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Insécurité : Comment l’or du Mali finance les djihadistes

Accueil > Actualités > Opinions • • jeudi 3 juin 2021 à 15h30min
Insécurité : Comment l’or du Mali finance les djihadistes

Déjà impliqués dans les trafics de migrants ou de drogue, et bien sûr dans l’industrie des otages, les djihadistes voient la ruée vers l’or dans la région de Kidal comme une aubaine. Profitant de l’absence de forces de sécurité, ils se partagent, avec certains groupes armés signataires, le contrôle de ces sites. Les mines du Nord sous la coupe des groupes armés.

Depuis un moins de vingt ans le Nord du Mali connait une certaine ruée vers l’or. Ces gisements aurifères, parfois exploités depuis l’époque romaine, ont connu un nouveau boum avec l’augmentation récente du prix du métal jaune. Souvent organisée de manière artisanale, pour ne pas dire anarchique, une grande partie de cette activité d’exploitation échappe à tout contrôle, les forces de sécurité maliennes ne pouvant contrôler les zones d’orpaillage dans ces régions d’où elles se sont souvent retirées. Ainsi, dans la région Kidal, la sécurisation de ce nouvel eldorado serait assurée, tantôt par le JNIM, tantôt par la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Ces groupes ont ainsi fait main basse sur les sites d’orpaillage, supervisant l’exploitation et s’arrogeant des missions de police.

Une manne financière particulièrement importante

Cette exploitation illégale de l’or à Kidal suscite la prédation croissante des djihadistes. En effet, si les terroristes continuent de disposer de vraies capacités de nuisance, c’est bien parce qu’ils peuvent bénéficier de ce type de financement. Alors que les rançons des prises d’otage, source importante de revenus pour les groupes djihadistes au Sahel, se raréfient, le racket sur l’orpaillage constitue désormais une nouvelle alternative. Ainsi pour s’installer sur un site d’orpaillage, il faudrait d’abord payer 50.000 CFA au groupe armé contrôlant le site, puis chaque mois, chaque orpailleur devrait d’acquitter une taxe de 10.000 CFA.

Cette manne financière bénéficierait aussi bien à la CMA qu’au JNIM dans une répartition organisée entre ces mouvances qui laisse songeur. Ainsi, dans les zones de Tinzawaten, Intabzaz ou Talahandak, au Nord de la région de Kidal, le groupe djihadiste Ansar Eddine n’exercerait pas seulement une présence armée destinée à la sécurisation et l’exploitation des sites, mais prélève, en plus, la zakat auprès des orpailleurs et du reste de la population.

Un nécessaire retour de l’Etat

Toutes ces richesses du sous-sol malien quittent illégalement le pays sans aucun bénéfice pour l’état. Ces ressources participent non seulement à l’augmentation du blanchiment d’argent mais contribue aussi directement aux capacités de recrutement de nouveaux djihadistes et donc in fine au terrorisme. L’Etat malien, par son absence, a par défaut délégué la responsabilité de la sécurisation des mines à ces acteurs armés locaux et non étatiques telle que la CMA.

On voit toutes les limites d’une « gestion » complètement opaque et ce détournement organisé. Il est temps d’y mettre un terme. La formalisation des activités aurifères, sous contrôle des forces de sécurité nationale, notamment en délivrant des permis d’orpaillage et en mettant en place des comptoirs aurifères, doit être une priorité. En plus de tarir une source de revenus pour les groupes violents, cela permettrait d’assurer aux travailleurs de ses sites des conditions de travail légales et plus justes.

Issa Bâ

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