Anselme Sanou, point focal ASAO : « Nous avons construit plus de 1100 classes pour le gouvernement du Burkina Faso »

jeudi 14 février 2013 à 00h39min

Reconnue comme ONG par le ministère des Finances du Burkina Faso, chevalier de l’Ordre du mérite burkinabè, chevalier de l’Ordre des Palmes académiques, l’Association solidarité Afrique de l’Ouest a investi plus de 8 milliards entre 2001 et 2012, en appui à la lutte contre l’ignorance et l’analphabétisme. Nous sommes allés à la rencontre d’Anselme Sanou, point focal de l’association au Burkina, après l’inauguration de plus d’une cinquantaine d’écoles et de collèges en fin janvier, pour mieux connaître cette structure, fruit du partenariat germano-burkinabè.

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D’où est venue l’idée de création de l’ASAO ?

Anselme Sanou (A.S) : Le fondateur de l’association donnait beaucoup d’argent pour des réalisations dans les pays en développement. Il a fini par se décourager car il ne recevait pas des informations relatives à ses réalisations. Un de ses amis qui était ambassadeur à Ouagadougou lui a parlé du Burkina Faso, comme étant un pays où les populations étaient très travailleuses, avec peu de ressources. Il s’est déplacé au Burkina et s’est rendu effectivement compte de la nécessité de faire quelque chose pour soutenir les efforts des populations. C’est ainsi qu’est née l’ASAO.

Outre le Burkina Faso, dans quels autres pays de la sous-région intervient l’ASAO ?

L’objectif de l’ASAO est de s’étendre sur toute l’Afrique de l’Ouest. Mais pour le moment, elle n’intervient qu’au Burkina.

Quels sont les domaines d’intervention de l’association ?

Au départ, l’ASAO avait pour ambition d’intervenir dans plusieurs secteurs d’activités : soutien aux associations féminines, réalisation d’infrastructures sanitaires et scolaires, forages. On s’est rendu compte après 1995, qu’il fallait recadrer nos interventions. Cela a aussi coïncidé avec l’engagement pris par le gouvernement allemand, à travers le ministère allemand chargé de la Coopération, d’appuyer financièrement l’ASAO. Dès lors, nous avons commencé à mettre l’accent sur les infrastructures scolaires. Nous avons débuté par la construction d’écoles primaires et aujourd’hui nous réalisons aussi bien des écoles primaires que des Collèges d’enseignement général (CEG)

Pourquoi uniquement le post primaire ?

C’est après avoir constaté qu’il y avait un goulot d’étranglement à ce niveau. Il y a beaucoup de villages qui ne disposaient pas d’une école. Mais grâce aux efforts consentis par le gouvernement, notamment à travers le PDDEB et d’autres ONG, des écoles ont été construites à travers le pays. Nous avons alors décidé de faire un pas du primaire au post-primaire pour répondre aux besoins créés par les taux d’admission assez élevés au CEP. Nous nous sommes dit qu’il fallait mettre l’accent sur la construction de CEG pour permettre à ces enfants de poursuivre leurs études. Au Burkina Faso, la scolarisation est obligatoire jusqu’à 16 ans. Comme pour l’ASAO, il faut tenir compte des priorités du Burkina, il se limite pour le moment au post-primaire. Si les priorités du pays évoluent, l’ASAO aussi pourrait revoir ses ambitions en mettant un accent sur le second cycle.

Quelle est la stratégie d’intervention de la structure ?

Elle réalise elle-même les projets. Elle n’accorde pas de fonds aux individus ni aux associations. L’ASAO exige la participation des bénéficiaires par l’apport d’agrégats et d’eau sur le chantier. Chaque année, une délégation de l’ONG séjourne au Burkina pour évaluer les projets.

Qui peut présenter un projet à l’ONG ?

L’ASAO travaille uniquement avec les associations dans les régions à faible taux de scolarisation. Toute association peut présenter un projet. Mais selon son statut, l’ONG ne peut réaliser qu’un seul grand projet par localité.

Y a-t-il des critères pour le choix des localités ?

L’ASAO n’intervient pas dans une localité prédéfinie. Nous évoluons sur l’ensemble du territoire burkinabè. Ce sont les bénéficiaires qui entrent en contact avec la structure. Ils doivent alors s’approprier le projet. Ils doivent en outre s’engager à fournir les agrégats (sable, cailloux, gravillon), et fournir 5 ouvriers non qualifiés par jour pour venir en aide au maçon pendant la construction du bâtiment. Lorsque nous recevons par exemple deux demandes, ce qui est important pour nous, c’est la distance qui sépare la localité qui demande l’école et l’école la plus proche. Ensuite, nous comparons la taille de la population entre les deux villages. Pour le post-primaire, nous évaluons le nombre d’écoles primaires proches de la localité qui demande, car la matière première pour les collèges, ce sont les enfants admis au CEP. Tels sont les principaux indicateurs que nous regardons pour donner un avis favorable pour la construction d’une école où d’un CEG.

La structure rencontre t-elle des difficultés ?

La principale difficulté que nous rencontrons est le non- respect des engagements pris par les populations. En effet, certaines sous-estiment leur apport. Alors que cela varie selon les localités et la disponibilité d’agrégats. C’est ainsi que l’apport peut s’élever jusqu’à 4 millions dans certains cas. On essaie, chaque fois que le problème se pose, de sensibiliser les populations. Parfois, on menace d’arrêter les travaux. L’autre grosse difficulté que nous rencontrons est la non-prise en compte de nos exonérations lorsque nous commandons nos matériaux (ciment, tôles…).

Pourquoi le secteur de l’éducation ?

Nous, nous sommes engagés parce que l’Etat a beaucoup de priorités. Nous sommes fiers de pouvoir permettre à de jeunes burkinabè de pouvoir avoir le savoir dans de bonnes conditions. Nous avons pu ainsi mettre à la disposition de l’Etat burkinabè plus de 1100 classes, des logements pour les enseignants... Si nous avons une moyenne de 70 élèves par classe, imaginez un peu l’offre que nous avons mise à la disposition de L’Etat burkinabè. Nous recevons plus de cent demandes par an. Et nous ne pouvons réaliser que quelques projets. Nous avons aussi voulu rapprocher l’école des apprenants pour favoriser les filles. En effet, les filles rencontrent beaucoup de difficultés dans leur scolarisation.

Car les parents n’arrivent plus à les confier à des tuteurs dans les localités qui abritent les collèges. Cela, pour plusieurs raisons : besoins spécifiques, mariage précoce, viol, maltraitance. Nous avons voulu aussi intervenir dans le domaine de la promotion de la femme et de la jeune fille à travers la construction de centres de formation. Le fonctionnement de ces centres s’est avéré très difficile. Nous avons alors recadré nos actions en mettent l’accent sur la scolarisation des filles.

On offrait ainsi les fournitures aux filles, cela pendant près de 10 ans. Lorsque l’Etat s’est engagé dans la gratuité des fournitures, nous avons alors arrêté. Il y a un grand pas qui a été fait dans le domaine de l‘éducation au Burkina. En moins de 10 ans, les effectifs sont passés de 20% à près de 50 voire 60%. L’ASAO est heureuse de voir cette progression et félicite l’Etat burkinabè

Quels sont vos rapports avec l’Etat ?

Nous avons de très bons rapports avec l’Etat, notamment les ministères en charge de l’éducation (MENA, MESS). Nous participons à certaines de leurs rencontres, leur fournissons nos rapports d’activités. Il en est de même du ministère des Finances à travers la direction générale chargée des ONG. Nous n’intervenons sur le terrain que lorsque nous avons eu toutes les autorisations y afférentes

C’est pour toutes ces raisons que l’ASAO a été décorée ?

L’ASAO a été décorée par le gouvernement Burkina qui reconnaît ainsi les mérites de cette ONG. Nous nous en réjouissons et remercions le gouvernement pour cette reconnaissance. Nous dédions ces médailles aux populations qui ont compris que l’Etat ne peut pas tout faire et qu’elles doivent prendre des initiatives pour leur bien-être.

San Lamine TRAORE
(collaborateur)

Sidwaya

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