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Burkina/Journée des coutumes et traditions : « Si quelqu’un a un pied dans l’église et un autre dans les traditions, ne servira-t-il pas deux maîtres ? », questionne le pasteur Henri Yé

Publié le mercredi 15 mai 2024 à 22h26min

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Burkina/Journée des coutumes et traditions : « Si quelqu’un a un pied dans l’église et un autre dans les traditions, ne servira-t-il pas deux maîtres ? », questionne le pasteur Henri Yé

À l’occasion de la Journée des coutumes et traditions, commémorée désormais chaque 15 mai, la rédaction de Lefaso.net a initié une série d’entretiens avec des coutumiers, des religieux et des traditionalistes pour recueillir leurs analyses sur cette initiative du gouvernement, qui vise à valoriser les coutumes et traditions du Burkina Faso. Dans une interview, le pasteur Henri Yé, président de la Fédération des églises et missions évangéliques (FEME), partage son avis tout en invitant chacun à être convaincu et à ne pas tomber dans le suivisme.

Lefaso.net : Le gouvernement a décidé d’instituer une Journée des coutumes et traditions chaque 15 mai. Comment appréciez-vous cette décision ?

Pasteur Henri Yé : Nous avons tous entendu, sur la voix des ondes, que le gouvernement a donné son accord pour que la journée du 15 mai soit une journée fériée et observée par les religions traditionnelles et les coutumiers. Je dois dire qu’en réalité, c’est tout simplement parce que les autres religions comme l’islam et le christianisme ont des fêtes et que ces fêtes sont fériées. Si vous prenez par exemple le 25 décembre, qui est Noël pour les chrétiens, cela peut tomber sur un jour ouvrable et cette célébration des chrétiens est fériée.

Si vous prenez le Maouloud ou la Tabaski, ce sont des jours de commémoration pour les musulmans et c’est férié. Pour ce qui est des coutumiers et de la religion traditionnelle, il n’y a pas un jour qui leur est réservé. Je crois que c’est simplement ce qu’ils ont demandé et le gouvernement le leur a accordé, pour une question d’équité. Je voudrais dire qu’il n’y a pas lieu de paniquer parce que, tout comme les autres religions, ils ont sollicité un jour. Il n’y a rien d’anormal à cela.

Quels rapports, quel dialogue, les religions révélées devraient-elles entretenir avec les religions traditionnelles et coutumières ?

Dans la vérité, quand on pose la question quelles relations nous devrions entretenir, il faut savoir que ces relations existent depuis longtemps. Vous savez qu’au niveau des autorités coutumières et religieuses, nous sommes ensemble depuis longtemps. Toutes les fois où le Burkina Faso a été confronté à un problème sérieux, les religieux et les coutumiers se sont toujours concertés. Parfois, nous sommes allés chez le Mogho Naaba, à l’archevêché, à la FEME ou à la FAIB. Pour dire la vérité, nous travaillons tous ensemble ; donc il n’y a pas lieu de croire que c’est aujourd’hui que nos relations commencent.

Que conseillez-vous à vos fidèles comme comportement lors de cette journée ?

C’est une journée qui est observée par les coutumiers et les traditionnels. Comme c’est une journée qui a été décrétée fériée ; ceux qui veulent prier dans leurs temples ou églises, peuvent le faire. C’est libre aux traditions et à ceux qui veulent prier. Il n’y a rien qui soit organisé de façon particulière. Je demanderais aux uns et aux autres de vaquer à leurs activités. Chacun est libre où il est avec sa conscience.

On entend parfois dire qu’au Burkina Faso, malgré l’existence des religions révélées avec leurs adeptes, il y a 100% d’animistes. Que pensez-vous de cette affirmation ?

Je voudrais, d’entrée de jeu, dire que quand nous parlons de religions révélées, il s’agit de religions statutaires, transmissibles par la tradition et surtout par des livres, fondées sur des faits et liées à la crédibilité des témoignages, et enfin contingentes en raison de leur caractère d’historicité. Les religions traditionnelles et coutumières ne dérogent pas à la règle, sauf qu’il n’y a pas forcément de livres inspirés. Cependant, quand on lit dans la Bible, dans l’Ancien Testament, il n’y avait que les sacrifices d’animaux, notamment dans le Livre du Lévitique où les différents types de sacrifices sont décrits tels que le sacrifice de culpabilité, le sacrifice d’actions de grâces, et j’en passe. Les sacrifices d’animaux ont commencé avec nos premiers parents, Adam et Eve, quand ils ont péché ; Dieu a tué un animal. Il s’est servi de la peau de l’animal pour les couvrir. À partir de là, le sacrifice des animaux a commencé, et l’animal servait à couvrir le péché de l’homme.

Mais quand Dieu avait demandé à Abraham de sacrifier son fils, il indiquait que le péché ayant été commis dans l’homme, c’est l’homme qui devrait payer, et non un animal. C’est pour cela que Jésus-Christ est venu. On L’a appelé l’Agneau de Dieu Qui ôte le péché du monde. Pour répondre précisément à votre question, on ne peut pas dire que 100% des croyants des autres religions pratiquent l’animisme. Jésus, l’Agneau de Dieu, a répandu Son sang pour que nous ayons le pardon de nos péchés. Il est dit de lui qu’il est le Sacrificateur souverain, qui est entré dans le lieu très saint, non avec du sang étranger (le sang d’un animal), mais avec son propre sang. Son seul sacrifice a suffi pour mettre fin aux sacrifices.

Ceux qui ont fait la compréhension de cela ne peuvent plus retourner en arrière. La loi avait dit que sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon de péché. Quand un homme avait péché, il amenait un animal chez le sacrificateur, il mettait les deux mains sur la tête de l’animal et on l’égorgeait. Mais Jésus, l’Agneau de Dieu, est mort pour nous. Cela suffit pour ceux qui le croient. Ils ne peuvent pas pratiquer les deux à la fois.

Pour clarifier la question précédente. Au Burkina Faso, il y a le christianisme, l’islam et les religions traditionnelles. Mais on remarque qu’il y a certains adeptes du christianisme et de l’islam qui font toujours recours à la tradition. C’est pourquoi on dit que malgré les religions révélées, il y a 100% d’animistes. Alors qu’est-ce qui peut expliquer cela ?

On n’a pas besoin d’insister sur cette question comme si cela était vrai. Quand on est un homme de conviction et qu’on a compris où on est, on n’a pas besoin de tergiverser. Il y en a beaucoup qui ont fait l’expérience de rester simplement dans une seule croyance. Ils ne souffrent de rien. Chacun agit selon ses convictions. Cependant, vous savez vous-même que si quelqu’un pense que tous les chemins mènent à Rome, il empruntera mille et un chemins. Il faut qu’on se le dise, en matière de religion, on ne s’instruit pas suffisamment soi-même, si bien qu’on est obligé de croire ce que les autres croient sans aucune profondeur et on est obligé de suivre les autres, sans toutefois avoir une connaissance réelle.

Vous savez enfin que si on a un pied ici, et un pied là-bas, c’est à chacun d’en juger. Où êtes-vous exactement ? Pourrons-nous nous expliquer clairement ? Maintenant, quand quelqu’un fait quelque chose et qu’il veut se justifier, il dit que tout le monde fait la même chose. C’est ce qui fait qu’il est facile de dire que tout le monde fait cela. Soyons réalistes. S’il y a des gens dans les églises et les mosquées qui pratiquent le syncrétisme, ce n’est qu’une partie et je vous assure que ce pourcentage va en s’amenuisant.

Interview réalisée par Cryspin Laoundiki
Lefaso.net

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