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Malick Jabir : "Pourquoi j’ai quitté l’ASFA-Y"

Accueil > Actualités > Sport • • lundi 28 juin 2004 à 08h24min

Il est connu du public sportif burkinabè pour avoir longtemps été
à la tête de l’encadrement technique de l’ASFA-Yennenga. Il a
même fait un bref passage à la tête des Etalons. Malick Jabir,
puisque c’est de lui qu’il s’agit, a regagné depuis quelques
années son Kumassi natal où il occupe la fonction de directeur
technique de l’Ashanti Kotoko de Kumassi au Ghana. Nous
l’avons rencontré le 22 juin dernier.

Le Pays : Que fait concrètement Malick Jabir au Ghana après
son séjour au Burkina Faso ?

Malick Jabir : Actuellement , je suis directeur technique de
l’Ashanti Kotoko. Je ne monte pas sur le terrain, mais j’ai
l’obligation de mettre tout en oeuvre pour avoir une bonne
équipe et un bon entraîneur. Je joue ce rôle depuis 2 ans.
Depuis une dizaine d’années, Kotoko cherche le titre dans le
championnat, en vain. Les choses évoluent positivement.

En 2002, vous étiez dans l’encadrement des Black stars,
l’équipe nationale du Ghana. Vous n’y êtes plus. Que s’est-il
passé ?

C’est moi qui ai pris l’initiative d’écrire à la fédération
ghanéenne de football pour lui demander de me permettre de
revenir aider mon équipe, l’Ashanti Kotoko. En son temps, la
Fédération avait refusé . J’ai insisté en disant que la "maison"
(ndlr, l’Ashanti Kotoko) était en train de tomber et que j’avais le
devoir de revenir aider à la relever. J’ai été compris parce que la
situation du Kotoko était délicate. Sinon, je n’ai pas
démissionné. On s’est entendu.

Vous attendiez-vous à une défaite des Black stars à
Ouagadougou devant les Etalons dont vous connaissez la
plupart des joueurs ?

Depuis l’année dernière, j’ai dit à des camarades ici au Ghana
que le Burkina est en train de monter. Chez vous, les gens se
sentent concernés par l’affaire du football, à commencer par le
Président du Faso. Quand j’ai vu que depuis 1998, à la faveur de
la CAN que vous avez organisée, les clubs ont eu des terrains
d’entraînement de qualité, j’ai compris que les choses
changeraient. Là où il y a un bon terrain, c’est là-bàs que l’on
peut bien travailler. Nous n’avons pas de terrain d’aussi bonne
qualité que ceux de vos clubs. En plus de cela, vous avez misé
sur les espoirs et les cadets. Vous vous êtes comportés très
bien ces dernières années dans ces catégories. Chez vous,
c’est beaucoup plus sérieux que chez nous. Quand le Burkina
nous a battus 1 à 0 à Ouagadougou dans le cadre des
éliminatoires de la CAN et du Mondial, un journal a écrit ici pour
rappeler que j’avais dit de se méfier du Burkina. La victoire des
Etalons ne m’a pas surpris. Je dis même que les Black stars
ont bien joué sinon ils auraient pu prendre deux buts de plus.

Avez-vous régulièrement des informations sur le football
burkinabè ?

Juste avant la CAN’2004, Kotoko était à Ouaga pour un match
amical contre les Etalons. Quand j’ai vu la sélection des Etalons,
je savais l’origine de chacun. Au Ghana, il est difficile de
travailler ainsi et évoluer ensemble. Rappelez-vous que nous
avons eu par deux fois la coupe du monde en catégories
inférieures. Aujourd’hui, où sont-ils, ces joueurs d’hier ? Ils ont
disparu . Mais vous au Burkina, vous essayez de garder les uns
et les autres ensemble. Cela est important. Quand vous nous
avez battus 1-0, j’ai alors dit "ya yéelé" (ndlr, c’est grave en
langue mooré).

Etes-vous informé que votre ancien club, l’Asfa-Y vient de
remporter le championnat national pour la 3e fois consécutive
avec en prime les meilleures défense et attaque et le meilleur
butteur à égalité avec un joueur de l’USO ?

Hé ! C’est bien ça ! je suis très content de ces nouvelles. Etre
champion du Burkina est une première étape. Que l’Asfa-Y
fasse tout pour montrer sur le plan africain qu’elle est une bonne
équipe . Le bureau et les joueurs doivent se donner ce devoir.
Pour le championnat c’est bon, mais il faut maintenant "percer"
en Afrique.

Voulez-vous faire allusion aux 8 buts qu’elle a pris cette année
en compétition africaine ?

Non, ce n’est pas par rapport à cela seulement. Honnêtement,
ce n’est pas la faute de l’ASFA-Y. J’étais aussi sur ce terrain
bizarre avec mon équipe, nous avons gagné 1 à 0 , mais c’est
Noufou Ouédraogo (ndlr, président du comité de soutien aux
Etalons) qui nous a aidés en me donnant la cassette du match
de l’ASFA-Y. Et nous sommes allés chercher un terrain
semblable pour nous y entraîner cinq fois, avant d’aller jouer.
C’est ce qui nous a sauvés. Au retour, l’Asfa-y a fait 2 à 2. Cela
veut dire que son adversaire ne vallait pas mieux.
Ce message ne concerne pas seulement l’Asfa-y. Mon équipe,
ce n’est pas l’Asfa-y seulement, c’est tout le Burkina. L’EFO n’est
pas par exemple une petite équipe. Elle peut monter. Le
Burkina, dans mon coeur, est mon deuxième pays. Je souhaite
que tout ce qui est bon lui arrive.

Le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré, était récemment
à Kumassi. Assez-vous pu vous rencontrer ?

Vraiment ! Mon patron était effectivement là (NDLR, Simon
Compaoré était PCA de l’Asfa-Y , au temps où Jabir était
entraîneur). Quand j’ai appris qu’il était là, on s’est retrouvé à la
Présidence. On a dansé ensemble, on a bien causé. Devant tout
le monde, il a dit que la moitié de Malick est au Ghana et l’autre
moitié au Burkina. J’étais vraiment très heureux de le rencontrer.

Avez-vous eu l’impression qu’il a changé ?

C’est le même Simon Compaoré. Il n’a pas changé. Il est gentil.
Il parle sans arrière pensée. C’est comme cela que l’homme
peut réussir. Il est convaincu de ce qu’il fait. J’ai appris beaucoup
de choses avec lui.

Quelles sont les chances dans ces éliminatoires CAN-Mondial ?

Votre Président se saigne beaucoup pour que le football
progresse. C’est une chance. Tout ce qu’il peut faire pour que
l’équipe obtienne des résultats, je sais qu’il le fera. Le football
aujourd’hui est un bon canal pour promouvoir un pays. Ce n’est
pas le fusil qui peut le faire mais le ballon. Que l’équipe reste
soudée et vigilante. Vous avez des talents pour vous défendre.

Quel souvenir gardez-vous du Burkina Faso ?

L’Homme ! Même dans la bouche, la petite langue se permet de
se bagarrer avec toutes ces multiples dents. Mais pour finir, ils
s’entendent (rires).
Des fois, je ne pense qu’au Burkina, à ses valeurs. Je ne sais
pas pourquoi. L’homme burkinabè est riche d’esprit. Je reste
Burkinabè dans mon coeur.

Apparemment, votre départ de l’Asfa-y a été diversement
interprété. Que s’est-il passé exactement ?

Pour moi, on s’est séparé de façon amiable. J’ai beaucoup
offusqué ma femme. J’ai laissé les enfants avec elle seule
pendant 6 ans. Ce n’était pas normal. C’était trop pour elle. C’est
à cause de cela que j’ai décidé de rentrer pour l’aider. Quand je
suis venu, on a arrangé beaucoup de choses. Par exemple, elle
est repartie à l’université pour faire son Master alors qu’elle a 50
ans. On est en train de planifier notre programme : si un jour
Malick n’est pas là, elle seule peut se débrouiller pour sauver la
famille ; si elle n’est pas là aussi, je peux me débrouiller. C’est
peut-être cela qui a provoqué les incompréhensions dans le
club. J’avais expliqué la situation au Président du conseil
d’administration (PCA) d’alors, Seydou Diakité (ndlr, président
actuel de la FBF). Au début, les dirigeants n’étaient pas contents
, mais après, on m’a compris. Sinon, il n’y avait rien d’autre. Je
demande pardon à tous ceux qui ne m’avaient pas compris.

A quoi ou a qui vous pensez et qui est au Burkina, lorsque vous
êtes ici à Kumassi ?

Hé ! Noufou. "Ma Noufou !" (ndlr, un français propre à Jabir). Je
ne vois plus "ma Noufou", "ma grand-frère" ? On avait un endroit
à côté de l’aéroport où on prenait notre thé et qui s’appelait "Dieu
nous voit". C’est là-bas qu’on prenait le thé jusqu’à ce que j’aie
sommeil. Lorsque je suis revenu au Burkina, j’ai vu qu’on a gâté
le coin. On a tout rasé. Je ne retrouve plus l’endroit.

Cela veut simplement dire que Dieu ne vous voit plus.

(Rires). Tu as raison "ma garçon". (rires)

Quoi d’autre ?

Il y a un endroit où on jouait à la belote. Les "grands" du pays
venaient jouer là-bas. Tout cela me manque. Il y a beaucoup de
gens qui me manquent et que je voudrais revoir. Il y a Denise
(ndlr, Nana), Mayouré (ndlr, Maman Asfa-y), un Ghanéen à Pissy,
etc. Ils sont nombreux. Un jour, je vais revenir. Tout ce monde,
surtout l’avocat Sory Anan, on s’aime bien.

Et sur le plan de la gastronomie

Gas quoi ? (rires)

La nourriture...

Oh ! J’ai tellement bouffé le poulet de Ouagadougou que je n’en
veux plus. Je suis au poisson maintenant. Les fruits, surtout les
pastèques, me manquent. Je ne mange plus la viande à cause
de tous les poulets que j’ai "travaillés" à Ouaga.

Avez-vous un dernier message à l’endroit de vos frères
burkinabè ?

Le monde a commencé à changer. Quand j’étais venu à Ouaga,
j’ai vu qu’on a cassé beaucoup de maisons, beaucoup de villas.
Je pense que ce n’est pas pour rien. Un jour, ceux qui pleurent
aujourd’hui, vont dire qu’on a eu raison de casser. Qu’on accepte
cela. Je sais qu’avec ces déguerpissements, beaucoup vont
souffrir, mais leur souffrance sera momentanée. Quand on
travaille, il y a changement. Les gens n’ont qu’à accepter parce
que le monde a commencé à changer. Même la musique a
changé. Si vous buvez trop ou si vous aimez trop les femmes et
que vous pensez que cela ne vous apporte rien, il faut changer.
Le monde nous demande de changer. Chacun doit interroger
son coeur après chaque acte. Si votre conscience rejette votre
acte, même en une seule seconde, il ne faut plus recommencer.
C’est cela le comportement d’un homme.

Propos recueillis au Ghana par Alexandre LE GRAND ROUAMBA
Le Pays

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