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Macron et les coups d’Etat en Afrique : Deux poids quatre mesures ?

Publié le lundi 11 septembre 2023 à 14h17min

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Macron et les coups d’Etat en Afrique : Deux poids quatre mesures ?

François N. Ouédraogo, ingénieur hydrologue à la retraite, estime dans cette tribune qu’en Afrique, les putschs se suivent sans que leur gestion ainsi que le traitement qui leur est réservé ne se ressemblent forcement.

Précisons tout de suite que l’expression « deux poids quatre mesures » dans mon titre ne constitue de ma part, ni un lapsus, ni une invention nouvelle. Cette expression, je l’emprunte tout simplement au très éloquent et charismatique Premier Ministre Malien, Chogel Kokalla MAIGA, qui l’a utilisée récemment et à bon escient d’ailleurs. C’était au cours d’une allocution prononcée à l’ouverture d’un colloque scientifique à Bamako. Il faisait ainsi allusion à l’attitude hypocrite et franchement ambiguë de certaines personnalités et institutions, face à l’avalanche des récents coups d’Etat en Afrique en général, en Afrique de l’Ouest en particulier.

Sinon, l’expression consacrée est bel et bien celle-là : « avoir deux poids, deux mesures » et date du XVIIIe siècle. Elle signifie tout simplement « juger deux choses analogues avec partialité et selon des règles différentes ».

En effet, si on s’en tient à l’attitude du Président Emmanuel Macron face aux différents pays sous régime de coups d’Etat intervenus récemment en Afrique, notamment les cinq (5) coups d’Etat que sont ceux du Mali, du Burkina Faso, de la Guinée, du Niger et hier seulement, du Gabon, on pourrait même parler de deux poids, cinq mesures ! Et ça, c’est en oubliant au passage le cas atypique du Tchad, qui semble être un Chef-d’œuvre personnel de M. Macron. Autrement dit, même l’expression « deux poids six mesures », voire « deux poids n mesures » pourrait être désormais de mise dans l’analyse.

Mais pour simplifier le débat et nonobstant les nuances observées d’un coup d’Etat à l’autre, parlons seulement : (i) du cas Gabonais, intervenu le 30 Août 2023 et déposant le Président « démocratique élu » Ali BONGO ONDIMBA ; (ii) et du cas Nigérien opéré le 26 Juillet 2023 et déposant le Président « démocratiquement élu » Mohamed BAZOUM. Deux cas différents du point de vue pays et zone géopolitique, mais quasi identiques du point de vue similitudes des faits. Et en voici particulièrement deux :

• Dans chacun des deux (2) cas, c’est un Président « démocratiquement élu » qui est renversé, donc une grave atteinte à la « démocratie » telle que prônée par la Conférence de la Baule en juin 1990 ; en somme, un sacrilège anti-démocratique ;

• Dans chacun des deux (2) cas c’est le Responsable en Chef de la sécurité présidentielle, celui-là même chargé de la sécurité personnelle du Chef de l’Etat, qui a opéré le putsch, donc en quelque sorte, des putschs pour convenance personnelle, voire des révolutions de palais !

Or pour le cas Gabonais, alors qu’on s’attendait à ce que Emmanuel Macron eût un « bonus » d’insomnie et un accès de colère bleue à la Joe DALTON*, c’est un Macron rasant les murs de l’Elysée et les micros de télévisions que l’on a plutôt observé cette fois.

Alors, pourquoi ? Comme réponses à cette question à la fois simple et complexe, nous tenterons au moins deux (2) hypothèses :

Hypothèse 1 (pour le cas nigérien) : la France a, comme l’abondent la plupart des analystes et médias du monde aujourd’hui, trop d’intérêts à protéger au Niger (suivez mon regard vers l’uranium et le pétrole), alors que Abdouramane TCHIANI et sa clique, venus à la surprise générale de la France et de son Président, ne peuvent de ce fait, en constituer la garantie ; tandis que Mohamed BAZOUM, qui s’était entièrement donné comme serviteur zélé de la France et de son Président, et qui de ce fait et pour cela, a « gentiment » hébergé les troupes françaises chassées du Mali et du Burkina, constituait pour eux une sacrée assurance-vie à ne jamais perdre, y compris au prix d’un éventuel 3ème mandat, cette autre forme de coup d’Etat, acceptée et bénie comme en Côte d’Ivoire et en Guinée, encouragée jusqu’à la dernière minute au Sénégal de Macky SALL.

Hypothèse 2 (pour le cas Gabonais) : signalons pour commencer, qu’une des nuances majeures propres à ce cas, est sa vraisemblance avec une révolution de palais soigneusement arrangée, comme le susurrent là aussi, maints analystes et médias dans le monde ; On a même le sentiment que, si ce coup d’Etat n’a pas été commandité expressément par Paris, il bénéficie tout au moins visiblement de la bénédiction de l’Elysée et de tout le gouvernement français. Ni arrogance, ni muscles, ni même simples menaces de la part de Macron et de ses instruments comme la CDEAO et l’UA. Une simple et laconique condamnation de principe semble largement suffire ici. Tout se passe cette fois, comme si à quelque chose, malheur est bon !

Au demeurant l’on ne peut s’empêcher de se rappeler cette espèce d’« erreur fatale » que l’imprudent Ali BONGO ONDIMBA a eu l’outrecuidance de commettre, ce virage non autorisé vers le Commonwealth. C’est sans doute pourquoi, tout malheureux et tout ridicule, alors qu’il était encore en résidence surveillée, il a cru bon de lancer son appel à « faire du bruit » à son bénéfice, en langue anglaise. Comme si le « bruit » pouvait sortir quelqu’un d’une si mauvaise passe ! Mieux, le nouvel homme fort du Gabon, Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA a même annoncé et fait consigner dans la charte de la transition rédigée dans ce cas gabonais avec extrême célérité, la possibilité pour lui de se présenter à l’issue de la transition, à la prochaine présidentielle ; Et cela ne semble pas avoir ému, ni la CEEAC**, ni l’LUA, encore moins Macron, ces prétendus chantres de la démocratie.

Autre signal fort, en un temps deux mouvements, Ali BONGO ONDIMBA est libéré et libre de ses mouvements, y compris à l’étranger pour ses soins, s’il le désire, apparaissant ainsi comme l’un des rares bienheureux présidents, victimes de putsch. Les Roch Marc Christian KABORE du Burkina Faso, Ibrahim Boubacar KEITA du Mali, Alpha CONDE de la Guinée, et j’en oublie, n’ont pas eu cette chance !

Comme quoi les putschs se suivent sans que leur gestion ainsi que le traitement qui leur est réservé ne se ressemblent forcement. Je dirais même plus, un putsch peut en cacher un autre. C’est cela hélas, qui justifie l’expression « deux poids n mesures » que l’on pourrait s’autoriser désormais dans le débat public.

*Joe DALTON, c’est ce célèbre personnage de la non moins célèbre bande dessinée, « LUCKY LUKE ET LES DALTONS Dessin Animé, certifié pour enfants ». Dans ses rôles, il est principalement caractérisé par ses accès de colère bleue et sans mesure, très difficiles à calmer.

** Sœur jumelle de la CEDEAO, la CEEAC (Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale) a été créée en 1983, avec pour objectif de développer les capacités de maintien de la paix dans cette sous-région (sic).

O. Frank
E-mail : ouedfan@yahoo.fr

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