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Soudan : La communauté burkinabè, le Covid-19, les affaires et la mère-patrie… !

Accueil > Diasporas • LEFASO.NET • jeudi 2 juillet 2020 à 22h30min
Soudan : La communauté burkinabè, le Covid-19, les affaires et la mère-patrie… !

La République du Soudan abrite, à ce qu’on dit, l’une des plus importantes diasporas burkinabè. Connus pour être des hommes d’affaires, des responsables d’entreprise, des étudiants et dans bien d’autres secteurs d’activités-clés, les Burkinabè de cette contrée du monde ne manquent pas d’occasion pour exprimer leur attachement à la mère-patrie. Dans ce contexte d’un Covid-19 qui a tout chamboulé dans le monde, nous sommes allés à la rencontre d’un des leaders de la communauté, Moustapha Ouédraogo, docteur en théologie islamique (Franco-arabe) et chef d’entreprise.

Lefaso.net : Comment va la communauté burkinabè au Soudan ?

Moustapha Ouédraogo : Les Burkinabè au Soudan se portent bien, Dieu merci. C’est vrai que le monde entier vit une situation (sanitaire) difficile et nous ne sommes pas épargnés. Mais dans l’ensemble, on peut dire que nous nous portons bien. Les activités vont aussi bien, même si le Covid-19 est passé par-là et cela affecte nos activités. On espère une amélioration le plus tôt possible pour relancer les activités. Au-delà de tout, on se réconforte du fait que les Burkinabè, partout, et donc ici au Soudan aussi, sont connus et respectés pour leur qualité de travailleurs, d’honnêteté et pour être de bons citoyens dans les pays d’accueil. Ce qui fait que d’autres nationalités nous envient et cela est tout à l’honneur du Burkina Faso.

Parlant de la pandémie du coronavirus, quelle est la situation au Soudan ?

C’est quelque d’inédit qui arrive au monde entier, et personne ne s’y attendait et ne s’y était préparé, avec ces huit millions de personnes infectées dans le monde entier depuis décembre 2019 et près d’un million de décès. Ici au Soudan, la maladie a d’abord été lente, comparé à certains pays comme l’Egypte ou des pays du Golfe. Par la suite, elle a connu une accélération en fin février-début mars avec des cas importés de certains pays arabes, notamment les Emirats arabes unis.

Les mesures ont un peu tardé à se mettre en place, puis avec l’augmentation des cas la mise en quarantaine et un couvre-feu ont été décrétés. Depuis bientôt quatre mois, les activités économiques se sont arrêtées, l’administration est en partie fermée, sauf les services essentiels. C’est une situation extrêmement difficile pour la population, pour nous tous. Le nombre de cas confirmés depuis le début tourne autour de 8 700 et environ 533 décès. Les nouveaux cas restent élevés (plus de cent ces derniers temps) ; donc il est à craindre que les mesures de restriction restent en vigueur pour un certain temps encore. Néanmoins, les lieux de culte ont rouvert, le jeudi (25 juin, ndlr) passé, mais en observant scrupuleusement les mesures édictées par les autorités, telles que le couvre-feu de 15h à 6h. C’est un petit signe d’espoir que les choses s’améliorent quand même.

Quelle est la situation par rapport à la communauté ; est-ce qu’il y a des Burkinabè qui ont été contaminés ?

A ce jour, nous n’avons pas connaissance de compatriotes infectés du Covid-19. Néanmoins, on reste prudent pour que la situation aille en s’améliorant, en appliquant les mesures barrières et en limitant au maximum les sorties. Les étudiants par exemple restent dans les cités universitaires. Donc, à ce jour, que ce soient les Burkinabè de Khartoum (capitale) ou des autres localités du Soudan, nous n’avons pas de cas confirmés. Pour ce qui est des activités, les choses sont difficiles, à l’image de tout le Soudan avec la quarantaine et les autres mesures de restriction.

Avez-vous mis en place une disposition particulière dans le cadre de la lutte ?

En termes de mesures, nous nous en tenons à ce que les autorités du pays ont mis en place : le couvre-feu qui va de 15h à 6 h (heure locale), le port du masque, la distanciation sociale, le lavage des mains, etc. Ce que nous faisons à notre niveau, c’est la sensibilisation, en appelant nos compatriotes au respect strict de ces mesures pour se préserver et préserver les autres. Par exemple, nous avons eu une cérémonie de mariage récemment, au cours de laquelle nous avons exigé que les gens mangent dans des plats individuels et garde une distance entre eux ...

Cette situation exceptionnelle imposée à tous par le Covid-19, frappe de plein fouet les compatriotes : du petit commerçant aux hommes d’affaires, des ouvriers aux étudiants…, tout le monde traverse une période difficile. Heureusement, il y a une solidarité remarquable entre nous Burkinabè d’une part et, d’autre part, entre nous et les Soudanais qui sont toujours prêts à aider. Au niveau des cités universitaires, le réfectoire fonctionne normalement ; donc sur ce plan, nous pouvons dire que ça va. Ce qui est dûr, c’est sur le plan de nos activités. Dans mon cas, j’ai des clients dans plusieurs pays (USA, Ouganda, Ethiopie...) qui sont bloqués, parce que les aéroports sont fermés.

Comment vous vous réorganisez pour pouvoir relancer les activités ?

Nous restons suspendus à la décision des autorités pour la réouverture ; nous savons que cela dépend de l’évolution de la situation. Aussi, il faut dire que les activités économiques étant très affectées, beaucoup pourraient même fermer. Donc, tout cela mis ensemble, il est difficile de parler de préparation pour la réouverture. Sans oublier que de nombreux compatriotes sont dans l’informel et ne peuvent pas s’attendre à bénéficier de mesures (s’il y en a) de l’Etat. Donc, ce qu’on peut dire, c’est que le déconfinement arrive pour que chacun puisse se reconstruire. Si on déconfine, chacun pourra espérer reprendre, les étudiants reprendraient les cours (il y a de nombreux étudiants dans ce pays, ndlr). Les travailleurs doivent se préparer à devoir reprendre à zéro et je pense que tous en ont conscience.

Depuis l’apparition de la maladie en Afrique, avez-vous reçu des mesures des autorités burkinabè (soit par la représentation ou directement du pays) ?

Si vous entendez par mesures un soutien matériel, je dirais non (à ce que je sache). En termes de soutien moral, par exemple, des contacts pour s’enquérir de nos nouvelles, là aussi, c’est non. On est un peu abandonné, si on se compare aux ressortissants d’autres pays dont les responsables sont régulièrement sur le terrain, auprès de leurs ressortissants, leur distribuent du gel hydroalcoolique, des masques des vivres... Il y a des pays aussi qui ont envoyé chercher leurs ressortissants par vols spéciaux. Je ne peux dire s’il y a eu manque de volonté dans notre cas, je n’en sais rien.

Peut-être que ce sont les moyens qui ont fait défaut aussi. A cela, il faut signaler qu’on n’a pas d’ambassade ici au Soudan ni de consulat. C’est l’Egypte qui nous coiffe. Au départ, on nous a dit de faire un rapport hebdomadaire des cas d’infection, c’est tout. Peut-être que les soutiens sont en route... Je voudrais profiter dire à nos compatriotes ici que nous devons être compréhensifs vis-à-vis de nos autorités, vu la situation que le Burkina traverse. Tout est prioritaire, et nous devons comprendre que certainement, nos autorités nous viendraient en aide, si elles avaient la possibilité.

En juillet 2018, vous avez été à Ouagadougou pour prendre part, au nom des Burkinabè du Soudan, au premier Forum de la diaspora. Est-ce que vous sentez un changement à votre niveau par rapport aux engagements qui ont été pris par les autorités ?

C’était une très belle initiative de la part de l’Etat burkinabè ; encourager la diaspora à investir au pays. Mais, on ne sent pas vraiment de suivi. Il y a eu l’initiative « Diafaso » que je félicite ici, mais je pense qu’on peut mieux faire. On devrait peut-être penser à un comité rattaché au ministère en charge des Burkinabè de l’extérieur pour rester en contact permanent avec nous, étudier les difficultés liées aux transferts d’argent, proposer des pôles d’investissement, initier des formations en entreprenariat, marketing, etc. Sinon, la rencontre a été une réussite, mais ne peut pas être, à elle seule, le déclic. Peut-être qu’il faut mener une étude dans ce sens et voir les recommandations afin de mieux organiser les choses.

Quelles sont, à ce jour, les principales préoccupations des Burkinabè du Soudan ?

Je pense humblement qu’il nous faut une Ambassade ici au Soudan. Nous avons des dizaines de milliers de Burkinabè ici (on avance même le chiffre d’un million à deux millions) disséminés dans plusieurs localités au Soudan. Ce nombre peut étonner certains, mais il y a une justification historique : pendant des siècles, les populations burkinabè passaient par le Soudan pour atteindre la Mecque pour le pèlerinage. Au retour, nombreux se sont installés ici et ont fondé des familles. Aujourd’hui, nous avons des villages entiers que les enfants et petits-enfants ou arrière-petits-enfants de ces compatriotes ont fondés. Cela (une ambassade) va nous aider avec les papiers et permettre à tous ceux-là de renouer avec la mère patrie.

Certains sont de grands hommes d’affaires et pourraient aussi investir au pays. Une Ambassade serait vraiment idéale pour une meilleure coopération avec ce pays et l’Afrique de l’Est en général. Nous avons eu l’honneur d’accueillir le président du Faso, Roch Kaboré, lors de sa visite ici et nous lui en avons parlé de même que lors de la rencontre de la diaspora à Ouagadougou. La diaspora en général, et du Soudan en particulier, a le potentiel de participer au développement du pays et nous souhaitons que les autorités ne laissent pas cette occasion passée.

Les élections, c’est dans quelques mois. Est-ce que c’est une actualité qui intéresse les compatriotes là-bas ?

Bien-sûr ! Même si on est loin du pays, ce qui s’y passe intéresse tous les Burkinabè. Les élections à venir sont un enjeu majeur pour la stabilité politique et sécuritaire du pays. Nous prions que tout se passe bien. Le Soudan devait normalement être un centre de vote, mais pour des problèmes de retard dans la mise en place d’une liste électorale (problème de documents d’identité), malheureusement, on ne pourra pas voter ici. C’est pourquoi, je parlais de la nécessité d’une ambassade pour faciliter l’accès aux documents. C’est dommage, puisque ce sont des dizaines de milliers de compatriotes qui ne pourront pas accomplir leur devoir civique. Mais on est de cœur avec le pays et on prie que tout se passe bien afin de relever les défis sécuritaires et économiques.

Beaucoup de Burkinabè au Soudan, ou qui sont de passage là-bas (même des missions burkinabè de maintien de paix), voient en vous l’infatigable compatriote à tout faire pour les Burkinabè et jusqu’aux pays voisins et magrébins. Comment vous arrivez à répondre aux sollicitations de vos compatriotes et mener vous-même vos propres activités ?

Il n’y a pas de secret. Je pense que le devoir d’une personne, c’est d’être au service de son prochain. Le Burkinabè est éduqué pour assister son frère, autant qu’il peut. Ça fait plaisir de savoir que les gens apprécient mes petits gestes, mais c’est comme ça, c’est comme ça qu’on nous a éduqué. Donc, c’est un plaisir pour moi d’aider un Burkinabè dans le besoin. L’aventure est dure, donc on doit s’épauler, car on ne connaît pas l’avenir. Je prie qu’Allah me donne les moyens de toujours le faire. Il y a parfois des hautes autorités (burkinabè ou d’autres nationalités) qui m’appellent à leur arrivée à l’aéroport ici, et quelle que soit l’heure, je vais leur rendre service. Donc, c’est un peu ma nature.

Vous avez la confiance non seulement des Burkinabè, mais également des autres nationalités et des habitants de votre pays d’accueil ainsi que des pays dans lesquels vous intervenez fréquemment. Quel est votre secret ?

Quand on fait quelque chose par plaisir, on ne ressent pas la fatigue. Moi, je crois à la solidarité ; personne ne pourra s’en sortir à elle toute seule. Si on cultive cette solidarité et l’entraide, on peut construire notre patrie. Celui qui est dans le besoin aujourd’hui est celui qui sera à tes côtés quand tu seras dans le besoin. C’est la loi de la nature. Aux compatriotes, je dis : avec le travail, rien n’est impossible. Partout où tu seras, sois utile à toi-même et aux autres.

En mots de fin ?

Je voudrais rendre hommage à Lefaso.net pour l’occasion que vous nous donnez de parler de notre situation à nos frères burkinabè et aux autorités. Vous faites un travail merveilleux. Nous qui sommes à l’étranger, nous sommes mieux pour apprécions l’importance de Lefaso.net ; nous avons les informations 24h/24 et rien ne nous échappe. Je sais que cela demande beaucoup de travail et au nom des Burkinabè du Soudan, je voudrais vous traduire nos encouragements et félicitations pour votre professionnalisme.

A lire aussi : Projecteurs sur la communauté burkinabè vivant au Soudan

Interview réalisée en ligne par Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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