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Médias : « La musique burkinabè est à la traîne tout simplement parce qu’on ne promeut pas les artistes qu’il faut », dixit Hervé Honla, journaliste culturel

Accueil > Actualités > Culture • LEFASO.NET • jeudi 9 janvier 2020 à 17h00min
Médias : « La musique burkinabè est à la traîne tout simplement parce qu’on ne promeut pas les artistes qu’il faut »,  dixit Hervé Honla, journaliste culturel

Il n’a pas sa langue dans sa poche. Il est critique vis-à-vis des acteurs culturels burkinabè. A travers sa plume, il dérange et quelque fois, se fait des ennemis. Lui, c’est le journaliste culturel Hervé David Honla et directeur de publication de Oxygène Mag. Dans les lignes qui suivent, il nous parle de la culture burkinabè mais aussi des 12 personnalités culturelles de l’année dont il est le promoteur. Nous l’avons reçu le lundi 06 janvier 2020. Entretien !

Lefaso.net : Parlez-nous des 12 PCA. C’est déjà la 8e édition !

Hervé David Honla : Les 12 PCA, ce sont 12 personnalités culturelles de l’année. Quand on parle de PCA, on parle de prestige. C’est pourquoi on a choisi justement ce nom 12 PCA. 12, tout simplement parce que tout au long de l’année bien entendu on a 12 mois. On choisit les 12 acteurs culturels qui se sont illustrés pas uniquement dans une seule catégorie mais également dans les autres domaines, musique, danse, théâtre, cinéma, mode... Chaque année, on essaie de nous retrouver d’abord ensemble en début d’année pour se congratuler. Nous nous présentons les vœux et puis on leur remet des parchemins.

La présente édition va se tenir le 31 janvier prochain. Quelles sont les innovations que vous avez intégrées.

Vous savez qu’on souhaite que l’année culturelle commence bien. On souhaite aussi que ça se termine bien. L’année passée, nous avons eu beaucoup de soucis pas seulement sur le plan culturel. Le pays a beaucoup pleuré. Nous avons souhaité commencer l’année vraiment dans la joie. Nous allons surtout apporter notre soutien à des personnes et à des familles qui ont été endeuillées en 2019. C’est la plus grande innovation. C’est une première. Il y aura un panier dans la salle. Nous n’avons pas moins de 500 invités qui viennent gratuitement depuis le début de l’édition.


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Pour cette année, nous allons faire balader un panier afin que chacun puisse faire parler son cœur. À l’issue de la cérémonie, nous allons offrir justement cette cagnotte pas forcément à une association mais à une structure notamment le ministère de la Femme et de la Solidarité nationale qui apporte son soutien également aux enfants orphelins d’Arbinda. On s’est focalisé sur ces enfants qui sont innocents, qui n’ont rien avoir dans ce brouhaha, je veux dire socio-politique. Ils sont venus au monde non pour ça. C’est pourquoi on est venu uniquement pour les soutenir à travers justement ce petit don.

Les 12 PCA, c’est aussi social, on l’a bien compris. Mais, on nous a fait comprendre que le 31 janvier prochain, ça sera une soirée glamour, décrivez-nous un peu cela.

Les acteurs culturels aiment se magnifier. Ils sont beaucoup plus sur le terrain. Ils n’ont pas généralement l’occasion de se retrouver ensemble et de festoyer. Donc, on vient vraiment endimancher. Chaque année, les gens sont déjà au courant de cet évènement. On vient d’abord pour se faire voir, on vient pour magnifier ce qu’on sait faire au niveau de l’art vestimentaire notamment sa tenue. On vient également pour voir des artistes de talents pas forcément ceux qui ne sont pas vus, mais ceux qui ont du talent, une crème. Il y a également les aînés qui apportent leur soutien aux jeunes artistes. Donc, on vient d’abord pour se faire voir. On doit être très bien vêtu. Quand on vient certainement, c’est avec un carton d’invitation et au-delà de ce carton d’invitation, il faudrait que l’acteur culturel qui vient soit quand même bien vêtu ; voilà pourquoi on insiste surtout là-dessus. Au-delà de ça, il y a des prises de photos, des rencontres VIP, des cocktails, une occasion pour que les acteurs culturels puissent se retrouver.

Vous qui êtes un journaliste culturel, déjà nous sommes au début du nouvel an, quel bilan faites-vous de l’activité culturelle au Burkina Faso pour l’année 2019.

Je dirai que c’est un bilan patriotique. On a beaucoup souffert mais le monde culturel est resté depbout. Vous savez que quand il y a ce genre d’évènement, on sortait à Ouagadougou avec la peur au ventre. Heureusement que les acteurs de la culture ont su relever la tête. Il y a eu beaucoup de festivals malgré tout ce qu’on dit, malgré la carte rouge dont on voulait peindre sur le Burkina. Les acteurs culturels sont restés debout. Il y a eu des festivals à Bobo, à Ouaga, à Koudougou et dans les zones assez inquiétantes. Je pense que l’année de 2019 a été une année salutaire.


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On a pu relever le défi, on ne s’est pas apitoyé sur notre sort. L’humour a connu un succès sans précédent en 2019. On voit ce que les acteurs humoristiques ont fait toute l’année et c’est devenu un métier à part entière. Il y a également les photographes qui se sont impliqués de plus en plus dans le monde du show. L’industrie culturelle est en train de bien se comporter. En 2019 rien qu’à Ouaga, j’ai compté 45 festivals. Il y a une évolution au niveau des sorties discographiques en ce qui concerne la musique. Ce n’est pas moins de 75 tubes qui sont sortis officiellement. L’année 2019, contre toute attente a été une année assez fantastique pour les acteurs de la culture.

On va rester sur le plan musical. Il y a des gens qui disent que les artistes burkinabè n’arrivent pas à percer si on peut bien le dire. Finalement, quel est le problème ?

C’est la médiocrité de l’industrie musicale. Certains sont talentueux mais c’est beaucoup plus les médiocres qu’on met en avant. Il faut le dire. J’écoute beaucoup plus les artistes musiciens. D’autres ont du talent mais n’ont pas d’argent. Qu’est-ce qu’on fait d’eux ? On les met de côté. C’est beaucoup plus ceux qui ont les moyens, qui y mettent de l’argent, qui rencontrent des personnes, qui peuvent les aider qui y vont et après on les retrouve en haut de l’échelle. La musique burkinabè est à la traîne tout simplement parce qu’on ne promeut pas les artistes qu’il faut. Deuxième chose également, ces artistes qui viennent n’ont pas véritablement de staff. On n’a pas vraiment un ambassadeur de la musique burkinabè à l’extérieur. Quand on cite Yousou N’Dour, lui peut demander à rencontrer le président Malik Sall.

On cite Alpha Blondy en côte d’ivoire, on sait que lui peut facilement toucher X ou Y. Mais ici chez nous, on n’a pas vraiment un ambassadeur qui peut représenter notre musique à l’extérieur. Mais, c’est dû à notre industrie musicale qui est un peu lente. Il y a beaucoup de copinage. Ce que moi je condamne, ce n’est pas parce qu’on crée un groupuscule qu’on ne doit pas travailler de façon à fédérer. Malheureusement ce n’est pas le cas. C’est le même qu’on voit sur les scènes. Je pense que notre problème est d’abord ça. Créons d’abord une véritable chaîne au niveau des artistes, des communicateurs que nous sommes, des producteurs et même des managers. Malheureusement, on évolue en clan. C’est ce qui fait qu’on ne peut pas avancer.

Vous prétendez aider les artistes mais apparemment, on sent qu’il y a des incompréhensions avec les mêmes artistes. Comment expliquez-vous cela ?

Souvent ce sont des relations conflictuelles comme on le dit. Mais, vous savez que moi je suis un journaliste critique. Cette critique n’est pas forcément négative. Quand je la fais à l’endroit d’un artiste, c’est pour découvrir les failles qu’il doit s’améliorer. Donc, généralement, ceux qui sont assez matures après deux ou trois semaines, il découvre que l’objectif n’était pas « de descendre sa carrière ». C’était de tirer son attention par rapport à des zones d’ombres. Certains le comprennent plus tard et après la situation devient très calme voir même très ambiante mais d’autres en font un problème. Mais malheureusement moi, c’est mon style. Je suis un journaliste.


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J’aime souvent aller regarder ce qui n’a pas marché au lieu de regarder forcément ce qui est bien. Quand on va à un spectacle tout le monde applaudit mais aucun artiste quel qu’il soit, un chanteur ou un comédien, ne peut te dire, qu’il va faire du succès à 100%. Il n’y a pas de l’excellence même dans une profession. Moi, personnellement, je suis là pour dénoncer ou bien pour détecter les failles. Ce sont ces failles que je mets beaucoup plus en avant afin que les acteurs culturels puissent déceller.

Quel peut être le rôle des journalistes culturels comme vous pour l’émergence de la culture burkinabè ?

Je pense que le rôle des journalistes culturels n’est pas uniquement de faire du compte rendu. Je voudrais qu’on aille au-delà de cela. Il faut qu’on apporte un plus. Quand on va sur un terrain ne nous contentons pas uniquement de récupérer les documents des personnes qui nous invitent et de leur tendre nos micros et de retranscrire tout ça. Je pense qu’il faut qu’on apporte notre touche en tant que journaliste, comment on découvre l’album, qu’est-ce que nous avons entendu, qu’est-ce qui est bien dedans, qu’est-ce qu’on trouve qu’on peut améliorer.

Je pense que notre devoir également est de porter notre jugement sur les œuvres de nos artistes. C’est important mais si on se contente de retranscrire je pense qu’on n’apporte pas un plus. C’est peut-être la suggestion que je voulais faire. Il y’a beaucoup de genre journalistique mais moi j’ai choisi ce genre. Moi, j’aime quand je lis un journal, que je découvre la touche du journaliste, qu’on retrouve sa signature à travers son style d’écriture, je pense que c’est important.

Vous avez des relations tumultueuses avec vos collègues aussi

Ce sont juste des incompréhensions mais après, tout passe. Je crois que j’avais eu quelques soucis avec certains journalistes mais après on s’est retrouvé à travers des personnes interposées. Parfois, on va sur un débat et puis chacun reste sur sa position. Peut-être on est sur un sujet commun avec un confrère et on découvre que moi je suis allé un peu trop loin dans la critique et après on se retrouve pour un consensus.

Je pense que ça doit exister, il faut insister d’ailleurs. On a tous un objectif, c’est de promouvoir la culture burkinabè. Chacun passe par plusieurs chemins mais parfois on peut se cogner la tête. Mais, l’objectif est que ça puisse bien réussir. Je pense que c’est très important même d’avoir ces avis divergents. Cela va permettre aux uns et aux autres d’avancer. Moi je pense que c’est important tant qu’on n’a pas ces avis divergents dans ce milieu, on ne pourra pas évoluer.

Hervet Honla a fait beaucoup d’années dans le show biz. Il a aussi fait des polémiques. Il se dit qu’on vous a accordé un visa américain mais que par la suite on vous a appelé pour retirer le visa.

Non c’est faux ! J’avais un visa américain mais je ne suis pas parti parce qu’au moment ou je partais, il y a avait un monsieur, celui qui m’avait invité à Houston qui a eu un accident qui s’est même passé à la patte d’oie. L’un des organisateurs est décédé et ils ont suspendu le festival or que c’est eux qui devaient prendre en charge le billet d’avion. Sinon qu’au contraire dans toutes les ambassades où je vais, moi je ne m’aligne jamais. Même au niveau de l’aéroport, on m’appelle et on me fait passer par d’autres portes et je continue, ça m’étonne même …..

Nous sommes au terme de notre entretien, je ne sais pas si vous avez un dernier mot

Mon dernier mot c’est de saluer Le faso.net. Je souhaite mes vœux les meilleurs, de bonheur et de santé à tous les acteurs culturels. Je me souhaite des vœux parce qu’après 19 ans passés au Burkina Faso, je pense que j’ai beaucoup semé. il faudrait que je récolte. J’ai beaucoup apporté ma contribution à la promotion des acteurs culturels. Pour moi, c’est important qu’un jour on puisse m’honorer, me saluer au lieu de voir le côté buzz ou le côté négatif.

Hervé Honla revendique-t-il une décoration ?

Pas une décoration, mais je souhaiterais quand même qu’on me dise un jour ou qu’on écrive que je fais beaucoup, que je contribue beaucoup pour la promotion de la musique ou bien de la culture burkinabè. On ne me le dit presque jamais. On ne m’a jamais invité pour me remercier par rapport à ce je fais. Je ne veux forcément pas d’une décoration mais qu’on reconnaisse mes efforts. A chaque fois que je pars, on me prend pour quelqu’un qui est un paria de la promotion de la culture burkinabè. On m’a déjà dit ça sur le plateau et ça m’a beaucoup frustré.

Propos recueillis par Dimitri OUEDRAOGO et Esther Kabore (Stagiaire)
Mariam Sagnon et Mariam Ouédraogo (Vidéo)
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 10 janvier à 13:29, par jan jan En réponse à : Médias : « La musique burkinabè est à la traîne tout simplement parce qu’on ne promeut pas les artistes qu’il faut », dixit Hervé Honla, journaliste culturel

    Honnêtement, la musique burkinabè n’a jamais décollée, je ne sais pas si c’est par manque de talents musicaux, par manque d’argent ou autres choses, mais c’est mon constat. Je prend l’exemple d’un pays que je connais bien, le Nigéria, avec le phénomène l’afrobeat qui a débuté dans les années 2000 et a pris le monde entier avec des chanteurs en majorité sortis de milieux modestes, Aujourd’hui dans ce pays il y a des personnes qui écrivent la musique, les personnes qui chantent ces musiques et il y a aussi des producteurs et des scénariste de vidéos,... etc, mais au début il n’y avait pas tous ça, mais ils ont percés. Si on trouve réellement le problème de la musique burkinabè, je pense que l’on pourra faire pareil, a moins que l’on ne soit pas dédié à la musique moderne, dans ce cas arrêtons, ne perdons le temps et l’argent pour rien.

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  • Le 10 janvier à 15:20, par Gwandba En réponse à : Médias : « La musique burkinabè est à la traîne tout simplement parce qu’on ne promeut pas les artistes qu’il faut », dixit Hervé Honla, journaliste culturel

    Il est effectivement désolent de constater aujourd’hui la bassesse dans laquelle la musique burkinabé est tombée. Analyse faite, il y a aucun artiste actuel du Burkina hormis Floby, qui met l’accent sur les textes et la construction de la mélodie.
    des Tô Finley, lorsque tu écoute, tu est satisfais au niveau des textes et la musique. Ces artistes manquent cruellement au Burkina. de nos jours, ils chantent la même chose, parle de la même chose car, souvent les textes se résument à "chérie je t’aime, sans toi, je ne peux manger ni dormir."
    Ce qui ne peut fonctionner à l’extérieur du pays et du continent. Il se contentent des playback dans des bars djandjobas où ils font des éloges des personnes qui peuvent leurs donnés une petite somme d’argent.
    Les promoteurs de spectacles ne sont ceux qui, comme les personnes qui s’engagent en politique pour être riches, sont des ignares en ce qui concerne la culture artistique en générale. Ce qui fait que des commandant se lancent dans la production d’émissions télévisés dépourvues de sens.
    heureusement d’ailleurs que pour l’instant, la musique burkinabé n’est pas connu à l’extérieur. Sinon la honte serait mondiale.

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  • Le 10 janvier à 17:45, par Amoless black power En réponse à : Médias : « La musique burkinabè est à la traîne tout simplement parce qu’on ne promeut pas les artistes qu’il faut », dixit Hervé Honla, journaliste culturel

    Les enfants ne percent pas parce qu’ils n’ont pas le talent d’une part et qu’ils ne font pas de la musique burkinabé de l’autre. Sur le premier point le Gandaogo national Georges Ouedraogo a percé dans les années 70 en s’inspirant de son terroir et on a vu des italiens et des allemands danser le warba. Victor Deme avait commencé à se faire voir mais la faucheuse nous a fait perdre un vrai talent. Sur le second point à part Zougnazagmda et Awa Boussim je ne vois pas un artiste qui fait actuellement de la musique burkinabé. Bien encadrée Awa peut percer mais avec des promoteurs qui conçoivent le showbiz en termes de sape je crains pour elle .En résumé disons que la photocopie (Les coupés decaleurs burkinabé ) ne vaudra jamais l’original. Toutela chaîne est à revoir donc

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