Communes rurales : « Le gouvernement doit garantir les libertés, mais veiller à l’autorité de l’Etat »

mardi 10 juillet 2012 à 00h43min

Mahamed Balima, Enseignant à l'Université de Koudougou Kindi, Pissila, Pouytenga, Boussouma…La liste des communes rurales du Burkina où les populations ont maille à partir avec leur maire n’en finit pas de s’allonger. Reprochant le plus souvent aux maires une mauvaise gestion ou un manque d’initiatives dans la gestion des communes, les populations en sont venues à exiger leur départ, si ceux-ci ne sont pas déclarés persona non grata. Comment les citoyens apprécient ces agissements de plus en plus fréquents ? Est-il normal que le gouvernement prenne « les dispositions nécessaires » pour permettre à un maire désavoué par une partie de sa population d’exercer son mandat jusqu’à son terme normal ? Avis de Ouagalais.

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Mahamed Balima, Enseignant à l’Université de Koudougou : « Il est tout à fait normal que des populations déçues de leur maire demandent son départ. Je trouve que chaque maire doit pouvoir présenter un bon bilan avant les prochaines élections municipales. A défaut, les populations peuvent bien le désavouer. Pour les populations, je pense, c’est une façon d’attirer l’attention du parti dont est issue le maire. C’est une manière de dire au parti auquel le maire appartient qu’elles ne veulent plus de leur représentant, notamment pour les prochaines élections. Ici, on vote le parti et non l’individu. Il est évident que si le maire est vomi, son parti présentera aux futures élections un autre candidat. La volonté du gouvernement de maintenir un maire chassé par sa population jusqu’à la fin de son mandat, est compréhensible : il est inutile de nommer un intérimaire pour quatre mois. »

Linda Bationo, Etudiante en 4e année de Lettres Modernes : « Quand on vote une personne, c’est parce qu’on place une confiance en elle. Si sur le terrain les administrés ne constatent pas d’évolution et que, pire, ils estiment que la gestion des affaires de la commune n’est pas transparente, ils peuvent exiger le départ du maire. On sait par exemple qu’il y a des fonds destinés aux communes. Si au même moment aucun changement positif n’est noté dans la vie de la commune, les populations peuvent réclamer le départ du maire.
Quant à savoir si le gouvernement peut, en dépit de la volonté de la population, décider de maintenir un maire, c’est un dilemme. Le gouvernement doit être le garant des libertés individuelles et collectives, mais il doit aussi veiller au respect de l’autorité de l’Etat. »

Ousmane Sankara, Secrétaire administratif dans une commune rurale : « Ce n’est pas une bonne chose que des populations chassent leur maire avant la fin de son mandat. J’estime que c’est le manque de médiation qui entraine ce genre de situations. Il y a toujours des voies de recours en cas de crise de confiance entre des populations et leur maire, car la mairie a une tutelle. Si le gouvernement décide d’apporter son soutien à un maire, je crois qu’il s’est rendu compte, à l’issue d’enquêtes, que le maire n’a rien à se reprocher. Il y a eu des cas, rappelons-nous, où le gouvernement a suspendu et même révoqué des maires. »

Natacha Bationo, Elève : « Ce n’est pas normal que des populations exigent le départ de leur maire avant la fin de son mandat. Il a été élu, donc on devrait attendre la fin de son mandat pour le sanctionner en fonction de son bilan. Je peux comprendre d’autres types de sanctions avant la fin du mandat, mais pas celle de chasser le maire. Le gouvernement, lui, doit plutôt insister sur la sensibilisation, l’éducation au lieu de prendre des décisions péremptoires qui donnent l’impression qu’il veut protéger le maire. Il lui appartient de faire comprendre aux populations qu’elles doivent attendre la fin du mandat pour sanctionner par le vote s’il le faut. »

Salif Augustin Ouédraogo, Electricien : « Les populations ne peuvent pas exiger le départ d’un maire sans l’écouter au préalable. Il peut arriver que les doléances des populations ne soient pas du ressort du maire. Cependant, si le maire nargue ses populations, ces dernières peuvent alors exiger son départ pour lui faire comprendre que c’est grâce à elles qu’il est là. Pour moi, les populations et leur maire sont complémentaires. Le maire travaille pour les populations et vice-versa. Quand des incompréhensions surviennent entre eux, ils doivent s’asseoir pour trouver des solutions. Le gouvernement, quant à lui, est censé être au dessus de la mêlée. Il peut intervenir pour faire entendre raison aux uns et aux autres mais de là à prendre partie pour un camp, je ne suis pas d’accord. »

Adama Sawadogo, Instituteur : « Tout dépend de ce que le maire fait. Il y a des maires qui ne travaillent vraiment pas. Les populations ont en ce moment le droit de revendiquer leur départ. Je dois ajouter aussi que cela dépend du degré de la faute commise. On peut exiger le départ d’un maire si la faute commise est lourde. J’estime qu’il n’est pas du tout normal que le gouvernement agisse contre la volonté populaire. Etre maire n’est pas un poste nominatif, mais électif. Donc, si le maire déconne, les populations peuvent exiger son départ. »

GUY YAMÉOGO

Faszoine

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