Hermann Yaméogo, président de l’UNDD,un « survivant » avec des « bleus à l’âme » (1/3)

mardi 10 juin 2014 à 00h13min

La presse burkinabè l’appelle encore « Me Hermann Yaméogo ». Mais il ne l’est plus. Il a, dit-il, fermé son cabinet d’avocat quand il a été nommé ministre puisque le cumul des fonctions était interdit alors par la législation. Quand il a quitté le gouvernement, il ne l’a pas rouvert. Il vit, dit-il, de ses écrits, des loyers du patrimoine immobilier légué par son père, des ressources procurées par son établissement secondaire, le Cours Placide à Koudougou, mais aussi de sa filiation : « J’ai des enfants qui sont établis aux Etats-Unis et en France et qui y travaillent. Ils ne manquent pas de penser à leur père ». Au total, dit-il encore : « Je m’en sors bien ».

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Hermann Yaméogo, président de l’UNDD,un « survivant » avec des « bleus à l’âme » (1/3)

A 66 ans (il est né le 27 août 1948), Hermann Yaméogo tient, à nouveau, le haut de l’affiche politique. Ce qui ne cesse jamais d’étonner tant il a joué le « yoyo » entre le pouvoir, l’opposition et le néant absolu. C’est la variable d’ajustement du système politique burkinabè.

Fils de « Monsieur Maurice », premier président de la Haute-Volta viré par la rue et sauvé du peloton d’exécution lors de la « Révolution » sankariste par la grâce de Blaise Compaoré (j’ai eu l’occasion, déjà, de publier les « lettres de prison » rédigées à ce sujet par Maurice Yaméogo aux heures troubles de cette époque), Hermann Yaméogo est un héritier politique sans véritable héritage. Mais avec un passé qui, longtemps, a été considéré comme un passif. Partout, et du même coup nulle part, il lui a toujours fallu se déterminer tout à la fois par rapport à son père et aux opposants à son père. Qui ne manquaient pas. Jusqu’à ce que Blaise décide qu’il fallait « du passé faire table rase » et rendre à César ce qui appartenait à César. Même si César avait parfois une vision élargie de son patrimoine !

Hermann est à l’ordre du jour. A Kosyam, on s’interroge d’ailleurs sur la nécessité d’un réaménagement gouvernemental afin de lui faire de la place. Sinon à lui-même, tout au moins à l’un – ou plusieurs – des siens. « Front républicain » oblige. La politique, tout comme la nature, ayant horreur du vide, il faut bien combler celui laissé par ces nomenklaturistes du CDP qui ont choisi de quitter le parti présidentiel pour fonder le MPP.

A moins de dix-huit mois de la présidentielle 2015, celle de tous les dangers aime à dire l’opposition, voilà donc Hermann Yaméogo qui s’exprime longuement dans Sidwaya (Vendredi 23 mai 2014), le quotidien national burkinabè. Douze pages pour l’ancien patron de l’Alliance pour la démocratie et la fédération (ADF), aujourd’hui président de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD). Qui valent la lecture ! A condition de bien ajuster sa ceinture, car Hermann prend parfois des virages un peu serrés qui « décoiffent » ; quand il n’emprunte pas des chemins de traverse peu carrossables.

Contact. On retrouve Hermann après plus de trente mois. Depuis la mort de son épouse, Marie-Claude. Mort brutale et dont les circonstances n’ont toujours pas été officiellement élucidées. On se souvient qu’à cette époque, Djibrill Y. Bassolé, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, avait déclaré : « Je suis très proche de Hermann Yaméogo et Marie-Claude est une femme que j’ai beaucoup appréciée, toujours aux côtés de Hermann. J’ai vraiment apprécié son ouverture d’esprit, sa gentillesse et son désir de toujours vouloir rendre service aux autres ». La proximité entre Hermann et l’incontournable MAE/CR est, aussi, une donnée politique sur laquelle on aurait tort de faire l’impasse.

Au départ de cette virée politique, il y a un homme : Blaise Compaoré. Blaise et Hermann se connaissent bien. C’est pourquoi, aussi, le premier m’a toujours affirmé au sujet du second que, « quand on a été élevé dans un Palais, on ne peut pas accéder à ce Palais ». Non par principe ; mais parce que cette « éducation » ne prédispose pas à avoir le sens des réalités politiques et sociales. Blaise le disait pour Hermann (quand Hermann rêvait effectivement du Palais) et aussi pour sa propre progéniture.

Revenons à Blaise dont le mandat présidentiel s’achève fin 2015. « L’homme, ça c’est certain, affirme Hermann, a l’obsession d’un départ maîtrisé du pouvoir. J’ai cru percevoir, en lui, un besoin physique, un besoin moral, d’avoir quelque distance avec le pouvoir pour connaître la vie d’après. Mais j’ai aussi senti sa préoccupation sur le comment réussir cela. Et je comprends ! ». Hermann ajoute : « A mon avis, Blaise Compaoré ne peut pas se lever un beau matin comme ça et puis lancer comme ça à la cantonade : ciao, ciao, je m’en vais. Débrouillez-vous les gars ». Il dit encore, prenant à témoin Mélégué Traoré, ancien président de l’Assemblée nationale du Faso : « Je n’ai pas le sentiment que c’est un homme qui veut mourir au pouvoir ».

Reste que la question se pose à certains dès lors que, depuis la réélection en 2010 du chef de l’Etat, l’échéance de 2015 est le sujet de conversation de la classe politique via la révision de l’article 37, la mise en place du Sénat et, désormais, la perspective d’un référendum. Pourquoi se pose-t-elle ? Hermann dit ce que personne n’ose vraiment dire : « L’armée est au pouvoir de fait depuis 1966. Des circuits ont été créés. Il y a une nomenklatura qui s’est constituée. Cette situation ne doit pas être minimisée. Il faut la mettre en relation avec d’autres situations que l’on connaît en Algérie, en Egypte, en Birmanie où ils en sont arrivés à donner des quotas aux militaires à l’Assemblée et au gouvernement, parce qu’ils tiennent compte des réalités ». Il ajoute : « Dans notre pays, des facteurs belligènes en raison d’une transition mal maîtrisée existent ». S’il y a l’armée, il y a aussi la classe politique et ses apprentis sorciers : « Il y en a, dit-il, qui aimeraient que la situation chez nous pourrisse jusqu’à la paralysie pour qu’ils voient un changement par la violence ». Et, au-delà de la classe politique, il y a encore une « société civile » mal maîtrisée, ses débordements et ses dérives : « De plus en plus, vous voyez des intellectuels, des médias, des réseaux sociaux qui, brûlant la politesse au peuple, se substituent à lui pour parler, affirmer ce qui doit être fait. Le politique est de plus en plus en retrait. Pour ces intellectuels et une certaine presse, il ne faut pas consulter le peuple parce qu’il est immature ou qu’il ne comprend pas. Il va se faire rouler dans la farine ».

Il ne minimise pas pour autant les facteurs externes : « S’agissant de la sous-région et disons même de la région, elle est marquée par des irrédentismes, des intolérances politiques, ethniques, religieuses grandissantes qui, rajoutées au chômage et autres demandes sociales non satisfaites ou insuffisamment satisfaites, constituent des bombes à retardement ». Il dit encore : « Nous sommes dans un environnement en instabilisation [sic] continue nous obligeant à sérier nos priorités en intégrant cette réalité que sans sécurité il n’y a pas de démocratie. Nous devons en harmonie avec la communauté internationale gérer ce défi commun pour pacifier au mieux notre transition ».

« Transition » plutôt « qu’alternance » ? Pourquoi ? Hermann a les réponses à cette question : « La démocratie, en effet, connaît une crise de la représentation, elle n’arrive pas à impliquer tous les segments de la vie nationale ; elle est aussi en crise car menacée par des médias, des réseaux sociaux, des intellectuels, des responsables de la société civile qui dénient au peuple ses prérogatives souveraines et lui font concurrence dans l’exercice des marques de la souveraineté. C’est un phénomène grave qui mine la démocratie ».

Un diagnostic qui doit rejoindre celui de la classe dirigeante dès lors qu’il est acquis que la révision de l’article 37 va être l’objet d’un référendum. Ce qui n’enthousiasme pas Hermann : « Nous pensons que pour sortir de la crise, s’il y a référendum, il ne doit pas être axé sur le seul article 37, car cela pourrait exacerber les passions et baigner la campagne dans la violence […] Ce référendum ne nous convient pas parce qu’il est trop personnalisé, à la limite provocateur ».

A suivre

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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