Wilfried Bassolé, co-organisateur du Forum des leaders du Sanguié : « Même à l’ère de l’Internet, l’expérience des aînés reste, pour nous jeunes, une source précieuse et intarissable »

vendredi 29 août 2014 à 13h38min

Membre du Bureau Exécutif -il est chargé de la prospective- du Cercle pour la Culture du Leadership dans le Sanguié (CerCles), Martial Wilfried Bassolé a participé activement au troisième forum des leaders du Sanguié organisé par le CerCles, le 16 août 2014 à Pouni. Il dresse dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder le bilan et les perspectives du forum qui a rassemblé de nombreux acteurs du développement de la province du Sanguié sur la problématique du leadership féminin. Interview.

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Wilfried Bassolé, co-organisateur du Forum des leaders du Sanguié : « Même à l’ère de l’Internet, l’expérience des aînés reste, pour nous jeunes, une source précieuse et intarissable »

Lefaso.net : Votre association le Cercles a organisé Le 16 août 2014 à Pouni, le troisième forum des leaders du Sanguié sous le thème « Leadership féminin dans le Sanguié : Apprendre et forger par l’exemple et l’expérience des ainés ». A quoi répondait le choix de ce thème ?

Martial Wilfried BASSOLE : Merci de l’occasion que vous me donnez de parler du forum des leaders du Sanguié et en général des activités du Cercle pour la Culture du Leadership dans le Sanguié en abrégé CerCLeS. Permettez-moi avant tout d’indiquer que le CerCLeS est une association apolitique créée en 2010 en vue de promouvoir dans le Sanguié le leadership en tant qu’instrument de promotion du développement. Et pour ce faire le CerCLeS organise tous les deux ans un forum sur le leadership dans une commune la province de manière tournante. L’objectif visé est de réfléchir autour du triptyque leadership, citoyenneté et développement local. A chaque édition une thématique précise, s’inscrivant dans ce triptyque, est développée.

C’est ainsi qu’à la première édition tenue en 2010 à Réo nous avons planché sur ce triptyque comme de manière général. Puis en 2012 à Kyon et Ténado nous avons examiné ce triptyque sous l’angle de l’intercommunalité. A la troisième édition, tenue à Pouni les 16 et 17 août passés, nous nous avons opté d’orienter nos réflexions sur les échanges intergénérationnels en tant qu’outil de promotion du leadership féminin. Ce choix se justifie d’abord par le fait que, même à l’ère d’Internet où l’on estime que tout est à portée de clic, force est de reconnaître avec la tradition africaine que l’expérience des aînés est une source précieuse et intarissable à laquelle nous jeunes devrons nous abreuver. C’est de cette manière que nous pourrons garantir aux jeunes de prendre le relai des aînés qui eux pourront passer la main sans trop de craintes car restant à nos côtés pour guider nos pas. L’option faite de se focaliser sur le leadership féminin répond à la conviction que si les femmes jouent un rôle clé dans la gestion du développement, leur contribution au développement serait nettement supérieure à celle des hommes. Or, justement quand on regarde la carte du leadership dans la province on note que les femmes restent faiblement représentées en témoigne l’unique femme maire pour 10 communes. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont milité au choix de la commune Pouni qui est dirigée par une femme, pour abriter cette édition. C’est donc pour promouvoir davantage le leadership féminin que ce thème a été retenu.

Lefaso.net : Mais, les conditions sont-elles réunies au niveau de la province pour qu’il y ait l’émergence d’un leadership féminin ?

Martial Wilfried BASSOLE : Les différents panels ont montré que même si jusqu’à présent les femmes restent encore faiblement représentées dans la sphère des leaders, il n’en demeure pas moins que leur présence dans ce domaine date de depuis, voire avant les indépendances. Cela a été possible en grande partie à cause de la culture gourounsi qui incite la femme à apprendre à retrousser les manches aux cotés des parents et/ou du conjoint. En outre, toutes celles qui ont émergé ont toujours tiré leur épingle du jeu, toute chose qui milite en faveur de la confiance aux femmes. Je voudrais à ce niveau citer en exemple Mme BADO/OUANDO Marie Blanche qui a dirigé avec brio plusieurs structures dont la dernière et pas des moindre a été le Fonds de développement de l’électricité où ses mérites lui ont valu les hommages de l’AG des établissements publics de l’Etat à son départ à la retraite.

Lefaso.net : Des palmes du leadership dans le Sanguié ont été remises à 8 personnalités dont l’ancien Premier ministre Tertius Zongo. C’est une innovation. Parlez-nous de ces décorations et à quoi cela répond ?

Martial Wilfried BASSOLE : Comme je le disais tantôt, les échanges intergénérationnels constituent pour nous un mot sûr de perpétuation et de renforcement des œuvres entreprises par les nombreux patriotes dont regorgent la province et donc l’action a contribué au développement de la province du Sanguié en particulier et au-delà, tout le pays. Ce transfert nécessite que ces devanciers soient reconnus pour leurs œuvres et qu’ils soient montrés aux plus jeunes, qui n’ont pas eu l’occasion de les connaître au moment où ils étaient sous le feu de l’action, comme des modèles dont il faut s’inspirer. Par ailleurs, nous avons jugé qu’il était de notre devoir de faire savoir à ces aînés qu’ils ont porté haut le flambeau de la province et que nous aspirons à suivre leurs pas. En reconnaissance de ces sentiers qu’ils ont tracés pour nous, nous nous inclinons devant eux. C’est ainsi que pour la première édition un certain nombre de personnalités ont été distinguées selon les catégories suivantes :
Catégorie 1 : Palmes d’Honneur
SEM Tertius ZONGO, ancien Premier ministre et plusieurs fois membre du Gouvernement ;
Feu Colonel Badembié NIEZEN, ancien ministre de l’intérieur et
Commandant de la gendarmerie nationale


Catégorie 2 : Palmes Initiatives communautaires de développement

Feu Jacqueline BASSOLE/KANSOLE (Fondatrice d’une ONG œuvrant dans la promotion de l’autonomie de la femme)
Abbé Nicolas BADO, prêtre, sociologue promoteur d’un centre de
formation professionnelle et coauteur de l’alphabet Lyélé.

Catégorie 3 : Palmes Grands commis de l’Etat
Mme Marie Blanche BADO/OUANDO, Ancienne secrétaire générale du
Ministère du Commerce, ex Directrice générale du Fonds de développement de l’électricité puis du Développement industriel.

Catégorie 4 : Palmes Enseignement supérieur et Recherche
Pr Laurent BADO, Maître-assistant, enseignant de droit à l’Université de Ouagadougou, auteur de plusieurs œuvres sur la gouvernance ;
Dr André BATIONO, Agronome-Chercheur, lauréat 2013 du prix Kwamé N’Krumah pour la recherche scientifique

Catégorie 5 : Palmes Opérateurs économiques
Feu Batia Léon NAGALO, opérateur économique et grand mécène de plusieurs initiatives de développement dans la province.

Lefaso.net : Le forum a rassemblé environ 1 500 personnes. Quel bilan faites-vous de la participation de la diaspora ?

Martial Wilfried BASSOLE : Voyez-vous, à chaque édition nous avons toujours enregistré une forte mobilisation de toutes les couches de la population au point qu’à la lumière de cette forte mobilisation nous dûmes nous résoudre à admettre que le forum n’était pas la chose des jeunes mais de toutes les couches et que mieux les aînés rivalisaient avec nous en termes de présence d’où la mutation du forum des jeunes leaders au forum des leaders tout court pour reconnaître que ce n’est pas que la jeunesse qui est débout pour le bien-être du Sanguié. Dans cette dynamique, la diaspora ne s’est jamais mise en réserve bien au contraire, elle a toujours su occuper la place qui lui revenait avec des délégations provenant des différents continents. Certes, l’éloignement et les contraintes de temps ne permettent pas beaucoup d’être physiquement présents mais ils ne manquent pas de contribuer à travers les réflexions versées dans les travaux et leur contribution à l’organisation du Forum.

Lefaso.net : A l’issue des échanges, quelles sont les principales pistes dégagées pour promouvoir le leadership féminin au niveau de la province ?

Martial Wilfried BASSOLE : Les panels ont permis de faire des constats qui constituent des indications pour le développement du leadership féminin. A partir de ces constats des recommandations et des appels ont été faits.

Ainsi trois recommandations ont été faites. Elles sont relatives :
-  à la poursuite de la tenue régulière du forum des leaders du Sanguié (tous les deux ans) et son meilleur encrage dans l’environnement institutionnel local et national ;
-  à l’accroissement des efforts en matière de formation des jeunes filles en vue de faciliter leur insertion socioprofessionnelle. A ce titre, il recommande l’érection d’au moins trois centres de formation technique et professionnelle dans les trois zones géographiques de la province (Sud, centre et Nord).
-  à l’accroissement des investissements en matière de promotion des activités génératrices de revenus des femmes en vue de renforcer leur pouvoir économique au sein des ménages. Cela pourra se faire par la création de points focaux des fonds nationaux de financement dans les 10 mairies de la province qui travailleront comme relais du guichet unique régional des fonds du MJFPE et du FAARF.

Quant aux appels, ils sont adressés :
-  aux jeunes et aux femmes pour les inviter à s’engager dans la politique afin de contribuer à l’amélioration des relations entre les acteurs politiques aux niveaux national et local ;
-  aux époux qui sont appelés à soutenir davantage leurs conjointes leaders.

Lefaso.net : Quelles sont les perspectives pour le forum des leaders du Sanguié ?

Martial Wilfried BASSOLE : Les perspectives peuvent être approchées sous deux angles : celles relatives au Forum d’une part et celles en lien avec les activités du CerCLeS dans un futur proche.

S’agissant du forum, il faut souligner que les participants ont retenu de se pencher sur « la diaspora proche et lointaine et sa contribution au développement du terroir ». Le Sanguié est par excellence une zone de migration. Cette tradition date de bien avant les indépendances. Ainsi des milliers de fils et filles de la province se retrouvent à travers le monde et apportent quotidiennement des soutiens immenses au développement de la province et de leurs familles. Toutefois, comme cela s’observe un peu partout, cette contribution reste peu organisée et est essentiellement tournée vers la consommation toute chose qui ne permet pas de la valoriser et d’accroître la création de richesses, d’où tout l’intérêt de se pencher sur cette problématique.

Pour ce qui concerne le CerCLeS, les perspectives s’inscrivent dans le cadre de :
-  la gouvernance interne avec la tenue prochaine de l’Assemblée générale ordinaire ;
-  la cohésion sociale et du leadership à travers des actions de d’animation l’accompagnement des initiatives locales de développement
-  l’amélioration des conditions de vie des populations par l’initiation et ou l’accompagnement des projets de développement et la mobilisation des ressortissants et des partenaires au développement.

Entretien réalisé en ligne par Grégoire B. Bazié

Lefaso.net

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