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Témoignage d’une niçoise, amie du Burkina : Ses enfants ont vécu les attaques de Nice et du Bataclan !

Accueil > Diasporas • • mardi 19 juillet 2016 à 08h30min
Témoignage d’une niçoise, amie du Burkina : Ses enfants ont vécu les attaques de Nice et du Bataclan !

Annelise Chalamon travaille au consulat du Burkina à Nice où elle s’occupe du suivi des associations et de la communication. C’est aussi une grande amie du Faso qu’elle visite régulièrement. Comme beaucoup d’autres Burkinabè avec qui elle est en contact régulier, nous sommes allés à sa rencontre pour savoir comment elle a vécu le drame du 14 juillet 2016 avec l’attaque qui a fait plus de 80 morts et de nombreux blessés.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Annelise Chalamon, je suis attachée au Consulat du Burkina Faso de Nice depuis 8 ans. Je suis chargée plus particulièrement du terrain : suivre les associations, ONG et toutes initiatives pour le Burkina Faso situées sur la circonscription du Consulat de Nice (France), chargée de la gestion du site internet du Consulat et de la présidence de l’association des Amis du Consulat.
Je me rends au Burkina Faso deux à trois fois par an pour suivre des projets, et faire des reportages afin de faire connaître le pays. Nous gérons un groupe Facebook et tout ce qui permet de mieux comprendre le Burkina Faso. C’est un travail à plein temps qui me passionne.

Quels sont vos liens avec le Burkina ?

Ces liens sont multiples ; je suis « soob ma » (marraine de baptême) d’une petite ouagalaise depuis 10 ans, ce qui me permet de rentrer dans le quotidien d’une famille. Je connais pratiquement toutes les régions du Burkina Faso, ce qui me permet d’avoir une vue « panoramique » du Faso, et par delà, mieux comprendre les enjeux et les problèmes du pays afin d’aider les associations à mieux appréhender les demandes et les problématiques de leurs projets.
Faire connaître le pays dans sa vérité est également une part importante de mon travail : partir en reportage, faire parler les gens, rechercher la mémoire… et la restituer sous forme d’articles ou de conférences. Tout ceci me permet de comprendre et faire connaître. Au point qu’on m’a donné sur place le surnom de « Nabang Zanga » celui qui veut tout connaître, tout savoir

Vous êtes de la région de Nice ; comment avez-vous vécu l’attaque terroriste de cette ville ?

Je n’habite pas à Nice même, et le soir du 14 juillet, je me suis couchée tôt. C’est un ami burkinabè qui m’a réveillée à 23h00 (le père de ma filleule) pour me signaler qu’un attentat venait de se dérouler à Nice. J’aurais pu croire à une plaisanterie si la personne n’avait pas la réputation de sérieux….. J’avais du mal à y croire : j’ai tellement de famille et amis sur place. Il m’a fallu faire des recherches sur le net pour comprendre ce qui se passait….. Nice, la baie des anges, la Promenade des Anglais, cette si belle avenue qui longe la mer ; comment pouvait-elle être atteinte par l’horreur humaine ?
Tous les amis burkinabè m’ont harcelés de coups de téléphones, mails, sms pensant que je pouvais être atteinte par ce drame, et ce pendant 2 jours. Je n’ai cessé d’avoir mon téléphone à la main pour répondre, rassurer, raconter, expliquer….. cependant que l’angoisse montait devant tous les nombreux amis et familles que j’avais sur place et dont je n’avais pas de nouvelles ! Chercher désespérément tous les noms d’amis, sont-ils tous sains et saufs ?

Avez-vous des proches qui ont été touchés ?

J’ai appris le jour suivant que deux de mes fils étaient sur place pour le feu d’artifice. Les réseaux sociaux ont bien fonctionné et j’avais une trentaine de message qui m’assuraient que tous ceux que je connaissais, mes fils compris, étaient sains et saufs.
C’est plus tard que j’ai appris que mon dernier fils s’était trouvé sur le théâtre d’opération avec sa compagne, sachant que ceux-ci avaient déjà vécu l’horreur du Bataclan le 13 novembre dernier… Quand il a vu tout le monde courir, mon fils n’a pas cherché à comprendre et a mis tout le monde à l’abri, même manu militari au besoin. Comment sortir indemne de ces traumatismes sans se poser de questions ?

Avez-vous des nouvelles des Burkinabè résidant dans cette région ?

Les Burkinabè sont nombreux à Nice. Le président des Burkinabè de Nice – Adolphe Ouedraogo – a pu faire le tour des hôpitaux afin de s’assurer qu’aucun Burkinabè ne figuraient ni parmi les blessés ni parmi les morts.
Il était lui-même sur place pour le feu d’artifice et a pu s’en sortir avec ses amis grâce à de bons réflexes quand il a fallu courir. Il a avoué avoir commencé à courir sans savoir où courir ni pourquoi, puis il s’est aperçu qu’il courait face à un camion blanc qui s’approchait, il s’est aperçu alors de son erreur et est reparti en sens inverse. Pour autant qu’on puisse savoir, tous les Burkinabè sont saufs, Dieu merci ! Nous avons été régulièrement en contact avec Adolphe.

Le consulat a-t-il mis en place un dispositif particulier à cette occasion ?

Le Consulat ne « dort » jamais. Je suis toujours en liaison avec le consul, Marc Aicardi de Saint-Paul et ce dernier sait toujours comment et où me joindre. Nous avons l’habitude – hélas – d’établir des cellules de veille dès lors qu’un évènement grave peut concerner des Burkinabè : mutineries de 2011, insurrection de 2014, crash d’Air Algérie, tentative de coup d’état de 2015, attentat de janvier 2016, et maintenant l’attentat de Nice …
Le Consulat établi des veilles sur le site du Consulat ou sur le groupe Facebook dès lors que des informations doivent être trouvées, analysées et divulguées.
Notre rôle à tous les niveaux et chacun dans son rôle, consiste à délivrer de bonnes informations, à rassurer et à aider si besoin…

Quelles réactions vous inspire ce drame ?

Il est difficile d’analyser un drame qui vous touche de près dans une région de vacances et de douceur de vivre quand les amis et la famille sont marqués, mais également quand tous les amis du Burkina Faso s’inquiètent de votre santé. On se sent à la fois entourés et en plein désarroi.

Par delà les témoignages terribles donnant des détails sur le déroulement de ce massacre ; par delà l’inquiétude d’une mère vis-à-vis de ses fils, j’ai pu toucher toute la solidarité et la sollicitude des amis du Burkina Faso qui m’ont réellement entouré de leur amitié et de leur inquiétude.
La vie va continuer, elle doit continuer coûte de coûte, sinon « ils » auront gagné !

Entretien réalisé en ligne par C. Paré
Lefaso.net
(Sur la photo, le consul du Burkina à Nice, Marc Aicardi de Saint-Paul et Annelise Chalamon)

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