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Axe Ouagadougou- Abidjan-Bobo-Dioulasso par le train : Le cauchemar de la 2ème classe

Accueil > Tourisme • • mercredi 15 août 2012 à 23h47min

Voyager par le train est source de céphalées et d’insomnie pour le passager de la 2ème classe. Les commerçantes, avec la complicité des agents de la Société de Transport Ivoiro-Burkinabè et les agents de sécurité « PRESTIS », donnent du fil à retordre à tous ceux qui osent s’y aventurer.

Le samedi 28 juillet 2012, nous nous sommes rendus à a gare ferroviaire de Ouagadougou pour prendre nos réservations. Ce jour, nous sommes informés du fait que les tickets se prennent la veille du départ. Voulant quitter le mardi 31 juillet, nous y retournons le lundi 30. Nous apprenons qu’il y a plus de place en 1ère classe. Nous prenons un ticket en 2ème tout en observant des gens se morfondre parce qu’ils n’ont pas eu la place en 1ère. Du coup, cela nous semblait bizarre que des personnes désirent voyager qu’en première classe. Ils avaient des raisons…

Le départ étant prévu pour 7h30, nous nous rendons à la gare à 6h00. Avant notre départ nous écoutons les gens échanger « les choses ont changé dans le train, ce n’est plus comme avant. Chacun s’assoit sur son siège, plus besoin de courir pour réserver de la place… » ; ces paroles nous rassurent. Effectivement, pas besoin de se bousculer pour sa place mais le hic, ce sont les bagages dans les couloirs et dans les boxes. L’on a l’impression d’être au marché central de Ouagadougou. Les colis des commerçantes qui, on ne sait par quelle magie, se retrouvent dans les allées. L’inscription « Confort…respect » qui se trouve sur le ticket d’embarquement n’est donc qu’un leurre. Les passagers contournent la pesée avec la complicité de certains agents.

7h45, le train siffle une dernière fois et prend la direction de Koudougou. Tout au long du trajet, on s’apercevra que la reprise de l’axe Ouagadougou-Abidjan fait vivre plusieurs familles. A Koudougou, des commerçants ambulants viennent s’ajouter à ceux qui étaient déjà là. On y vend presque du tout. Les va-et-vient, le bruit des gens et la cacophonie qui y règne empêche le sommeil.

Certaines personnes se sont déplacées avec toute la famille et beaucoup de bagages comme s’il s’agissait d’un déménagement. Le comble, il est impossible de tendre les jambes ou même les plier. Vous devez garder la position de vos jambes comme telle ; quel calvaire ! Après Siby, la police burkinabè commence le contrôle des pièces d’identité. Ceux qui n’ont pas leur pièce sur eux doivent suivre l’agent dans un autre compartiment pour discussions. Un passager qui avait égaré sa pièce d’identité et qui avait une récente déclaration de perte s’est vu dire ceci par un policier « lisez en bas de la déclaration. La déclaration ne tient pas lieu de carte nationale d’identité. Suivez-moi ». Le monsieur a dû laisser une somme à l’agent mais refuse de nous dire exactement combien. Tous ceux qui n’étaient pas en règle devraient payer une contravention. Mais ces sommes recueillies vont-elles effectivement dans les caisses de l’Etat ? Rien n’est sûr.

Il faut 8h45 mn de trajet pour enfin atteindre Bobo-Dioulasso. Arrivée à 16h30 à Bobo-Dioulasso, les passagers, pour la plupart sont descendus. Qui pour trouver quelque chose à manger, qui pour se soulager. Il suffit de payer 50f CFA pour avoir le droit de pisser contre le mur ou dans le gazon à côté des toilettes de la gare. L’insalubrité dans les toilettes en 2ème classe fait qu’on y entre par nécessité.

A 17h 05 le train repart. Une altercation a lieu entre un agent de la STIB et une dame qui ne retrouve pas ses bagages dans ce cafouillis. Et l’agent de répliquer « normalement quand on a un gros colis, on le faire peser, il y a une voiture pour ça. Regardez, le train ressemble à un train de marchandises et non pas à un train passager ». De belles paroles, en effet les bagages sont montés avec la complicité de ses collègues.

Au poste de police de Niangoloko, il est 21h, on pouvait lire sur le mur : visa entrée, 47 000 f, plusieurs entrées 61 000f et transit (1 à 3 jours) 24 000f. Là encore, nous nous sommes posé des questions. En effet, lors du dernier contrôle, tous les passeports avaient été retirés pour être visés. Il fallait débourser 200 f CFA pour le retrait. L’argent des frais de visa va-t-il dans le coffre-fort du ministère de l’économie et des finances ? Tous les passagers qui ne sont pas en possession d’une pièce valide doivent s’acquitter d’une contravention.

A Ouangolodougou, premier poste Ivoirien, ce sont les mêmes règles. Les passeports sont collectés par les agents de police à la différence qu’en Côte d’Ivoire, il faut débourser 1000 F pour récupérer son passeport cacheté. En remettant notre passeport, nous avons pris le soin d’introduire notre lettre de sortie du territoire. Après l’avoir lu, nos passeports nous furent remis. « Mais pourquoi on ne vous a rien pris ? » nous demande un passager, « c’est pas clair cette affaire-là » lance-t-il.

Les agents de santé et la douane envahissent le train. Toute personne qui n’a pas le carnet jaune se voit retirer son ticket de voyage et ses pièces. Il faut aller se faire vacciner. Nous approchons une personne qui venait de quitter les agents de santé. Après renseignement pris, il a dû s’acquitter de la somme de 8 000 f pour 2 vaccins et le carnet jaune. « J’ai été vacciné. Ce n’est pas comme ceux qui sont sur la route des cars-là, ici au moins on te vaccine » confesse-t-il.

A cause du tapage, nous nous sommes résolus à passer la nuit au bar. Ayant laissé nos sièges pour que les enfants puissent dormir, c’est le bar qui a accueilli tous les noctambules. Moments féeriques ou effet de la bière, en tout cas c’est dans cet endroit que plusieurs passagers, malgré l’étroitesse du lieu, se sont retrouvés pour en découdre avec le sommeil.

Il nous a fallu en tout 37h 30 mn pour atteindre Abidjan, notamment la gare ferroviaire de Treichville. Nous sommes le mercredi 1er août 2012 à 21h15 lors que le train siffle pour se garer. En tout, ce sont trois bagarres auxquelles nous avons assisté au cours du trajet. La raison est simple : la place des bagages et ce sont toujours les commerçantes qui en sont à l’origine.

Une fois à Abidjan, nous avons voulu nous rendre dans le Sud-Ouest du pays. Que de barrières de police. D’Abidjan à Tabou, nous avons dénombré au moins 10 postes de contrôle. Ces postes sont dominés par les agents des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Contrairement aux FRCI, les autres agents (militaires et paramilitaires) ne portent pas d’armes. En plus, avant d’atteindre ce que les ivoiriens appellent corridors, l’on rencontre des agents de gendarmerie avec un véhicule banalisé. L’un débout prêt de la route et le second assis dans le véhicule. Les pièces du véhicule et le permis du conducteur sont récupérés par le gendarme assis dans le véhicule, qui ne les rend que moyennant 1000 F.

Il faut différencier les barrages des corridors. Sur l’axe Abidjan-Tabou, nous comptons quatre grands corridors : un à Dabou, deux à San-Pédro et un à Grand Béréby. Toutes les forces sont présentes au niveau des corridors mais tenez-vous bien, être contrôlés par la police ou la gendarmerie ne vous met point à l’abri d’un contrôle FRCI. Mieux, être contrôlé par la douane ou les agents des Eaux et Forêts ne vous met pas non plus à l’abri d’un contrôle FRCI. Qui fait quoi ? Quel corps contrôle quoi ? « Ceux qui ont les armes » nous répond un monsieur dans le car.

De retour à Abidjan, après un contrôle où notre lettre de sortie du territoire nous a épargné des rackets, nous avions voulu revenir par le train pour mieux apprécier l’atmosphère et confirmer le fait que le passager n’est point roi à la STIB. Ainsi, le mercredi 8 août, nous nous sommes rendus à la gare pour réservation. Nous essayons de voir s’il est possible d’avoir une place en 1ère classe. La caissière nous répond que les places sont réservées sur deux semaines en 1ère. Quel engouement ! Décidément pour voyager en 1ère il faut se lever tôt. Nous prenons notre ticket mais cette fois pour la distance Abidjan-Bobo-Dioulasso.
Le départ prévu à 7h30 mn a effectivement lieu à cette heure. Mais quelle ne fut notre surprise de nous retrouver avec une commerçante qui n’a peur de rien. A elle seule, elle occupe deux places pour le prix d’un. « La caissière est mon amie, donc quand je voyage elle met cette faveur » nous lance-t-elle. Montée avec très peu de bagages (des sacs vides), c’est tout au long du trajet qu’elle fera ses achats. Conclusion, avant 15h, tout le coffre à bagage ne contenait que ses effets à elle. Avec la complicité des agents « PRESTIS » (à qui elle a remis 2000F) et des bagagistes, cette dame fait déplacer les bagages des autres passagers à souhait. Impossible de lui faire entendre raison. C’est une lutte de places entre elle et les autres commerçantes. Dame A. connaît presque tous les acteurs ; de la police aux agents de la STIB en passant par SITARAIL et PRESTIS.

Impossible encore une fois encore de plier les jambes ou même de les tendre. Madame A. occupe les dessous des sièges même ceux des voisins. Un passager se plaint du fait qu’il n’est pas à l’aise mais il ne sera point écouté. Dame A. est plus forte.

Plus grave, les complices de dame A. vont s’adonner à un jeu dangereux. Dans la nuit, au moment où nous luttons pour avoir le sommeil, des agents de sécurité de la société PRESTIS subtilisent trois quotidiens que nous avions achetés à Abidjan. Nous décidons de mener une enquête très vite. Nous découvrons l’un d’entre eux avec un numéro. Les autres passagers tentent de nous calmer. Il a encore fallu l’intervention de dame A. pour que les deux autres numéros reviennent. L’agent en question, sous prétexte qu’il est agent de sécurité veut user de la force. Des compatriotes qui étaient à côté nous ont suggéré de laisser tomber l’affaire. « A cause de journal » nous crie-t-il. Mais les journaux récupérés ne feront pas long feu. Après avoir rangé nos journaux dans nos effets pour aller chercher nos passeports au poste de police de Niangoloko, nous revenons trouver un seul journal au lieu de trois.

A la frontière de la Côte d’Ivoire, après avoir cacheté nos passeports, le policier nous dit « ah les dôgôs, donnez 1000 balles chacun moi je vais boire ma bière », une manière indirecte pour lui de réclamer les 1000f vu qu’il ne veut pas nous dire de débourser 1000F pour se faire viser le passeport.

Au Burkina, cette fois, comme il fait jour et que nous avions joint tous nos documents, la police ne nous a pas pris les 200 f. Par contre, les autres usagers se sont acquittés de la somme. Encore une fois, tous les Burkinabè qui n’étaient en règle ont fait la queue, qui pour payer la contravention et récupérer une carte d’identité dont la date de validité arrive à expiration, qui pour avoir pissé sur les rails.

Il nous a fallu 28h 20 mn pour joindre Bobo-Dioulasso. Le train est entré en gare à 14h50 mn. Certes, par ces temps qui courent, voyager avec le train quand on est en règle pose moins de problèmes mais la STIB se doit de revoir sa politique. A l’allée comme au retour, c’est au moins 8 véhicules y compris la 1ère classe. La compagnie gagnerait à être plus professionnelle et à se soucier du confort de ses passagers. Des dames comme dames A. on en trouve chaque jour dans le train. Pourquoi ne pas mettre un wagon à leur disposition puisqu’elles ont droit à un traitement spécial avec la complicité des agents ?

Il est temps que nos gares ferroviaires fonctionnent comme des aéroports. Que des dispositions soient prises et qu’on sache la masse (en Kg) que chaque passager a le droit de prendre. Si les bagages du passager dépassent la masse communiquée par l’agence, il faudra payer le surplus. Pour cela, il faut que des dispositions soient prises pour que celui-ci dès l’embarquement, tout comme dans les aéroports, se présentent avec tous ses bagages. Que les visas, tout comme dans les aéroports se fassent au départ et à l’arrivée dans sa localité. Une réorganisation de la sorte ne ruinera pas la STIB ni SITARAIL ; mieux elles gagneront plutôt que de laisser des agents prendre des sommes de 2000f et pourrir la vie des voyageurs. Cela mettra également au Trésor pubic d’encaisser effectivement les 200 F qu’on nous prend sur la route pour viser nos passeports.

DIMATHEME,
Collaborateur
Lefaso.net

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