Autant le dire… : Gouvernement-secteur privé : à qui la fraude ?

mardi 15 octobre 2013 à 04h37min

Les acteurs du secteur privé, au cours de leur rencontre avec le gouvernement du 7 au 8 octobre 2013 à Bobo-Dioulasso, ont demandé à ce dernier de lutter contre la fraude. Et ce, après avoir présenté une situation désastreuse de l’impact de la fraude sur leurs activités.

Aussi, ont-ils exigé du gouvernement qu’il prenne des mesures pour permettre aux unités légalement installées de survivre, de continuer à créer des emplois et de lutter contre la pauvreté au Burkina. Ce qui est tout à fait vrai et normal. Car, dans son rôle régalien, l’Etat ou le gouvernement se doit naturellement de créer les conditions idoines pour une industrie nationale viable, productrice de revenus et pilier de l’économie nationale. Cela ne se négocie pas. Autrement, les opérateurs du secteur privé n’auraient pas eu besoin de l’interpeller à ce sujet puisque c’est son rôle. Si donc, on l’interpelle, c’est que quelque part, il a failli à jouer ce rôle-là.

Le résultat est donc que les magasins des unités industrielles productrices d’huiles alimentaires, d’aliments à bétail, sont bourrés de produits non-écoulés. Tout simplement parce que des huiles fraudées ont envahi le marché national et qui, malheureusement, coûtent moins cher mais dont la qualité peut être douteuse. Comment cela peut-il s’expliquer ? Comme on peut le constater ici, c’est toute la filière cotonnière, qui fait vivre environ quatre millions de Burkinabè, qui est menacée. Car, si l’huile ne sort pas, les industries disparaissent ; la Société des fibres textiles du Burkina (SOFITEX) ne pourra plus vendre ses graines de coton pour assurer certaines dépenses de pré-commercialisation. Les producteurs en ressentiront fatalement le coup.

La Société africaine de pneumatiques (SAP), qui emploie des Burkinabè et distribue ainsi des revenus à des familles auxquelles elle permet de vivre, voit une grande partie de son marché envahi par des pneus aux origines diverses. Et qui, se vendent à des prix plus bas. Comment peut-on encore expliquer cela ? Il est facile de se justifier par le fait qu’au Burkina, les coûts de production sont plus élevés du fait de plusieurs facteurs dont l’énergie. Mais, on oublie aussi que la main-d’œuvre est moins chère. D’ailleurs, qui doit travailler à amoindrir ces coûts de production ?

Quand on quitte les pneumatiques, on se rend compte que Winner industrie, qui produit des piles, tente difficilement de contrer par tous les moyens ce qu’on peut qualifier comme étant l’envahissement de piles asiatiques de toutes sortes. Et qui, une fois de plus coûtent tout aussi moins cher. On ne peut tout de même pas accuser d’emblée le gouvernement de ne rien faire, mais le constat est là ! Les piles asiatiques et les boîtes d’allumettes entrent sur le marché et menacent la survie de Winner industrie. La liste n’est pas exhaustive.

Toutefois, quand on essaie de comprendre autrement la situation, on peut se poser la question suivante : au fait, qui fraude dans tout ça ? Est-ce le gouvernement ? Les opérateurs économiques sont sans doute mieux indiqués pour répondre à la question. En attendant, ce qu’on peut retenir, c’est que l’huile qui entre sur le marché national, les pneus qui menacent la survie de Sap Olympic, les piles et boîtes d’allumettes asiatiques qui pullulent sur nos marchés, sont le fait d’opérateurs économiques du secteur privé. Il est presque sûr qu’au moment où des voix d’opérateurs économiques s’élevaient pour dénoncer la fraude, d’autres " riaient sous cape " et cherchaient déjà d’autres stratégies pour continuer à se soustraire aux contrôles. Et dans le milieu, les acteurs du secteur privé se connaissent bien. Au lieu donc de demander au gouvernement de prendre des mesures, ne peuvent-ils pas d’abord entre eux à défaut de sanctionner les fraudeurs, les dénoncer ?

Ce serait au moins leur part contributive à la lutte contre la fraude. Puisqu’ils sont aussi bénéficiaires.

Dabaoué Audrianne KANI

L’Express du Faso

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