Situation nationale : Blaise a-t-il prêché dans le désert ?

vendredi 1er avril 2011 à 03h34min

« …J’appelle à un sursaut de la part des forces politiques et sociales empreintes de patriotisme et de civisme, afin que le respect de la République et du patrimoine commun soit davantage enraciné… ». Ainsi parlait le président Blaise Compaoré, dans un message à la nation livré le mercredi 30 mars 2011 en début d’après-midi, quelques semaines après l’éclatement de la crise sociopolitique née d’abord de la mort à Koudougou de l’élève Justin Zongo ; puis des mutineries à répétition de la soldatesque.

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Le chef de l’Etat burkinabè a, entre autres, promis de veiller à ce que justice soit rendue et de prendre des mesures vigoureuses pour la protection de l’ensemble des populations et la sécurisation des biens publics et privés et annoncé des concertations tous azimuts avec les différentes couches socioprofessionnelles. Dans la foulée, les chefs coutumiers et religieux étaient reçus en audience, mercredi après-midi, au palais de Kosyam. Hier jeudi matin, c’était au tour des mondes de la justice (magistrats, et auxiliaires de justice), puis, dans l’après-midi, des hommes du rang et des sous-officiers. Et ce matin même, place est faite aux officiers.

Après le message à la nation livré mercredi par le chef de l’Etat burkinabè, la grande question était de savoir quel accueil l’opinion publique nationale en général et les militaires en particulier allaient réserver à l’appel au calme du président du Faso. La réponse est arrivée très vite puisque dans la nuit même du mercredi 30 mars au jeudi 31 mars dernier, les militaires se sont fait de nouveau entendre à coups de fusils : d’abord à Banfora, puis à Ouagadougou, où des soldats du camp de la 3e région militaire, situé sur la route de Pô, ont fait parler la poudre. Il s’en est suivi, selon des sources concordantes, une réaction du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) basé à un jet de pierre de là. On a d’ailleurs enregistré le premier décès dans les rangs des militaires depuis le début de leur mouvement d’humeur, celui de Hamado Zongo du camp route de Pô. Et pour ne rien arranger à la situation nationale, à Tenkodogo, ce sont les élèves qui sont sortis pour s’adonner à des actes de vandalisme, incendiant le gouvernorat du Centre-Est, l’annexe de l’hôtel Djamou ainsi que les domiciles des ministres Odile Bonkoungou et d’Alain Yoda. Faut-il donc croire que Blaise Compaoré a prêché dans le désert ou est-ce les derniers spasmes d’un mouvement qui est en train de mourir ? Les heures et les jours à venir nous en diront certainement davantage.
Kosyam
Dialogue de sourds entre le premier magistrat et la famille judiciaire

Pas de reprise des activités juridictionnelles avant la satisfaction de leurs exigences. C’est la position adoptée par les acteurs du monde judiciaire à l’issue d’une rencontre tenue, hier jeudi 31 mars 2011, avec le président du Faso, Blaise Compaoré, sur la crise consécutive à la mutinerie de militaires.

Pas mot, en tout cas pas sur place, de la part des représentants des magistrats et des auxiliaires de justice. Aucune adresse du chef de l’Etat, Blaise Compaoré, aux hommes de presse massés dans une salle située au troisième étage du palais présidentiel. Signe que les deux parties se sont quittées dos-à-dos au terme de leur consultation à huis clos ?

Le garde des Sceaux, Jérôme Traoré, a beau user de formules sibyllines dans son compte rendu solo, n’empêche, un sentiment d’échec transpirait de son visage. Sur l’objet de la rencontre du président du Faso avec les membres du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) élargi aux auxiliaires de justice (avocats, greffiers, huissiers et notaires), le ministre Traoré situe : « Le chef de l’Etat a souhaité les entendre sur leur perception de la situation actuelle du pays et, particulièrement, sur les événements qui se sont déroulés dans le monde judiciaire ».

En arrêt de travail depuis le saccage de leurs locaux dans la nuit du 22 au 23 mars 2011, suivi de la libération, par des frères d’armes, de cinq militaires pourtant condamnés par une décision de justice, la famille judiciaire, foi du garde des Sceaux, a reçu des gages d’assurances : « Le chef de l’Etat les a rassurés qu’en tant que président du Conseil supérieur de la magistrature et garant constitutionnel de l’indépendance de la magistrature, il est de leur côté pour pouvoir les amener à dire le droit en toute sérénité et en toute quiétude ». Des dispositions spécifiques ont-elles alors été adoptées en conséquence ?

« D’un point de vue global, le chef de l’Etat a fait comprendre que des mesures sont prises pour assurer la sécurité au plan national et, partant, dans le monde judiciaire », a annoncé le ministre de la Justice, avant d’ajouter : « Beaucoup de choses ont déjà été faites. Des travaux de réhabilitation sont en cours au Palais de justice de Ouagadougou et au niveau de la Maison de l’avocat. Les bâtiments seront fonctionnels dès demain. A Fada, des actions diligentes sont envisagées au niveau du Tribunal de grande instance ».

Les cinq bidasses ont-ils été réincarcérés, comme l’exigent les hommes en noir ? « Le chef de l’Etat a fait comprendre la complexité de la situation. Il a fait savoir que le gouvernement s’y penche depuis quelques jours et que des solutions idoines leurs [NDLR : magistrats et auxiliaires de justice] seront signifiées dans les meilleurs délais », a indiqué Jérôme Traoré, qui, sur l’éventualité d’une reprise immédiate des activités juridictionnelles, a préféré revêtir la tunique de l’apôtre Thomas : « Nous attendons de voir ».

Joint plus tard au téléphone, le secrétaire général du syndicat burkinabé des magistrats (SBM), René Bagoro, est catégorique : « Pas question d’une reprise du travail. A la rencontre avec le chef de l’Etat, aucune réponse satisfaisante n’a été apportée à nos revendications. Tous les syndicats signataires (1) de la déclaration commune ont alors appelé leurs militants à poursuivre le mouvement de protestation ».

Alain Saint Robespierre

(1) Il s’agit du SAMAB, du SBM, du SMB, du SYNAJ, du SGB, et du SYNAF. Dans une déclaration commune parue dans l’Observateur Paalga du vendredi 25 au dimanche 27 mars 2011, ils exigent, entre autres, avant toute reprise du travail, la réincarcération immédiate des cinq militaires à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou, la réhabilitation des locaux saccagés, la prise de mesures urgentes pour sécuriser les magistrats et le personnel judiciaire, la présentation d’excuses publiques au pouvoir judiciaire et la sanction des auteurs de toutes les attaques survenues dans la nuit du 22 au 23 mars dernier.

L’Observateur Paalga

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