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Fernando Del Rosario, Président de la Croix Rouge Valencienne (Espagne) : « nous seront toujours là où on aura besoin de nous ! »

Accueil > ONG, Coopération décentralisée • • vendredi 20 avril 2012 à 21h26min

Dès les premières semaines après la fin de la campagne agricole 2011, les burkinabè percevaient déjà l’énormité du déficit céréalier provoqué par une saison pluvieuse très capricieuse. Le ciel du Burkina a mis du temps avant d’ouvrir complètement les vannes de la pluie ; et lorsqu’elles étaient ouvertes, nos braves agriculteurs n’ont pas eu le temps de relever l’échine et aussitôt le robinet se refermait. Conséquence directe : les greniers des agriculteurs sont vides au moment où ils devraient être pleins à déborder.

Il n’en fallait pas plus pour apercevoir à l’horizon le spectre d’une grave famine plané sur plusieurs régions du Burkina Faso et de la sous-région. Pour leur part, les autorités Burkinabè ne sont pas passées par quatre chemins pour tirer sur la sonnette d’alarme. Certains diront qu’il est honteux pour une nation de toujours tendre la sébile devant la moindre difficulté. Mais face à une situation d’insuffisance alimentaire qui se convertie en catastrophe naturelle, un État responsable doit plutôt « vendre sa maladie » au lieu d’observer dans l’impuissance le dernier soupir des loques humaines. A l’impossible, nul n’est tenu. Ainsi, de part et d’autres, l’appel de solidarité alimentaire lancé par l’État burkinabè fait son effet : la Croix Rouge Valencienne s’apprête à signer une convention d’aide humanitaire au profit du Burkina Faso ; c’est ce que confirme son président dans cet entretien.

M. Fernando Del ROSARIO, votre institution à caractère international œuvre dans l’humanitaire. Au niveau de la Croix Rouge Valencienne, le Burkina Faso fait-il partie des pays bénéficiaires de votre programme de coopération internationale ?

Saviez-vous que le Burkina est un pays frère de la Croix Rouge Valencienne ? Non, je rectifie : la Croix Rouge Valencienne est présente dans votre pays depuis 1991. Nous entretenons un jumelage avec la Société Nationale de la Croix Rouge Burkinabè. Notre mission principale étant d’améliorer la vie des personnes vulnérables, depuis quelques années déjà nous avons retenu l’Afrique subsaharienne, l’Amérique Latine, le Caraïbe et une grande partie de l’Asie comme zones prioritaires dans notre programme de coopération internationale. Ainsi, rien qu’en 2010 par exemple ce sont plus de 200.000 personnes qui ont bénéficié directement des actions humanitaires et de développement solidaire de la Société Nationale de la Croix Rouge Espagnole où je suis aussi Vice-Président. Nous sommes intervenus au Burkina avec deux projets dans les provinces du Sissili et du Yagha.

Des détails sur ces projets ?

Dans ces deux provinces, il s’agissait de projets de développement communautaire. Nous avons appuyé des femmes dans la création et le développement des activités génératrices de revenu. Nous sommes aussi intervenus dans l’alphabétisation, la réalisation des forages, la production et commercialisation du beurre de karité, le renforcement des capacités des femmes en milieu rural, etc. Spécifiquement dans la province du Yagha, face à une situation d’insécurité alimentaire nous avons apporté notre solidarité alimentaire à 400 familles vulnérables toujours en 2010. Par ailleurs en 2009 suite aux inondations du 1er septembre, nous avons apporté de façon rapide et efficace, notre soutien aux sinistrés grâce au partenariat institutionnel que nous entretenons avec la Croix Rouge Burkinabè.

Justement parlons de catastrophes et de sinistres. Cette année en Afrique subsaharienne, la région du sahel qui s’étend jusqu’au Burkina Faso se voit sous une grave et imminente menace de famine à cause de l’énorme déficit céréalier constaté par les pays de la région. Le gouvernement du Burkina a lancé un appel à la solidarité alimentaire au niveau national et international. En tant que Président de la Croix Rouge Valencienne, avez-vous reçu le message ?

Évidemment ! Comme je l’ai dit tout à l’heure il existe un jumelage institutionnel entre la Croix Rouge Valencienne et Burkinabè. Par ce truchement nous avons reçu l’information. Par ailleurs, M. Hilario TERUEL MONTANER qui est le Consul du Burkina dans la communauté valencienne nous a aussi informés de façon officielle.

Et alors…

Vous savez, l’aide humanitaire et l’assistance aux victimes des désastres et conflits armés sont les domaines très prioritaires dans le mandat du Mouvement International de la Croix Rouge et du Croissant Rouge. Donc, nous avons un devoir moral d’apporter notre soutien partout où nous sommes sollicités. En plus de cela, le Burkina Faso et le reste de la région subsaharienne de l’Afrique font partie de nos zones très prioritaires. Par conséquent, avec la Société de la Croix Rouge Espagnole, nous nous apprêtons à signer (ndlr : entretien réalisé le 16 mars) une convention d’appui à l’aide humanitaire en faveur du Burkina et aussi des autres pays concernés par cette menace de famine. Parce que pour la Croix Rouge dans son ensemble, la sécurité alimentaire est un droit absolu et non négociable. Tout être humain doit avoir accès à une alimentation saine, nutritive et suffisante afin de pouvoir mener une vie saine et active.

Bien dit monsieur le Président de la CRV (Croix Rouge Valencienne). Mais justement depuis ces deux dernières années la situation économique de l’Europe n’est pas enviable. Nous imaginons alors que le nombre de donateurs de la Croix Rouge a dû diminuer considérablement pendant que la vulnérabilité prend aussi du terrain en occident. Comment affrontez-vous cette nouvelle situation ? Cela ne réduit-t-il pas vos interventions au niveau international ?

S’il y’a un mot qui définit la Croix Rouge, c’est bien le mot Humanité. Ce n’est pas parce que l’occident est en crise que sa Croix Rouge doit cesser d’intervenir dans les autres parties du monde. Cela nous donne plus de travail, certes ; mais c’est notre leitmotiv. Par exemple à la CRV où je suis Président, la lutte contre la précarité et l’exclusion sociale a été notre objectif prioritaire depuis le début de la crise économique. En 2011 notre intervention sociale a doublé au niveau local à cause de la crise économique. Des familles entières se sont retrouvées dans le tourbillon de la précarité. Malgré cela, nous maintenons notre cap au plan international. C’est pourquoi d’ailleurs nous avons ouvert en 2010 un grand centre logistique à Castellon (région de Valence) pour répondre efficacement aux urgences internationales. Ça nous a permis d’être à temps en Haïti, au Chili, au Guatemala, à El Salvador et au Pakistan pendant les graves catastrophes naturelles que ces pays ont vécues dernièrement.

Revenons au Burkina Faso avant de terminer cet entretien. Sur votre veste, j’aperçois une médaille officielle de mon pays…ça fait plaisir !

Ah oui, je la porte toujours à chaque fois que je dois rencontrer un burkinabè dans mon bureau (rires). En fait, c’est dans le but de créer un facteur de rapprochement entre mon visiteur du jour et moi.

Effectivement j’ai senti ce rapprochement…

En réalité, cette médaille à une valeur inestimable pour moi ; pour deux raisons : d’abord elle me met au rang de Chevalier de l’Ordre National du Burkina, qui est une très grande distinction à mon avis et ensuite parce qu’elle m’a été remise, au nom du Président du Faso, par la regretté Bana WANDAOGO, précédemment Présidente de la Société de la Croix Rouge Burkinabè. Cette honorable dame a beaucoup contribué au développement de la coopération institutionnelle de la Croix Rouge du Burkina. Personnellement, j’ai été très affecté par la nouvelle de son décès et au-delà de ma personne, c’est aussi la Fédération Internationale des sociétés de la croix rouge et du croissant rouge qui a senti un vide. (petit moment de silence dans son bureau)

Vous serez au Burkina cette année ?

J’y étais il y’a deux ans. Cette année mon calendrier ne me le permet pas. Mais sûrement une délégation partira d’ici en temps opportun pour concrétiser notre compromis face à la menace de famine au Burkina et aussi dans les autres pays exposés à la famine.

Propos recueilli par Roland Zongo Sanou (Correspondant en Espagne)
Lefaso.net

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