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DIALOGUE INTERGUINEEN : La médiation vue par la presse Conakry

Accueil > Actualités > International • • mercredi 25 novembre 2009 à 01h26min

La semaine aura été laborieuse. Les journaux, les sites internet, les radios privées de la Guinée se sont largement fait écho de la médiation du président Blaise Compaoré. Petite revue de presse depuis Conakry où les journaux et les sites d’information ne sont pas tendres envers le médiateur Blaise Compaoré depuis qu’il a remis ses propositions.

Dans sa livraison numéro 919 du 23 novembre 2009, l’hebdomadaire satirique "Le Lynx" titre "Les Forces vives de la Nation récusent la première proposition de Compadré de Faso : un Ouagadégoût".

Evoquant la proposition de sortie de crise du président Blaise Compaoré, le satirique "Le Lynx" indique qu’en termes clairs les propositions du médiateur prévoient trois scénarii. "Dans le scénario 1 : El Dadis continuera d’occuper son fauteuil qu’il occupe depuis le 23 décembre 2008, avec à la clé, toutes les cartes de la transition en main contrairement à la volonté des Forces vives de la Nation qui exigent son départ avec le CNDD et la mise en place d’un organe de transition (peu importe la dénomination que cet organe doit prendre)". Dans le scénario 2 : "El Dadis est chargé de former le gouvernement de transition qu’il va présider contrairement aux voeux des Forces vives de la Nation qui demandaient que la transition soit pilotée par une personne neutre". Dans le scénario 3 explique "Le Lynx" : " Le Compadré (sic) du Faso estime qu’El Dadis peut être candidat à la prochaine présidentielle à condition qu’il ôte la tenue et revienne au régime civil. Là, il gagnerait doublement parce qu’il est candidat à l’élection que lui-même est chargé d’organiser en tant que président du gouvernement de la transition. Trois scénarii dans lesquels El Dadis est favorisé sur toute la ligne" soutient le satirique du lundi.

Qui ajoute que "Le plan de sortie de crise est en déphasage systématique avec les propositions des Forces vives de la Nation qui ont rejeté le plan du médiateur qu’elles estiment n’avoir pris en compte que le projet de sortie de crise que lui a proposé la délégation de la junte. Au sortir de la réunion, les Forces vives de la Nation ont rendu publique une déclaration dans laquelle elles rejettent en bloc les propositions du médiateur" dévoile "Le Lynx" qui conclut que "les préoccupations fondamentales des populations guinéennes exprimées par le Forum des Forces vives dans le mémorandum remis au Facilitateur, pour une transition apaisée en République de Guinée, n’ont pas été prises en compte par le Compadré du Faso".

Un dialogue de sourds

Le site d’information "guineeconakry.info" dans son éditorial indique que "le dialogue de sourds semble avoir atteint son paroxysme en Guinée. L’opposition rassemblée au sein des Forces vives vient de balayer d’un revers de main les propositions de sortie de crise formulées par le médiateur Blaise Compaoré". Le site d’information "aminata.com", lui, annonce, pour sa part que "à Conakry, dès l’annonce de cette nouvelle sur l’ensemble des propositions faites par le président Compaoré, il a commencé à régner une atmosphère d’inquiétude. Le trop profond calme n’a rassuré personne surtout avec l’approche du 22 novembre, une autre date historique pour la Guinée, car on sait que dans ce pays, l’histoire a beaucoup trop tendance à se faire dans une autre histoire. C’est le cas désormais du 28 septembre". Pour "aminata.com", "tous ces compromis bidons n’indiquent qu’une chose : la complicité du facilitateur avec la junte au pouvoir. Sinon, le médiateur aurait dû lui-même se rendre à l’évidence qu’il s’agit là de concessions que les Forces vives ne pourront jamais faire".

Et ce n’est pas tout, le site "guinenews.com", plus que amer soutient mordicus que "les deals (gagnant-gagnant) entre Dadis et Compaoré ne sont pas postérieurs à la barbarie sauvage du 28 septembre. Et Compaoré ne semble pas prêt à sacrifier ses intérêts pour la pauvre Guinée. Ainsi, pour rapidement réussir sa facilitation de légitimation de Dadis Camara et l’officialisation de sa candidature prochaine, Blaise Compaoré annonce aux Forces vives composées des dizaines de partis politiques, quatre centrales syndicales et des mouvements de la société civile qu’elles ne pourront se faire représenter que par douze personnes comme la junte. Evidemment, si la junte, son gouvernement et ses mouvements de soutien n’ont qu’un seul leader (Dadis Camara) par lequel tout le monde jure, les Forces vives, elles, sont formées d’hommes et de femmes qui se connaissent à peine et dont le principal point de convergence est l’hostilité du pouvoir sanguinaire et déshonorant du CNDD".

La tuerie du 28 septembre royalement ignorée

Le site "kibarou.com" estime que "c’est pour dénoncer la candidature du président Dadis à la prochaine présidentielle que des milliers de Guinéens se sont rassemblés le 28 septembre au stade du même nom. Lors de cette manifestation, près de 200 personnes ont été tuées par les bérets rouges de la garde présidentielle, plus de mille autres blessées ou handicapées à vie, des centaines de femmes violées avec une cruauté des plus bestiales et inhumaines".

"kibarou.com" ajoute que "ce point qui est à la base des tueries a été royalement et superbement rejeté par le médiateur. Il est pourtant une exigence fondamentale des Forces vives et du groupe international de contact qui avait été constitué pour la Guinée au lendemain du 23 décembre dernier. Parce que, pour avoir le soutien populaire qui a été le sien dès la prise du pouvoir, le chef de la junte, sans aucune contrainte, avait annoncé qu’il ne serait pas candidat aux élections présidentielles qui devaient sanctionner la transition", renchérit "kibarou.com" qui ajoute que "même si par principe la CEDEAO avait exclu la Guinée de ses instances dès la prise du pouvoir, à cause de la promesse de Dadis, aucune autre sanction n’était venue frapper le pays. Les autres sanctions (embargo sur les armes, restrictions de voyage et gel des avoirs) ne sont venues que plus tard que parce que le chef de la junte a refusé de renoncer par écrit à sa candidature. La CEDEAO, l’Union africaine et l’Union européenne ont donc sanctionné la Guinée parce que le chef de la junte n’a pas voulu renoncer par écrit à sa candidature".

"kibarou.com" évoque le dossier du "Terminal à conteneurs du port de Conakry", soutient que "l’on peut se demander qu’est-ce qui a poussé le président burkinabè à trancher en faveur du CNDD quitte à ternir son image de bon facilitateur. La réponse est très simple : une question d’intérêts pécuniaires portant sur la mise en concession du terminal à conteneurs du Port autonome de Conakry (PAC)."

Pour la petite histoire, "kibarou. com" rappelle que "le gouvernement Souaré avait, courant 2008, attribué de la manière la plus scandaleuse qui soit la gestion du terminal à conteneurs (avec suppression de 1 700 emplois) du Port autonome de Conakry à Getma-International qui n’était pas dans les normes pour bénéficier d’un tel marché. Malgré la levée de bouclier tant au niveau de la presse qu’à celui des intervenants du secteur portuaire, le gouvernement Souaré a fait la sourde oreille et a confirmé l’adjudication à Getma-International lors de son conseil ordinaire des ministres du jeudi 11 décembre 2008.

Le 23 décembre 2008, le CNDD prend le pouvoir et classe l’affaire du terminal à conteneurs au compte des scandales qu’il compte auditer. Mieux, une décision signée du chef de la junte suspendra l’application la convention". Et ce n’est pas tout. "kibarou.com" dévoile que "en janvier 2009, Blaise Compaoré effectue sa première visite en Guinée après l’avènement du CNDD. La junte, à l’époque avait besoin de reconnaissance africaine et internationale. Il voyait ainsi en Blaise Compaoré le sésame qui devait lui ouvrir les portes du monde. Ce dernier fait des promesses fermes mais pose un problème, la décision de suspendre la convention avec Getma-International" au compte des scandales qu’il compte auditer. Mieux, une décision signée du chef de la junte suspendra l’application de la convention ».

Ça sent le deal

Pour "kibarou.com", « L’argumentaire de Compaoré est simple : Richard Talbot, patron de Getma-International, est à la tête d’un lobby français très puissant qui pourrait avec son appui ouvrir le monde aux putschistes. En réalité, Blaise Compaoré et Richard Talbot sont en affaires depuis de longues années et leurs intérêts coïncident. Dans la foulée, le président burkinabè promet au capitaine Dadis le soutien des chefs d’Etat de la sous-région dont il dit exercer une influence non négligeable. Moussa Dadis Camara accepte le deal. Discrètement, le 9 avril 2009, après deux visites successives en Guinée du patron de la garde présidentielle de Compaoré, le colonel-major Gilbert Djenguéré, le capitaine Moussa Dadis Camara signe le décret n°074/PRG/CNDD/ SGPRG/2009 portant levée de la suspension de l’application de la convention relative à la construction du terminal à conteneurs du Port autonome de Conakry et de toutes procédures judiciaires y afférentes. Et « à partir du 27 avril 2009, le terminal à conteneurs du Port autonome de Conakry est mis à la disposition de l’adjudicateur de ladite convention, à savoir Getma-International représenté par STCC du groupe NECOTRANS », comme le confirme le courrier du directeur général du Port autonome de Conakry adressé à l’Administrateur unique du Conakry Terminal Services (CTS), Groupement d’intérêt économique (GIE), portant application du décret du 9 avril. Et toc, le tour est joué".

En guise de conclusion, « Le Comité d’audit et de surveillance des secteurs stratégiques de l’économie, qui avait cité ce dossier parmi ses priorités, est pris de court. Interrogé par la presse, un de ses vice-présidents, maître Jean Alfred Mathos, gêné, laissera entendre que la convention est reprise mais la procédure d’attribution du marché sera auditée. Comment peut-on dénoncer la procédure d’attribution d’un marché et l’accepter quand même ? D’ailleurs aucun audit ne sera fait par la suite. Le terminal à conteneurs pour Blaise Compaoré et ses amis, c’est plus d’une centaine de millions d’euros par an. Pour ça, on peut bien soutenir Moussa Dadis Camara, sans compter que ce pays recèle d’autres richesses qui intéressent Blaise et ses amis. Blaise Compaoré, dans ces circonstances, ne pouvait que faire le jeu de Moussa Dadis Camara par reconnaissance et pour ne pas perdre un juteux marché. (...). Dans les quartiers de Conakry, les commentaires ne manquent pas pour juger les travaux de Ouagadougou. Toute une légende. Chacun y va de son latin pour magnifier ou pourfendre la médiation. C’est cela aussi la Guinée.

Par Bouba DIALLO (Conakry)

Le Pays

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