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KADIDIATOU SAMA : La surdouée du karaté burkinabè

Accueil > Actualités > Portraits • • mercredi 23 décembre 2009 à 03h57min

La pratique des arts martiaux était jadis réservée aux hommes. Mais de nos jours, cela n’est plus le cas. Bien des femmes s’adonnent à cette pratique et portent haut le flambeau des nations qu’elles défendent. C’est le cas de Kadidiatou Sama. Née en août 1993,elle est en classe de 3e au collège Cours Placide Yaméogo (CPY) de Koudougou et fait des merveilles à l’étranger où elle a remporté des médailles en or, comme au Burkina où elle détient le titre de champion national en karaté do catégorie junior et ce, depuis 2007. Zoom sur une sportive surdouée.

C’est depuis l’âge de 8 ans que Kadiatou Sama a décidé de pratiquer le karaté comme son sport de prédilection. ‘’Au début, je ne m’intéressais pas beaucoup à la pratique des arts martiaux. Mais le maître du karaté club de Réo, qui est mon oncle, voyait que j’avais des talents. Il me faisait battre par les autres pratiquants au cours des combats. C’est ainsi que j’ai commencé à m’y mettre, à me concentrer et comme je remportais des victoires pendant les compétitions que le club organisait, cela m’a motivée à poursuivre de plus belle’’, déclare Kadidiatou Sama, ceinture noire 2e dan. Mais elle ne s’est mesurée aux autres adversaires sur le plan national qu’à partir de 2005, l’année au cours de laquelle elle a participé au championnat national de karaté do catégorie junior.

Et pour son premier coup d’essai, elle a remporté la médaille d’argent en se classant 2e en kata individuel. Cette médaille l’a davantage galvanisée si bien qu’elle ne s’est plus absentée au championnat national de karaté do de sa catégorie. Et depuis 2007, elle détient le titre de champion national de karaté do catégorie junior. Kadidiatou ne s’est pas limitée aux compétitions nationales. En mai 2009, elle a pris part au tournoi international de karaté zone 3 en Côte d’Ivoire à l’issue duquel elle a été classée meilleure athlète. Elle y a remporté deux médailles en or, une en argent et un trophée. Toujours sur le plan international, Mlle Sama a également séjourné en Algérie où elle a compéti en août 2009. Mais un séjour qu’elle juge infructueux car elle n’a pas pu tirer son épingle du jeu. Aujourd’hui, Kadidiatou Sama totalise 17 médailles dont 7 en or, 8 en argent et deux de bronze.

Etudier et pratiquer les arts martiaux

Concilier études et arts martiaux n’est pas chose aisée. Mais cela n’empêche pas Kadidiatou Sama d’évoluer dans les deux domaines même si cela lui demande plus d’efforts. ‘’C’est après les cours que je vais à Réo, situé à 15 km de Koudougou, pour les entraînements. Ce n’est pas facile mais j’arrive à m’en sortir. Quand j’ai des devoirs, je suspends les entraînements pour les reprendre plus tard", confie t-elle. Notre championne est elle crainte par ses camarades de classe ? La réponse est oui. A en croire Kadidiatou Sama, ses camarades ignoraient son statut mais dès qu’ils s’en sont rendus compte, beaucoup ont commencé à la craindre. Mais ils ont été vite rassurés, affirme la championne qui précise qu’elle bénéficie de divers soutiens dont ceux de ses oncles, du président de la Fédération burkinabè de karaté do et, bien entendu, de son établissement.

La seule difficulté à laquelle elle fait face, fait-elle savoir, est l’insuffisance du matériel de combat. C’est pourquoi elle lance un appel aux autorités sportives et aux personnes de bonne volonté afin qu’elles la soutiennent car, en tant qu’élève, elle a besoin du soutien financier et moral pour mieux défendre les couleurs de la nation. Elle a aussi exhorté les filles à pratiquer le karaté car c’est un art martial dont les vertus sont énormes. Kadidiatou Sama est reconnaissante à son entraîneur sans qui elle ne serait pas ce qu’elle est actuellement, a-t-elle reconnu. Me Issa Bado, ceinture noire 3e dan et entraîneur national de kata, puisque c’est de lui qu’il s’agit, dit être satisfait des performances et du niveau de sa nièce son d’élève. ‘’ Elle ne m’a jamais déçu. Elle a toujours réussi à faire ce que je veux’’, déclare-t-il. L’encadrement des filles n’est pas une mince affaire mais qu’à cela ne tienne, Me Bado arrive à inculquer des techniques à ses samuraïs.

Une fierté de la famille et de l’établissement

Selon Issa Bado, le karaté club de Réo ne dispose pas de matériel d’entraînement adéquat mais comme les élèves sont animés de bonne volonté et aiment ce qu’ils font, ils arrivent à tirer leur épingle du jeu, fait-il savoir. Le karaté club de Réo, a-t-il confié, est toujours classé 1er au niveau national. Créé en 1998, il comptait au début 7 élèves. De nos jours, il en totalise une centaine dont 9 possèdent la ceinture noire. La majorité des élèves sont des filles, a-t-il précisé. Les talents de celles-ci, dira le responsable du club, a forcé l’admiration de certains partenaires de la France qui leur ont doté d’un dozo d’une valeur de 9 millions F CFA le 31 octobre 2009. Malgré cet important appui, le club manque toujours de matériel tels que des gants, des manuels didactiques, etc, qui, soutient-il, sont nécessaires pour la formation de ses élèves. Les parents de Mlle Sama ne tarissent pas d’éloges à son endroit. Selon Bruno Bakouan, oncle et tuteur de celle-ci, la championne évolue positivement.

Tout comme les autres parents, ce dernier ne s’est pas opposé à la volonté de sa nièce de pratiquer le karaté. Loin s’en faut. M. Bakouan trouve admirable le travail que fait sa nièce et l’encourage à aller de l’avant aussi bien sur le plan des arts martiaux que sur le plan scolaire. Du reste, Kadidiatou Sama a toujours bénéficié du soutien de son tuteur lors de ses différentes compétitions. Et avec l’appui des uns et des autres, cette jeune fille de 16 ans pourra bien porter haut le flambeau du Burkina au-delà de nos frontières. La pratique du karaté est harassante et peut quelquefois empêcher un élève de bien étudier. Kadidiatou n’en fait donc pas l’exception. C’est pourquoi, en dépit de son intelligence, son oncle pense qu’elle doit faire des efforts supplémentaires pour briller davantage sur le plan scolaire. ‘’ Si elle a un soutien au niveau régional, voire national, elle peut aller de l’avant’’, a conclu M. Bakouan.

Du côté de son établissement, son directeur, Benjamin Yaméogo, apprécie positivement la discipline dont elle fait montre. ‘’ Nous ne rencontrons aucun problème avec Kadidiatou Sama. Elle est très disciplinée et tout ce qu’elle fait est exécuté avec beaucoup d’attention. C’est au niveau des devoirs qu’elle pèche un peu eu égard aux efforts que son activité lui demande. En dehors de cela, tout est excellent. Nous l’encourageons à persévérer aussi bien sur le plan des arts martiaux que scolaire’’. De l’avis de Benjamin Yaméogo, l’établissement a toujours soutenu Kadidiatou Sama et va continuer à le faire pour tous les sportifs et pratiquants de karaté qui y fréquentent.

Notons que Kadidiatou Sama n’est pas la seule pratiquante de karaté au Cours Placide Yaméogo. A côté d’elle, on a Lydie Kouraogo, ceinture noire 1er dan. Cette dernière dit avoir épousé les arts martiaux en 2003. Mais en dehors de la Côté d’Ivoire où elle a déjà compéti et été classée 2e à l’issue des combats, elle n’a pas encore inscrit son nom sur la liste des champions burkinabè. Pour elle, les gens ne doivent pas avoir peur des pratiquants de karaté car ils n’aiment pas la bagarre. Elle a, par ailleurs, invité les filles à pratiquer le karaté car il ne sont pas belliqueux. Le champion national en judo catégorie junior, Jules A. Kaboré est aussi élève au CPY.

Par Dabadi ZOUMBARA

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