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DISCOURS DE BLAISE COMPAORE A LA NATION : L’opposition manifeste sa déception

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Cinquantenaire de l’indépendance du Burkina Faso • • jeudi 16 décembre 2010 à 01h51min

A l’occasion de la célébration du 50e anniversaire de l’indépendance du Burkina, le chef de l’Etat, Blaise Compaoré, a adressé un message à la Nation. Ce message est diversement apprécié au sein de la classe politique. Dans les lignes qui suivent, certains hommes politiques donnent leur lecture de ce discours prononcé le 10 décembre 2010.

Emile Pargui Paré, président du Mouvement du peuple pour le socialisme/Parti fédéral : "Je suis resté sur ma faim"

"J’ai suivi le discours du chef de l’Etat mais je suis resté un peu sur ma faim. J’étais un peu déçu parce que le discours n’est pas en rapport avec l’événement. J’estime que pour un jubilé d’or d’indépendance, le chef de l’État se devait de faire aussi un discours à la hauteur de l’événement. Mais on a remarqué que ce discours est resté dans les discours généraux qu’il a l’habitude de prononcer à chaque anniversaire. Il n’a pas duré plus de 10 à 15 minutes alors qu’à mon sens, il devrait être d’une importance capitale. Il devrait faire le bilan des 50 ans d’indépendance de notre pays aux plans démocratique, politique, économique et social et dégager des perspectives pour les 50 ans à venir. Mais cela n’a pas été le cas. Le discours a été vague sans fond et pour parler comme les journalistes, il n’y a pas eu une ligne éditoriale de ce discours. Les journalistes auront du mal à commenter ce discours parce qu’il ne comporte pas d’idées fortes. Il ne s’agit pas de louer de façon vague tous les personnages historiques de l’indépendance, tous les chefs d’Etat qui se sont succédé.

Il s’agit de prendre chaque période et de dire ce qui a été positif ou négatif et de voir ce que nous devons corriger. Cela d’autant plus que lui-même a fait son jubilé d’argent au pouvoir. Il devait être beaucoup plus profond dans son discours. Nous n’avons pas vu cela et c’est une déception. Si je devrais rédiger ce discours pour le chef de l’Etat, j’aurais fait faire le bilan de la gestion de 1960 à 1966 pour faire ressortir les acquis et les insuffisances du premier président Maurice Yaméogo, de 1966 à 1970 période dans laquelle nous avons eu des Etats d’exception et ainsi de suite jusqu’à l’ère démocratique. Cela, pour permettre au peuple de se retrouver dans un jubilé d’or. Le chef de l’Etat a fait un discours généraliste en voulant caresser tout le monde. Tant qu’on n’est pas précis dans un discours, tant qu’on ne fait pas une analyse profonde de la situation, on ne peut pas dégager des perspectives qui améliorent l’avenir du peuple".


Hermann Yaméogo, président de l’UNDD : "Blaise Compaoré est resté égal à lui-même"

"On aurait tenté de prime abord d’adhérer à la façon dont le quotidien "Le Pays" a titré le message du chef de l’Etat : "un message ordinaire pour un cinquantenaire". On aurait pu s’attendre effectivement à de grandes annonces, à de grandes décisions. Après ce discours du président du Faso, j’ai reçu des coups de fil de certains camarades et amis, d’anonyme, qui estimaient qu’ils en attendaient plus pour cette occasion très importante parce qu’un cinquantenaire, on ne le célèbre pas deux fois dans une vie. Donc, il y a comme un sentiment que les gens sont restés sur leur faim. Mais quand on prend un peu de recul, le temps de lire le message et qu’on l’analyse à la lumière de la personnalité qui l’a prononcé, on réalise que Blaise Compaoré n’est pas un homme travesti. Ce n’est pas un homme qui a l’habitude de déflorer des décisions futures dans ses déclarations. Il reste égal à lui-même de ce point de vue-là.

Mais en lisant quand même, on voit certains aspects du message avec lesquels même si on ne peut pas faire son bonheur, on peut garder de l’espoir pour l’avenir. De ce point de vue, j’ai beaucoup apprécié la référence qu’il a eue à faire à l’égard de ceux qui ont travaillé pour la reconstruction de la Haute-Volta et à l’égard également des premiers responsables de ce pays. Ces hommages-là étaient dus. Ce qui m’a également frappé, c’est la référence à la consolidation de l’esprit républicain. La victoire de l’esprit républicain sur les institutions. Une chose qui a également retenu mon attention, c’est le fait qu’il a assuré la disponibilité du Burkina Faso à toujours être partie prenante de tout ce qui peut contribuer à résoudre pacifiquement les crises. Cela est très important surtout en cette période actuelle. Les circonstances ont fait que Dieu a fait qu’il est drapé du manteau de facilitateur dans plusieurs conflits dans la sous-région.

C’est une chance qu’il faut préserver en évitant de prendre parti parce qu’à l’occasion de beaucoup de crises, il y a des pressions extérieures venant de puissances extérieures voulant passer par des présidents africains pour modérer des situations à leur avantage. Pour moi, un vrai facilitateur doit éviter de prendre parti, il doit rester toujours à l’écoute de son peuple et du peuple africain. Cette référence m’a vraiment plu. Une autre référence également, c’est l’attachement qu’il accorde à l’intégration africaine. Il réaffirme son soutien à toutes les institutions, tous les mécanismes qui travaillent pour la coopération africaine notamment aux institutions engagées dans l’entreprise d’intégration. Cela est un chantier qui est important pour les 50 ans à venir parce que même les défis qui se posent à l’Afrique aujourd’hui, je l’ai toujours dit, c’est comment sortir des contrastes de nos micro-Etats pour construire des économies d’échelle dans le cadre de l’intégration. Enfin, on ne peut pas passer sous silence, le fait qu’il a évoqué encore les réformes.

Et là, je me dis que s’il n’a pas été volubile dans son discours, c’est peut-être que par cette fenêtre ouverte sur les réformes, il laisse le champ libre à beaucoup de changements qui peuvent intervenir pour renforcer et consolider notre processus démocratique et dessiner un meilleur visage pour la gouvernance nationale. La plus grande espérance donc, les réformes encore une fois, il y est revenu avec force et c’est cela peut-être la plus grande espérance que l’on puisse tirer de son message."


Me Bénéwendé Stanislas Sankara, président de l’UNIR/PS, chef de file de l’opposition : "L’opposition ne pouvait rien attendre de ce discours"

"Je note comme certains de vos confrères journalistes qui trouvent que ce discours du chef de l’Etat est trop ordinaire par rapport à l’événement, c’est-à-dire, par rapport à la taille de l’événement qui est commémoré par les anciennes colonies de la France. On s’attendait à un discours exceptionnel qui sortirait de l’ordinaire. Mais je note finalement que le chef de l’Etat n’a pas dérogé à la règle. Il a été évasif comme à l’accoutumée. Ce que je note comme faits marquants de ce discours est qu’il a rendu hommage à ses devanciers en commençant par le président Maurice Yaméogo et cela est important à souligner. Il a aussi évoqué le nom du capitaine Thomas Sankara qu’il a lui-même renversé. Cela me paraît très important au plan politique de reconnaître les efforts de ses devanciers et évoquer les enseignements à tirer de leurs actions pour renforcer le quotidien des Burkinabè. J’ai également retenu, en parlant des défis, que le chef de l’Etat reconnaît que finalement, l’Afrque doit s’engager dans une lutte pour prendre véritablement son destin en main.

Si on veut véritablement, après 50 ans, parler de liberté, il faut une alternative. Le chef de l’Etat est revenu sur les réformes dont il a longtemps parlé. Il a aussi remercié le peuple qui l’a voté. Je ne sais pas de quel vote il s’agit. Des votes menées de façon catastrophique sur la base d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui a dévoyé tout le processus ? Je ne sais pas s’il faut s’enorgueillir de ce vote. La perspective immédiate après le bamboula, c’est qu’on ne sait pas à quoi riment ces réformes. Comment va-t-on les mener et avec qui ? Va-t-on vers des assises nationales ou vers un forum ? Ou encore, est-ce qu’on va se cantonner aux institutions de l’Etat ou bien prendre conscience que nous sommes à la croisée des chemins et qu’il faut s’asseoir pour voir comment trouver des solutions au processus qui est en panne ? Je n’en sais rien. Le message du chef de l’Etat peint le décor mais n’annonce pas des actions. En tant que membre de l’opposition, on ne pouvait rien attendre de ce discours. C’est pourquoi au sein de l’opposition, il est impérieux d’engager le peuple dans la lutte pour une alternative."

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Philippe Ouédraogo secrétaire général du Parti africain de l’indépendance (PAI) : "Un discours trop général"

"J’ai eu connaissance du discours du chef de l’Etat mais je peux dire que c’est un discours relativement général. Une espèce de rituel auquel il sacrifie à chaque anniversaire du Burkina Faso. Pour résumer, je dirai qu’il a commencé par rappeler ses devanciers auxquels il a rendu hommage. Ce qui, par conséquent, est tout à fait normal. Ensuite, il dresse un état de la position du Burkina dans le monde et se félicite de la position que le Burkina a et ses nombreuses relations d’amitié avec les différents partenaires et notamment le climat de stabilité et d’entente qui règne au Burkina Faso. La dernière partie est une sorte d’auto-éloge de l’action de son régime. Pour finir, il évoque sa réélection à l’élection présidentielle du 21 novembre 2010 et interprète les résultats comme une marque de confiance que le peuple ferait à la politique qu’il propose, etc. Ce qu’on peut reprocher à ce genre de discours, c’est d’être trop général. On survole les problèmes, on se congratule... C’est une habitude malheureusement ici au Burkina d’être trop toujours satisfait de l’action politique menée par le gouvernement. Il a apprécié la situation comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes. Je crois qu’on peut faire un certain nombre de critiques à son allocution.

La première est qu’au niveau de tous les acteurs qui ont bâti le Burkina Faso durant la période de la Haute-Volta ou durant celle du Burkina Faso, il y a certains qui ont été oubliés ou évoqués sans que leurs contributions ne soient replacées à leur juste place. Je pense à certains hommes qui se sont battus pour la reconstruction de la Haute-Volta qui avait été écartelée entre le Mali, la Côte d’Ivoire et le Niger. Il aurait été bon qu’il rende hommage aux premiers dirigeants de l’indépendance plus qu’il l’a fait parce que ce sont eux qui ont eu la responsabilité de guider le pays dans ses premières pas pour la construction d’une Nation.

Il aurait fallu également rendre hommage à l’ensemble des peuples qui constituent le Burkina Faso du fait qu’ils font preuve de sagesse pour vivre en symbiose. Toute chose qui n’est pas le cas dans certains pays. Il était également normal de rendre hommage à l’action des partis politiques parce qu’ils ont eu un rôle positif depuis l’indépendance et surtout dans ces dernières années en ce qui concerne l’établissement d’un Etat de droit au Burkina Faso et l’exigence du respect des règles démocratiques ou la nécessité de la construction de la démocratie au Burkina. En le faisant, ces partis politiques se sont souvent heurtés à la politique du gouvernement et par conséquent, il y a eu souvent des contradictions entre le régime en place et ces partis politiques qui sont les premiers responsables de la stabilité au Burkina. Je pense qu’il était normal d’être relativement modeste en ce qui concerne les progrès accomplis dans les nombreux secteurs que le chef de l’Etat a cités. Il faut bien le dire, notre pays est quand même frappé par des difficultés importantes qui n’ont pas l’air d’être réduites par le pouvoir. Le problème d’emploi des jeunes se pose avec acuité au Burkina. Il aurait fallu que le président énumère ces difficultés auxquelles le pays fait face et de dégager des perspectives."

Propos recueillis par Dabadi ZOUMBARA

Le Pays

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