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Côte d’Ivoire : Robert Beugré Mambé, Premier ministre inattendu

Publié le samedi 21 octobre 2023 à 12h38min

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Côte d’Ivoire : Robert Beugré Mambé, Premier ministre inattendu

Ce n’est pas un inconnu. Ce n’est pas non plus une tête d’affiche politique. Loin de là. Rien d’un héritier non plus. Pas un vieux routier des gouvernements ivoiriens ; il n’a jamais été ministre stricto sensu. Ni un de ces banquiers centraux formatés par la BCEAO dont raffole le président Alassane D. Ouattara. Rare dans les médias ; rare sur les réseaux sociaux ; on cherche en vain dans son CV ce qui a pu motiver sa nomination au poste de Premier ministre de la République de Côte d’Ivoire à deux ans de la prochaine présidentielle. C’est d’ailleurs sans doute ce qui a motivé son choix. Incongru ce Premier ministre inattendu ? La question mérite d’être posée.

Alassane D. Ouattara (ADO) aura attendu la fin, à Marrakech (Maroc), de l’assemblée annuelle du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) pour nommer un nouveau Premier ministre. Normal, il a été un des patrons du FMI auquel il doit ses lettres de noblesse et sa crédibilité… politique ; il lui fallait être correct et ne pas court-circuiter un événement international par un événement national. Pourtant, cette nomination était attendue avec impatience. Patrick Achi, le titulaire du job, a été remercié le 6 octobre 2023 et il était acquis qu’il ne serait pas reconduit à ce poste, Ouattara avait donc, d’ores et déjà, pouvait-on penser un nom en tête.

L’inconnu qui succède à des têtes d’affiche

Dans une conjoncture régionale troublée (et c’est un euphémisme) et alors que la prochaine présidentielle se tiendra dans deux ans sans que l’on sache si Alassane D. Ouattara sera candidat à sa succession, les spéculations n’ont pas manqué quant à la personnalité qui serait le nouveau patron du gouvernement. Il s’agit de prendre la suite de Guillaume Soro, Jeannot Kouadio Ahoussou, Amadou Gon Coulibaly (promu successeur de ADO en 2020), Hamed Bakayoko et, enfin, Patrick Achi. Des personnalités politiques de premier plan dont le passé justifiait le présent et laissait augurer un avenir flatteur (ce qui ne sera pas le cas pour Soro, exilé, Kouadio Ahoussou, président du Sénat battu aux sénatoriales de 2023, Gon Coulibaly et Bakayoko, morts à leur poste, et Achi désormais dans l’expectative).

Les personnalités politiques émergentes étant rares dans ce régime comme dans les précédents, on s’attendait à un vieil habitué de la scène publique ivoirienne qui serait à la fois un technocrate, une figure majeure du parti présidentiel, le RHDP, un proche du chef de l’État et, aussi, un diplomate rompu aux relations internationales.
Le nouveau Premier ministre de la République de Côte d’Ivoire, nommé le 16 octobre 2023, est un technocrate, un cadre du RHDP, un proche d’ADO, un homme « mondialisé ». Il est tout cela à la fois. Mais avec une telle discrétion que Wikipédia ne lui consacrait que quelques lignes avant sa nomination à la primature. Ce Premier ministre inattendu, inconnu et du même coup quelque peu incongru, s’appelle Robert Beugré Mambé.

Il a eu 71 ans au tout début de l’année (il est de ces Ivoiriens que l’administration coloniale française a systématiquement fait naître un 1er janvier). Ce qui en fait le plus vieux des Premiers ministres de l’ère Ouattara au moment de sa nomination. Il est né en 1952 (1951 pour Kouadio Ahoussou ; 1955 pour Achi ; 1959 pour Gon Coulibaly ; 1965 pour Bakayoko ; 1972 pour Soro). Père de quatre garçons, il est veuf depuis la mort de son épouse Marthe Irma Djedji le 31 octobre 2021.

Ce n’est pas un nordiste comme Soro, Gon Coulibaly ou Bakayoko (mais né à Abidjan) ; pas un centriste comme Kouadio Ahoussou ; pas un « parisien » comme Achi. Beugré Mambé est originaire du sud de la Côte d’Ivoire, de Sougou, un groupement de villages (dont Abiaté) au-delà de Yopougon, à une trentaine de kilomètres à l’ouest d’Abidjan, non loin de Dabou qui se trouve sur la rive nord de la lagune. Sougou est aujourd’hui une sous-préfecture dont Beugré Mambé est député depuis 2018 et maire depuis le 2 septembre 2023 (il a pris la suite du PDCI Eric N’Koumo Mobio).

Un homme de foi… totalement affirmée

La géographie n’est jamais neutre. A la fin du XIXè siècle, au temps de Marcel Treich-Laplène, Arthur Verdier et Louis-Gustave Binger, les comptoirs anglais et français installés sur la côte lagunaire, d’Assinie à Grand-Lahou en passant par Grand-Bassam, Jacqueville et Dabou, menaient un rude lutte d’influence locale. Les Anglais avaient le soutien actif des organisations protestantes particulièrement prosélytes ; Binger, protestant lui aussi, jouera cependant, de son côté, la carte des missions catholiques afin de propager l’influence française : c’est lui qui, non sans difficultés, les fera venir dans la colonie. Le sud du territoire deviendra ainsi une terre d’évangélisation (et, du même coup, de scolarisation).

Sur laquelle émergera un prédicateur d’exception, le libérien William Wadé Harris, connu comme le « Prophète Harris ». L’Eglise harriste était née et allait s’étendre dans toute la région. Après l’indépendance, en 1964, Félix Houphouët-Boigny va même la « magnifier » à l’Assemblée nationale. Sur cette terre d’évangélisation, d’autres communautés, dont celle des « chrétiens célestes », vont naître et se développer. La Côte d’Ivoire, entre islam et chrétienté, va devenir une terre de religions.

Dans ce contexte, il ne faut pas s’étonner que Beugré Mambé (c’est le chef-apôtre Mathieu Beugré qui, en 1990, m’a fait découvrir à Petit-Bassam, non loin de Vridi, à Abidjan, la plus ancienne église harriste) soit, d’abord, un homme de foi. Fils de pasteur, lui-même prédicateur méthodiste, Beugré Mambé, dès après l’annonce officielle de sa nomination à la primature, a « tout d’abord, rendu gloire au Seigneur, le miséricordieux, créateur des choses visibles et invisibles, qui a permis que le chef de l’Etat [lui] accorde sa confiance pour la tâche immense au poste de Premier ministre. Je voudrais rendre grâce au Seigneur de ce que cela a été possible », a-t-il dit.

C’est encore au Seigneur qu’il demandera de lui accorder « la foi d’Abraham », « le courage et la proximité de David avec tout ce qui est divin », « la sagesse et l’intelligence de Salomon », « l’humilité, la pugnacité et la rigueur de Joseph auprès de Pharaon » mais aussi « d’aider le président Alassane Ouattara à faire de la Côte d’Ivoire un pays de foi, de prospérité, de paix où seules la fraternité et l’amitié sont le ciment qui nous unit, entre nous Ivoiriens ».

« Mind Education » à la sauce coréenne

Robert Beugré Mambé ne fait pas qu’afficher sa foi. Il en fait le fondement de son action. Avec ce qu’il faut de déterminisme mais aussi ce qu’il faut de volontarisme. Il le dit clairement : « Dieu a un plan pour chacun de nous, mais rien n’est acquis il nous faut faire les choix judicieux ». C’est pourquoi il soutient le « programme de formation en éducation au changement de mentalités », « Mind Education » pour les anglophones. C’est un programme initié par le révérend-pasteur coréen (Corée du Sud) Ock Soo Park, fondateur de l’International Youth Fellowship (IYF). L’IYF a été créée en 2001 et est aujourd’hui présente dans 140 pays (son fondateur revendique des contacts avec 29 chefs d’État et de gouvernement !). Dont la Côte d’Ivoire où on la trouverait implantée dans 73 localités.

Beugré Mambé a donc fait sien « le changement des mentalités pour un développement durable », y compris dans le cadre de ses activités professionnelles. « Le vrai leader, selon l’IYF, ce n’est pas seulement celui qui dirige, mais c’est surtout celui qui vit pour les autres et qui apporte à ces derniers le véritable changement ».
Ock Soo Park est très présent en Côte d’Ivoire (mais également en Afrique de l’Ouest). Il y était encore en visite officielle les 25-26 mars 2023. Il n’est pas le seul, cependant, à se soucier de la dégradation des valeurs morales en République de Côte d’Ivoire.

Les critiques de l’Église catholique

L’Eglise catholique n’est pas en reste. « La Côte d’Ivoire a besoin d’une véritable paix, de fraternité, de réconciliation, de vivre-ensemble et de solidarité. Nous avons besoin de retrouver notre Côte d’Ivoire d’antan », affirme le père Eugène Adingra, recteur du sanctuaire marial national d’Abidjan (« Notre Dame d’Afrique mère de toutes grâces » d’Abidjan-Attécoubé). C’est ainsi que, pour la troisième fois, la Côte d’Ivoire a été officiellement consacrée à la Vierge Marie le samedi 30 septembre 2023.

C’était au lendemain de la Conférence des évêques de Côte d’Ivoire, à Rome, du 18 au 23 septembre 2023. Au cours de laquelle le Pape François a dénoncé la « colonisation idéologique » (homosexualité, avortement...) de l’Afrique par « certains organismes de financement ». Mais il a aussi exhorté les évêques ivoiriens « à prendre [leur] part de souffrance dans l’annonce de l’Evangile parce que c’est toute l’Eglise qui est par nature missionnaire ».

L’Eglise est à nouveau en pointe (elle s’était déjà illustrée en 1990 avec une lettre pastorale virulente ; c’était à la veille de la deuxième consécration de la Côte d’Ivoire à la Vierge Marie et de la venue du Pape à Yamoussoukro) dans la dénonciation des injustices dont souffre la société ivoirienne. Le cardinal Jean-Pierre Kutwa, archevêque d’Abidjan, a même estimé, en 2020, que la candidature de Alassane D. Ouattara à un nouveau mandat présidentiel « n’était pas nécessaire ».
On peut donc penser que l’accession de Robert Beugré Mambé à la primature ne ravira pas l’Église catholique ivoirienne. Et surprendra tous ceux qui en sont restés à la vieille antienne d’un nord musulman face à un sud chrétien.

Une carrière technique

C’est aussi que Robert Beugré Mambé n’est pas qu’un prédicateur méthodiste fan d’un pasteur coréen globe-trotter et auteur de best-sellers. A dix-neuf ans, en 1971, il a décroché son bachot, série « Mathématiques & Techniques ». Prépa, math sup puis math spé, en 1971-1973. Admission à l’ENSTP (Ecole nationale supérieure des travaux publics) à Abidjan. Sortie en 1976 : il est vice-major de sa promotion et ingénieur des travaux publics.

C’est à Paris, dans le cadre du Centre des hautes études de la construction, qu’il décrochera en 1977 un troisième cycle (équivalent du DEA de l’époque) en calcul des structures en béton armé et béton précontraint. Année après année, il ne cessera de compléter sa formation (management, finances, gestion foncière…) en Côte d’Ivoire, en France, au Gabon.

De retour de France en 1977, il va intégrer le Bureau central d’études techniques (BCET) tout nouvellement mis en place à la suite du remaniement gouvernemental du 20 juillet 1977 qui a institué le ministère des Travaux publics, des Transports, de la Construction et de l’Urbanisme (confié à Désiré Boni). En 1981, il est nommé directeur de cabinet de Boni sans quitter ses fonctions d’ingénieur en chef au BCET. Il le restera jusqu’au départ de Boni du gouvernement en 1983. En 1985, il est nommé directeur général de la Société d’équipements des terrains urbains (Setu). En 1990, il renouera avec les fonctions de directeur de cabinet.

Alassane D. Ouattara est alors Premier ministre avant d’être remplacé par Daniel Kablan Duncan sous la présidence de Henri Konan Bédié, ce qui ne bouleversera pas le cheminement de Beugré Mambé. Il va donc servir Ezam Akélé, Adama Coulibaly, Lanciné Gon Coulibaly, Albert Kakou Tiapani. De 1995 à 2001, il sera coordinateur du projet Banque mondiale relatif à la nouvelle politique de l’habitat en Côte d’Ivoire. Bédié est alors président élu de la République de Côte d’Ivoire. Puis, au lendemain de l’accession au pouvoir de Laurent Gbagbo, il sera consultant indépendant.

L’espérance déçue de la CEI

Il aurait pu sortir de l’anonymat quand il a été porté, en 2005, à la présidence de la Commission électorale indépendante (CEI). Mais la situation de la Côte d’Ivoire était telle alors que, au-delà des acteurs majeurs (Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié, Alassane D. Ouattara, Guillaume Soro, leader de la rébellion, et Charles Konan Banny, alors Premier ministre), il n’y avait guère de place, médiatiquement, pour de nouveaux venus. La CEI sera pourtant au cœur du débat organisé à Yamoussoukro à la fin du mois de février 2006. La rencontre à huis clos entre les cinq protagonistes de la crise était une grande première.

La CEI avait pour mission d’organiser la présidentielle en octobre 2006. Mais Gbagbo considérait que la composition de la nouvelle institution faisait la part belle à ses ennemis politiques. Il n’en voulait pas. Il finira par s’en accommoder dès lors que Konan Banny y apportera les aménagements nécessaires et que le Conseil de sécurité des Nations unies lui mettra la pression. Le 7 mars 2006, la CEI sera donc inaugurée par le Haut représentant des Nations unies pour les élections en Côte d’Ivoire, Antonio Monteiro.

Robert Beugré Mambé a alors 54 ans. Sa nomination doit beaucoup à son appartenance ethnique. Il n’est pas de l’ouest comme Gbagbo, du nord comme Soro et Ouattara, du centre comme Bédié et Banny. Il est du sud (ébrié) et pas engagé dans l’imbroglio identitaire et politique qui règne alors à Abidjan. Mais a des talents d’organisateur. La présidentielle de 2006 n’aura pas lieu et il faudra, une fois encore, recourir à une médiation pour sortir de l’impasse. Ce sera à Ouagadougou en 2007. Soro est alors nommé Premier ministre.

En 2010, Beugré Mambé semble en mesure d’être l’homme qui aura organisé une élection présidentielle incontestée. C’était compter sans Gbagbo. Au début de l’année 2010, invoquant l’article 48 de la Constitution qui lui permet de prendre des « mesures exceptionnelles », il va dissoudre le gouvernement, charger Soro de lui en proposer un nouveau. Il demandera également au Premier ministre, de lui « proposer dans un délai de sept jours le format d’une nouvelle commission électorale crédible qui pourra organiser les élections justes et transparences ».

C’est Beugré Mambé qui est dans le collimateur du président de la République. Il est accusé d’avoir « mené une opération illégale visant à obtenir l’inscription frauduleuse de 429.030 personnes sur la liste électorale » alors que c’est le recensement opéré en 2002 qui était la base de référence. Beugré Mambé est remplacé le 26 février 2010 par Youssouf Bakayoko, un PDCI qui restera en fonction jusqu’en octobre 2019 (Bakayoko est mort récemment, le 30 septembre 2023). La nouvelle CEI prendra ses fonctions le 5 mars 2010.

Le gouvernorat d’Abidjan en récompense

Dans l’affaire, Robert Beugré Mambé va apparaître comme la victime de Laurent Gbagbo. Ce qui le place sur le devant de la scène politique dès lors que ce dernier perd la présidentielle de 2010. Houphouëtiste, Beugré Mambé était assuré dès lors de rebondir. En avril 2011, Alassane D. Ouattara, qui vient d’accéder effectivement à la présidence, le nomme gouverneur du district autonome d’Abidjan. Il s’agit de faire de la capitale économique un pôle d’excellence. Un job fait pour lui.

Qui, par ailleurs, va lui permettre de figurer sur la scène internationale via le Fonds mondial de développement des villes (FMDV), l’Association des grandes métropoles du monde (Metropolis), l’Association internationale des villes messagères de la paix (AIVMP), l’Association internationale des maires francophones (AIMF), etc. A noter qu’il a été fait citoyen d’honneur de la ville de Nice (dont le maire est Christian Estrosi), jumelée avec Abidjan en 2013, honneur qui, jusqu’à présent, n’avait été accordé qu’à Léopold Sédar Senghor.

Le 27 juillet 2016, il sera nommé, cumulativement, ministre auprès du président de la République chargé des Jeux de la Francophonie. Le 13 mai 2020, il est ministre, gouverneur du district autonome d’Abidjan.

Le 28 février 2022, Ouattara restructure l’organigramme du parti présidentiel, le RHDP. Beugré Mambé est nommé n° 2 du directoire et vice-président. Le patron du directoire est Gilbert Kafana Koné nommé récemment Haut représentant du président de la République. Beugré Mambé se retrouve aux côtés de Kandia Camara, vice-présidente du RHDP, toute nouvelle présidente du Sénat.

Un Premier ministre de rupture

Voilà donc Robert Beugré Mambé désormais en pleine lumière, Premier ministre de la République de Côte d’Ivoire. Inattendu. Incongru par certains aspects. Quand les carrières politiques sont faites d’ambition, d’ego et de volonté de pouvoir, Beugré Mambé semble a des années lumières de tout cela. Il dit qu’il faut garder précieusement cachés nos projets et nos rêves et ne pas les divulguer. Il dit encore qu’il faut rester intègre et ferme dans les épreuves. Il dit enfin qu’il ne faut laisser personne déterminer notre destin.

Une certitude. Beugré Mambé n’est pas un choix par défaut. C’est, pour Alassane D. Ouattara, un choix pleinement assumé de rupture. Rupture avec les têtes d’affiche PDCI reconverties RHDP qui ont eu leur utilité au temps d’une cohabitation à géométrie variable ; cohabitation qui n’est plus envisageable depuis la mort de Henri Konan Bédié et le tsunami du RHDP aux élections locales. Le ministère de la Réconciliation nationale a d’ailleurs été supprimé et son titulaire (Kouadio Konan Bertin, un ex-PDCI qui tente d’y revenir) quitte le gouvernement. Rupture avec une politique de développement qui n’a pas pris en compte le facteur humain ; d’où l’irruption des militaires sur la scène politique ouest-africaine, réponse aux attentes déçues des jeunes générations.

Il s’agissait bien plus, l’air de rien, de changer de Premier ministre que de gouvernement. Quelques personnalités membres du directoire du RHDP ayant été exfiltrées (Gilbert Kafana Koné, Kandia Camara, Ally Coulibaly, Epiphane Zoro Bi…) le gouvernement formé, très rapidement, le 17 octobre 2023 est, pour l’essentiel, un remake du précédent. Quant au ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur (Kacou Houadja Léon Adom), qui prend la suite de Kandia Camara, ce n’est pas un politique (jamais ministre) mais un diplomate de carrière qui était, jusqu’alors, en poste à New York comme représentant permanent de la Côte d’Ivoire auprès des Nations unies. Ce qui ne saurait être un hasard.

Enfin, il convient de remarquer que Beugré Mambé est Premier ministre et ministre des Sports et du Cadre de vie. Ce qui n’est pas courant. Sauf qu’en matière de manifestations sportives internationales la Côte d’Ivoire n’est pas au niveau de ses ambitions alors que sport = jeunes = règles du jeu = discipline = sens de l’effort, autrement dit éducation et que, selon Ock Soo Park, « les pays qui savent éduquer leur jeunesse dirigeront le monde demain ».

Le « cadre de vie » s’inscrit, quant à lui, dans la stricte philosophie de Beugré Mambé. Cette appellation, inhabituelle, n’est pas nouvelle. En France, Michel d’Ornano a été ministre du Cadre de vie en 1978 sous Valéry Giscard d’Estaing. Et au Bénin voisin, c’est un urbaniste, José Didier Tomato, qui gère ce département ministériel depuis 2017.

Il est en charge de la mise en œuvre et de l’évaluation de la politique publique en matière d’habitat, de développement urbain, de villes durables, de géomatique (collecte, analyse et diffusion des données géographiques), d’aménagement du territoire, d’assainissement, d’environnement et de changement climatique, de préservation des écosystèmes, des eaux et forêts, de la chasse. Toutes activités dont Beugré Mambé a eu la charge durant sa carrière. Et là encore ce n’est pas un hasard.

Reste que si Ouattara laisse penser qu’il veut s’essayer à un nouveau mode de production politique (moins politique et plus moral ?), la question qui reste posée est celle de sa succession (si succession il y a) à la présidence de la République de Côte d’Ivoire. La réponse risque fort de jeter, une fois encore, le pays dans le chaos.

Jean-Pierre Béjot
La ferme de Malassis (France)
20 octobre 2023

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