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CEDEAO : Après la levée des sanctions, une réponse régionale au terrorisme s’impose

Accueil > Actualités > Diplomatie - Coopération • Lefaso.net • jeudi 14 juillet 2022 à 19h25min
CEDEAO : Après la levée des sanctions, une réponse régionale au terrorisme s’impose

L’Afrique de l’Ouest vient de finir avec une crise, celle des sanctions contre les colonels putschistes maliens. Mais la sous-région ouest africaine est-elle sortie de l’auberge ? Va-t-elle reprendre les chemins du développement et de la prospérité ? Est-elle vraiment armée pour répondre aux défis actuels de l’insécurité, des groupes armés terroristes, bandes criminelles et mafieuses de toutes sortes, de l’absence de l’Etat et sa faillite dans plusieurs pays, de la crise humanitaire et écologique etc. ?

Cette crise politique qui s’est manifestée par la volonté de la CEDEAO de faire respecter un protocole additionnel de l’organisme régional sur les changements anticonstitutionnels a pour origine aussi la présence des groupes terroristes au Sahel et l’incapacité des pouvoirs démocratiques comme militaires de mettre fin à cette guerre.

Du Sahel, les groupes terroristes avancent vers la côte Atlantique et des pays comme le Benin, la Côte d’Ivoire et le Togo ne sont plus au stade de la présence de cellules dormantes des groupes terroristes mais des attaques itératives comme au Burkina et au Mali. La CEDEAO a-t-elle réfléchi à cette menace qui concerne de plus en plus l’ensemble de la sous-région ? Si la CEDEAO ne veut pas jouer éternellement au sapeur-pompier, elle devrait prendre à bras le corps cette menace régionale qu’est la prolifération des groupes terroristes, et son pendant : l’augmentation des Etats en déliquescence.

Le 3 juillet 2022, lors de son 61e sommet tenu à Accra, la CEDEAO a mis fin aux sanctions économiques et financières qui frappaient le Mali depuis six mois et à la fermeture des frontières. Ce dégel des relations entre l’organisation et la junte nationaliste au pouvoir au Mali devrait renforcer l’unité ouest africaine qui a connu des accrocs durant ses six mois de tension que les ennemis de l’Afrique ont mis à profit pour accentuer les divisions.

Retrouver l’unité de l’organisation

Après cette bataille sur les principes où aucun des camps n’a gagné, on peut se demander pourquoi il n’y a pas eu d’entente plus tôt. Les démocrates et défenseurs de l’ordre constitutionnel normal ont fait mine de ne pas considérer que le Mali et le Burkina ne contrôlent pas la totalité de leur territoire et qu’une élection dans ce contexte ne peut être qu’une élection au rabais.

Ce qui ne signifie pas pour autant que les putschistes de tous bords ont un blanc-seing pour régner ad vitam aeternam. La CEDEAO s’est vue reprocher le fait qu’elle n’agit pas quand il y’a des révisions constitutionnelles pour les troisièmes mandats qui s’apparentent à des putschs alors que le principe est la tolérance zéro pour les putschs. Et des risques de révisions de constitution pendent au nez de la CEDEAO au Sénégal et au Bénin après ceux de la Côte d’Ivoire et de la Guinée.

Les juntes au pouvoir au Mali et au Burkina sont revenues à de meilleurs sentiments en révisant leur calendrier de transition de départ du fait d’abord de leur incapacité à vaincre le terrorisme dans ces pays et deuxièmement parce que les sanctions économiques et financières sont très éprouvantes pour les peuples et les Etats y compris ceux des pays des chefs d’Etat qui ont pris ses sanctions Sénégal, Côte d’Ivoire, Togo, Ghana etc.

La preuve est faite que concernant la lutte contre les groupes terroristes, il ne s’agit pas d’une question de tenue que l’on porte. La faillite des Etats sahéliens contre les groupes terroristes est une responsabilité collective : régimes militaires et civils. L’incapacité des Etats sahéliens à vaincre les groupes terroristes a des causes plus profondes que le fait que le régime soit civil ou militaire. Le défi qui est le nôtre est de chercher à comprendre vraiment le problème afin d’y trouver des solutions.

Des pays comme le Burkina ont mal posé le problème du terrorisme et ont ainsi éloigné la solution et les chances de victoire. Les erreurs d’analyse dans ce pays sont nombreuses : comme de voir le problème comme lié à un homme, un seul homme, qui a eu des accointances certes avec des dirigeants des groupes terroristes et serait ainsi à la base du problème du fait de sa perte du pouvoir et un élément de la solution en le ramenant dans le circuit par la réconciliation. Au Burkina Faso, on se trompe totalement en faisant de Blaise Compaoré, le bouc émissaire ou le sauveur. Il n’est ni l’un ni l’autre et nous devrions lui imputer ses vrais fautes et responsabilités à commencer par celles reconnues par la justice burkinabè.

Le terrorisme ne peut être réduit à des problèmes politiques nationaux alors que l’agenda des mouvements est plus vaste. Du Mali, ils ont gagné le Sahel et visent les autres pays de la CEDEAO. Si la CEDEAO veut retrouver son aura, elle doit se saisir de cette question qui a montré nos vulnérabilités multiples : les déserts administratifs, le développement inégal, nos armées défaillantes pour diverses raisons, etc. L’organisation régionale doit chercher à résoudre ces problèmes.

On peut par exemple essayer de mettre les forêts classées qui sont sur plusieurs pays sur des administrations communes des forces de défense et de sécurité de ces différents pays pour les nettoyer totalement de tous les bandits : terroristes, mafias et autres braqueurs et braconniers…

Nos faiblesses isolément sont connues, pourquoi ne pas s’unir pour être plus forts pour mieux comprendre le problème et le résoudre. Les pouvoirs nationaux veulent se perpétuer même s’ils perdent le pays, les organisations régionales peuvent-elles prendre le relais sur certains aspects pour sauver l’essentiel ?

Sana Guy
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 15 juillet à 08:13, par kwiliga En réponse à : CEDEAO : Après la levée des sanctions, une réponse régionale au terrorisme s’impose

    " Ce dégel des relations entre l’organisation et la junte nationaliste au pouvoir au Mali devrait renforcer l’unité ouest africaine"
    Par contre, l’arrestation et la détention des soldats ivoiriens, ainsi que la suspension de la Minusma, par la junte malienne, bloquant ainsi des milliers de soldats Onusiens, n’augure rien de bon quant à la nécessaire unité de nos forces.

    Répondre à ce message

  • Le 15 juillet à 09:17, par TANGA En réponse à : CEDEAO : Après la levée des sanctions, une réponse régionale au terrorisme s’impose

    La CEDEAO ne peut rien faire et un plus elle ne veut rien faire pour aider nos pays.
    Ce n’est que maintenant que toutes les presses sur le plan international s’accordent à reconnaitre que les sanctions étaient injustes.
    Force est de reconnaitre que cette chose nommée CEDEAO est là pour là pour les interrets de quelques deux ou trois pays si non de deux dirigeants que sont alassane ouattara et maki sale. Alors, pourquoi elle devrait faire quelque chose contre le terrorisme ? par ce que ça arrive à leurs portes ? Ils devaient le savoir depuis que leurs ’’amis’’ allaient s’en prendre à eux aussi.
    De toutes les façons, les populationss n’ont pas droit à la parole si non qu’elles pensent toutes que cette chose devrait être purement et simplement abandonnées. Donc, qui veut suit la cedeao et qui ne veut pas la laisse et point barre !

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  • Le 15 juillet à 10:33, par Pimus En réponse à : CEDEAO : Après la levée des sanctions, une réponse régionale au terrorisme s’impose

    Merci pour cette interpellation de la CEDEAO. Cela montre aussi qu’il ne faut pas trop compter sur ce machin, chaque pays devant à son niveau prendre le taureau par les cornes. A ce propos justement, le Benin, la Côte d’Ivoire et le Togo qui commencent à sentir le souffre des fous de Dieu se sont équipés en drones d’attaque tandis que le Burkina qui en est à 7 ans de lutte navigue toujours à vue en ce qui concerne les moyens opérationnels de cette guerre dite asymétrique. Un autre aspect à ne pas négliger dans cette guerre est de sortir de notre sous-région et même du continent pour ‘’attaquer’’ les soutiens structurels de cette guerre. Le terrorisme qui s’est déporté de la Syrie et de l’Irak vers les pays du Sahel et leurs voisins du sud a des soutiens divers, qu’il faut œuvrer à ‘’neutraliser’’ d’une façon ou d’une autre. Il est de notoriété que certains Etats et lobbys en sont les supports. Pour cela, nos pays ainsi que la CEDEAO doivent d’abord réaliser leur indépendance financière, car quand vous êtes obligés de tendre la sébile, il devient impossible de vous assumer et de parler franchement avec votre vis-à-vis.

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