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Vol AH 5017. L’axe Ouagadougou-Paris marginalise l’axe Alger-Bamako (2/7)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Crash du vol AH 5017 d’Air Algérie • • lundi 4 août 2014 à 22h40min

C’est une catastrophe aérienne internationale. Un avion parti de Ouaga à destination d’Alger s’écrase au Mali. A bord, un équipage espagnol et des passagers représentant une vingtaine de nationalités dont, notamment, des Français, des Burkinabè, des Libanais… 116 morts ! A Ouaga, si la RTB a été en retrait sur l’événement ne chamboulant pas ses programmes, les services gouvernementaux, notamment le SIG (Service d’information du gouvernement), ont réagi rapidement.

Ce sont les Burkinabè qui ont trouvé l’endroit où l’épave s’est désintégrée même si c’est un drone français qui a déterminé les coordonnées exactes du lieu du crash. Fleure Pellerin, Essec, IEP-Paris, ENA, magistrate à la Cour des comptes, aujourd’hui secrétaire d’Etat des Français de l’étranger et bras droit de Laurent Fabius au Quai d’Orsay (anciens de Bercy, ils sont en affinité « économique ») s’est rendue aussitôt à Ouaga.

Et aussitôt, le vendredi 25 juillet 2014, elle a été reçue à Kosyam par le président du Faso. « Je suis venue dire au gouvernement burkinabè la disponibilité des autorités militaires françaises, surtout de celles qui sont stationnées au Mali, à apporter leur soutien à l’enquête en cours pour déterminer les causes de ce drame effroyable qui a fait beaucoup de victimes ». Djibrill Y. Bassolé, ministre d’Etat burkinabè, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, qui venait de regagner Ouaga après avoir séjourné à Paris est reparti dans la capitale française. Il a pu s’entretenir avec les responsables du dossier du côté français (Jean-Michel Aubas* est coordonnateur des différentes actions menées), participer, le samedi 26 juillet 2014, à la réception des familles françaises des victimes du vol AH 5017 par le président François Hollande tandis que le Mali et l’Algérie n’étaient représentés que par leur ambassadeur.

Dès le samedi 26 juillet 2014, le président du Faso a reçu à sa résidence de Kosyam les familles des victimes du crash pour leur dire ce qu’il en savait. La veille, il s’était rendu sur le site. Et le matin de ce jour-là, le vendredi 25 juillet 2014, c’est le premier ministre qui, aux côtés de Pellerin et de Bassolé mais aussi de l’ambassadeur de France à Ouaga, Gilles Thibault, avait reçu les familles à l’aéroport. A Kosyam, Blaise Compaoré jouera la transparence : c’est à 8 h 17 GMT que les autorités burkinabè ont été informées de la disparition du vol AH 5017 ; à 13 h 08, une première information est reçue faisant état d’un lieu du crash : Boulekessi. A 18 h 23, l’épave est repérée par un hélicoptère burkinabè, permettant aux autorités françaises d’orienter différemment leurs recherches. Une seconde mission burkinabè a été dépêchée sur place le vendredi 25 juillet à 8 h. Le président du Faso s’y rendra à 13 h 30 et le samedi 26 juillet à 8 h 20 une délégation des familles et de la presse internationale pourra être transportée sur les lieux.

L’ambassadeur d’Espagne auprès de Ouaga (en résidence à Abidjan), Fernando Moran, et le ministre algérien des Transports, Amar Ghoul, présenteront leurs condoléances au président du Faso dès le samedi 26 juillet 2014 alors que la capitale burkinabè est en deuil, drapeaux en berne, commerces libanais fermés (Fadi Restom, de la famille propriétaire des Marina Market, est au nombre des victimes) bien que nous soyons à la veille de l’Aïd. « Depuis le début de cette affaire, il y a une bonne coordination entre l’Algérie et le Burkina Faso pour les échanges d’informations. Ce travail va se poursuivre avec le ministre burkinabè des Transports et tous les acteurs concernés pour mieux gérer le dossier » soulignera Ghoul.

Un avion espagnol affrété par Air Algérie, compagnie nationale, parti de Ouagadougou pour rejoindre Alger et qui s’écrase peu de temps après son décollage sur le territoire malien**. En cette veille de fin du Ramadan mais aussi de départ en congés pour de nombreuses familles françaises et franco-burkinabè ou burkinabè, la capitale burkinabè est sous le choc : 10 Reynaud, 7 Ouédraogo, 6 Hassan, 5 Gineste, 4 Dehaini, 5 Somda... Envolés pour des vacances, pas pour du business ou des raisons professionnelle. La publication dès le lendemain du crash dans un quotidien local de la liste des passagers est passée de mains en mains. Il n’est personne parmi les morts que l’on ne connaisse ou dont on n’ait pas entendu parler. Les familles sont d’autant bouleversées que les images diffusées par les chaînes de télévision, la RTB, France 24 ou i>TELE laissent apparaître des « miettes » de corps, pour reprendre les mots de Beyon Luc Adolphe Tiao, prononcés lors de la réception des familles le vendredi 25 juillet 2014 : « Nous ne sommes même pas certains que nous puisions reconstituer les corps, tellement les morceaux sont émiettés ». Il n’est pas une communauté étrangère installée à Ouaga qui n’ait été frappée : les Français, les Libanais, les Canadiens, les Allemands…

Compte tenu du contexte régional, Ouaga va bruisser de mille rumeurs. Largement propagées et relayées par internet. Mariela Castro, la fille du chef de l’Etat cubain, Raul Castro, était à bord (ce qu’elle ne manquera pas de contester dénonçant un « show médiatique » indécent compte tenu du nombre de victimes). Il y aurait même eu un leader du Hezbollah. Et même 33 soldats et officiers français de l’opération « Barkhane », etc. Le fait que Ouaga ait annoncé, sur la foi de la liste des passagers à bord, qu’il y avait 116 victimes alors que François Hollande, à Paris, en annonçait 118 (et Air Algérie 119), ajoutera à la confusion. Et puis il y a ce passager qui n’a pas embarqué (mais avait prévenu la veille qu’il annulait son départ). Le fait que ce soit un avion affrété, d’un modèle déjà ancien, ajoutera aux fantasmes.

Le fait même que le Burkina Faso ait été le premier pays capable de situer l’épave du vol MH 5017, plus rapidement que la France qui dispose pourtant de moyens technologiques bien plus considérables, a été considéré comme l’expression de la « connexion entre Ouagadougou et les rebelles Touareg ». C’est, qu’alors que le MD 83 s’écrasait dans le désert du Mali, s’achevait à Alger le premier round de la conférence entre le gouvernement de Bamako et les « groupes armés » du Nord-Mali. Mais c’est Ouaga qui découvre le lieu du crash ; c’est Paris qui organise sa sécurisation ; Hollande, d’emblée, prend la direction des opérations ; la ministre Pellerin se rend aussitôt à… Ouaga ; Bassolé est le seul ministre des Affaires étrangères des pays concernés présent auprès de Hollande lorsque le chef de l’Etat français reçoit les familles françaises des victimes tandis que Pellerin est aux côtés de Tiao quand il reçoit les familles burkinabè et autres ; le président du Faso est rapidement sur les lieux avant même le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta qui n’ira pas, cette fois encore, au-delà de Gao ; c’est à Ouaga que déboulent les correspondants de la presse internationale ; c’est le Burkina Faso qui organise la « visite » du site pour la presse et les familles.

Burkina Faso/France : si on y ajoute les Libanais qui étaient installés au Burkina Faso, leurs ressortissants représentent la grande majorité des victimes ; il ne faut donc pas s’étonner de ce que l’axe Ouaga-Paris marginalise l’axe Alger-Bamako. Alger et Bamako en ont conscience d’ailleurs et IBK l’a clairement exprimé : dans cette affaire du vol AH 5017 a-t-il dit le Mali est « concerné autant » que l’Algérie. Mais pas un mot pour la France et le Burkina Faso.

* Jean-Michel Aubas, polytechnicien (X 73), diplômé de l’Ecole nationale de l’aviation civile (ENAC), pilote privé, a débuté sa carrière professionnelle en 1975 au sein de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Il a été, pendant trois ans, directeur régional de l’aviation civile en Guadeloupe. En 1994, il rejoindra la société aéronautique Sofréavia Service dont il deviendra le PDG en 1996. Par la suite, il va créer et présider Simulavia avant de revenir en 2002 au sein de la DGAC avec pour mission d’entreprendre sa réorganisation.

** Le site du crash se trouve à environ 140 km de Djibo, ville du Nord du Burkina Faso, « capitale » du Soum, qui se trouve à une cinquantaine de kilomètres de la frontière avec le Mali.

Jean-Pierre BEJOT
LA Dépêche Diplomatique

Vos commentaires

  • Le 4 août 2014 à 16:44, par GBA SEBLA ! En réponse à : Vol AH 5017. L’axe Ouagadougou-Paris marginalise l’axe Alger-Bamako (2/7)

    En bon français vous avez tenu à rappeler, par un cocorico franchouillard, et dès les premières lignes de ce 2/7, que c’est un drone français qui a donné les coordonnées exactes de l’épave de l’avion : mais depuis la France pourtant, les medias français n’ont pas pris au sérieux ni en compte l’annonce, par Diendéré, de la localisation de cette épave, sur...le témoignage d’un individu (donc pas sur les indications d’un drone) ; ils n’ont relayé l’info que lorsque Hollande l’a lui-même annoncée. Il y a une contradiction lorsque vous écrivez plus loin que ce sont les burkinabè qui ont localisé les premiers l’épave, soit le contraire de ce que votre franchouillardise vous a fait écrire au début !... Mais bon : tout cela est enfantin, si l’axe ouaga-paris était plus en vue c’est justement qu’il y avait majoritairement des français et des burkinabè parmi les victimes, et que l’avion est parti de ouaga. Le simple fait qu’il se soit écrasé au Mali, presque sans victime malienne, ne peut pas suffir à placer ce pays au devant de la scène de la catastrophe, car, combien grande serait la "responsabilité" de ouaga si jamais on découvrait qu’une bombe ou explosif avait été introduit dans l’avion à son décollage sur le territoire burkinabè donc !!...

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    • Le 4 août 2014 à 19:54 En réponse à : Vol AH 5017. L’axe Ouagadougou-Paris marginalise l’axe Alger-Bamako (2/7)

      Pour tous les burkinabè qui ont suivi au fur et à mesure les nouvelles liées à ce crash, Bejot écrit et relate à sa façon les faits. Article en 7 épisodes inutiles et qui n’apportent rien de plus que ce qui a été déjà écrit ou dit au niveau des radios.

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    • Le 4 août 2014 à 22:57, par Sylla En réponse à : Vol AH 5017. L’axe Ouagadougou-Paris marginalise l’axe Alger-Bamako (2/7)

      @Gba Sebla, je crois que vous faites un faux procès au journaliste : l’affaire se passe en territoire malien (imaginez un drame dans votre cour familiale, et qu’on tente de vous marginaliser sous prétexte, comme vous semblez l’indiquer, qu’il n’y a presque personne de votre famille dans le drame...), dès lors, le Mali peut même interdire l’accès à quiconque, Burkina, France, USA, etc. C’est chez lui. Il y est souverain.

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      • Le 5 août 2014 à 08:41, par GBA SEBLA ! En réponse à : Vol AH 5017. L’axe Ouagadougou-Paris marginalise l’axe Alger-Bamako (2/7)

        Sylla à votre tour vous faites une lecture réductrice de mes propos : que le Mali ne compte presque pas de victimes dans la catastrophe n’est pas la seule raison que j’invoque pour justifier qu’il ne soit pas sur le devant de la scène ! Bejot dit que l’axe Bamako-Alger est marginalisé, mais c’est sans remarquer que l’Algérie s’est volontairement montrée très discrète dans cette affaire, à commencer par l’annonce très tardive de la perte de l’avion hors des radars ! C’est dire que cela ne l’intéresse même pas d’être au devant de la scène ! Vous dites que le Mali pouvait, avait le droit (lequel qui soit conforme au droit international ??) d’interdire l’accès à son territoire, mais je vous fais remarquer que même les séparatistes prorusses n’ont pas empêché l’accès à leur zone de contrôle en Ukraine, après avoir abattu (par erreur sans doute) l’avion malaisien ! Mais personne du reste ne conteste au Mali le droit de disposer de son territoire, cher ami, ou de ce qui en reste : le papier de Bejot donne dans le "complot" délibéré de Ouaga-Paris contre Mali-Algérie, ce qui est faux et ne résiste pas à l’analyse un instant car, demandez-vous avec Bejot, pourquoi alors la France serait-elle encore au Mali si c’est pour le zapper et le bouder ???!!!

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  • Le 4 août 2014 à 23:03, par Latidae En réponse à : Vol AH 5017. L’axe Ouagadougou-Paris marginalise l’axe Alger-Bamako (2/7)

    J.-P. BEJOT est un très bon journaliste, il mène de bonnes analyses sur les vrais sujets (même si parfois aussi il encense certains de ses amis dictateurs africains), et avec en plus le style. Longue vie à vous.

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  • Le 6 août 2014 à 12:29, par Moud En réponse à : Vol AH 5017. L’axe Ouagadougou-Paris marginalise l’axe Alger-Bamako (2/7)

    Papier inutile, qui n’apporte rien de nouveau. Axes X-Y ou W-Z, mais on s’en fout complètement ! Ceci est drame pour des dizaines de familles et c’est immoral de vouloir en tirer un profit politique pour mettre en exergue des individus ou des régimes. Que veux ce Bejot ? Quelqu’un peut me dire ?

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