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Procès du coup d’État : Le chauffeur du général Diendéré stationne à la barre

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Putsch du Conseil National pour la Démocratie • LEFASO.NET | Par Tiga Cheick Sawadogo • mercredi 5 septembre 2018 à 22h15min
Procès du coup d’État : Le chauffeur du général Diendéré stationne à la barre

Il est l’un des quatre chauffeurs du général Gilbert Diendéré. Depuis 2008, le caporal Massa Saboué est au service de Golf (surnom du général Diendéré) qu’il mène à bon port. Naturellement, quand le chef devint entre temps président à la faveur de l’éphémère coup de force, le subalterne est encore là. C’est d’ailleurs lui qui l’a conduit dans les derniers souffles du coup d’État à la nonciature, avant la fin du film. Le chauffeur s’est « garé » ce 5 septembre 2018, pour répondre de trois chefs d’accusation.

Complicité d’attentat à la sûreté de l’État, meurtres de treize personnes, coups et blessures volontaires sur 42 personnes. Ce sont les charges qui pèsent sur le caporal né le 11 mai 1985 et pour lesquelles il a plaidé non-coupable. Le 16 septembre 2015, il n’est pas de service, mais dans l’après-midi, son chef de service, l’adjudant-chef Vincent Simporé, l’invite à se rendre au camp Naaba-Koom parce que « ça ne va pas et le quartier est consigné ». La rotation entre les chauffeurs se faisant chaque deux jours, c’est le 19 septembre que le caporal Saboué reprend service. Mais avant, il n’a effectué aucune patrouille en ville.

Selon la narration faite par le soldat, il est resté auprès du général Gilbert Diendéré jusqu’au bout, parce que sa hiérarchie l’a affecté à cette tâche depuis 2008 : conduire Golf. La fin de l’aventure, c’était le 29 septembre 2015. De la « villa kilo » (une résidence rattachée à la présidence), il a conduit le général à l’ambassade des États-Unis. N’ayant pas eu l’hospitalité souhaitée, direction la nonciature. L’accusé précise qu’en ce moment, « il y avait des tirs en pagaille » et chacun se cherchait. Le général ayant été reçu dans cette enclave diplomatique, les chauffeurs et autres occupants aussi ont cherché à se mettre à l’abri.

C’est ainsi qu’il s’est retrouvé dans les locaux de la Cour d’appel de Ouaga 2000, à la recherche de lieu sûr. Le parquet a fait remarquer que le caporal en fuite a caché sa tenue militaire sous le siège du véhicule. C’est la gendarmerie qui a trouvé ladite tenue portant le nom de l’intéressé. Pour le mis en cause, la tenue retrouvée lui appartient certes, mais il ne l’a pas cachée. Elle est juste tombée de son sac à main. Aussi, l’homme a laissé dans le véhicule, devant la nonciature, kalachnikov, munitions et pistolet automatique.

Une histoire d’armes au téléphone

Le ministère public a révélé un appel passé entre le caporal Massa Saboué et une dame, Fatoumata Diawara, la belle-fille du général Diendéré. Il a été question d’une histoire d’armes entre les deux correspondants. L’accusé a nié avoir effectué un appel téléphonique avec elle. Le parquet, qui a promis de faire écouter l’élément sonore en temps opportun, a provoqué le courroux de l’avocat de l’accusé.

Me Bama Dabou a, de façon virulente, fait savoir qu’il n’a pas cette pièce dans le dossier qui lui a été communiqué. Alors qu’en procès pénal, les choses doivent se jouer carte sur table. Tous les moyens doivent être mis à la disposition de la partie défenderesse. Pour le président du tribunal, Seidou Ouédraogo, au moment venu, quand les preuves matérielles seront brandies, chacun pourra opiner. Le procès n’est pas encore à ce stade.

Alors qu’il avait rejoint son nouveau poste à Bobo-Dioulasso, le caporal Saboué a été appréhendé dans une gare, pendant qu’il prenait des informations pour s’enfuir en Côte d’Ivoire. « Pourquoi chercher à quitter le pays quand on ne se reproche rien ? », questionne les avocats de la partie civile. Et le caporal de répondre qu’il est venu dans l’armée de lui-même, et s’il décide de partir, c’est aussi une décision personnelle.

Mais le parquet a fait savoir que l’accusé avait été plus explicite devant le juge d’instruction. Il aurait ainsi dit que les conditions de vie s’annonçaient difficiles. Sous prêts bancaires, et désormais sans les avantages et autres indemnités du RSP, la banque lui coupait la moitié de son salaire. Impossible de vivre décemment, d’où sa décision de franchir la frontière. En plus, il n’avait plus l’amour de la tenue. À la lecture de ce passage du procès-verbal, l’intéressé n’a pas souhaité réagir...

Avant de rejoindre sa place, le natif de Tionkuy dans la province du Mouhoun a souhaité prompt rétablissement aux blessés du coup d’État et paix aux âmes des personnes décédées.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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