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Angèle Bassolé- Ouédraogo, écrivaine : « Sarkozy n’a pas le droit d’insulter notre mémoire collective »

Accueil > Diasporas • • jeudi 6 décembre 2007 à 18h08min

Angèle Bassolé- OuédraogoElle est Poète. Editrice. Chercheure associée à l’Université d’études des femmes de l’Université d’Ottawa. Elle, c’est bien Angèle Bassolé-Ouédraogo. Dans cette interview, elle nous parle de sa passion pour la poésie. De sa vie au canada. De ses projets. Avec un regard critique propre à la journaliste qu’elle est également, Angèle passe au peigne fin certains aspects des relations internationales. Pour cette écrivaine fascinée par Pablo Neruda, Sony Labou Tansi, Tchikaya U’Tamsi, Léon Gontran Damas, Pacéré Titinga… il est temps que les africains se réveillent pour se départir de cette ignominieuse étiquette de « damnés de la terre ».

Lefaso.net : Vous êtes entre autres titulaire d’une Maîtrise ès Lettres (Université de Ouagadougou), d’un Doctorat en Lettres (Université d’Ottawa) et d’un Diplôme de Journalisme, (Université de Montréal). Comment vous est venue la passion pour l’écriture et notamment pour la poésie ?

Angèle Bassolé-Ouédraogo : C’est de ma passion pour la lecture dont j’aimerais vous parler avant, car la lecture précède l’écriture. J’ai toujours aimé lire, j’ai toujours aimé l’univers des livres et je lisais tout ce qui me tombait sous la main. A 13 ans et en classe 6e, notre bibliothécaire du CEG de Port-Bouet à Abidjan, me voyant ramener de gros volumes à peine quelques jours après les avoir empruntés, s’est posé la question de savoir si je les lisais vraiment. Elle a fini donc par me poser sa question à laquelle j’ai répondu par l’affirmative. Elle m’a alors demandé de lui faire le résumé de ce que j’avais lu, ce que j’ai aussitôt fait car j’aimais beaucoup les livres de la bibliothèque verte, "Le club des cinq". A partir de là, s’est instauré entre elle et moi ce rituel du résumé chaque fois que je ramenais des livres.
Et suite à cela, elle m’a demandé de l’aider à faire les fiches des livres à classer car cela se faisait à la main comme c’est le cas encore, je suppose dans les bibliothèques universitaires
africaines comme celle de Ouagadougou. Je suis donc devenue son assistante et cela me donnait le privilège d’emprunter plus de livres que le nombre auquel j’avais normalement droit.
Quant à la poésie, mon lien avec elle s’est fait par le biais de mon frère aîné, François qui était poète et faisait des apparitions à la Télévision ivoirienne, RTI avec Souffles notamment de Birago Diop. C’était mon idole, mon modèle ; alors, j’essayais de l’imiter, de faire tout ce qu’il faisait.

Ceci dit, à quel âge avez-vous écrit votre premier poème ?

J’ai écrit mon premier poème à 11-12 ans, Souffrances que je connais encore par cœur. Le titre le dit, c’est de la douleur que m’est venue l’envie d’écrire. Nous avons malheureusement perdu ce frère tant aimé, accidentellement à 24 ans alors qu’il faisait un doctorat d’anglais en France. Je ne me suis jamais remise de cette perte. Pendant longtemps, j’ai subi un choc traumatique, une sorte de blocage psychologique contre l’anglais que je me suis mise à détester, la rendant responsable de la mort de mon frère, alors qu’auparavant, c’est une langue que j’aimais beaucoup et que j’avais commencé à apprendre dès l’école primaire.

J’ai écrit ce poème pour dire ma douleur et ma révolte. Et depuis lors, je n’ai plus jamais arrête d’écrire. J’avais des cahiers dans lesquels je consignais mes poèmes. Puis en 1983, à 16 ans, un de mes poèmes, un acrostiche à Nelson Mandela (« Quand seras-tu libre ? »), alors emprisonné à vie, a été publié par Jeune Afrique à Paris. Je militais alors avec mes frères dans une association de libération pour Nelson Mandela et c’est la section française de cette association qui a fait publier le poème à Paris grâce à mon grand frère Benjamin. J’en étais très fière et tout le monde me félicitait. Mon prof de français qui avait découvert cette publication en lisant Jeune Afrique, m’a fait la surprise de la photocopier et de la distribuer en classe à mes jeunes camarades. Je peux vous assurer que lorsque Mandela a été libéré le 11 février 1990, j’ai ressenti cette libération comme une victoire personnelle. Pas que mon poème avait contribué à sa libération mais je sentais que j’avais fait ma petite part à mon humble niveau.

Dès votre jeune âge, vous aviez déjà, pourrait-on dire, l’âme d’une poète. Quelles sont alors les grandes plumes qui vous ont marquées et qui continuent à vous marquer ?

Les plumes qui m’ont marquées et qui continuent à me marquer sont nombreuses. J’ai un amour fou pour David Diop et ses Coups de pilon. C’est un de mes livres de chevet et il y aussi le grand Césaire. Son Cahier d’un retour au pays natal ne me quitte jamais.
Maya Angelou, la grande poète africaine-americaine ; Pablo Neruda avec son Chant général,
Senghor dans ses Chants d’Ombre dont j’ai eu le poème << Le Message>> à l’oral du Bac littéraire et philosophique que j’ai fait en 1986 à Abidjan. Je dois ajouter que concernant Senghor, je ne suis fascinée que par le poète. J’ai toujours des comptes à régler avec l’homme politique qu’il a été.
Il y a aussi Léon Gontran Damas, Pacéré Titinga au Burkina, René Depestre, René Char, Aragon et Apollinaire en France.
Vous aurez remarqué que ce sont tous des poètes. Mais j’aime aussi les romanciers, Sony Labou Tansi, Tchikaya U’Tamsi (le romancier comme le poète dont j’avais lu le roman La Main sèche à ma 4e sans rien y comprendre), Tony Morrison, Jacques Roumain avec son magistral Gouverneurs de la rosée que je viens de me re-acheter grâce à la réédition ici au Canada pour commémorer le 100e anniversaire de sa naissance.

J’ai étudié et beaucoup apprécié les anglophones Ken Sarow-Wiwa, Wolé Soyinka, Ayi Kwei Armah, Amos Tutuola, Ama Ata Aido.
Nazi Boni et son Crépuscule des temps anciens, demeure, pour moi, le roman majeur des Lettres burkinabè ; Mongo Beti, bien sûr, les Sénégalais Sembène Ousmane avec Le Mandat, Xalla, Le Docker noir, Aminata Sow Fall dont j’ai beaucoup aimé L’Appel des arènes et La Grève des Battu, Birago Diop et ses contes mais aussi Souffles que j’adore à cause de mon frère aîné, François qui me l’a fait découvrir.
Je pourrais continuer, tellement j’en ai mais je vais terminer avec une plume que j’aime beaucoup à cause de son humour décapant et caustique, son sens fin de l’analyse, la beauté de son écriture et sa maîtrise des arcanes du style et des subtilités du langage, celle de l’économiste camerounais, Célestin Monga. Son écriture est inspirante. Et il a commis en 1993 un très beau recueil poétique avec photos sur l’Apartheid en Afrique du Sud, Fragments d’un crépuscule blessé. Avec L’Anthropologie de la colère : société civile et démocratie en Afrique (que toute la jeunesse africaine devrait lire) et Un Bantou à Djibouti, il a admirablement montré qu’il était un écrivain important avec lequel on devrait compter. Il vient de publier à la fin octobre Un Bantu à Washington (PUF).
J’attends maintenant qu’il nous écrive, Un Bantu à Ouagadougou, lui qui a été l’économiste principal du Burkina à la Banque mondiale pendant 4 ans.

Parlons maintenant de conception. Pour Victor Hugo, « le poète est un monde enfermé dans un homme ». Comment vous, vous appréhendez la poésie et le poète ?

La poésie est d’abord pour moi, un monde de totale liberté et je suis d’accord avec Hugo car la poésie est avant tout un acte de communication, de dialogue avec les autres, avec le monde.
Ce n’est pas un monologue intérieur. C’est une invite au dialogue avec le monde qui nous entoure, avec nos semblables. Et sa beauté réside dans sa polysémie. Vous pouvez comprendre ce que vous voulez, l’interpretrer comme vous la sentez, toutes les lectures restent possibles et valables. Il n’y pas une lecture unique de la poésie qui s’impose, il n’y a pas de dictature du sens unique. Et j’aime beaucoup voir les différentes lectures qu’on peut faire de ma poésie.

« Burkina Blues », « Avec tes mots », « les Sahéliennes », « Les Sans Pays » sont quelques unes de vos œuvres. Comment qualifiez-vous votre poésie ? La rangez-vous dans un courant particulier ?

Je dois préciser que Les Sans Pays ne sont pas de la poésie mais un essai à venir dont je n’ai publié qu’un article en Australie et au Canada.
Même si je suis critique littéraire de formation, il m’est difficile de qualifier ma propre poésie. Je laisse la liberté à mes lecteurs et aux critiques de le faire. Certains la disent engagée, d’autres, triste.
Je peux juste dire que je ne conçois pas la poésie comme un simple moyen de dire que la vie est belle. Cela ne m’intéresse pas de parler de moi comme soutiennent certains poètes qui disent qu’ils écrivent pour eux, pour se faire plaisir. Quand on écrit pour soi, on ne publie pas, on garde cela avec soi dans ses tiroirs.

Bien que vous soyez loin (physiquement) du pays, que pensez-vous de l’évolution d’ensemble de la littérature burkinabè ? Avez-vous le sentiment que les hommes et femmes de lettres burkinabè participent activement à la « civilisation de l’universel » ?

Bien que je sois loin, je suis de très près la production littéraire et artistique de mon pays. Je pense que nous revenons de très loin, des balbutiements d’une définition et d’une acceptation de l’existence même d’une littérature burkinabè à ce qui se produit et se donne à voir aujourd’hui.
De nos jours, plus personne ne conteste l’existence d’une littérature burkinabè avec ses écrivaines et écrivains reconnus sur le continent et ailleurs dans le monde.
Du premier colloque international de la littérature burkinabè en 1988 à aujourd’hui, notre littérature a fait du chemin mais des efforts restent encore à faire au niveau de la promotion même de cette littérature et de ses acteurs et actrices.
Le Burkina Faso, au niveau culturel est très riche et très vivant et je n’ai pas de doute que de par leurs productions et leur présence sur la scène culturelle mondiale, les hommes et les femmes des Lettres burkinabè participent effectivement à cette civilisation de l’universel comme vous dites.

Au Burkina Faso, l’édition demeure tout de même l’un des talons d’Achille de la littérature. Dans ce sens, vous avez crée en 2001 les Editions Malaïka. Basées à Ottawa, elles ont une vocation africaine. Concrètement, comment fonctionne votre Maison ?

Elle fonctionne comme une jeune maison d’édition qui veut s’imposer et prendre sa place dans cette jungle qu’est le monde de l’édition. Notre vocation est effectivement africaine et nous voulons manifester la présence littéraire africaine à Ottawa et au Canada, voire en Amérique du Nord. C’est-à-dire que notre thématique est et demeure l’Afrique. Les auteurs peuvent être de n’importe quelle nationalité mais la thématique de ce qu’ils nous soumettent doit avoir un rapport avec l’Afrique. Nous avons l’ambition (démesurée sans doute) de détourner le pôle de l’édition africaine de la France vers le Canada. J’ai mal de voir nos écrivains africains ne rêver que de publier en France dans des maisons d’édition qui occupent un rayon et jouent aux monopoles. J’ai surtout mal de les voir les uns après les autres rêver de ne publier que dans une certaine maison où je ne publierai jamais, même si on me payait pour le faire. Mais pour ces écrivains africains, c’est le summum de la gloire que de publier là. Encore un réflexe de colonisé.
Je rêve de pouvoir me consacrer uniquement à Malaïka, pour mieux promouvoir nos livres, les amener là où sont les lecteurs partout en Afrique et m’occuper de mes auteurs. Mais hélas, je dois continuer mon travail ailleurs pour assurer les publications car au niveau des subventions gouvernementales ici, c’est difficile encore, vu que je publie des auteurs africains et pas canadiens pour la plupart. Et le gouvernement canadien ne peut pas me donner de l’argent pour faire la promotion de la littérature africaine !

Leurs subventions sont destinées à promouvoir la littérature canadienne, ce qui est tout à fait légitime. Aux politiques africains de faire la promotion de leur propre culture. Je jongle donc entre mes auteurs canadiens d’origine africaine et ma volonté d’avoir plus d’écrivains du continent.
Mais il faudrait plus que cela pour me décourager, je continue à publier les auteurs africains sur mes fonds propres tout comme j’ai réinvesti la somme entière du Prix littéraire Trillium (10.000$ CAD) que j’ai gagné ici en 2004 avec le recueil Avec tes mots dans la publication des titres qui ont suivi.

Pourquoi « Malaïka » et quelles conditions faut-il remplir pour pouvoir être édité par votre Maison ?

Malaïka, parce que cela a toujours été mon rêve de travailler dans le livre car c’est ma passion depuis mon enfance. Ensuite, Malaïka signifie ange en Mooré, en Jula, en Arabe, en Swahili, en Wolof, en Kinyarwanda, en Lingala, en Hébreu, etc. Seule la prononciation peut différer d’une langue à l’autre. Malaïka voudrait donc symboliser une certaine universalité par cette identité de désignation dans des langues africaines et hébraïque sans communes racines à priori.
Le Swahili, le Mooré, le Jula et le wolof, langues africaines, portent bien l’écho de ce souci d’Afrique que nous avons ; l’Hébreu et l’Arabe traduisent cette préoccupation du reste de l’humanité qui nous habite.
Pour en revenir aux conditions, il faut que ce qui nous est soumis porte sur l’Afrique, soit bien écrit, que ce qui est raconté soit captivant et intéresse nos lecteurs et que notre protocole de rédaction soit bien suivi. Nous accordons (par déformation professionnelle sans doute) beaucoup d’intérêt et de valeur à la qualité de l’écriture. Certains auteurs nous envoient leurs brouillons, nous n’en voulons pas. D’autres s’imaginent que leur première inspiration est celle du siècle et leur vaudra le Nobel. Nous leur disons de retravailler leurs écrits, car les conseils de Boileau, extraits de l’Art poétique en 1674 sont toujours valables et d’actualité :

Avant donc que d’écrire, apprenez à penser
Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Combien d’auteurs burkinabè avez-vous déjà édités ?

Trois sur sept auteurs que compte pour le moment notre catalogue dont la première vague d’édition ne date que de 2003.

Toujours dans le sens de la promotion de la littérature de façon générale et de la poésie en particulier, vous avez initié le « Marché Africain de la Poésie ». Quelles étaient vos attentes en lançant une telle action ? Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le MAP (Marché africain de la poésie) a été une belle aventure faite de riches et d’intéressantes découvertes. C’était un pari fou mais que je suis fière d’avoir tenu et relevé. J’ai été stupéfaite lors des tournées dans les écoles de voir l’enthousiasme débordant des jeunes. Le Map a fait mentir ceux qui disaient et faisaient croire que les jeunes n’aimaient pas la poésie. J’ai gardé le contact avec certains d’entre eux, qui m’écrivent et m’envoient ce qu’ils écrivent. J’ai été aussi impressionnée de voir tant de monde à la soirée poétique, de voir l’intérêt qu’a suscité le colloque.
Je suis satisfaite de cette première édition entièrement réalisée sur fonds propres même si par la suite, il y a eu des gens assez méchants pour casser du sucre sur mon dos (comme on dit ici), en racontant des calomnies sur mon compte. Je les laisse à leurs consciences.
Notre fils Eddy a beaucoup aimé et ne cesse de me poser chaque fois la même question :
"Maman, et le MAP ?", " C’est quand le MAP ?"

Eh bien, pour répondre à toutes ces questions, je vous donne rendez-vous en 2008 à Bamako (car le MAP est une activité que je veux tournante, je veux mettre en effet la poésie sur la carte de l’Afrique, d’où l’acronyme de MAP en référence à la mappemonde et à la carte en anglais.)
Mes attentes qui étaient de partager ma passion de la poésie et de démystifier ce genre craint par beaucoup ont été largement satisfaites.

Comment vous êtes-vous retrouvée au Canada ? L’intégration y est t-elle aisée ?

Je m’y suis retrouvée par un concours de circonstances. J’ai en effet été récipiendaire en 1992 (deux ans après avoir soutenu ma thèse de maîtrise à l’Université de Ouagadougou) d’une bourse d’excellence de l’ACDI à frais partagés avec l’Université d’Ottawa. Je n’ai donc pas eu à choisir le Canada, c’est le Canada qui ma choisie et je n’ai pas choisi Ottawa, c’est elle qui m’a choisie.
Il n’est jamais aisé de s’intégrer dans une autre culture, surtout dans un pays aussi froid, au niveau climatique. Comme tout l’Occident, c’est un pays où l’individualisme est le mode de vie et quand vous venez d’une société communautariste comme l’Afrique, vous êtes un peu perdue au début mais on finit par lier des liens. Et j’ai lié des liens par mon travail et mon engagement avec les Canadiens en général et les Francophones de l’Ontario en particulier.

(Ontario qui signifie rivière claire en langue algonquine ; c’est en fait le nom du lac qui donne son nom à la province, province dans laquelle se trouve la ville d’Ottawa.)
(Ottawa en anglais ; Odawa en algonquin, Outaouais en français. Ce mot dérive de l’algonquin adawe qui veut dire commercer. C’est aussi le nom de la tribu qui contrôlait le commerce sur la rivière des Outaouais ; nom qui a été ensuite donné à la ville, maintenant capitale nationale fédérale du Canada.)
J’ai fait miennes les luttes des Francophones pour la survie d’une communauté francophone dans la mer d’anglophonie qu’est l’Ontario (500.000 Francophones pour 13 millions d’Anglophones), j’ai fait miennes les luttes des femmes francophones et des femmes immigrantes.

J’ai présenté dans le cadre de mon travail de coordonnatrice de projets communautaires des mémoires au niveau de l’immigration avec les groupes des femmes natives canadiennes et immigrantes francophones pour faire changer notamment un règlement de la loi de l’immigration qui a trait au parrainage. Le parrainage est le système légal qui permet à un conjoint ou une conjointe canadien-ne de faire venir son partenaire ici. Cette personne qui vient est donc parrainée par celui ou celle qui l’a fait venir mais il y a des obligations liées à ce parrainage. La durée de ce parrainage était de 10 ans en Ontario, les obligations, aussi. Or, de par nos études avec nos groupes de femmes, nous avons pu démontrer aux décideurs politiques que cet aspect de la loi était discriminant pour les femmes en vertu de l’article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés (qui est le code juridique sur le lequel fonctionne la société canadienne), accordait et légalisait indûment un pouvoir dont pouvait se servir certains conjoints mal intentionnés en cas de conflits pour faire chanter leurs conjointes ou les menacer de les retourner dans leurs pays d’origine. Il est intéressant de noter qu’il n’existait pas de cas de chantages de conjointes à conjoints mais toujours le contraire.

Ce système faisait des parrainées des citoyennes de seconde zone, n’ayant pas les mêmes droits que les autres Canadiennes du fait de ces obligations qui perduraient pendant 10 ans, donc, même après qu’elles soient devenues citoyennes canadiennes. Nous avons fait des recommandations demandant de bannir carrément ce règlement car il était redondant au vu des obligations mêmes d’assistance entre conjoints du fait du mariage. Nous avons plaidé très dur, fait des présentations à travers la province de l’Ontario et finalement, nous avons obtenu la reduction de la durée du parrainage de 10 à 3 ans comme au Québec.
Ce fut une victoire immense conquise avec mes consoeurs immigrantes et natives canadiennes dont je suis absolument fière. Ensemble, nous avons gagné une bataille importante pour le bien et l’égalité des femmes parrainées.

On vous sait également enseignante. Quelle matière enseignez-vous et dans quelle université ?

Avant de répondre à votre question, je voudrais dire qu’il faut qu’on sorte de l’équation, Docteur ou thèse de doctorat = enseignement universitaire.
J’aime l’enseignement car ma première prestation dans une classe fut quand j’étais encore élève en 6e-5e. J’avais 13-14 ans et j’allais remplacer ma tante enseignante dans ses classes du primaire (CE- CM) à Abidjan lors de ses congés de maternité ou lorsqu elle devait s’absenter pour toute autre raison. Elle préparait les cours, me les expliquait, et je partais les donner. Et je le faisais très consciencieusement car c’était une grande marque de confiance qu’elle me témoignait en accord avec sa direction en me confiant ses classes. Et je n’avais aucun problème avec les élèves, souvent plus grands que moi, car j’ai une maîtrise facile et un bon contact avec les foules, les classes, une aisance à communiquer et à transmettre. C’est de là que date ma passion de l’enseignement et j’ai continué ainsi quand j’étais en fac à Ouaga, j’enseignais dans les lycées mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, je n’ai jamais rêvé à une carrière d’enseignement. Je ne me suis jamais projetée dans une carrière universitaire et ce, depuis la Fac à Ouaga. J’aime la craie, j’aime ce contact avec les étudiants mais je ne m’y suis jamais vue faisant carrière. C’est pourquoi après ma thèse en Lettres françaises ici, option "Poésie des femmes francophones d’Afrique", je n’ai jamais cherché ni sollicité de poste d’enseignement permanent. J’ai eu des offres que j’ai déclinées, notamment en Arizona aux USA et dans le Maine encore tout dernièrement même. J’ai eu des opportunités ici dont je n’ai pas voulues, parce que ma passion pour l’enseignement n’est pas aussi forte que celle pour les livres ou la recherche, qu’elle soit académique ou communautaire et j’avais peur de m’en lasser au fil du temps, ce qui aurait été catastrophique.
C’est la passion qui guide tout ce que je fais et j’avais peur de la perdre dans la routine et les dures contraintes de l’enseignement universitaire. Mais j’aime malgré tout garder ce lien avec l’enseignement car enseigner, transmettre est la seule façon de ne pas oublier ce que l’on a appris.

J’enseigne ainsi le Français depuis 10 ans aux fonctionnaires fédéraux à Ottawa et j’occupe un poste de chercheure associée à l’Institut d’études des femmes de l’Université d’Ottawa où je mène un projet de recherche comparative entre le féminisme tel qu’il se perçoit et se manifeste en Afrique et au Canada. Je travaille aussi sur un autre projet d’introduction d’études des femmes dans les universités africaines. Car je ne comprends pas que plus de 52% de la population ne soit pas prise en compte, qu’elles ne fassent pas l’objet d’études approfondies et poussées, qu’elles ne soient pas sujets et objets d’études dans les instances africaines de transmission du savoir. Si on ignore leurs apports, qui elles sont, d’où elles viennent et où elles vont en termes d’avenir pour la société elle-même, comment pourrait-on les inclure ?
Je ne m’explique pas que les décideurs politiques africains n’aient pas encore compris le rôle vital des femmes dans le développement du continent africain. Je ne comprends pas qu’ils n’aient pas encore compris que sans la prise en compte des femmes, il n’y aura jamais de développement en Afrique ! Comment peut-on mettre de coté la plus importante part de sa composante sociale et espérer se développer ?

Angèle Bassolé compte-t-elle rester définitivement au Canada ?

Seul Dieu peut répondre à cette question. Qui sait de quoi demain sera fait ?
Mais pour le moment, je m’y plais car j’ai la liberté d’écrire, de publier et de faire connaître des auteurs d’Afrique et c’est là tout mon bonheur et ma joie.
Et j’aime à penser que là où tu as un travail, là est ton pays. Et comme je m’acharne à faire de partout où je suis, un chez-moi, je reconstruis la patrie, le Faso, et l’Afrique ici, avec mes mots et ceux des autres.

Comment se déroule une journée type d’Angèle Bassolé ?

Ça, c’est toute une question mais je vais essayer d’y répondre.
Je me lève toujours après avoir fait ma prière et offert ma journée à Dieu. Il fut un temps où je ne dormais que 4 h la nuit ou pas du tout quand je préparais ma thèse. Maintenant, j’essaie de dormir normalement surtout après l’épuisement que j’ai fait à mon retour du Map en 2005.
Je travaillais trop, voyageais trop, tant à l’intérieur du Canada qu’à l’extérieur sans résorber les décalages horaires, sans me reposer et comme le corps n’est pas une machine, car même une machine s’use et a besoin de souffler, je suis tombée à mon retour du Map et je n’ai pas pu travailler pendant une année entière. J’ai dû attendre d’avoir une autorisation de mon médecin pour pouvoir reprendre mes activités petit à petit depuis décembre 2006 et plus régulièrement à partir de janvier de cette année 2007.
Maintenant, j’ai compris la leçon et je me repose. Je suis même devenue experte-conseil de mes connaissances sur le besoin capital du repos. (Rires). Et je suis en train d’écrire cette expérience.

Vous combinez votre métier d’enseignante avec vos activités de Journaliste reporter et de Chroniqueur. Sous cet angle, que pensez-vous de la politique de « l’immigration choisie » ?

Je crois que c’est une bêtise tout simplement et comme le dit un adage en Mooré, seuls les mendiants se détestent entre eux. Car il a fallu un président lui-même immigrant d’origine pour inventer un tel concept. Certes, chaque pays est libre de dicter ses critères dans le choix de ses immigrants et c’est son droit ; et même un pays comme le Canada a ses critères auxquels il soumet ses candidats à l’immigration mais quand on sent que cette politique choisie a été taillée sur mesure (comme cette loi sur l’ADN) pour exclure certaines catégories de populations et en particulier les Africains, ça fait mal.

Le monde devient veritablement un village global et il faut ouvrir les frontières. Un pays comme le Canada est un pays d’immigration et l’immigration est le facteur réel du taux d’accroissement de la population canadienne à cause de la dénatalité très élevée.
A part les Autochtones à qui appartiennent ces terres et toute l’Amérique, d’ailleurs, les Canadiens, dans leur ensemble, qu’ils soient Francophones ou Anglophones, sont tous venus, un jour, d’ailleurs.

L’affirmation de Sarkozy selon laquelle « Le drame de l’Afrique c’est qu’elle n’est pas suffisamment entrée dans l’histoire », entraîne une véritable levée de boucliers un peu partout dans le monde. D’aucuns n’hésitent pas à préconiser une « mise à niveau » du président français, en ce qui concerne l’Afrique. Pensez-vous qu’il faille véritablement vouer Nicolas Sarkozy aux gémonies ?

Je pense qu’il est tres mal placé pour donner aux Africains une leçon d’histoire car il n’en
sait absolument rien. Il ne connaît pas notre histoire et n’a pas le droit d’insulter notre mémoire collective.
Au-delà de Nicolas Sarkozy, ce sont les Africains qui me dépassent. Qu’il le dise chez lui, en France, passe encore, mais qu’il foule la terre africaine pour nous insulter, je dis non, trop, c’est trop. Et je déplore cette levée tardive des boucliers africains. Mais où étaient-ils donc ?
Et comment les responsables politiques sénégalais, les universitaires et étudiants sénégalais lui ont-ils permis de venir les insulter en pleine face sans rien dire, sans rien faire ?
C’est inadmissible et j’ai manifesté mon désaccord à travers une chronique intitulée : "Pour qui se prend-il donc ?"
Nous avons perdu notre estime de nous-mêmes, notre ‘’self-esteem’’ (comme disent les Anglais) et il est temps de chercher à la recouvrer car la survie de notre continent en dépend.

Bien que le parcours soit très périlleux, beaucoup d’Africains tentent, chaque jour que Dieu fait de gagner l’Europe à la quête, croient-ils, de « l’eldorado ». Au bout, ils n’ont que désillusion, désolation, humiliation et mort. Comment réagissez-vous aux images d’immigrés clandestins dont les médias internationaux raffolent bien souvent et dont ils inondent les écrans de télévision ?

Je réagis avec beaucoup de rage, de honte et de révolte et j’ai aussi écrit à ce propos
(" Nouveaux Négriers" et "Le Vrai visage de l’Occident"). Mais, tout cela, voyez-vous, c’est la faute à nos dictateurs. Car sans eux, l’Afrique serait un paradis et personne n’aurait envie de venir vers le Nord au risque de sa vie. C’est totalement absurde d’autant plus que la vie, la joie de vivre, le soleil sont en Afrique. Si ces gens qui risquent leur vie pour fuir je ne sais quelle mort, étaient un tant soit peu au courant des dures réalités de l’Occident, ils ne tenteraient jamais ces périples mortels.
Au nord, on ne vit pas, on survit.
Le mot stress est d’ailleurs une invention occidentale, canadienne, pour être plus précise.

Cette situation n’est-elle pas la résultante d’un échec des stratégies de développement en Afrique doublée d’une certaine incurie des dirigeants ?

Bien sûr. C’est la faillite de toute une génération de dirigeants ignobles mais aussi d’intellectuels qui ont choisi de mettre leur intelligence au service de la bêtise.
Honte à eux !

Les Etats-Unis d’Afrique continuent d’être un serpent de mer. Pendant que certains en appellent hic et nunc à un gouvernement fédéral africain, d’autres préconisent la prudence. Comment analysez-vous une telle situation quand on sait que l’Afrique est frontalement confrontée aux guerres sans fin, aux maladies, à la mal gouvernance. ?

Je ressens beaucoup de tristesse face à cela et je le dis dans << Rêves d’unité>> dont je compte en faire un livre.
J’ai entendu ce qui s’est dit lors de la dernière réunion de l’UA au Ghana. J’ai été sidérée
d’entendre le président sud-africain dire que c’était encore trop tôt. Trop tôt ?
Trop tôt par rapport à quoi, alors que Kwamé Nkrumah et Lumumba en rêvaient déjà ?
Je ne comprends pas que l’Europe ait pu s’unir, un continent composé de pays où l’individualisme est roi et qu’en Afrique où l’on se targue d’être solidaires et de professer la solidarité comme socle de notre culture, on n’arrive pas à faire ce pas et qu’on continue de s’entre-déchirer ainsi comme des chiens. C’est triste et douloureux d’y penser.
C’est encore plus triste de voir que nous faisons le jeu des autres qui nous divisent pour régner et de constater que nous travaillons avec ardeur contre notre propre destruction.

Revenant à la poésie, quels sont vos projets ? Y’a t-il par exemple des publications en vue ?

Mon 4e recueil, Les Porteuses d’Afrique vient d’être publié en ce mois d’octobre et mon 3e, Sahéliennes a été traduit en septembre au Portugal, en portugais donc.
Je travaille sur les prochains titres, <>, <> et << Ode pour un rêve brisé>> que j’avais écrit à la fac à Ouaga et quelque peu abandonné.
Je reviens aussi à deux projets de films documentaires dont l’un que je préparais en même temps que ma thèse de Doctorat et que j’aurais voulu présenter lors de ma soutenance comme appui mais que je n’ai pas pu, faute de temps. Je le ressors donc et le titre de ce documentaire sur les écrivaines africaines est : <>.
L’autre, porte sur la grande sœur de papa, <> dont vous retrouvez des échos dans tous mes recueils publiés. C’est une figure politique importante et exceptionnelle de ce royaume mooga patriarcal et féodal que j’aimerais faire découvrir à plus de gens. J’ai d’abord fait ce projet pour mon fils afin qu’il connaisse son histoire. Je songe aussi à faire restaurer sa maison afin de permettre à tous de pouvoir la visiter.

Ce que tout le monde ignore est que j’écris aussi autre chose que de la poésie. J’écris des nouvelles et des romans. Je me sens à présent prêtre à les laisser voir en les faisant publier.
Pour le roman, je ne me lançais pas encore car j’ai beaucoup de mal à me séparer de mes personnages, je suis incapable de les tuer par exemple. L’autre raison qui me retenait est le fait qu’on voit toujours dans une première publication romanesque une auto-fiction, une autobiographie et je ne voulais pas être mise dans ce catalogue. Certes, mon premier roman parlera d’amour et de passion mais pas les miennes, celles de mes parents, car leur histoire en est une d’amour véritable et totale. Ma mère, ayant été donnée en mariage à un vieillard qu’elle ne connaissait pas, a fui pour rejoindre mon père dont elle était amoureuse. Et à l’époque, ça prenait du courage et du cran pour le faire. C’est cela que je veux exalter, cette force qu’elle a eue pour défier sa famille et son père, tout roi qu’il était. C’est une histoire de passion et de courage non seulement de ma mère mais aussi de mon père que j’aimerais partager. Car mon père était un dur à cuire (il est décédé le 2 février 1996 alors que j’étais en pleine rédaction de ma thèse) et il lui a fallu du courage pour oser affronter ainsi mon grand-père et se metrre à dos le roi. Ils ont eu beauccoup de problèmes à cause de cela, ma mère a été dans un premier temps bannie de la famille, puis réhabilitée et reçue à cause des enfants, donc de nous, par la suite. Exactement comme Yennenga et Rialé avec leur fils Ouédraogo.

Avec votre programme, trouvez-vous le temps pour les loisirs ?

C’est difficile surtout que je suis toujours entre deux avions, deux trains. Il fut un moment en 2005, avant de tomber malade, où pendant un mois, je n’ai vu Ottawa que par la gare et l’aéroport. Mais j’essaie malgré tout, de trouver du temps pour me reposer.
Mon désir est de pouvoir trouver du temps pour lire des livres pour mon seul plaisir, j’aime pendant l’été aller au bord de l’eau et comme ce n’est pas ce qui manque ici, j’en profite donc. M’asseoir au bord de l’eau me rassénère beaucoup car j’y ressens l’immensité et la plénitude du Dieu Créateur. Peut-être parce que je suis née et ai grandi littéralement au bord de l’Atlantique, je suis fascinée par l’océan mais aussi par le désert. Sahélienne et quelque peu côtière en même temps donc.
Mon loisir, le dimanche est d’aider à ma paroisse où je suis sacristine pour la messe de 17h depuis 15 ans. J’accompagne aussi depuis 4 ans des adultes à la catéchèse, à la Cathédrale d’Ottawa et cette année, j’anime sur le <>. La session dure 6 mois, de septembre à avril et les catéchumènes reçoivent les sacrements à Pâques. J’ai eu la grâce d’avoir été choisie comme marraine les années passées. J’ai trois filleuls du Burkina (deux jeunes adultes et une enfant) et une jeune fille du Togo.

J’aime me rendre utile et c’est ma façon de rendre grâces à Dieu pour tous les bienfaits dont il me comble avec ma famille.
J’aime aussi méditer car prier est comme écrire pour moi. J’y rencontre la paix, la sérénité. Et l‘autre raison de ma passion poétique vient de mon expérience et de mon cheminement de foi.
J’écris parce que j’espère et je crois, parce que j’espère aussi. Il y a un parallèle intéressant entre mon besoin d’écrire et mon besoin de croire.
Certes, je suis née et j’ai grandi dans une famille catholique pratiquante. Mon père qui a été baptisé par Mgr Thevenoud, le fondateur de la Cathédrale de Ouaga, a sillonné les régions du Burkina avec lui. C’est ainsi qu’il a appris à parler le latin même s’il n’avait jamais été à l’école. J’ai donc hérité de la foi de mes parents mais en grandissant, j’ai bâti et expérimenté ma propre foi. J’ai construit une relation intime que je continue à construire d’ailleurs avec mon Sauveur Jésus-Christ et ma mère, la Très Sainte Vierge Marie (je suis légionnaire de Marie depuis que j’ai 14 ans). Ici, au Canada, je vis ma foi plus profondément que je ne la vivais en Afrique alors que mes proches craignaient que je perde la foi ici. Mais je peux vous assurer que le Canada n’est pas un pays athée comme on se plait à le croire. Il y a ici des croyances fortement ancrées, des pratiques religieuses solides, des sanctuaires mariaux et des lieux de pèlerinage vieux de 300 ans et que j’ai eu la chance de visiter.

Si vous aimez écrire, vous devez sans doute « dévorer » aussi la lecture. Que lisez-vous actuellement ?

Oui, je suis une grande dévoreuse de livres. On ne peut pas écrire si on ne lit pas. Et je suis contente d’avoir pu transmettre cette passion des livres à notre fils Eddy.

Actuellement, je relis Gouverneurs de la Rosée, le Chant général de Pablo Neruda. Je lis aussi un livre religieux d’un moine cistercien d’ici, Yves Girard, << Croire jusqu’a l’ivresse ! >> dans lequel il dit que si nous avions vraiment la foi, nous ne demanderions plus rien dans nos prières car Dieu sait déjà de quoi nous avons besoin et nous devrions simplement lui faire confiance et croire qu’il pourvoira lui-même à tous nos besoins. Et puis bien sur, tous les manuscrits que reçoit Malaïka. Je les lis tous et chacun même si j’ai un comité de lecture qui fait très bien son travail. Je veux connaître tout le contenu de ce qui nous est envoyé par respect pour ceux et celles qui nous font confiance et osent nous envoyer leurs manuscrits. Je connais donc très bien chacun des livres que nous publions.

La vie n’est jamais un long fleuve tranquille. Que retenez-vous comme richesse fondamentale tout au long de votre parcours ?

La bonté et les merveilles de Dieu dans ma vie, moi l’inattendue, celle que personne n’attendait dans la vie. Car mes parents, après la naissance de mon frère Benjamin, Prof de philo en Normandie, avaient décidé de ne plus avoir d’autre enfant, d’où son prénom de Benjamin, car notre mère avait failli mourir lors de cette grossesse. Il devait donc être le benjamin mais Dieu avait une surprise pour eux car je suis arrivée 6 ans après cette fameuse décision et ils disent qu’ils m’ont accueillie comme un ange, d’où mon prénom. Je suis donc ‘’un accident’’ mais un accident heureux, (comme eux-mêmes me l’ont raconté), car à mon tour, je leur ai en quelque sorte ‘’apporté’’ ma petite soeur Marie, enseignante aussi et mon petit frère Pascal dit le Guerrier, batiker à Ouaga, le dernier de la famille, né une nuit de Pâques, en pleine messe.
Je retiens aussi les rencontres qui m’ont permis de grandir dans ma vie, comme celle de mon époux Yvon et de tous ces merveilleux ami-e-s, mes frères et sœurs dans la vie ici, comme
en Afrique, en Amérique du Nord, et partout ailleurs dans le monde.
Je bénis le Seigneur pour chacune et chacun d’eux. Et pour vous aussi, et votre média qui me donnez l’occasion de faire ce partage.
Merci.

Interview réalisée par Arsène Flavien Bationo
Lefaso.net
Email :bationoflavien@yahoo.fr
crédit Photos : Jules Villemaire

Bien que le parcours soit très périlleux, beaucoup d’Africains tentent, chaque jour que Dieu fait de gagner l’Europe à la quête, croient-ils, de « l’eldorado ». Au bout, ils n’ont que désillusion, désolation, humiliation et mort. Comment réagissez-vous aux images d’immigrés clandestins dont les médias internationaux raffolent bien souvent et dont ils inondent les écrans de télévision ?

Je réagis avec beaucoup de rage, de honte et de révolte et j’ai aussi écrit à ce propos
(" Nouveaux Négriers" et "Le Vrai visage de l’Occident"). Mais, tout cela, voyez-vous, c’est la faute à nos dictateurs. Car sans eux, l’Afrique serait un paradis et personne n’aurait envie de venir vers le Nord au risque de sa vie. C’est totalement absurde d’autant plus que la vie, la joie de vivre, le soleil sont en Afrique. Si ces gens qui risquent leur vie pour fuir je ne sais quelle mort, étaient un tant soit peu au courant des dures réalités de l’Occident, ils ne tenteraient jamais ces périples mortels.
Au nord, on ne vit pas, on survit.
Le mot stress est d’ailleurs une invention occidentale, canadienne, pour être plus précise.

Cette situation n’est-elle pas la résultante d’un échec des stratégies de développement en Afrique doublée d’une certaine incurie des dirigeants ?

Bien sûr. C’est la faillite de toute une génération de dirigeants ignobles mais aussi d’intellectuels qui ont choisi de mettre leur intelligence au service de la bêtise.
Honte à eux !

Les Etats-Unis d’Afrique continuent d’être un serpent de mer. Pendant que certains en appellent hic et nunc à un gouvernement fédéral africain, d’autres préconisent la prudence. Comment analysez-vous une telle situation quand on sait que l’Afrique est frontalement confrontée aux guerres sans fin, aux maladies, à la mal gouvernance. ?

Je ressens beaucoup de tristesse face à cela et je le dis dans << Rêves d’unité>> dont je compte en faire un livre.
J’ai entendu ce qui s’est dit lors de la dernière réunion de l’UA au Ghana. J’ai été sidérée
d’entendre le président sud-africain dire que c’était encore trop tôt. Trop tôt ?
Trop tôt par rapport à quoi, alors que Kwamé Nkrumah et Lumumba en rêvaient déjà ?
Je ne comprends pas que l’Europe ait pu s’unir, un continent composé de pays où l’individualisme est roi et qu’en Afrique où l’on se targue d’être solidaires et de professer la solidarité comme socle de notre culture, on n’arrive pas à faire ce pas et qu’on continue de s’entre-déchirer ainsi comme des chiens. C’est triste et douloureux d’y penser.
C’est encore plus triste de voir que nous faisons le jeu des autres qui nous divisent pour régner et de constater que nous travaillons avec ardeur contre notre propre destruction.

Revenant à la poésie, quels sont vos projets ? Y’a t-il par exemple des publications en vue ?

Mon 4e recueil, Les Porteuses d’Afrique vient d’être publié en ce mois d’octobre et mon 3e, Sahéliennes a été traduit en septembre au Portugal, en portugais donc.
Je travaille sur les prochains titres, <>, <> et << Ode pour un rêve brisé>> que j’avais écrit à la fac à Ouaga et quelque peu abandonné.
Je reviens aussi à deux projets de films documentaires dont l’un que je préparais en même temps que ma thèse de Doctorat et que j’aurais voulu présenter lors de ma soutenance comme appui mais que je n’ai pas pu, faute de temps. Je le ressors donc et le titre de ce documentaire sur les écrivaines africaines est : <>.
L’autre, porte sur la grande sœur de papa, <> dont vous retrouvez des échos dans tous mes recueils publiés. C’est une figure politique importante et exceptionnelle de ce royaume mooga patriarcal et féodal que j’aimerais faire découvrir à plus de gens. J’ai d’abord fait ce projet pour mon fils afin qu’il connaisse son histoire. Je songe aussi à faire restaurer sa maison afin de permettre à tous de pouvoir la visiter.

Ce que tout le monde ignore est que j’écris aussi autre chose que de la poésie. J’écris des nouvelles et des romans. Je me sens à présent prêtre à les laisser voir en les faisant publier.
Pour le roman, je ne me lançais pas encore car j’ai beaucoup de mal à me séparer de mes personnages, je suis incapable de les tuer par exemple. L’autre raison qui me retenait est le fait qu’on voit toujours dans une première publication romanesque une auto-fiction, une autobiographie et je ne voulais pas être mise dans ce catalogue. Certes, mon premier roman parlera d’amour et de passion mais pas les miennes, celles de mes parents, car leur histoire en est une d’amour véritable et totale. Ma mère, ayant été donnée en mariage à un vieillard qu’elle ne connaissait pas, a fui pour rejoindre mon père dont elle était amoureuse. Et à l’époque, ça prenait du courage et du cran pour le faire. C’est cela que je veux exalter, cette force qu’elle a eue pour défier sa famille et son père, tout roi qu’il était. C’est une histoire de passion et de courage non seulement de ma mère mais aussi de mon père que j’aimerais partager. Car mon père était un dur à cuire (il est décédé le 2 février 1996 alors que j’étais en pleine rédaction de ma thèse) et il lui a fallu du courage pour oser affronter ainsi mon grand-père et se metrre à dos le roi. Ils ont eu beauccoup de problèmes à cause de cela, ma mère a été dans un premier temps bannie de la famille, puis réhabilitée et reçue à cause des enfants, donc de nous, par la suite. Exactement comme Yennenga et Rialé avec leur fils Ouédraogo.

Avec votre programme, trouvez-vous le temps pour les loisirs ?

C’est difficile surtout que je suis toujours entre deux avions, deux trains. Il fut un moment en 2005, avant de tomber malade, où pendant un mois, je n’ai vu Ottawa que par la gare et l’aéroport. Mais j’essaie malgré tout, de trouver du temps pour me reposer.
Mon désir est de pouvoir trouver du temps pour lire des livres pour mon seul plaisir, j’aime pendant l’été aller au bord de l’eau et comme ce n’est pas ce qui manque ici, j’en profite donc. M’asseoir au bord de l’eau me rassénère beaucoup car j’y ressens l’immensité et la plénitude du Dieu Créateur. Peut-être parce que je suis née et ai grandi littéralement au bord de l’Atlantique, je suis fascinée par l’océan mais aussi par le désert. Sahélienne et quelque peu côtière en même temps donc.
Mon loisir, le dimanche est d’aider à ma paroisse où je suis sacristine pour la messe de 17h depuis 15 ans. J’accompagne aussi depuis 4 ans des adultes à la catéchèse, à la Cathédrale d’Ottawa et cette année, j’anime sur le <>. La session dure 6 mois, de septembre à avril et les catéchumènes reçoivent les sacrements à Pâques. J’ai eu la grâce d’avoir été choisie comme marraine les années passées. J’ai trois filleuls du Burkina (deux jeunes adultes et une enfant) et une jeune fille du Togo.

J’aime me rendre utile et c’est ma façon de rendre grâces à Dieu pour tous les bienfaits dont il me comble avec ma famille.
J’aime aussi méditer car prier est comme écrire pour moi. J’y rencontre la paix, la sérénité. Et l‘autre raison de ma passion poétique vient de mon expérience et de mon cheminement de foi.
J’écris parce que j’espère et je crois, parce que j’espère aussi. Il y a un parallèle intéressant entre mon besoin d’écrire et mon besoin de croire.
Certes, je suis née et j’ai grandi dans une famille catholique pratiquante. Mon père qui a été baptisé par Mgr Thevenoud, le fondateur de la Cathédrale de Ouaga, a sillonné les régions du Burkina avec lui. C’est ainsi qu’il a appris à parler le latin même s’il n’avait jamais été à l’école. J’ai donc hérité de la foi de mes parents mais en grandissant, j’ai bâti et expérimenté ma propre foi. J’ai construit une relation intime que je continue à construire d’ailleurs avec mon Sauveur Jésus-Christ et ma mère, la Très Sainte Vierge Marie (je suis légionnaire de Marie depuis que j’ai 14 ans). Ici, au Canada, je vis ma foi plus profondément que je ne la vivais en Afrique alors que mes proches craignaient que je perde la foi ici. Mais je peux vous assurer que le Canada n’est pas un pays athée comme on se plait à le croire. Il y a ici des croyances fortement ancrées, des pratiques religieuses solides, des sanctuaires mariaux et des lieux de pèlerinage vieux de 300 ans et que j’ai eu la chance de visiter.

Si vous aimez écrire, vous devez sans doute « dévorer » aussi la lecture. Que lisez-vous actuellement ?

Oui, je suis une grande dévoreuse de livres. On ne peut pas écrire si on ne lit pas. Et je suis contente d’avoir pu transmettre cette passion des livres à notre fils Eddy.

Actuellement, je relis Gouverneurs de la Rosée, le Chant général de Pablo Neruda. Je lis aussi un livre religieux d’un moine cistercien d’ici, Yves Girard, << Croire jusqu’a l’ivresse ! >> dans lequel il dit que si nous avions vraiment la foi, nous ne demanderions plus rien dans nos prières car Dieu sait déjà de quoi nous avons besoin et nous devrions simplement lui faire confiance et croire qu’il pourvoira lui-même à tous nos besoins. Et puis bien sur, tous les manuscrits que reçoit Malaïka. Je les lis tous et chacun même si j’ai un comité de lecture qui fait très bien son travail. Je veux connaître tout le contenu de ce qui nous est envoyé par respect pour ceux et celles qui nous font confiance et osent nous envoyer leurs manuscrits. Je connais donc très bien chacun des livres que nous publions.

La vie n’est jamais un long fleuve tranquille. Que retenez-vous comme richesse fondamentale tout au long de votre parcours ?

La bonté et les merveilles de Dieu dans ma vie, moi l’inattendue, celle que personne n’attendait dans la vie. Car mes parents, après la naissance de mon frère Benjamin, Prof de philo en Normandie, avaient décidé de ne plus avoir d’autre enfant, d’où son prénom de Benjamin, car notre mère avait failli mourir lors de cette grossesse. Il devait donc être le benjamin mais Dieu avait une surprise pour eux car je suis arrivée 6 ans après cette fameuse décision et ils disent qu’ils m’ont accueillie comme un ange, d’où mon prénom. Je suis donc ‘’un accident’’ mais un accident heureux, (comme eux-mêmes me l’ont raconté), car à mon tour, je leur ai en quelque sorte ‘’apporté’’ ma petite soeur Marie, enseignante aussi et mon petit frère Pascal dit le Guerrier, batiker à Ouaga, le dernier de la famille, né une nuit de Pâques, en pleine messe.
Je retiens aussi les rencontres qui m’ont permis de grandir dans ma vie, comme celle de mon époux Yvon et de tous ces merveilleux ami-e-s, mes frères et sœurs dans la vie ici, comme
en Afrique, en Amérique du Nord, et partout ailleurs dans le monde.
Je bénis le Seigneur pour chacune et chacun d’eux. Et pour vous aussi, et votre média qui me donnez l’occasion de faire ce partage.
Merci.

Interview réalisée par Arsène Flavien Bationo
Lefaso.net
Email :bationoflavien@yahoo.fr
crédit Photos : Jules Villemaire

Angèle Bassolé- OuédraogoBien que le parcours soit très périlleux, beaucoup d’Africains tentent, chaque jour que Dieu fait de gagner l’Europe à la quête, croient-ils, de « l’eldorado ». Au bout, ils n’ont que désillusion, désolation, humiliation et mort. Comment réagissez-vous aux images d’immigrés clandestins dont les médias internationaux raffolent bien souvent et dont ils inondent les écrans de télévision ?

Je réagis avec beaucoup de rage, de honte et de révolte et j’ai aussi écrit à ce propos
(" Nouveaux Négriers" et "Le Vrai visage de l’Occident"). Mais, tout cela, voyez-vous, c’est la faute à nos dictateurs. Car sans eux, l’Afrique serait un paradis et personne n’aurait envie de venir vers le Nord au risque de sa vie. C’est totalement absurde d’autant plus que la vie, la joie de vivre, le soleil sont en Afrique. Si ces gens qui risquent leur vie pour fuir je ne sais quelle mort, étaient un tant soit peu au courant des dures réalités de l’Occident, ils ne tenteraient jamais ces périples mortels.
Au nord, on ne vit pas, on survit.
Le mot stress est d’ailleurs une invention occidentale, canadienne, pour être plus précise.

Cette situation n’est-elle pas la résultante d’un échec des stratégies de développement en Afrique doublée d’une certaine incurie des dirigeants ?

Bien sûr. C’est la faillite de toute une génération de dirigeants ignobles mais aussi d’intellectuels qui ont choisi de mettre leur intelligence au service de la bêtise.
Honte à eux !

Les Etats-Unis d’Afrique continuent d’être un serpent de mer. Pendant que certains en appellent hic et nunc à un gouvernement fédéral africain, d’autres préconisent la prudence. Comment analysez-vous une telle situation quand on sait que l’Afrique est frontalement confrontée aux guerres sans fin, aux maladies, à la mal gouvernance. ?

Je ressens beaucoup de tristesse face à cela et je le dis dans << Rêves d’unité>> dont je compte en faire un livre.
J’ai entendu ce qui s’est dit lors de la dernière réunion de l’UA au Ghana. J’ai été sidérée
d’entendre le président sud-africain dire que c’était encore trop tôt. Trop tôt ?
Trop tôt par rapport à quoi, alors que Kwamé Nkrumah et Lumumba en rêvaient déjà ?
Je ne comprends pas que l’Europe ait pu s’unir, un continent composé de pays où l’individualisme est roi et qu’en Afrique où l’on se targue d’être solidaires et de professer la solidarité comme socle de notre culture, on n’arrive pas à faire ce pas et qu’on continue de s’entre-déchirer ainsi comme des chiens. C’est triste et douloureux d’y penser.
C’est encore plus triste de voir que nous faisons le jeu des autres qui nous divisent pour régner et de constater que nous travaillons avec ardeur contre notre propre destruction.

Revenant à la poésie, quels sont vos projets ? Y’a t-il par exemple des publications en vue ?

Mon 4e recueil, Les Porteuses d’Afrique vient d’être publié en ce mois d’octobre et mon 3e, Sahéliennes a été traduit en septembre au Portugal, en portugais donc.
Je travaille sur les prochains titres, <>, <> et << Ode pour un rêve brisé>> que j’avais écrit à la fac à Ouaga et quelque peu abandonné.
Je reviens aussi à deux projets de films documentaires dont l’un que je préparais en même temps que ma thèse de Doctorat et que j’aurais voulu présenter lors de ma soutenance comme appui mais que je n’ai pas pu, faute de temps. Je le ressors donc et le titre de ce documentaire sur les écrivaines africaines est : <>.
L’autre, porte sur la grande sœur de papa, <> dont vous retrouvez des échos dans tous mes recueils publiés. C’est une figure politique importante et exceptionnelle de ce royaume mooga patriarcal et féodal que j’aimerais faire découvrir à plus de gens. J’ai d’abord fait ce projet pour mon fils afin qu’il connaisse son histoire. Je songe aussi à faire restaurer sa maison afin de permettre à tous de pouvoir la visiter.

Ce que tout le monde ignore est que j’écris aussi autre chose que de la poésie. J’écris des nouvelles et des romans. Je me sens à présent prêtre à les laisser voir en les faisant publier.
Pour le roman, je ne me lançais pas encore car j’ai beaucoup de mal à me séparer de mes personnages, je suis incapable de les tuer par exemple. L’autre raison qui me retenait est le fait qu’on voit toujours dans une première publication romanesque une auto-fiction, une autobiographie et je ne voulais pas être mise dans ce catalogue. Certes, mon premier roman parlera d’amour et de passion mais pas les miennes, celles de mes parents, car leur histoire en est une d’amour véritable et totale. Ma mère, ayant été donnée en mariage à un vieillard qu’elle ne connaissait pas, a fui pour rejoindre mon père dont elle était amoureuse. Et à l’époque, ça prenait du courage et du cran pour le faire. C’est cela que je veux exalter, cette force qu’elle a eue pour défier sa famille et son père, tout roi qu’il était. C’est une histoire de passion et de courage non seulement de ma mère mais aussi de mon père que j’aimerais partager. Car mon père était un dur à cuire (il est décédé le 2 février 1996 alors que j’étais en pleine rédaction de ma thèse) et il lui a fallu du courage pour oser affronter ainsi mon grand-père et se metrre à dos le roi. Ils ont eu beauccoup de problèmes à cause de cela, ma mère a été dans un premier temps bannie de la famille, puis réhabilitée et reçue à cause des enfants, donc de nous, par la suite. Exactement comme Yennenga et Rialé avec leur fils Ouédraogo.

Avec votre programme, trouvez-vous le temps pour les loisirs ?

C’est difficile surtout que je suis toujours entre deux avions, deux trains. Il fut un moment en 2005, avant de tomber malade, où pendant un mois, je n’ai vu Ottawa que par la gare et l’aéroport. Mais j’essaie malgré tout, de trouver du temps pour me reposer.
Mon désir est de pouvoir trouver du temps pour lire des livres pour mon seul plaisir, j’aime pendant l’été aller au bord de l’eau et comme ce n’est pas ce qui manque ici, j’en profite donc. M’asseoir au bord de l’eau me rassénère beaucoup car j’y ressens l’immensité et la plénitude du Dieu Créateur. Peut-être parce que je suis née et ai grandi littéralement au bord de l’Atlantique, je suis fascinée par l’océan mais aussi par le désert. Sahélienne et quelque peu côtière en même temps donc.
Mon loisir, le dimanche est d’aider à ma paroisse où je suis sacristine pour la messe de 17h depuis 15 ans. J’accompagne aussi depuis 4 ans des adultes à la catéchèse, à la Cathédrale d’Ottawa et cette année, j’anime sur le <>. La session dure 6 mois, de septembre à avril et les catéchumènes reçoivent les sacrements à Pâques. J’ai eu la grâce d’avoir été choisie comme marraine les années passées. J’ai trois filleuls du Burkina (deux jeunes adultes et une enfant) et une jeune fille du Togo.

J’aime me rendre utile et c’est ma façon de rendre grâces à Dieu pour tous les bienfaits dont il me comble avec ma famille.
J’aime aussi méditer car prier est comme écrire pour moi. J’y rencontre la paix, la sérénité. Et l‘autre raison de ma passion poétique vient de mon expérience et de mon cheminement de foi.
J’écris parce que j’espère et je crois, parce que j’espère aussi. Il y a un parallèle intéressant entre mon besoin d’écrire et mon besoin de croire.
Certes, je suis née et j’ai grandi dans une famille catholique pratiquante. Mon père qui a été baptisé par Mgr Thevenoud, le fondateur de la Cathédrale de Ouaga, a sillonné les régions du Burkina avec lui. C’est ainsi qu’il a appris à parler le latin même s’il n’avait jamais été à l’école. J’ai donc hérité de la foi de mes parents mais en grandissant, j’ai bâti et expérimenté ma propre foi. J’ai construit une relation intime que je continue à construire d’ailleurs avec mon Sauveur Jésus-Christ et ma mère, la Très Sainte Vierge Marie (je suis légionnaire de Marie depuis que j’ai 14 ans). Ici, au Canada, je vis ma foi plus profondément que je ne la vivais en Afrique alors que mes proches craignaient que je perde la foi ici. Mais je peux vous assurer que le Canada n’est pas un pays athée comme on se plait à le croire. Il y a ici des croyances fortement ancrées, des pratiques religieuses solides, des sanctuaires mariaux et des lieux de pèlerinage vieux de 300 ans et que j’ai eu la chance de visiter.

Si vous aimez écrire, vous devez sans doute « dévorer » aussi la lecture. Que lisez-vous actuellement ?

Oui, je suis une grande dévoreuse de livres. On ne peut pas écrire si on ne lit pas. Et je suis contente d’avoir pu transmettre cette passion des livres à notre fils Eddy.

Actuellement, je relis Gouverneurs de la Rosée, le Chant général de Pablo Neruda. Je lis aussi un livre religieux d’un moine cistercien d’ici, Yves Girard, << Croire jusqu’a l’ivresse ! >> dans lequel il dit que si nous avions vraiment la foi, nous ne demanderions plus rien dans nos prières car Dieu sait déjà de quoi nous avons besoin et nous devrions simplement lui faire confiance et croire qu’il pourvoira lui-même à tous nos besoins. Et puis bien sur, tous les manuscrits que reçoit Malaïka. Je les lis tous et chacun même si j’ai un comité de lecture qui fait très bien son travail. Je veux connaître tout le contenu de ce qui nous est envoyé par respect pour ceux et celles qui nous font confiance et osent nous envoyer leurs manuscrits. Je connais donc très bien chacun des livres que nous publions.

La vie n’est jamais un long fleuve tranquille. Que retenez-vous comme richesse fondamentale tout au long de votre parcours ?

La bonté et les merveilles de Dieu dans ma vie, moi l’inattendue, celle que personne n’attendait dans la vie. Car mes parents, après la naissance de mon frère Benjamin, Prof de philo en Normandie, avaient décidé de ne plus avoir d’autre enfant, d’où son prénom de Benjamin, car notre mère avait failli mourir lors de cette grossesse. Il devait donc être le benjamin mais Dieu avait une surprise pour eux car je suis arrivée 6 ans après cette fameuse décision et ils disent qu’ils m’ont accueillie comme un ange, d’où mon prénom. Je suis donc ‘’un accident’’ mais un accident heureux, (comme eux-mêmes me l’ont raconté), car à mon tour, je leur ai en quelque sorte ‘’apporté’’ ma petite soeur Marie, enseignante aussi et mon petit frère Pascal dit le Guerrier, batiker à Ouaga, le dernier de la famille, né une nuit de Pâques, en pleine messe.
Je retiens aussi les rencontres qui m’ont permis de grandir dans ma vie, comme celle de mon époux Yvon et de tous ces merveilleux ami-e-s, mes frères et sœurs dans la vie ici, comme
en Afrique, en Amérique du Nord, et partout ailleurs dans le monde.
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