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Bil Aka Kora, artiste musicien

““Pourquoi je n’ai jamais été nominé aux Koras en Afrique du Sud ?”

Publié le lundi 30 janvier 2006 à 08h13min

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Bil Aka Kora

De son vrai nom Bilgho Akaramata Kora, Bil Aka Kora n’est plus à présenter sur le plan national. Plusieurs fois lauréat des Kundé d’or du meilleur artiste de l’année, son clip Djibayagui a été récemment plébiscité par le public burkinabè à travers l’émission “Clip d’or” de l’année 2005.

Mais curieusement cet artiste au talent combien immense, n’a jamais été nominé aux Kora. C’est pour comprendre cette situation que nous sommes allés à la rencontre de l’artiste qui a bien voulu, à cœur ouvert, se livrer à nous. Nous avons aussi échangé sur d’autres aspects de sa carrière, notamment sa musique « le Djongo ».

Peux-tu nous retracer un peu ton parcours musical ?

B.A.K : J’ai commencé à faire de la guitare à Pô, au lycée provincial, au sein d’un orchestre qui s’appelait les missiles Bande de Pô. Il y avait un Ghanéen du nom de Salah Ben qui jouait au piano et c’est lui qui m’a initié à la guitare et j’y ai pris goût. Au départ, j’avoue que c’était juste pour m’amuser, sans passion de la musique, sans plan de carrière ; ensuite je suis venu au Zinda pour le baccalauréat, je jouais de temps en temps avec l’orchestre du Zinda, un jeune groupe. Dans le temps on faisait du Rapp et tout était bien, mais en fait c’était un peu pour amuser la galerie.

Après le Bac, je suis allé à l’université pour faire Math-physique, à l’IMP à l’époque et c’est là que j’ai intégré l’orchestre de l’université (U.O) ; donc j’ai fait un petit bout de chemin avec eux, mais il faut dire que ce n’était pas l’orchestre de l’université que les mélomanes ont connu dans le temps c’était après eux et le matériel était déjà en mauvais état quand on est arrivé, on cotisait entre potes et on animait juste pour les nuits culturelles des différentes Facultés.

J’ai dû arrêter mes études la deuxième année parce qu’il n’y avait plus de bourse et la seule chose que je savais faire et qui était plus ou moins à portée de main, où je n’avais pas besoin de bourse, de concours du tout, c’était chanter, et c’est ainsi que j’ai commencé a joué dans les maquis de Ouagadougou de Harlem Bar à Memphis jazz en passant par le Pili-Pili et autres où on pouvait jouer et finir à 3 heures ou 4 heures du matin au gré des clients.

Mais je dirais que c’est véritablement en 1997 quand Mahamoudou OUEDRAOGO a initié les grands prix nationaux de la musique que je me suis mis sérieusement à faire de la musique. Je me suis présenté, j’ai fait une prémaquette de trois titres, j’ai été pré-sélectionné, ensuite j’ai été lauréat, premier exéquo avec Kanzaï.

Au sortir de ce grand prix et comme le ministère de la Culture voulait encourager tous les lauréats, on m’a programmé au cours d’une soirée dénommée « La nuit du communicateur » à l’hôtel SOFITEL Silmandé qui était une émission live de la TNB et j’ai joué en live avec tout mon groupe et je crois que c’est à partir de là que le public burkinabè m’a connu et ça été véritablement la révélation, donc avec le prix que j’ai eu, je suis rentré en studio où j’ai fait un premier album que je suis allé mixer en France et dont le titre phare était Douatou et il y a eu quelques tournées.

Au sortir de cet album, j’étais dans un projet qui s’appelait Sono de ville qui regroupait 4 musiciens de Ouaga, 4 d’Abidjan et 4 de Grenoble. C’était en fait une création artistique où on s’est retrouvé ensemble afin de faire une petite tournée. Ensuite, j’ai rencontré un harmoniciste canadien du nom de Gerald La ROCHE qui permis d’aller chez lui et de couvrir son univers ; comment travail t-il et cela a fait l’objet d’un documentaire de 52 minutes.

Je fais aussi une tournée de 10 dates en Belgique, au Burkina Faso on a fait Burkina music tour où on a sillonné 10 provinces du pays et jouer en live dans la vraie condition de live. 2001 a connu en mon deuxième album Ambolou qui est sorti et qui a occasionné aussi quelques rencontres de création notamment avec le musicien autrichien Humber Von Goisen et 2003 mon troisième album Djibayagui voilà ce que je peux dire de manière très ramassée sur mon parcours, c’est sûr qu’il y a beaucoup de détails qui ne sont pas mentionnés mais l’essentiel c’est qu’après 1997 et 1998, les musiciens qui m’ont accompagné au début Assan DEMBELE, les deux percussionnistes qui jouent actuellement avec moi, on a créé un noyau de travail musical et depuis lors on est ensemble, il y a Serges qui nous a rejoints en 1999 pour partir et nous rejoindre à nouveau en 2002.

Donc si je dois faire une lecture de mon parcours, c’est véritablement le noyau que j’ai, on travaille ensemble qu’il y ait concert ou pas, il y a une complicité ; c’est parce que j’avais ces gens autour de moi que j’ai lancé ce qu’on appelle l’esprit « Django » c’est de pouvoir partir d’un concept rythmique traditionnel et déboucher sur quelque chose.

Ton clip Djibayagui vient d’être désigné par les téléspectateurs de la TNB, meilleur clip 2005, qu’est-ce que cela représente pour toi ?

B.A.K : Quand on a une lecture du paysage musical actuel, aussi bien sur le plan africain que national, on a souvent l’impression qu’il n’y a pas la place pour la musique de recherche, ou la fusion parce que pratiquement il y a un genre particulier qui a pris le pas qui est la musique d’ambiance, la musique de danse et tout. J’avoue que quand on a lancé le clip, moi je n’y croyais pas du tout.

Pour ce clip d’or, au-delà des lots, la première chose qui m’a touché c’est la confiance du public ; le vote du public pour cette oeuvre démontre qu’il sait lire à travers une musique à travers des images qu’un travail a été fait, franchement j’ai été mystifié par les mélomanes burkinabé. Je dis, si ça représente quelque chose pour moi c’est la signature de ce contrat-là car je suis arrivé à avoir des gens qui ont compris l’esprit de ma musique et qui adhère à la chose et ça, on est jamais sûr.

Peux-tu nous parler un peu de la réalisation de ce clip ?

B.A.K : Il y a Raymond TIENDRE qui m’a vu jouer pour les grands prix nationaux de la musique et il a dit, « ce petit, je vais faire un clip pour lui ». Donc pour mon tout premier agrafe qu’on a tournée ensemble qui s’appelle « Anou » en 1999, il a pris du matériel de cinéma avec des rails, des grues, pour l’éclairage des cases à Pô, il y avait des machinistes, etc.

Pour mon deuxième album, il n’a pu faire de clip-dessus, au niveau du troisième album, je me suis dit : « j’aimerais travailler avec ce réalisateur ». Et il faut dire que depuis ce temps on est resté très proche. C’est vrai que pour ce clip Djibayagui, j’avais des idées vagues pour ce que je voulais mais c’est en fait lui qui a fait toute la réalisation, le repérage des lieux, etc., c’est vrai que j’avais besoin d’une princesse, d’un affrontement mais pas comme on l’imagine, un affrontement par rapport aux textes de la chanson.

Vous savez Djibayagui au départ, c’était une chanson guerrière pour inciter les jeunes guerriers Kassena à aller en guerre contre l’envahisseur. Donc je suis parti de là, de ce refrain pour dire que le vrai combat qu’on a aujourd’hui ce n’est pas avec les armes, on n’a pas un problème d’occupation territoriale parce que le monde aujourd’hui est un village planétaire, il y a Internet, la mondialisation, etc. il y a tous ces facteurs qui font qu’aujourd’hui le vrai combat, c’est culturel et chacun doit s’affirmer sur ce plan.

Les Etats-Unis c’est la première puissance militaire mais il y a aussi le côté culturel qui a pris le dessus surtout le cinéma et la musique. Le vrai combat aujourd’hui c’est la culture, ce qu’on a, ce qu’on sait faire ; voilà, en somme, ce que je voulais faire ressortir dans le clip et Raymond a su repérer l’endroit, il a su trouver l’équipe technique nécessaire, trouver le matériel qu’il fallait, etc. pour ce faire, il a su négocier un partenariat avec la Télévision nationale pour avoir la camera dernier cri. Il a su mettre aussi toute une équipe de cinéma, choisir la maquilleuse, etc.

Pour les costumes, on a fait appel à une amie, Martine SOME qui est couturière, on a aussi obtenu la collaboration de Sahelis production pour faire toute la régie. Il faut savoir qu’on était une équipe de 20 personnes parties de Ouagadougou mais sur place à Bobo on était plus de 40 à 50 personnes car il y a la figuration et tout ça ; moi j’avais travaillé la chorégraphie avec mes danseurs, on a aussi fait appel à un deuxième chorégraphe du nom d’Auguste qui a fait le repérage qui a aussi fait un casting sur place à Bobo pour choisir des danseurs.

C’est vrai aussi qu’on a eu des partenariats avec le ministère et autres mais c’était uniquement matériels mais les sous sur place, les gombos qu’on devait dépenser pour ce clip c’est-à-dire le carburant, l’hébergement, la bouffe de tous ces gens, leur prise en charge, etc. ont été arrachés de hautes luttes pour boucher le budget et il y a un partenaire privé qui nous a suivi et pris au moins la moitié du coût et qui s’appelle IAG qui nous a fait confiance et son nom n’apparaît pas il n’y a pas son logo sur le clip ; mais comme il l’a dit c’est sa manière à lui d’encourager cette musique, c’est le groupe Nassa ce sont des gens qui sont exceptionnels et donc c’est ce partenaire qui nous a permis de mettre en branle toute cette machine.

Il y a eu tellement d’anecdotes sur ce film-là. On est parti à Bobo-Dioulasso avec le car du ministère, ensuite on devait aller sur le site du tournage qui est à Farakoba et c’est un endroit qui n’est pas facilement accessible, le car est resté au niveau des rails et on a transporté tout le matériel et croyez-moi tout le monde a été mis à contribution, on est rentré dans une grotte, et il fallait descendre les falaises ce qui pouvait prendre 20 à 30 mn avant d’arriver sur le site même du tournage. Donc on a dû escalader avec le matériel de tournage, c’était vraiment laborieux.

Le premier jour du tournage était prévu à 10 heures mais c’est finalement à 16 heures qu’on a pu démarrer, la restauration est arrivée à 15 heures et les restaurateurs ont refusé de descendre les falaises pour nous l’apporter donc 90% des images ont été tournées dans ces conditions où tout le monde était affamé et on a travaillé comme cela jusqu’au coucher du soleil. Le lendemain on est revenu vers 10 heures pour finir les autres parties. Le tournage du clip nous a donc pris deux jours.

Même dans ces conditions, il n’y a pas eu d’accrochage personne ne s’est mis hors de son état et il n’y a eu aucune démission. Il y a eu 10 chevaux qui sont parti sur le site deux jours avant afin de les mettre en condition parce qu’il y avait au moins 15 à 20 km à faire et les familiariser en même temps avec le site. Il y avait les cavaliers, le décorateur cinéma qu’on appelle Bil DECO qui a fait toute la décoration du site, les grottes, etc. c’est lui qui a aussi fait la chaise de la princesse, les boucliers, les lances des cavaliers, etc., il y a tellement de chose à dire sur ce clip que je préfère m’arrêter là.

Quel a été le budget de ce clip ?

B.A.K : Non, je ne peux pas vous donner une somme. Rien que pour la contribution matérielle au niveau de Sahelis, du ministère de la culture, etc., non je ne peux pas estimer et je pense qu’il n’y a pas de valeur financière pour ce clip ; mais ce que je retiens c’est qu’on a travaillé avec passion et tout ce que j’ai pu miser personnellement ou Djongo diffusion ma structure dans ce clip, on ne le regrette pas et les autres non plus..

On a l’impression que lorsque tu es en compétition quelque part tu l’emportes, quel est ton secret ?

B.A.K : Paradoxalement, je n’aime pas la compétition au niveau de la musique parce que je trouve que c’est un domaine où on ne court pas ce n’est pas de l’athlétisme pour dire qu’il y a un tel qui est physiquement plus fort que l’autre. Mais comme on a la chance d’être ouvert, moi j’écoute de la musique qui vient d’un peu partout donc j’essaie de me mettre quand même sur certaines normes, travailler beaucoup plus sur la justesse avec mon groupe, faire des choses bien.

Si c’est un clip, je regarde plein de clip, comment s’est réalisé donc je me dis qu’il faut que je grouille pour atteindre un certain niveau. C’est tout simplement la recherche de faire bien. Sinon le secret dans tout domaine c’est le travail, on se donne à fond et puis y croire parce que moi je crois beaucoup en la musique.

Peux-tu nous parler un peu du rythme dans lequel tu évolues « la Djongo music », qu’est-ce que c’est ?

B.A.K : Il faut dire que je pars d’un concept, de la danse traditionnelle, la rythmique qui accompagne les danseurs Kassena dans la région du Sud. C’est sur cette base que je suis parti au début sur quelques titres pas sur tous les morceaux. Mais quand j’ai commencé à pratiquer ce milieu,je me suis créé un certain univers pour comprendre cette rythmique.

L’affrontement des danseurs, l’énergie que les danseurs donnent dans la musique, la percussion, la recherche de la rythmique qu’il y a dans cette musique et j’en ai fait un truc moderne en fait. C’est-à-dire je prends des valeurs modernes que je transpose plus ou moins sur ce rythme-là. La Djongo music ce n’est pas forcément de la percussion mais c’est l’émotion, l’énergie et c’est la sincérité qu’il y a dans ce concept de Djongo-là que moi j’essaie de transmettre mais c’est une musique avec une base rythmique traditionnelle en général mais qui est ouverte parce qu’il y a beaucoup de chose que je fais où il n’y a pas de percussion derrière mais il y a l’émotion de la Djongo, il y a l’énergie de la Djongo donc il y a cet esprit-là derrière.

Tu n’es plus à présenter ici, tu as été plusieurs fois Kundé d’or, meilleur artiste burkinabè de l’année, tu fais un tabac en Europe chaque fois lors de tes spectacles, mais curieusement tu n’as jamais été nominé au Kora en Afrique du Sud, qu’est ce qui explique cela ?

B.A.K : Les Kora, c’est une récompense de la musique africaine, donc jusqu’à présent je ne me suis jamais senti prêt à aller aux Koras. Ici au Burkina comment ça se passe, c’est qu’il y a des inscriptions, il y a des gens qui s’inscrivent et qui envoient un dossier, ensuite il y a une sélection qu’on fait mais moi, je n’ai jamais envoyé un dossier pour participer aux Koras parce que jusqu’à présent je ne me sens pas encore prêt, ce n’est pas la valeur musicale mais au niveau du show biz.

Je crois que si on doit aller aux Koras, il faut avoir une certaine renommée au niveau de la sous-région, il faut être connu au Ghana, Mali, Togo, Bénin, avoir une certaine assise, avoir un distributeur derrière, avoir pourquoi pas un fan club dans tous ces endroits-là avant d’aller aux Koras. Si je prends l’exemple du Burkina et de quelques pays du continent qui ne sont pas connus sur le plan musical et qui ont tout de suite tendance à envoyer des artistes aux Koras et des fois c’est casse-gueule.

Quand je prends des artistes comme Meiway, Abib KOUYATE et autres il y a au moins 15 ans de carrière musicale derrière à partir de leur premier album avant d’être récompensés aux Koras donc moi non plus je ne vais pas aller aux Koras comme ça et puis je n’ai pas non plus envie d’aller compétir aux Koras dans la catégorie révélation donc le jour que ça viendra, quand j’aurai une certaine assise c’est comme au Kundé.

Sur le plan national, ils font une sélection au niveau des mélomanes et tout donc le jour que ça arrive qu’on me sélectionne qu’on me dis voilà je suis nominé aux Koras, je n’ai pas besoin dans une compétition comme les Koras d’aller avec mon dossier de presse, ma cassette vidéo et attendre deux mois après pour qu’on me dise que je suis sélectionné donc voilà, pourquoi je ne suis pas aux Koras.

Avec l’assise nationale que vous avez, vous allez attaquer maintenant la sous-région ?

B.A.K : Disons que je l’ai déjà fait moi j’ai déjà joué au Togo, au Bénin, j’ai été invité au Ghana. Mais, je ne suis pas dans un style de musique d’ambiance et ce que je fais, je crois qu’on a besoin de temps pour comprendre.

Quand je regarde un peu ce qui se passe avec mes albums, une lecture rapide me permet de comprendre que quand je sors une cassette au début ; même avec Douatou les gens se demandaient qu’est-ce qu’il chante, c’est Jazz ou quoi ? mais ça prend un an, deux ans ou trois ans et les gens découvrent petit à petit donc je crois qu’au niveau de la sous-région il y a quelque deux ou trois ans, on ne connaissait pas Bil Aka Kora mais aujourd’hui au niveau des professionnels, des programmateurs de spectacles, de la presse écrite, radio, etc., on me connaît et ça c’est le premier pas que je suis en train de franchir, le deuxième pas maintenant s’est atteindre le public et mon public cible c’est ceux qui aiment le live.

Mais comme au Burkina, en Afrique, on a des difficultés de structuration de nos spectacles, moi par exemple je vais jouer facilement en Europe, au Canada, etc. que d’aller par exemple jouer à Niamey parce que tu as atteint un certain niveau et tu as des exigences au niveau artistique que quand on te propose d’aller faire un play-back à Niamey, je n’y vais pas.

J’estime que si je dois aller jouer là-bas, il faut qu’il y est des conditions de live, qu’on puisse faire venir 5 ou 6 voir 8 personnes de mon groupe, et qu’il y ait une bonne sonorisation pour que j’accepte d’y aller. Au Burkina Faso ça fait des années que moi je refuse d’aller joué dans certaines provinces, parce que ça n’aurait pas de sens qu’on dise Bil Aka Kora joue, le public paye, il rentre et moi je me présente avec deux, trois danseuses avec le micro, on balance ma cassette, je me mets à mimer un truc, alors que les gens ont déboursé 500f, 1000f ou 2000f, c’est beaucoup pour le niveau de vie.

Par exemple à Ouahigouya je n’ai pas encore joué là-bas, parce qu’à chaque fois qu’on me propose un spectacle là-bas, les promoteurs me proposent un play-back ou on me propose un live où les conditions techniques ne sont pas réunies et je me dis qu’un jour je paierai mon propre concert et j’irai jouer parce que j’ai un respect pour le public.

Comme on l’a fait à Orodara, là-bas j’ai monté un dossier pour aller y jouer dans des conditions vraiment optimales comme si je jouais à Ouaga avec une sonorisation aussi puissante que celle de WANGO Roger avec un ingénieur de son. Et ce concert les gens en parleront longtemps à Orodara, ce n’est pas pour gagner de l’argent, quand avec Djongo diffusion, on a fait les comptes et on s’est retrouvé avec presque 0 franc de bénéfice ; mais j’ai gagné quelque part et c’est aussi ça le genre de musique que je fais, on a besoin de conquérir le public, de rencontrer les gens, de jouer pour que les gens puissent nous accepter donc ce n’est pas aller faire quelque spectacle dans un hôtel à Niamey ou à un dîner-gala de je ne sais quelle ONG et je n’ai pas envie de construire ça.

L’union fait la force dit-on, mais il semble que dans le milieu des artistes burkinabè, l’entente n’est pas la chose la mieux partagée en témoigne la difficulté de regrouper les artistes autour d’une seule et même structure, quel est ton commentaire sur ce sujet ?

B.A.K : Ce que je peux remarquer, c’est que cette situation n’est pas propre au Burkina. Des artistes ne s’entendent pas et même ce n’est pas seulement les artistes, mais tous les corps de métier sont confrontés à ce problème, si on prend les comédiens, on dira qu’au Burkina, ils n’arrivent pas à avoir une structure c’est pareil chez les journalistes où il n’y a pas une structure dynamique et qui fait l’unanimité dans le milieu, c’est très difficile. Donc je crois que tout dépend des objectifs et de la maturité des musiciens ça c’est ma lecture.

Mais j’avoue que je ne suis pas un exemple car je ne suis pas très associatif. Mais je crois qu’il faut seulement attendre un bout de temps, il y a des choses qui sont en train de se mettre en place comme la coopérative du musicien burkinabè et moi je crois en cette chose-là car pour une fois quand il y a une association de musiciens où il y a des textes, qui regroupent les intérêts de tout le monde, que chacun à la parole et qu’on a besoin de la motivation de tous et non faire des associations tout simplement pour rechercher des financements pour facilement bouffer sans travailler.

Mais d’une manière générale, je pense que les artistes burkinabè s’entendent, se côtoient, boivent un coup ensemble et voilà, l’entente ce n’est pas seulement sur le plan associatif, il n’y a pas trop de guéguerre entre les musiciens burkinabè ; Moi personnellement, je n’en connais pas ; sinon que jusqu’à présent on n’a pas pu trouver une forme d’association qui arrive à regrouper tout le monde mais je crois que c’est en vue avec la coopérative des musiciens burkinabè Musicoop.

En tant qu’artiste que penses-tu de la piraterie et comment selon toit doit-on la combattre ?

B.A.K : Je crois que pour la piraterie, il faut voir plusieurs niveaux : la première des choses, il faut une volonté politique, il faut que nos gouvernants comprennent l’importance de la musique, il faut pour ce faire mettre en place le statut de l’artiste musicien et qu’on arrête de prendre l’artiste musicien comme des griots et même si c’est le griotisme, il faut reconnaître alors que c’est le griotisme des temps modernes, donc ce sont des gens qui ont besoin de statut clair, qui ont besoin d’un contrat, qui ont besoin d’un minimum de considération pour bien faire leur travail.

Quand nos gouvernants comprendront que la musique est un apport, que l’industrie musicale peut être une source de développement pour nos pays, cela va freiner déjà la piraterie. Le deuxième aspect, c’est au niveau de la douane, il faut filtrer à ce niveau car il y a des brigades pour toutes les fraudes mais au niveau de la piraterie, il n’y a en pas.

Troisième aspect, il faut que le public passe à une meilleure qualité d’écoute pour faire la différence d’avec une cassette enregistrée à la volée et qui a un son qui ne passe pas ; mais c’est dommage, il y a bon nombre de personnes qui ne savent pas faire la différence entre le son, le bon son et le mauvais. Il appartient donc à nous musiciens de travailler de sorte à ce que nos mélomanes aient une meilleure qualité d’écoute pour qu’ils sachent faire la différence entre le bon grain de l’ivraie. Mais aussi il faut que les artistes africains en général se prennent en main au niveau structure qui puisse peser sur nos dirigeants afin que ceux-ci prennent des lois pour freiner la piraterie.

Parlant de politique, que penses-tu du changement intervenu à la tête du ministère de la Culture notamment avec le départ du grand Mahamoudou OUEDRAOGO et l’arrivée d’Aline KOALA, une femme aussi de culture ?

B.A.K : J’aimerais vraiment remercier Mahamoudou OUEDRAOGO pour ce qu’il a fait pour la culture burkinabè. Il y a plein de choses qui ont été faites sous son impulsion, je parlais tantôt des grands prix nationaux de la musique et c’est lui qui a été l’initiateur et je peux dire que je suis un produit de ce concept. Je suis passé par là et à chaque fois qu’il a été à la tête de la culture, il est venu plusieurs fois assister mes tournées pour m’encourager un petit peu notamment à Paris sur Walloni Bruxelles où il a suivi le concert du début à la fin et il était au festival Laafi-bala à Chambéry tout récemment il y a un mois.

C’est vraiment quelqu’un sans façon qui se bat pour la culture, c’est simplement un grand homme dans le milieu. Maintenant, il y a un changement, mais je crois que dans chaque chose quand il y a une force vive qui arrive, elle travaille sur ce qui existe déjà et essaie d’insuffler une nouvelle dynamique pour aller encore plus de l’avant. C’est vrai, je dirais que tout ce que Mahamoudou a fait ne sera jamais fait par quelqu’un d’autre, et il n’est pas facile de remplacer quelqu’un de sa trempe ; mais il y a une nouvelle tête qui arrive c’est une dame et c’est déjà bien pour l’égalité entre les genres et on l’accueille aussi à bras ouverts.

Aline KOALA est une dame qui est très dynamique, qui a de la poigne qui a beaucoup de choses à dire ou à faire et moi je lui souhaite la bienvenue et je reste convaincu qu’elle aussi va faire de grandes choses pour la culture burkinabè.

On a vu Bil Aka Kora s’essayer aussi dans le cinéma, est-ce le début d’une autre carrière ?

B.A.K : Non, pas du tout. Si je dois arrêter la musique pendant près de deux ans et aller m’inscrire dans une école pour prendre des cours de comédie pour avoir les B-A - BA de la chose. Je dis non, c’est un essai, et Boubakar DIALLO l’a dit, il essaie des choses nouvelles ici, donner une nouvelle dynamique à la chose et puis d’autre part le scénario qu’il a fait pour SOFIA m’a parlé un peu et puis voilà, donc je me suis essayé.

Au départ c’était tellement bien sur le plateau, sur la façon d’aborder et tout ça m’a permis de pouvoir participer à ce projet et de jouer assez librement, d’avoir tirer énormément de plaisir pendant le tournage mais si je dois faire de la comédie, je dirai non, on m’a proposé quelques rôles aussi que j’ai fait mais pour le moment je ne me vois pas encore en train de faire une carrière de comédien.

Parlons de ton dernier album, est-ce qu’il y a des projets en vue, des concerts, etc. ?

B.A.K : J’ai fait quelques concerts ici au Burkina et j’ai eu aussi l’occasion d’aller tourner un peu à l’étranger. Les projets pour cette année, je vais faire la direction d’une musique au niveau d’un film parce que je travaille aussi beaucoup dans le domaine c’est là-bas cela d’ailleurs que j’ai rencontré Boubakar DIALLO et j’ai fait de la musique pour un de ces documentaires, il a fait appel à moi pour deux ou trois musiques de film et c’est là où on s’est connu et depuis un bout de temps je fais de la musique pour les films, les documentaires, etc. et en 2006 je vais travailler sur le prochain film de Issa TRAORE de Brahima qui réalise une comédie musicale et moi je fais tout simplement la direction musicale.

Le 16 janvier aussi je suis aller au Midem pour représenter la maison Djongo diffusion avec des artistes qu’on suit et dont je fais la direction depuis un bout de temps notamment Seydou BOURO ; Djatta et Charly Sidney ; c’est un marché mondial et toutes les maisons de production se retrouvent. Ensuite je fais une tournée promotionnelle en Suède de deux semaines du 16 janvier au 9 février, après je vais à Budapest en Roumanie pour les états généraux de la Francophonie où je vais participer à un gala, à un concert courant mars et juin-juillet je suis invité en Hollande au Festival de Tilbou qui a son partenaire ici, les Nuits Atypiques de Koudougou (NAK) à l’occasion donc je remercie Koudbi KOALA qui fait un festival et qui fait venir des directeurs artistiques d’autres festivals de renommée.

Voilà succinctement ce que je vais faire. J’ai aussi un projet de duo avec King Mensah du Togo pour cette année 2006.

Interview réalisée par Claude ROMBA
L’Opinion

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