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Guinée : Lansana Conté, l’euthanasie politique ou pas ?

Accueil > Actualités > International • • mardi 9 mai 2006 à 07h17min

La sinécure que l’on reconnaît aux dirigeants africains, c’est de vouloir rester au pouvoir jusqu’à leur mort. Les cas où ils cèdent le pouvoir sont rares et sont longuement et médiatiquement salués à travers le monde entier.

En Guinée, malgré sa maladie, le général Lansana Conté refuse de céder le pouvoir. Alors que l’article 34 de la Loi fondamentale prévoit une disposition en cas de maladie ou de vacance du pouvoir.

Nous sommes en 1984 après la mort du président guinéen Sékou Touré. Deux camps s’opposent déjà en sourdine au sein du parti au pouvoir : celui du frère du défunt président et enfin celui des dissidents du PDG dont des officiers de l’armée. Dans la nuit du 2 au 3 avril, les membres du PDG (parti démocratique de Guinée), parti du président défunt sont arrêtés et internés soit au Camp Boiro, soit au Camp Alfa Yaya. Au petit matin du 3 avril, le capitaine Faciné Touré annonce aux Guinéens la chute du régime de Sékou Touré.

C’est ainsi qu’on peut résumer l’accession au pouvoir du général Lansana Conté, le 3 avril 1984.Il était entouré de trois officiers : Le colonel Diarra Traoré (assassiné par le régime de Lansana Conté plus tard), les capitaines Fodé Momo Touré et Faciné Touré. " Trente ans d’endoctrinement sont balayés en moins de trois jours d’un bout à l’autre de la Guinée ", écrivait l’historien Ibrahima Baba Kaké. A y voir les scènes de joies à travers le pays et les actes de sabotage des portraits et des symboles révolutionnaires de Sékou Touré, on ne pouvait à l’époque prévoir que le nouvel homme fort de Conakry allait être 22 ans après à la tête d’un pays au bord du gouffre.

En dépit des projets électriques de Power II, Garafiri, Tombo III, IV et V, nombreux sont les Guinéens qui s’éclairent à la bougie ou à la lampe tempête.
Sur le plan politique, le 21 décembre 2003, Lansana Conté a été réélu à 95% des voix suite à une élection boycottée par les opposants.

Sur le plan économique, l’agriculture est passée de 90% du Produit National Brut (PNB) à moins de 20% depuis 1995. L’exportation de la banane (dans laquelle le pays était cité comme exemple) n’est plus plus dynamique comme avant. Et comme si la malédiction pesait à tous les niveaux, les intellectuels Guinéens abandonnent le pays faute de perspectives. Un " Vade rétro " qui ne dit pas son nom. A une période où les lois aux portes des pays occidentaux se durcissent et où l’immigration devient sélective, l’hémorragie à coup sûr sera plus grande. Mais pourquoi l’homme du 3 avril prend t-il en otage le destin de la Guinée, lui qui souffre d’un diabète aigu et d’une leucémie qui lui font mal aux pieds ?

En 2003, il répondait à ceux qui voulaient qu’il quitte le pouvoir que c’est sa tête et non ses pieds qui dirige la Guinée. Pour signifier qu’il ne cède aucune parcelle de pouvoir à qui que ce soit ! L’article 34 de la Loi fondamentale dispose pourtant que le président de l’Assemblée nationale assure l’intérim en cas de vacance du pouvoir et de maladie et organise les élections dans un délai de soixante jours. Certainement que l’actuel chef du parlement, Aboubacar Somparé, a conscience que même si Conté déclare qu’il quitte le pouvoir, il lui sera difficile de " gouverner " sans l’aval de l’armée.

Cette dernière est fortement traversée par des divisions pseudo-ethniques entre Poular et Soussou (l’ethnie de Conté) et Malinké qui camouflent mal la protection d’intérêt mal acquis ou de volonté d’enrichissement et de gestion néopatrimoniale. Il ne pourra pas gouverner ; en tout cas, pas plus que le premier ministre Dalen Diallo qui gère les affaires courantes de l’Etat depuis que Conté s’est retiré dans son fief de Wawa pour des raisons de santé.

L’autre drame de la Guinée, son opposition politique composée de grosses têtes comme Sidya Touré, Alpha Condé, Mamadou Bâ, François Lonseny Tall, qui aura des difficultés à s’imposer car elle est aussi divisée que l’armée et c’est très dangereux car elle titille sur la fibre ethnique.

Avec un sous-sol riche, une nature généreuse comme on n’en trouve pas souvent en Afrique de l’Ouest, la Guinée a de la peine à respirer. Ses poumons sont bouchés par une économie moribonde qui ne permet pas d’assurer à la population le minimum vital.

Une chose est sûre, la Guinée croupit sous le poids de la maladie de son président. Il ne sera même pas étonnant que l’armée prenne ses responsabilités, elle qui l’a déjà fait pour asseoir celui qu’elle sert loyalement aujourd’hui et que visiblement des raisons de santé éloignent seconde par seconde du trône.

Ce ne sont pas les communiqués de la présidence faisant état d’une bonne santé du président qui vont rassurer les populations qui ne jurent que par le riz et par l’huile de palme pour survivre. Peut être si Conté ne prend pas, pour exemple Ahidjo du Cameroun pour se déclarer hors d’état de gérer le pouvoir, ce sera la boîte de pandore qu’il aurait ouvert. Et bienvenus seront les problèmes de transitions violents ou pas.


Encadré 1

Feu le président Ahmed Sékou Touré aimait à dire que son pays était un scandale géologique. Quelques éléments :

- En bauxite : 8,2 milliards de tonnes, soit les 2/3 des ressources mondiales connues à Boké (Basse Guinée), Fria (Basse Guinée), Tougué (Moyenne Guinée) et Dabola (Haute Guinée) ;
- En minerais de fer : Le site de la ville de Conakry (6 milliards de tonnes), le mont Simandou (entre Kérouané en Haute Guinée et Beyla en Guinée Forestière : 7 milliards de tonnes) et le mont Nimba (en Guinée Forestière : 2 milliards de tonnes avec un degré de pureté dépassant les 65%) et exploitables à ciel ouvert ;
- En métaux rares : (uranium, cuivre, cobalt, manganèse et chrome) entre Kankan et Mandiana (Haute Guinée) ;
- En Or : ( actuellement 12 tonnes par an à Siguiri en Haute Guinée mais présent sur 80 000 km² du territoire national) ;
- En diamant : (actuellement 350 000 carats par an à Kérouané en Haute Guinée et Macenta en Guinée Forestière).


LE PAYS EN CHIFFRES Superficie : 245 900 km²•
Population : 9 millions d’habitants•
Croissance démographique : 3%•
Population de - de 15 ans : 43,9%•
Population urbaine : 34,9%•
Espérance de vie : 53,7 ans•
Mortalité infantile : 10,4%•
Taux d’alphabétisation : 41%•
Taux de scolarisation : 41%•
Indice de développement humain (IDH) : 0,466 (156e/177)

Rapport mondial sur le développement humain 2005, PNUD.

Bendré

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