Dr Ben Idrissa Ousséni, vétérinaire à l’Oudalan : « Environ 10% du cheptel déjà à terre »

jeudi 19 juin 2014 à 01h39min

Dr Ben Idrissa Ousséni est vétérinaire privé, mandataire du Ministère des ressources animales dans la province de l’Oudalan. Il est le directeur technique de la campagne de vaccination gratuite du cheptel initiée par la Croix rouge. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, il explique le déroulement technique de la campagne et revient sur les problèmes alimentaires auxquels fait face le bétail dans cette zone. Aussi, regrette-t-il l’élevage de contemplation qui est pratiqué dans la province.

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Dr Ben Idrissa Ousséni, vétérinaire à l’Oudalan : « Environ 10% du cheptel déjà à terre »

Que faut-il entendre par vétérinaire mandataire ?

C’est un vétérinaire à qui l’Etat a confié la vaccination contre certaines maladies dans une zone bien déterminée. Je suis du privé, mais l’Etat me confie cette tâche. Donc, pratiquement, l’Etat me dit de faire ce travail à sa place.

Vous êtes aussi le directeur technique de la campagne de vaccination initiée par le CICR, en quoi va-t-elle consister ?

Cette campagne vise à vacciner 130 000 bovins contre la péri pneumonie contagieuse bovine (CCPB) et la pasteurellose et 160 000 petits ruminants, c’est-à-dire ovins et caprins, contre la pasteurellose. En plus de la vaccination, il sera exécuté aussi une campagne de déparasitage. On va utiliser un déparasitant qui a des effets tant sur le plan interne qu’externe qui est l’ivermectine et particulièrement le vitamec. Mais pour des raisons économiques, le CICR a décidé de déparasiter 40% des bovins et 40% des petits ruminants. Pour les bovins, il s’agit d’une certaine tranche d’âge allant de 6 mois à quatre ans. Et pour les petits ruminants, c’est de 4 mois à 2 ans. Parce qu’ils sont plus vulnérables à cet âge. Tous les animaux seront vaccinés mais pour les déparasitants, on a ciblé les plus vulnérables.

On remarque que le nombre a augmenté par rapport à la première campagne réalisée en décembre 2013…

On passe de 200 000 doses de vaccin à près de 300 000 parce que le cheptel réel de la province se lève à plus de 300 000 pour les bovins et plus de 800 000 pour les petits ruminants. Mais, cette campagne concerne des zones bien ciblées à cause de l’afflux des réfugiés.

Actuellement la grande difficulté, c’est l’absence des animaux partis chercher des aliments ailleurs…

Comme vous avez pu le constater sur le terrain, les pluies viennent en retard, les animaux sont beaucoup affaiblis. Aujourd’hui, je peux vous affirmer que 10% du cheptel est déjà par terre, il faut les aider avec des sous-produits agro-industriels et les aider même à se soulever parce que certains sont déjà couchés et c’est la période de mise bas. C’est vraiment de grosses difficultés, surtout pour les gros ruminants.

Les animaux ne sont pas non plus sur place, comment allez-vous réussir à vacciner autant de bêtes ?

Les animaux ne sont pas sur place parce que les pâturages sont dans des zones lointaines. Les animaux sont à 15 km du point d’eau. Donc, ils boivent tous les deux jours. Le problème, c’est la disponibilité, si non le nombre existe. On nous a donné des villages prioritaires. Si les animaux ne sont pas là, on avance vers d’autres villages. Par exemple, pour les petits ruminants, on a décidé même d’aller les rejoindre. Mais, pour les gros ruminants, on ne peut que vacciner là où il y a des parcs de vaccination. Si c’était possible, on allait les rejoindre aussi.

Combien de parcs existent-ils dans la zone ?

Dans la commune de Déou, il y a une quinzaine de parcs de vaccination. Pour les petits ruminants, à tout moment, on peut faire un parc, c’est tout juste des épineux qu’on utilise pour faire des clôtures.

Les éleveurs demandent, en plus de la vaccination, des sous-produits agro-industriels, quelle analyse faites-vous de cette requête ?

La campagne de vaccination se fait tous les six mois selon le calendrier. Mais, on se trouve aussi confronté à des problèmes alimentaires. Certes, je ne veux pas plaider si fort que ça. Mais, je demanderais d’aider ces paysans à s’autogérer. Parce que pour quelqu’un qui a 200, 300, 500 ou même 800 têtes de bovins, ça me fait mal au cœur de dire qu’il faut aider ce type. Mais, il faut l’aider plutôt à gérer. Certes, il y a certains qu’il faut aider, mais je pense que pour ceux qui ont des centaines de têtes, il faut plutôt les aider à gérer leurs troupeaux.

Vous êtes natif de cette zone, qu’est-ce que vous faites dans ce sens ?

On discute tous les jours. Mais, vous savez que la sensibilisation a des limites. Ça fait 10 ans que je suis là. On explique, on parle. Souvent, on pense qu’on ne transmet pas leurs doléances. Quand on transmet, le plus souvent, on pense que c’est de nous. Alors que, si ce sont les éleveurs eux-mêmes qui en parlent…

C’est vrai que dans les causeries autour des parcs, je tente d’expliquer qu’il ne sert à rien de garder 200 ; 500 bœufs ou plus pour perdre chaque année une centaine qu’on aurait dû vendre et payer je ne sais pas combien d’années de nourriture. Malheureusement, chaque année, c’est la même chose.

C’est donc un problème de mentalité ?

Oui, c’est une question de mentalité. Mais aussi, il faut faire l’école jusqu’à un certain niveau. A un certain moment, la sensibilisation a des limites. Il faut obligatoirement transiter par l’école. Et, malheureusement c’est ce qui recule ici.

Entretien réalisé par Moussa Diallo

Lefaso.net

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