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Jean-Baptiste Natama, SP MAEP/Burkina : "Nous attendons de pied ferme le prochain forum qui examinera le rapport de notre pays"

Accueil > Actualités > Diplomatie - Coopération • • lundi 21 juillet 2008 à 12h49min

Jean-Baptiste NatamaEn marge du 11e sommet de l’Union africaine s’est tenu le 29 juin 2008, le 9e forum des chefs d’Etat et de gouvernement du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP). Au cours de celui-ci, les rapports d’évaluation de l’Ouganda, du Nigeria et du Burkina devaient être examinés. Mais au dernier moment, l’examen des rapports des 2 pays ouest-africains du lot a été ajourné.

Pour savoir les raisons de l’ajournement de l’examen du Burkina, ses conséquences, nous avons rencontré, le 15 juillet, une personne qui a été au coeur du processus d’évaluation, et de la préparation du rapport du Burkina. Il s’agit du secrétaire permanent du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) pour le Burkina, Jean-Baptiste Natama.

"Le Pays" : Quelles sont les raisons de l’ajournement de l’examen du rapport du Burkina, dans le cadre du MAEP, en marge du dernier sommet de l’Union africaine ?

Jean-Baptiste Natama : Le 9e forum des chefs d’Etat et de gouvernement du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) s’est tenu le 29 juin 2008 à Sharm El Sheikh en Egypte en marge des travaux du 11e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine. A l’ordre du jour de ce forum, il y avait, entre autres points, le rapport d’activités du panel sur l’état de la mise en oeuvre du Mécanisme en Afrique, la signature du protocole d’adhésion au Mécanisme par la République du Togo, l’évaluation des pays dont les rapports étaient prêts, notamment l’Ouganda, le Nigeria et le Burkina. En ce qui concerne les premiers points ci-dessus évoqués, le Togo a donc signé son adhésion au MAEP ; ce qui porte maintenant le nombre de pays participants à 29. Ce qui démontre aussi que le Mécanisme progresse. Je crois que, de par la réalisation concrète des objectifs que le Mécanisme s’est assignés, de plus en plus il y a un engouement pour y adhérer. Pour ce qui est de l’examen des rapports des pays participants, il faut dire que les 3 rapports qui étaient prêts pour être examinés par les chefs d’Etat ne l’ont pas été tous dans la mesure où les chefs d’Etat se sont retrouvés confrontés à un problème de timing. Vous savez qu’à l’occasion des sommets de l’Union africaine, il y a beaucoup de rencontres parallèles, comme les réunions du Comité de mise en oeuvre du NEPAD, le forum du MAEP, etc. Compte tenu des événements du moment, dans le cas du 11e sommet, la question du Zimbabwe s’est invitée et a occasionné des rencontres çà et là de telle sorte que le timing accordé au forum pour l’évaluation des rapports était à la limite réduit. Sur le nombre programmé, il faut se dire que c’est la première fois que le forum devait examiner 3 rapports en même temps. Habituellement c’est un ou deux rapports, et cela se fait dans un certain timing. Compte tenu de l’ordre du jour déjà fourni, l’idée d’organiser un forum extraordinaire pour examiner un certain nombre de questions avait été émise avant même le début de la séance. Au regard du timing, les chefs d’Etat ont finalement examiné seulement le rapport de l’Ouganda et ont suggéré que les rapports du Burkina et du Nigeria soient renvoyés à un forum extraordinaire.

Il a été aussi question de disponibilité de salle étant donné que celle où se déroulait le forum était la même qui devait servir quelque temps après à la réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’UA. N’est-ce pas cela qui a finalement été la raison de l’ajournement ?

Non. Au moment où les chefs d’Etat prenaient la décision de suspendre les travaux du forum, le temps imparti était déjà largement dépassé. C’est vrai que la salle où se tenait le forum devait abriter une réunion du Conseil de paix et de sécurité à laquelle certains chefs d’Etat membres du forum devaient prendre part. Si c’était vraiment une question de salle, on aurait dû trouver une solution. C’est un problème de temps qui s’est tout simplement posé.

Quelles sont les conséquences de cet ajournement pour le Burkina ? Notre pays fera-t-il l’objet d’une nouvelle évaluation qui, elle-même, sera sanctionnée par un nouveau rapport ?

L’ajournement de l’examen du rapport du Burkina par le forum des chefs d’Etat a, comme première conséquence, la non-publication du rapport d’évaluation de notre pays. Cela veut dire que tant que les chefs d’Etat n’auront pas examiné le rapport, le Burkina ne peut pas le rendre public. La deuxième conséquence est que le programme d’action national qui figure dans le rapport peut être extrait et faire l’objet d’un début de mise en oeuvre dans la mesure où ce programme d’action s’inscrit dans la continuité de l’action gouvernementale. Ce sont des activités qui ont été identifiées et qui correspondent aux ambitions de notre pays, et nous n’avons donc pas besoin de recommandations spécifiques venues de l’extérieur pour les mettre en application. Nous pouvons déjà commencer pour qu’à terme nous puissions dire qu’en adhérant au Mécanisme, nous avons accepté de nous faire évaluer, que le diagnostic a permis d’identifier les faiblesses et les lacunes de notre système de gouvernance, que nous avons établi un programme d’action national que nous nous sommes appropriés et essayons de mettre en application. Autrement dit, nous n’allons pas procéder à une nouvelle évaluation du Burkina Faso pour un autre forum. Nous allons plutôt préparer le forum à venir avec le rapport qui a été produit. C’est peut-être notre intervention qui sera modifiée si entre-temps nous avons pu mener des actions dans le cadre de la mise en oeuvre du programme d’action national.

Quel est votre sentiment après l’ajournement de l’examen du rapport du Burkina ?

C’est toujours difficile lorsque l’on s’apprête pour un examen et que celui-ci soit ajourné pour une raison ou une autre. Notre premier sentiment est la frustration ou la déception. Mais nous avons quand même la satisfaction de savoir que cet ajournement n’est pas dû à une faute de notre part ou à la qualité de notre rapport. A partir de ce moment, nous nous consolons en pensant que le prochain forum sera une bonne occasion pour nous de présenter un rapport dont nous maîtrisons tous les contours. Il faut retenir que nous avons travaillé sous pression en rapport avec le panel, le secrétariat, le gouvernement pour pouvoir produire le rapport dans des délais record. La particularité du Burkina est que c’est le pays qui a produit, dans un délai aussi bref, un rapport d’évaluation dans le cadre du MAEP. Les autres pays, notamment le Nigeria et l’Ouganda, étaient déjà engagés dans des processus d’auto-évaluation depuis 2005. Leurs rapports devaient être examinés en même temps que le nôtre alors que nous avons engagé notre processus seulement en octobre 2007. A partir de ce moment, je pense que nous sommes satisfaits et nous attendons de pied ferme le prochain forum qui examinera notre rapport. Mais comme je vous l’ai dit, nous devons travailler à aller de l’avant à travers la mise en oeuvre du programme d’action national.

Combien de temps avez-vous mis pour produire le rapport du Burkina ?

Nous avons lancé le processus d’auto-évaluation du Burkina le 1er octobre 2007. A la fin du mois de mars 2008, il y avait déjà un projet de rapport d’évaluation du Burkina en passant par les phases d’adoption du rapport d’auto-évaluation qui a été validé en début janvier 2008 et qui a permis la venue des experts pour travailler sur la base de ce rapport et produire, en fin mars, un projet de rapport d’évaluation qui a fait l’objet d’amendements lors des différentes réunions du panel des personnalités éminentes. Ce rapport a été retourné au gouvernement du Burkina le 14 mai 2008. Selon les principes du MAEP, ce rapport doit revenir au gouvernement, et un délai de 3 semaines au moins lui est donné pour faire des commentaires sur le rapport d’évaluation à lui soumis. Dans notre cas, nous avons reçu ce rapport le 14 mai et nous devrions réagir au plus tard le 30 mai. Nous avons fourni les différentes réponses attendues du Burkina au plus tard le 29 mai. Ce qui a permis au panel de se pencher sur le contenu de nos observations pour la finalisation du rapport qu’il devait envoyer 3 semaines à l’avance aux différents chefs d’Etat, soit au plus tard le 8 juin avant le forum prévu pour le 29 juin. Nous avons travaillé sur une période de 8 mois pour produire le rapport du Burkina dans des conditions assez difficiles mais animés surtout d’une volonté et d’une détermination d’accomplir la mission qui nous a été confiée.

Généralement, comment se passe une séance d’examen de rapport d’évaluation ?

Le rapport étant transmis aux différents chefs d’Etat participant au forum au moins 3 semaines à l’avance, ces derniers, à travers leurs conseillers, prennent le temps de voir les dysfonctionnements mis en évidence par les experts qui ont conduit l’évaluation, les recommandations formulées par le panel des personnalités éminentes du MAEP. C’est à partir de cela que les chefs d’Etat élaborent leur propre intervention et préparent leur participation au forum. Une fois au forum, il y a une session à huis clos au cours de laquelle le membre du panel qui a conduit la mission d’évaluation dans le pays ( pour le Burkina, il s’agit du professeur Mohamed Seghir Babès) présente une synthèse du rapport d’évaluation à l’adresse des chefs d’Etat. Une fois la synthèse présentée, le chef de l’Etat ou le président du pays qui a fait l’objet d’évaluation fait une déclaration liminaire sur l’appréciation que le pays et son gouvernement font du rapport sur un certain nombre de points qui nécessitent des clarifications d’une manière ou d’une autre. A la suite de la déclaration liminaire, un débat s’ouvre entre le chef de l’Etat du pays concerné et ses pairs qui discutent, avancent des idées, posent des questions et approfondissent certaines recommandations. Par la suite, le chef de l’Etat du pays en question répond aux différentes questions. C’est à l’issue de ce débat interactif que le forum endosse l’ensemble des recommandations contenues dans le rapport d’évaluation et qui ont servi de support pour l’élaboration du programme d’action national.

A-t-on immédiatement les résultats de l’examen ?

Les résultats sont donnés immédiatement et le rapport est rendu public à l’endroit des peuples, des médias, des organisations internationales, des partenaires techniques et financiers, etc.

Que devient le NEPAD dont on n’entend plus beaucoup parler ? A-t-il été éclipsé par le MAEP ?

Je ne dirai pas que le MAEP a éclipsé le NEPAD. Je crois que c’est une question de chronologie. Lorsque vous décidez d’attaquer sérieusement la question du développement comme le NEPAD l’a envisagé à travers la définition d’un certain nombre d’axes prioritaires, on se rend compte qu’il y a des passages obligés. Ceux-ci s’imposent comme des étapes antérieures. Il y a donc une question d’antériorité. Là, nous nous situons dans la perspective de la gouvernance. Lorsque vous envisagez le développement, il faut mettre en place un système de gouvernance performant, efficace. Je crois que c’est à l’épreuve de la mise en oeuvre du NEPAD que la question de la gouvernance s’est posée comme une question cruciale à résoudre avant d’envisager quoi que ce soit. C’est dans ce sens que le MAEP, qui a pour vocation d’aider à la promotion de la bonne gouvernance, tend à être un instrument qui est plus vu que le NEPAD parce que c’est le prérequis par lequel il faut passer pour envisager sérieusement le développement de l’Afrique. C’est dans ce sens que le NEPAD semble être en veilleuse par rapport au MAEP qui crée les conditions pour que la mise en oeuvre du NEPAD soit un succès.

Propos recueillis par Séni DABO

Le Pays

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