Gnoumato Bernard Ouattara : « … la contribution de la centrale de Komsilga au réseau national interconnecté est de 40% »

vendredi 4 juillet 2014 à 20h23min

Avec le chef du projet de construction de la centrale électrique de Komsilga, Gnoumato Bernard Ouattara, nous avons eu un entretien autour de l’édification de ladite centrale, de son équipement, et de sa production. C’était le 26 juin 2014 où l’électromécanicien a tenu à ne dire que ce qu’un technicien peut dire. Lisez !

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Gnoumato Bernard Ouattara : « … la contribution de la centrale de Komsilga au réseau national interconnecté est de 40% »

Voudriez-vous vous présenter aux lecteurs du Faso.net ?

Je suis Ouattara Gnoumato Bernard. Je suis le chef du projet de construction de la Centrale électrique de Komsilga. De formation, je suis un ingénieur électromécanicien. Au sein de la SONABEL, j’ai trainé ma bosse d’abord à la production thermique où je me suis occupé de l’exploitation des centrales de Ouagadougou et ensuite des autres centrales thermiques du Burkina comme Chef de Département. Ensuite, je suis allé à la planification à l’audit technique. Après, je suis me occupé du transport et mouvements d’énergie avant de me retrouver au projet de construction de la centrale de Komsilga depuis 2008.

Mon rôle dans le cadre de ce projet est de superviser, suivre et contrôler la mise en place des ouvrages de génie civil et les équipements électromécaniques, les mettre en service pour ensuite les transférer la centrale aux exploitants. Pour accomplir cette mission, je suis aidé par une équipe pluridisciplinaire d’ingénieurs que je dirige.

Quels sont les grands compartiments de la centrale électrique de Komsilga ?

Comme toutes les centrales thermiques diesels pour la production d’électricité, la centrale de Komsilga se compose de groupes électrogènes, de transformateurs, de systèmes de traitement et de transfert d’hydrocarbures, de systèmes de refroidissement, de système d’évacuation d’énergie, d’un réseau incendie et de parc de stockage.

La centrale de Komsilga comprend aujourd’hui sept groupes électrogènes tous opérationnels. Ce sont ces groupes qui permettent d’évacuer 90 MW. Bien qu’ayant été installés à des étapes différentes, ces groupes sont dans une même salle et sont parfaitement intégrés. Et ils consomment deux types de combustible qui sont le fuel lourd et diesel oil.

Parlez-nous des étapes de mise en œuvre du projet de construction de cette centrale

Ce projet s’est déroulé sur trois phases correspondant aux trois tranches de la centrale. La première tranche comprend un groupe électrogène de 18 MW dont le moteur est de marque MAN. Cette tranche a été construite par l’entreprise SOPAM S.A.

Ensuite, nous avons initié et mis en œuvre la seconde phase composée de trois groupes électrogènes dont les moteurs sont de marque CATERPILLAR et qui donnent chacun une puissance livrée de 12,5 MW. Cette phase a donc une puissance totale livrée de 37,5 MW.
La troisième tranche qui est actuellement en fin de construction par l’entreprise J.A. DELMAS, comprend également trois groupes électrogènes de puissance unitaire de 12,5 MW ; donc 37,5 MW au total.

A quelle étape êtes-vous actuellement dans la conduite de ce projet de construction de la centrale électrique de Komsilga ?

Disons que nous sommes pratiquement à la fin. Tous les groupes de la centrale ont été mis en service. Le dernier groupe de la centrale a terminé ces essais en fin mai.

Nous avons aussi, dans le cadre de la phase trois du projet, installé le poste 90/33 KW, composé de trois transformateurs, et qui est à même d’évacuer 96 MW. Ce poste a été associé à une ligne électrique de 90 KV ; ce qui nous permet d’évacuer toute l’énergie que la centrale de Komsilga peut générer. Les essais de mise en service de ce poste s’achèvent le 6 juillet 2014.

Que peut-on retenir des principales caractéristiques des groupes installés ?

Les ouvrages de production sont acquis dans le cadre de la procédure d’appel d’offre ouvert. Nous ne choisissons pas de nous-mêmes telle ou telle marque. Le fournisseur est retenu parmi plusieurs fournisseurs qui auront été mis en compétition. C’est ainsi que le premier moteur de la centrale, est un moteur MAN fabriqué en France mais d’origine allemande. Il a une puissance installée de 18 MW. Mais nous, ce qui nous intéresse le plus, c’est la puissance que le moteur est capable de livrer selon les conditions du site où il est installé. Et ce moteur fournit en continu 16,5 MW sous 47°C, en tenant compte d’autres conditions moins visibles.

Les six moteurs qui sont arrivés après, sont de marque CATERPILLAR fabriqués en Allemagne, mais d’origine américaine.

En matière de qualité, toutes nos machines ont été éprouvées dans d’autres pays. Elles fonctionnent bien et de façon durable.

La SONABEL arrive-t-elle à suivre de près le processus de montage de ces moteurs ?

Effectivement, selon notre cahier de charges, le moteur qui compose le groupe électrogène est le principal élément qui donne sa marque au groupe, bien que l’alternateur et le transformateur soient de marques différentes.

Nous sommes obligés de suivre tout le processus de montage de ces moteurs. Pour ce qui concerne le premier moteur particulièrement, étant donné les péripéties qu’il y a eues le concernant, ce moteur a fait l’objet d’un suivi particulier qui n’a pas été effectué sur les autres. C’est ainsi que nous avons fait des déplacements dans l’usine de montage de ce moteur. Ce qui nous a donné la chance de pouvoir suivre les étapes importantes et surtout de voir comment le motoriste qui est un sous-traitant de l’entreprise SOPAM, pouvait faire diligence pour qu’on puisse avoir ce moteur dans les meilleures conditions et dans les meilleurs délais.

Qu’en est-il des besoins de la centrale en termes d’eau et de combustible ?

La centrale consomme actuellement 400 m3 soit 400 000 litres de combustible par jour. Ce sont donc 10 citernes de 40 000 litres qui desservent la centrale quotidiennement. Et nous avons une capacité de stockage total 10 000 m3 soit 10 000 000 de litres de carburant.

Comme nous savons que le problème d’eau n’est pas aussi simple à résoudre, nous avons mis en place un système de refroidissement par radiateurs. Ce qui fait que notre consommation en eau ne dépasse pas 500 m3 par mois. Nous sommes alimentés en eau par l’ONEA ; mais nous avons aussi fait un forage dont le débit est 4 m3/h. En ce qui concerne spécifiquement l’eau de consommation, nous avons une capacité de stockage de 400 m3. Nous avons aussi deux bacs de stockage d’une capacité totale de 800 m3 pour l’eau d’incendie.

On a souvenance qu’en 2011, un moteur de la centrale de Komsilga a fait beaucoup parler de lui. Comment l’appelle-t-on et pourquoi y’ a –t-il eu autant de bruit autour de son installation ?

Nous l’appelons simplement le groupe N°1 de la centrale. Les groupes sont en effet numérotés de 1 à 7. Ce groupe N°1 a été mis en service le 27 mars 2013. Il a une capacité plus importante que les autres ; quand il fonctionne, le réseau s’en trouve mieux stabilisé.

A ce jour, il a produit 125 Giga Watt heures (GWh) sur plus de 8 000 heures de fonctionnement. La mise en œuvre du projet de la tranche1 a rencontré beaucoup de difficultés ; ce qui fait qu’elle a été mise en service après la seconde tranche. Quand le moteur a été commandé, il a eu du mal à sortir de l’usine. Ce qui nous a nécessité plusieurs voyages pour suivre les étapes de montage. En effet, ce moteur a été commandé à une période où le fabricant faisait une extension de son atelier de montage ; ce qui a engendré un retard important au niveau de l’assemblage. Après son montage, il a transité par le port d’Abidjan où il a fait pratiquement une année, le temps de régler divers problèmes d’autorisation, d’organisation d’un convoi exceptionnel. On a aussi été confronté à un problème de renforcement de ponts (celui de la Léraba et celui de Boromo) qui a priori, ne pouvaient pas supporter le passage dudit moteur, bien que nous l’ayons partiellement démonté depuis l’usine. En effet, c’est un moteur qui pèse 375 tonnes.

L’autre problème que nous avons eu avec ce moteur, c’est celui de l’infiltration d’eau que nous avons détectée à l’arrivée du moteur et avant son installation. En fait, quand le moteur est arrivé, nous avons demandé une expertise en présence de l’assureur et du motoriste (celui qui a fabriqué le moteur). Et cette expertise a révélé l’infiltration d’eau, ainsi que des débuts de rouille sur certaines pièces. Le règlement de ces problèmes détectés par l’expertise a connu quelques tergiversations entre le fournisseur et son transporteur.

Avant d’accepter ce moteur, nous l’avons dépiécé et fait remplacer toutes les pièces affectées par des traces de rouille sous la supervision du fabriquant du moteur. Cela a pris beaucoup de temps ; mais c’était nécessaire, parce que nous, en tant que techniciens, nous ne pouvons pas accepter que le moteur soit monté avec des défauts.

Dans quel état ce moteur se trouve-t-il à ce jour ?

Ces jours-ci, il est maintenance jusqu’en fin juillet 2014. Ce qui nous permet de vérifier si tout va bien. Mais nous n’avons aucune inquiétude quant à la qualité de ce moteur car il a bien fonctionné depuis sa première mise en service.

Qui fait la maintenance et comment cela est-il encadré ?

La maintenance est faite par les agents de la SONABEL sous la supervision des techniciens de l’usine MAN qui l’a fabriqué, étant donné qu’il est encore sous garantie. Jusqu’à l’expiration de la période de garantie qui est de 24 mois, toutes les fois que nous aurons à procéder à la maintenance, ce sera en présence de représentant du motoriste.

Durant combien d’années peut-on encore compter sur ce moteur ?

C’est n’est pas moins de 20 ans. Ça peut même aller à 25 ans. Il y a certaines centrales de la SONABEL où des machines fonctionnent depuis plus de 40 ans. Et c’est parce que nous maîtrisons la maintenance grâce surtout à la formation continue du personnel au centre de formation professionnelle de la SONABEL (CFP), mais aussi au niveau des usines de montage.

Nous sommes en train d’organiser une mission de formation pour les agents au titre de la tranche trois de Komsilga. Ils ont eu la formation au titre de la tranche 2 sur des moteurs identiques à ceux de la tranche3. En dépit de cela, nous enverrons à partir du 5 juillet 2014, huit mécaniciens en formation active sur des moteurs CATERPILLAR en Allemagne.

Après, une autre équipe (huit personnes) ira en France pour la formation en électricité. Quand ils seront tous de retour, nous allons dispenser des formations sur place pour les agents d’exécution.

La desserte à partir de la centrale de Komsilga, se fait-elle directement au profit des consommateurs de localités précises ?

Vous savez, un réseau électrique, c’est comme un cours d’eau qui est alimenté par des affluents. La centrale électrique de Komsilga peut être considérée comme un affluent, la centrale Ouaga II comme un affluent, la centrale hydro-électrique de Kompienga comme un affluent, etc. La desserte se fait à partir du réseau interconnecté dans son ensemble, de sorte qu’on ne peut pas savoir si telle ou telle localité est desservie par la centrale de Komsilga ou par celle de Kompienga par exemple. Mais ce que nous savons, c’est que la contribution de la centrale de Komsilga au réseau national interconnecté est de 40%.

Vous qui êtes technicien, comment expliquez-vous les délestages à répétition ?

Je pense que c’est un peu exagéré de dire qu’il y a des délestages à répétition. Nous avons connu des moments difficiles lors de la période chaude et pendant la mise en service de la tranche 3 de la centrale de Komsilga entre avril et mai.

Comme je l’ai dit, le réseau électrique est comme un cours d’eau. Quand la consommation d’eau est forte, le débit baisse en général. Quand la demande est très forte, il faut que le dispatching qui gère l’offre et la demande fasse de telle sorte à assurer l’équilibre en permanence pour éviter que le réseau ne s’écroule quand l’offre baisse notamment lors des pannes. Cela peut occasionner des délestages.

Le délestage, est-il encore appelé coupure de courant ?

Non. Ce n’est pas la même chose. Une coupure arrive de façon involontaire. Ça peut être le cas lorsqu’une panne survient au cours de fonctionnement des machines. Du coup, une bonne partie de l’offre ne peut être assurée. Par exemple le moteur N°1 de Komsilga qui a 18 cylindres, si un seul de ces cylindres ne fonctionne pas, il faut arrêter tout le moteur ; ce qui engendre une baisse de la production. Ça peut être un autre problème qui fait qu’on arrête tel ou tel moteur, tout ceci peut entraîner des coupures. Ce n’est pas le cas avec le délestage.

Les délestages tels qu’on les a connus, vraiment c’est du passé pour nous. Surtout que bientôt, après Komsilga, c’est Bobo II qui vient avec 40 MW supplémentaires. Nous pensons que cela va permettre à la SONABEL de souffler un peu. Et à partir de 2016, il y aura d’autres projets. Notre Direction générale était en discutait récemment avec la CEDEAO à ce sujet.

Voulez-vous dire que Komsilga connaîtra bientôt une extension ?

Au départ, nous avions commencé sur une superficie de 7 hectares. Mais on s’est rendu compte que cet espace devenait insuffisant. Et les négociations avec la mairie de Komsilga et les autorités coutumières de Zéguédessé où est située la centrale, nous ont permis d’acquérir 9 hectares de plus. Aujourd’hui, on est sur un site de 16 hectares qui peut encore accueillir une nouvelle centrale de plus de 70 MW.

Je ne suis pas bien placé pour annoncer une extension de la centrale. En tout cas, c’est notre souhait. Et quand on voit les différentes démarches entreprises, nous osons espérer.

Vous qui avez suivi de bout-en-bout le projet de construction de la centrale de Komsilga, parlez-nous des difficultés autres que celles rencontrées avec le groupe 1.

Nous en avons eues beaucoup. Et les plus grandes, nous les avons eues avec le groupe de la tranche 1. Un projet de 18 MW qui a été plus difficile à mettre en œuvre que les projets de 75 MW que nous avons conduits après.

Il y a eu des incompréhensions avec l’entreprise, des situations conflictuelles dans notre exigence de qualité, des retards de mise en service. J’en ai perdu des cheveux.

Quel est le message qui vous tient à cœur à l’endroit des lecteurs du Faso.net

Je voudrais dire à vos lecteurs de faire confiance à la SONABEL, de faire confiance à ses techniciens, malgré les difficultés qui se posent. Nous avons acquis un niveau d’expertise qui fait que nous sommes capables de mettre en œuvre des projets de production, de distribution et de transport d’électricité.

Nous avons acquis des expertises dans le domaine de la maintenance, des expertises qui font que nous sommes en train de vaincre les difficultés récurrentes. En tout cas, nous sommes disposés à faire mieux, et je pense que nous arriverons à bout de ces désagréments récurrents.

Entretien réalisé par Fulbert Paré

Lefaso.net

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