Accident sur la route de Lomé : "Les circonstances" du drame selon l’une des rescapés

mardi 10 mai 2011 à 01h45min

L’accident survenu en territoire togolais le vendredi 6 mai 2011 causant la mort de 28 personnes et faisant une quarantaine de blessés, laisse le peuple burkinabè sous le choc. Un deuil national a été décrété par le Président du Faso Blaise Compaoré. En attendant le retour des autorités dépêchées sur le lieu du drame, les circonstances du drame font couler beaucoup d’encre et de salive. Dans ce reportage, Juliette Nikièma, l’une des deux rescapés sains et saufs raconte.

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"Les mots me manquent pour décrire le drame que nous avons vécu. Je suis saine et sauve certes, mais très affligée par ce qui s’est passé. L’ambiance était bonne dans le car quand nous quittions Ouagadougou le jeudi 5 mai aux environs de 12 h pour la capitale togolaise. Nous avons roulé sans problème jusqu’à..." C’est le récit inachevé du voyage cauchemardesque que tente entre deux soupirs de raconter Juliette Nikièma, l’une des deux rescapés indemnes de l’accident survenu en territoire togolais. La suite, elle la raconte difficilement. "Nous pensions entrer en territoire togolais dans la matinée du vendredi 6 mai, lorsqu’à quelques mètres du pont en question, le chauffeur a voulu marquer un arrêt suite aux signaux d’une lampe-torche d’un homme en tenue.

C’était aux environs de deux heures du matin. La tentative a été vaine et le véhicule a heurté le flanc d’une des balises de sécurité du pont. C’est ainsi que le car s’est retrouvé dans le pont, dans l’eau", poursuit Mlle Juliette toujours sous le choc.

Sa sœur aînée, Chantal, elle aussi est très affectée. "Ma petite sœur est saine et sauve, nous remercions Dieu. Mais je suis consternée par les pertes en vie humaine. Aux morts, je souhaite que leurs âmes reposent en paix, aux familles des disparus, je leur présente mes sincères condoléances".

Assise à côté de Chantal, Awa Ouandaogo leur mère transpire à grosses gouttes, elle souffre affirme t-elle d’une hypertension artérielle et de palpitations, et dit pleurer les morts et compatir à la douleur des familles des victimes. "Ma fille Juliette avant de partir pour son voyage m’a appelée et m’a demandé de prier pour elle. Chose que j’ai faite le jeudi midi au cours de l’angelus et à la prière du soir. Lorsqu’on m’a appelée pour annoncer la nouvelle, ce sont ses propos qui me sont revenus à la tête". Toutes les trois choquées, elles disent prier pour les blessés. En effet, de la quarantaine, quatre ont été, selon le directeur général du Centre hospitaliser universitaire Yalgado-Ouédraogo (CHU-YO) Lansandé Bangagné, transférés dans son établissement sanitaire le dimanche 8 mai. Ils ont été, soutient-il, admis aux urgences traumatologiques avant d’être référés à des services spécialisés.

Des quatre, trois ont été déjà libérés. Il s’agit de Boureima Ouédraogo, 34 ans, souffrant d’une fracture à l’humérus du bras gauche. Après des examens médicaux et des soins appropriés (il a été plâtré), l’intéressé, aux dires de M. Bangagné, a rejoint son domicile. La seconde victime est une femme de 28 ans, du nom de Mariam Zoungrana ayant eu un arrachement complet du pavillon gauche, elle a reçu des soins et a été libérée. Le troisième blessé qui a lui aussi rejoint son domicile est un homme de 22 ans répondant du nom de Adama Bangagnan. Il a, poursuit le directeur général de l’hôpital, eu un traumatisme du bassin. Des soins appropriés lui ont été administrés et il a quitté l’hôpital. Seul Roger Ouédraogo, 34 ans, victime d’une fracture à l’humérus du bras droit et d’un traumatisme au niveau de la clavicule droite, à la tête et une contusion thoracique est toujours gardé aux urgences viscérales.

Un scanner de la tête et du thorax a été fait et sa vie est hors de danger. Cependant, les médecins ont voulu le garder pour une observation de quelques jours. Pour M. Bangagné, ce drame est un problème national. Des instructions ont donc été données pour une prise en charge gratuite des blessés. Les examens faisables à l’hôpital et les produits disponibles à la pharmacie de l’hôpital sont supportés directement par le CHU-YO. Cependant, précise t-il, il peut arriver que les familles des blessés supportent les frais de certaines spécialités concernant les médicaments qui ne se trouveraient pas sur place à l’hôpital. Dans de pareilles situations, il est demandé aux différentes familles des blessés de faire parvenir les reçus d’achat aux fins d’être remboursées. Ceci permettra, soutient le directeur général, de rendre compte à qui de droit quant à la prise en charge des blessés.

M. Lansandé Bangagné en présentant ses condoléances les plus attristées aux familles des disparus, a également souhaité aux blessés un prompt rétablissement.

Pour marquer cette compassion, le chef de l’Etat a décrété un deuil national sur toute l’étendue du territoire hier lundi 9 mai. Partout dans les services, les bars et les yaars, c’est la tristesse.

Ironie du sort

Il est 11h5 mn, au marché du secteur n°10, communément appelé 10 yaar en ce jour lundi 9 mai 2011. Un calme plat y règne. L’ambiance est toute particulière. Habituellement bruyant, le marché est en ce jour fermé. Seuls quelques taxis sont garés de part et d’autre de la voie.

Sous le hangar qui sert de parking, point d’engins. Des commerçants venus manifester leur deuil y sont assis, devisant sur le sujet qui alimente les débats ces temps-ci : l’accident mortel des commerçants du yaar. Entre tristesse et consternation, les commentaires vont bon train. Chacun s’interroge sur les circonstances du drame. El Hadj Mahamoudou Yiro, commerçant au 10 yaar confie : "Nous sommes tous attristés par ce qui vient de se produire en territoire togolais. Nous sommes d’autant plus affectés en ce sens que c’est le poumon de notre économie qui s’est ainsi effrité. Nous voulons dire par là que les victimes sont toutes des jeunes commerçants. La jeunesse étant le levier du développement, nous ne pouvons que déplorer un tel événement. Nous sommes accrochés aux informations qui viendront de ceux qui sont allés sur les lieux du drame. A l’heure actuelle, nous ne connaissons pas les identités des victimes. Nous implorons le Dieu Tout-Puissant afin qu’il nous préserve de telles situations, car c’est à peu près à la même période qu’un accident du même genre s’est produit l’année passée au Togo, faisant une dizaine de morts".

Ce même sentiment de tristesse est partagé par Mamounata Sawadogo, vendeuse de légumes. Même si elle dit ne pas être informée de la fermeture du marché ce jour (Ndlr : 9 mai 2011), elle reste tout de même affectée par le drame.

Pour elle, c’est une douloureuse épreuve que l’ensemble du peuple burkinabè vit. "Le comble, les victimes (mortes) sont en majorité des jeunes, ceux-là qui devraient nous enterrer". Même son de cloche pour Mariam Kaboré, commerçante aussi de légumes. "C’est tout simplement triste. Nous sommes tous consternés". "Le même drame s’est produit l’an passé à peu près à la même période. Nous nous remettons à Dieu. Depuis l’annonce de la nouvelle le vendredi 6 mai, toutes les activités commerciales sont paralysées. Nous les taximen, nous tirons nos revenus de ce marché. Alors, ce qui touche les commerçants aujourd’hui nous touche également", confie avec amertume Madi Sinaré, taximan au 10 yaar. Une affection nationale en ce sens qu’un drame similaire s’était produit dans la région de Kara en territoire togolais le mardi 20 avril 2010. Cet accident avait causé la mort de 14 personnes toutes des Burkinabè et commerçants du 10 yaar et avait fait 5 blessés. Selon le constat de la gendarmerie à l’époque, les causes de cet accident seraient liées à une défaillance du système de freinage du véhicule. Pour ce qui est du drame du 6 mai 2011, toutes les oreilles sont tendues vers les autorités qui donneront certainement de plus amples informations sur les causes réelles de l’accident.

Aline Verlaine KABORE

Sidwaya

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