, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, 49 ans, a été désigné, samedi 1er novembre, par l’armée à la tête de la transition au Burkina Faso.

Comment cet inconnu du grand public est-il parvenu à griller la politesse au chef d’état-major général Nabéré Honoré Traoré et au général à la retraite Kouamé Lougué, les deux hauts-gradés pressentis un temps pour le poste ?

Commandant en second du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), une unité d’élite de l’armée qui assurait la sécurité de Blaise Compaoré, Isaac Zida a su rapidement marquer les esprits au moment où le pouvoir chutait. Devant les milliers de manifestants réunis place de la Nation, à Ouagadougou, il est apparu aux côtés de représentants de la société civile. "Le peuple du Burkina Faso est désormais acteur et témoin de son histoire, a-t-il lancé vendredi 31 octobre à la foule qui venait d’apprendre la démission de Blaise Compaoré. Les décisions ne seront pas prises dans les bureaux pour votre avenir. Vous aurez à chaque fois l’occasion de dire si vous marchez avec nous ou si vous n’êtes pas d’accord."

Le discours fait d’autant plus d’effet auprès des manifestants que, quelques minutes plus tôt, le controversé général Nabéré Honoré Traoré s’est proclamé chef de l’État sans consulter la société civile. Conspué par la rue burkinabè en raison de sa trop grande proximité avec Blaise Compaoré, ce dernier concèdera finalement la place au lieutenant-colonel Zida, dont les faits d’armes restent toutefois peu connus de ses concitoyens.

Un officier apprécié de ses hommes

Solide gaillard à la fine moustache et aux lunettes sans montures, Isaac Zida a, selon l’un de ses frères d’armes interrogé par l’AFP, été formé au Centre d’entraînement commando de Pô, dans le sud du Burkina Faso. Marié, père de trois enfants, il a œuvré, toujours selon l’AFP, comme casque bleu en République démocratique du Congo (RDC), puis comme officier de liaison dans le cadre de la médiation Compaoré durant la crise ivoirienne (2002-2011). Né le 16 novembre 1965 à Yako, dans la province du Passore (nord), Isaac Zida a suivi des études de langue en anglais à l’université de Ouagadougou jusqu’en 1989, avant d’intégrer l’académie militaire de Pô en 1993, rapporte l’envoyé spécial de RFI, Frédéric Garat.

Sa formation militaire le conduit à l’étranger : Maroc, Taïwan, Canada, Cameroun. Intégré ensuite au sein du RSP, il gravit rapidement les échelons de ce corps d’élite : commandant de compagnie, commandant de groupement puis chef de corps adjoint avant de finir numéro deux du Régiment.

À en croire plusieurs sources, Isaac Zida est apprécié de ses hommes. Comme le rapporte l’AFP, lorsqu’en 2011 a éclaté une mutinerie qui faillit emporter le régime de Compaoré, il fut l’un des rares au sein de la garde présidentielle à être épargné par les mutins.

Reste quelques fréquentations qui le placent un peu trop près du régime déchu. On dit l’homme proche du général Gilbert Diendéré, le chef d’état-major particulier de l’ex-chef de l’État, dont on est sans nouvelle. "Il fait partie des mêmes réseaux que Diendéré. Certains se méfient de lui", indique à l’AFP une source sécuritaire, selon laquelle les deux hommes sont originaires de la même région.


"La place des militaires est dans les casernes"

Apprécié de ses pairs, Isaac Zida ne fait pas forcément l’unanimité auprès de la classe politique. Alors qu’il semblait être soutenu par une partie des manifestants, ceux-ci exigent désormais que la transition soit confiée à un civil.

Avec un officier propulsé du jour au lendemain de l’ombre des casernes à la lumière du pouvoir, l’incertitude demeure dans le pays. "Il sera vraiment intéressant de voir comment Zida va se comporter avec l’opposition, affirme Maja Bovcon, du cabinet britannique de consutling Maplecroft. "Au vu des rapides développements de ces derniers jours, il est difficile de dire quelles alliances vont se nouer, observe-t-elle sur le blog (en anglais) de la journaliste de France 24, Leela Jacinto. Cela peut changer très rapidement. Voyez, Traoré semblait en bonne posture puis c’est Zida qui est soudainement apparu comme l’homme fort de la transition."

Deux jours après la chute de son président, le Burkina Faso a déjà assisté à la proclamation de deux dirigeants de transition. Doit-il s’attendra à une troisième annonce ?

France24

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Vos commentaires

  • Le 3 novembre 2014 à 13:45, par BARRY M. ALIOU
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    QUE DIEU SAUVE LE BURKINA EN FAISANT EN SORTE QUE LA TRANSITION NE DURE PAS ET QUE LES DIFFÉRENTS ACTEURS SE COMPRENNENT POUR QUE LE PEUPLE JOUISSE BIEN DE SA RÉVOLUTION.

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  • Le 3 novembre 2014 à 15:32, par Djidou
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    Frères burkinabè, arrêtons de nous focaliser sur les prévisions pessimistes de journalistes étrangers qui se sont proclamés du jour au lendemain spécialiste de la politique burkinabè et prédisent un futur macabre pour notre pays. La transition se ferra et dans une ambiance de discussion et de consultation entre toutes les composantes de la nation. Les médias parlent de "coup d’Etat" et non d’insurrection populaire et semblent essayer de convaincre les burkinabè que l’armée est l’ennemi du peuple alors qu’il n’en est rien. Hier la position de l’armée était à mon sens on ne peut plus claire : Si les opposants et les OSC s’accordent dans le choix d’une autorité civile de transition et demande à l’armée de passer le flambeau, elle le ferra sans délai. La balle est donc à mon sens dans le camp des OSC et de l’opposition qui semble aveuglés par leurs petites querelles de leadership plutôt que de se soucier de l’intérêt du peuple burkinabè.

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  • Le 3 novembre 2014 à 15:36, par BILL
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    On lui, souhaite toujours de gravir des échelons, des grades, mais dans l’armée !

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  • Le 3 novembre 2014 à 16:36, par Freedomfighter
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    Avec le départ de Blaise Compaoré, nous avons gagné la bataille, pas la guerre.

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  • Le 3 novembre 2014 à 17:40, par La doctrine
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    Frères et soeurs du Burkina Faso, c’est nous qui avons fait notre révolution et c’est nous qui devons nous entendre pour gérer la transition qui s’est ouverte ainsi après le départ de Blaise COMPAORE. Je crois qu’il faut être optimiste. Quel journaliste, quel homme politique et même quelle communauté internationale avait pu prévoir que Blaise COMPAORE quitterait aussi vite le pouvoir ? Je crois que c’est la preuve que Dieu aime le Burkina Faso et que les choses iront toujours dans le sens du mieux. Nous ne pouvons pas empêcher les journalistes de faire leurs analyses même pessimistes mais nous pouvons en tant que Burkinabè éviter des propos pessimistes et qui pourraient semer des divisions entre nous. Je crois que nous aimons tous le Burkina Faso et nous avons eu le temps de le prouver à tout le monde entier, non seulement à travers l’unité d’esprit et d’action dans les manifestations qui ont mis fin au pouvoir de Blaise COMPAORE mais également à travers le nettoyage de la ville lancé le samedi 1er novembre dernier. Personnellement je demande à tous les burkinabè de s’unir au lieu de se diviser et de soutenir chacun à sa manière le processus de retour à une vie constitutionnelle normale en cours. Que Dieu bénisse le Burkina Faso !

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  • Le 3 novembre 2014 à 19:21
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    En dehors de la personne de Zida, un autre problème qui reste à résoudre est le RSP lui-même qui est une armée d’élite hyper équipée au sein de l’armée délaisse. Un des aspects soulevé par le rapport du collège des sages qui reste à solutionner.

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  • Le 3 novembre 2014 à 19:29, par sss
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    Jusqu’à présent la presse à toujours été claire le Burkina Faso actuellement doit honorer leur engagement envers leur partenaire et amis. Oui Effectivement on a dit partenaire et amis et non guide, en d’autre sens aucun pays amis partenaire ou organisation ne peut opérer un dictat sur notre peuple. L’opposition ayant exigé a ces début un respect de la constitution est actuellement entrain d’opérer un hold up constitutionnel. J’invite le peuple a faire prudence car actuellement nous risquons de nous faire avoir

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  • Le 3 novembre 2014 à 20:31, par KYD
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    "Osez lutter savoir vaincre..." le peuple burkinabe a ose lutter. Et il a vaincu. Il a demande a l’armee de prendre ses responsabilites. Ceci fut fait a travers Zida et conpagnons.Alors... Big respect.Quel dirigeant de l’opposition est alle a Kosyam ? Qui ? Quel dirigeant etait le premier a la place de la revolution ? Non a la place de la Nation. Boukary ! Alors... Qui peut assurer la securite du Faso ? Un opposant ou un homme de tenue ? Accordons leur un peu de redit pour une periode raisonable. Ils sont lucides et formerons un gouverneme de transition ave plein de civil. Qui des posant n’a pas de "dossier sale" ? Hummm. Hey ... Nous omptons sur vous Zida et compagnons pour retablir une vraie democratie dans ma chere patrie le Faso natal. Courage au peuple. Que Dieu benisse le Burkina. KYD

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  • Le 3 novembre 2014 à 21:52, par kwanré
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    Beau parcours de Monsieur le Président mais pourquoi ce vide entre la fin de ses études et son intégration à l’armée ? Il se susurre que l’homme serait passé aussi par l’enseignement dans un village perdu du Sourou pendant ses temps d’oisiveté, est ce déshonorant de le mentionner dans sa biographie ?

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  • Le 4 novembre 2014 à 02:22, par Ya Mama Laworo
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    Djidou, revois to sens de l’ esprit critique. Les promesses des militaires n’ enagent que ceux qui y croient. Pas de militaires ici pour notre transition. Nous sommes cales et on attend. Ce qui a fait partir Blaise va faire partir un officier inconnu jusque - la.

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  • Le 4 novembre 2014 à 08:09, par MAXWELL
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    Je pense qu’encore une fois le peuple s’est fais avoir par Blaise.
    - Pendant que l’on est occupé à savoir qui va diriger le pays, qui s’occupe de Kosyam ??? L’on peut craindre que l’ex président continu à travers le RSP et ses amis d’hier à faire des aller-retour dans ces lieux pour enlever tout ce qu’il veut et surtout effacer les preuves compromettantes.
    - Comment un lieutenant colonel va prendre le risque de braver les décisions d’un général qui à son tour va s’aligner derrière les décisions de son subalterne ? Je ne pense pas que c’est le rapport de force qui a fait céder Nabéré Traoré. Même si le RSP a l’artillerie lourde, il ne sont que 300 environ. Nabéré et Zida sont 2 bénis oui-oui de Blaise qui savait bien qu’en leur demandant tous les 2 de prendre le pouvoir, cela allait créer une belle pagaille que le peuple sera occupé à gérer pendant que eux s’occupe de tout ce qui n’a pas pu être fait, en raison du départ précipité de Blaise
    - Comment expliquer que c’est le n°2 du RSP qui prenne le pouvoir et non le n°1. Cette prise de pouvoir a-t ’il été fait de connivence avec Guinguéré ou a-t ’il été mis devant le fait accompli ? Ce dernier a été aperçu au Conseil économique et social lors des négociations. Pourquoi depuis que le pays brule, ce n’est que ce jour seulement que Golf se fait voir. Qu’est ’il venu dire à Zida ?
    En conclusion, que l’on ne se laisse pas divertir par cette histoire de transition pour oublier qu’il y a beaucoup d’autres choses à sécuriser à Kosyam et dans l’appareil d’état. Alors vigilence

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  • Le 4 novembre 2014 à 09:21, par mamadou traoré
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    quelle piètre ascension ! Aucun militaire de surcroît un élément de la sécurité présidentielle à la solde de Blaise Compaoré ne viendra par des subterfuges usurper la victoire du peuple burkinabè.Bref !Que chacun fasse son mea culpa et que Dieu sauve le Burkina Faso.

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  • Le 4 novembre 2014 à 09:31, par Akily
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    Bonjour à tous,
    Chers frères et soeurs ce n’est pas que l’intégrité de l’homme Zida est mis en cause. Il faut juste éviter de répéter les mêmes erreurs. Imaginez que les civils commencent à vouloir gérer des camps (militaires ou autres ..), il y aura des dérives ... Les militaires sont des citoyens comme les autres. Celui qui veut le pouvoir, il dépose la tenue et tente sa chance.
    Le contexte actuel est si sensible qu’il faut laisser la transition aux mains des civils car c’est en demandant l’aide des militaires que depuis nous sommes gérés par de militaires...En tant que militaires, ils ont les moyens d’arrêter une dérive civile bcp plus aisément que les civils ne peuvent arrêter la dérive militaire.
    Fraternellement,
    Akily D.

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  • Le 4 novembre 2014 à 10:12, par BOKA
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    Qu’on le nomme général et le blême est réglé !!!!!!!

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  • Le 4 novembre 2014 à 10:25
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    A-t-on pu sécuriser nos armes acquises à coup de milliards ? Et le reste des fortes sommes de campagnes désorganisées, a-t-on pu sécuriser tout cela ? Autrement, il va falloir le faire rapidement avant que des délinquants n’aient pas le temps de nous les dilapider de nouveau.

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  • Le 5 novembre 2014 à 09:21
    En réponse à : L’ascension express du lieutenant-colonel Zida au Burkina Faso

    Ce militaire est un charlot ambitieux qui va certainement regretter son ambition. Son rôle auprès de Blaise et la complicité avec ce dernier n’en fait pas l’homme qui devait aujourd’hui se faire appeler pompeusement chef de l’Etat. Son acte démontré a quel point le RSP a force d’être habitué aux salons feutrés du pouvoir n’a plus rien de militaire. Ce geste trahit et nous interpelle tous. D’ailleurs, dans une république digne de ce nom, la protection des hautes autorités de l’Etat est une mission qui revient a la Gendarmerie et a la Police. Le RSP doit être démantelé et son personnel affecté dans les autres corps de l’armée. Tant que ce régiment existera, il sera source d’instabilité et de danger pour les institutions démocratiques. Au moment ou Zida va espérer une récompense pour avoir assumé les fonctions de Chef d’Etat, son avenir sera défini par ses ennemi qu’il a certainement fabriqué au sein de l’armée mais aussi auprès des populations qui vont sans doute demander des comptes en temps opportun sur les morts survenues durant les évènements et sur sa responsabilité au sein du RSP par rapport a tout ce qui a été reproché a Blaise et ses acolytes. On a vu comment le capitaine Sanogo a fini au Mali.

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