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Entrepreneuriat féminin au Burkina : Rakiatou Zibaré, la "reine des pavés" qui rêve de bâtir un empire BTP

Accueil > Actualités > Portraits • LEFASO.NET • vendredi 9 juillet 2021 à 22h25min
Entrepreneuriat féminin au Burkina : Rakiatou Zibaré, la

Assureur de formation, Rakiatou Zibaré lutte pour se faire un nom dans le milieu des BTP. En attendant d’avoir l’agrément nécessaire pour se lancer, elle se fraye un chemin dans la confection et la pose de pavés, avec l’« Entreprise Prosper » qu’elle a fondée. Quand elle jette un regard sur le chemin parcouru, la native de Boala, commune rurale située dans le département de Guiaro, province du Nahouri, dans la région du Centre-Sud, se montre confiante pour l’avenir.

Sa frêle silhouette tranche d’avec sa volonté…en béton armé, d’aller de l’avant. Pour elle, les débuts dans la vie n’ont pas été faciles. « Je suis née dans une famille modeste, de parents cultivateurs, explique-t-elle avec humilité. Ce n’était pas du tout facile tous les jours. A Boala dans les années 80, il n’y avait pas d’école primaire dans mon village. Donc je devais aller chez des oncles ou des tantes pour fréquenter l’école... »

C’est ainsi qu’une fois le certificat d’étude primaire en poche, elle doit se rendre à Ouagadougou, chez une tante, pour la classe de 6e. Après son BEPC, c’est chez un oncle à Tenkodogo qu’elle s’installe pour fréquenter la seconde. Quand ce dernier est affecté, elle doit de nouveau trouver le gîte et le couvert chez un autre oncle à Koupéla. Lui aussi sera affecté deux ans plus tard, ce qui oblige Rakiatou Zibaré à revenir chez un oncle à Ouagadougou.

A Koupéla, elle avait des envies d’autonomie. Elle tente, sans succès, les concours de la fonction publique. Pour alléger la charge de son tuteur, elle se met en quête de petits boulots. Elle se souvient : « Je faisais la tournée des chantiers de construction à la recherche d’une place de manœuvre. J’ai été refoulée à deux reprises. Mais devant mon opiniâtreté, un chef de chantier a fini par accepter. Au début, il ne me faisait pas confiance. Il pensait que j’allais juste travailler quelques heures et puis disparaitre. J’ai dû me donner à fond pour lui montrer ma détermination. Je travaillais de 8h à 18h pour 1 000 FCFA par jour. Les autres manœuvres eux croyaient que j’avais été engagée par favoritisme. Mais au fil du temps, ils ont compris que je n’y étais pas pour m’amuser. J’étais la seule fille du chantier. Ils m’ont épaulée. »

Mêmes ses proches dont elle a dû vaincre les réticences ont fini par accepter l’idée. « Je me souviens encore du rire de ma tante quand je l’ai informée que j’allais être manœuvre. Elle ne m’a pas prise au sérieux. Certains passants se moquaient. Mais ce qui m’importait, ce sont les 1000 FCFA gagnés à la fin de la journée. Cette somme me dépannait énormément. »

Devenir journaliste

Après un baccalauréat série A4, c’est chez une tante qu’elle dépose son baluchon pour fréquenter l’université. Comme elle caressait le rêve de devenir journaliste, elle jette son dévolu sur le département de Communication et Journalisme de l’université de Ouagadougou, mais elle est recalée au test d’entrée. « Si j’avais les moyens, j’allais m’inscrire sur titre. Mais il fallait débourser entre 200 000 et 300 000 FCFA et je ne les avais pas », regrette-t-elle.

Elle est orientée au département d’Histoire et Archéologie, mais très vite, le manque de moyens va l’amener à jeter l’éponge. « Il fallait tout le temps photocopier les cours, acheter des tickets pour le restaurant universitaire... Quand on manque de moyens, c’est un problème. Tes frères t’appellent pour te demander 1000 FCFA, alors que toi-même tu cherches cette somme pour pouvoir photocopier tes cours ».

La jeune Rakiatou prend alors la décision de trouver une activité professionnelle. « J’ai décidé, dès la 2e année, de chercher du travail. Je suis l’aînée d’une famille démunie. Pour payer mes études, je galérais. Mes frères et sœurs étaient dans la même situation. Je devais donc me chercher quelque chose à faire. J’ai suivi une formation en assurances et, par la grâce de Dieu, j’ai décroché un emploi. »
Employée d’une société d’assurances de la place pendant six ans, elle ne quitte pas pour autant son rêve de devenir entrepreneure. Quand elle décide enfin de s’installer à son propre compte, l’appel du béton est très fort.

Rakiatou Zibaré a pu mettre un peu d’argent de côté. Grâce à ses économies, elle acquiert quelques moules et se lance dans la confection de pavés. C’est la naissance de l’« entreprise Prosper ». Comme la grande majorité des nouveaux entrepreneurs, elle se heurte à des débuts difficiles. Les premiers pavés peinent à trouver preneur. Ils sont exposés pendant trois mois sans qu’aucun client ne se manifeste. Quand elle n’est pas sous le soleil à manipuler une pelle ou à pousser une brouette, Mme Zibaré prend d’assaut les réseaux sociaux pour vendre sa société et ses produits. Elle enfourche aussi sa moto pour sillonner la ville, écumer les entreprises pour parler de ses pavés.

Employés indélicats

Puis, enfin, un ange gardien se présente sous les traits d’un Burkinabè résidant à l’étranger, qui séjournait à Ouagadougou. C’est lui qui lui met le pied à l’étrier. « Il était de passage et il a vu les pavés. Il s’est renseigné et on lui a répondu que c’était pour une dame. Il m’a fait voir sa cour qu’il voulait paver. Comme il devait repartir, il m’a remis l’argent des travaux en me disant qu’il me faisait confiance. J’ai fait la confection et la pose avec professionnalisme. C’était mon tout premier marché. Quand il a vu les photos, il était satisfait. Quelques moins plus tard, il est venu voir de lui-même. Il a commencé à parler de moi autour de lui et c’est comme cela que j’ai été lancée. »

Des moments de découragement, elle en a eu. Au point de demander ce qu’elle faisait dans cette galère. Comme lorsqu’elle a perdu un important contrat par la faute d’employés indélicats. « Pour faire connaitre l’entreprise Prosper, je participais à des réunions à la Chambre de commerce ou organisées par des associations pour en parler. Ce que je ne savais pas, c’est que les ouvriers pendant ce temps vendaient les pavés à mon insu. Nous n’étions pas encore bien organisés comme maintenant. A la livraison, la société en question s’est rendue compte qu’un nombre important de pavés qu’elle avait commandés manquait. Je n’avais pas d’explications à leur donner. J’ai perdu beaucoup d’argent au point de mettre la survie de la fragile entreprise en péril ».

Mais comme elle est fermement convaincue que « chaque obstacle est une opportunité », elle se remet résolument au travail. L’incident, dit-elle, lui a permis de découvrir certaines réalités du terrain. Elle renvoie tous les employés malhonnêtes et se remet à confectionner les pavés elle-même, avec l’aide de deux ouvriers : « Même si je posais une plainte, ils n’allaient jamais pouvoir rembourser. J’ai arrêté les tournées pour le marketing. Je devais pouvoir honorer les autres contrats qui me restaient. » Sa détermination lui permet peu à peu de se remettre en selle et de grappiller quelques marchés.

Des pavés au BTP

Lorsqu’elle est dans son chantier, ses journées s’allongent parfois jusqu’à 22h. Mais elle sait aussi dégager du temps pour partager son expérience avec d’autres femmes ou jeunes filles lors de réunions, d’ateliers. Partout où elle est invitée à s’exprimer, elle martèle la même antienne : savoir compter sur soi-même, ne pas trop attendre des autres. Ce n’est sans doute pas un hasard si elle figure sur la liste des femmes championnes du Burkina.

Rakiatou Zibaré a un principe sur lequel elle ne transige pas : elle n’aime pas le manque de respect. Dans ce milieu masculin, c’est une patronne qui sait se faire respecter. « Je ne mets pas de barrières avec mes ouvriers, mais je tape fort quand il faut taper. Je leur prodigue aussi beaucoup de conseils. Je leur fais comprendre qu’il faut qu’ils se prennent en main parce qu’ils ne seront pas manœuvres toute leur vie. Quand ils me trouvent des clients, ils ont leur pourcentage », assure-t-elle.

Aux filles qu’elle rencontre sur son chemin, elle rassure que rien ne leur est impossible. Mme Zibaré leur conseille de « se battre pour avoir leurs propres moyens et ne pas toujours tout attendre des hommes. De sorte que, quand elles se marient, qu’elles puissent aussi participer aux charges du ménage et ne pas toujours compter sur le mari. »

Son souhait le plus ardent est de décrocher un agrément qui lui permettra de se lancer dans le BTP. Elle rêve aussi de pouvoir vendre ses pavés partout au Burkina et à l’étranger. « Ce que j’ai vécu, je ne veux pas que mes enfants le vivent. Je ferai de mon mieux pour les aider », conclut cette mère d’une fille de 5 ans et d’un garçon de 3 ans.

D. Sawadogo
Lefaso.net

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