Crise Zida/Armée : Et voici le Burkina une fois de plus entre les mains des sages
Point de vue
Une autre crise, et les sages se voient encore convoqués au sommet de la République, au propre comme au figuré et dans tous les sens de l’expression. Dans son message à la nation, le Président Michel Kafando affirme, après avoir « écouté tout le monde », sans avoir « négligé personne », ne pas avoir « la certitude que les différents protagonistes étaient prêts à accepter ce compromis dynamique qui puisse amener à l’apaisement social ».
De ce fait et « décidé à épuiser toutes les voies de recours », il a « alors mis en place un Cadre de Concertation de Sages, à l’instar de l’ancien Collège des Sages, composé de personnes ressources de grande moralité dont le dénominateur commun est la sagesse, la probité, l’amour de la patrie ». Et voilà !
Ainsi, et pour la énième fois, comme après l’assassinat de Norbert ZONGO, le Burkina Faso se retrouve entre les mains des sages. La thérapie sera-t-elle encore à la hauteur des attentes ? Ce que les sages vont recommander sera-t-il mis en œuvre ? On a connu les louvoiements de Compaoré avec les recommandations du Collège des Sages et les conséquences de ces louvoiements sont aujourd’hui connues : Une insurrection populaire légitime du Peuple souverain.
Mais ceci est une autre affaire dont nous aurons le temps d’en connaître, qu’il plaise à Dieu de nous en accorder la possibilité, dans sa Miséricorde et sa Bonté, et selon Son Céleste plan.
En attendant, essayons donc de voir ce qu’est le rôle du Sage dans les traditions du Burkina Faso.
Mais avant, tentons de répondre à cette question simple mais très importante, dans la situation que traverse notre pays : Au fait, qu’est-ce qu’un Sage et qui peut être considéré comme tel ?
Le Burkina Faso, est constitué de nombreuses communautés ethniques qui vivent, depuis que notre pays existe, dans la concorde et la parfaite symbiose, parce qu’elles partagent tout simplement les mêmes valeurs et vertus, au nombre desquelles, celles reconnues au Sage.
Je ne rentrerai pas dans des définitions académiques alambiquées, puisque le commun des mortels, le citoyen lambda, ne saura pas quoi en faire. Lui, a sa compréhension propre, simple et très digeste, de ce qu’est le Sage.
Dans la pensée populaire commune, celle du citoyen lambda, le Sage est cette personne, généralement du troisième âge, qui, avec son expérience de la vie, conscient qu’il n’a plus rien à craindre sur cette terre que Dieu et Dieu seul, écoute, regarde, observe, analyse et dit la Vérité à tout le monde, pour l’intérêt de tous, sans se laisser corrompre, puisqu’il n’attend plus rien sur cette terre qu’il n’a pas pu avoir par son labeur, dans l’honnêteté.
Le Sage aime et recherche toujours la vérité. Le sage ne décide jamais sans elle, au risque de se ridiculiser, lorsque celle-ci, s’invitera impérativement à la table, si l’on tente, par quelques artifice et contorsion que ce soit, de la rendre vilaine, elle qui est toujours belle, lumineuse, et qu’on ne peut indéfiniment cacher, puisqu’elle brille toujours de mille feux au fronton du tribunal de la Justice et de l’Histoire. L’Histoire ne crée pas un autre tribunal, dès lors que la Justice des hommes dit déjà la vérité dans son tribunal.
Le Sage ne ment pas. Il hait le mensonge, mais pas le menteur, qu’il ne couvre pas non plus. Il invite le menteur à revenir sur le chemin de la Vérité, sachant par avance, de par son âge et son expérience, qu’elle finira toujours par triompher.
Le Sage réconcilie les parties, en disant la vérité à chacune d’elle, sans détour, puisqu’il a le souci d’éviter que celui qui a fauté se croyant protégé, puisse refaire les mêmes fautes. C’est pourquoi il dit toujours la vérité, convaincu que, se sachant découvert, le menteur, le fautif, aura l’humilité de revenir sur le droit chemin, au risque d’essuyer les rigueurs des lois et règlements de la société.
Dans nos sociétés traditionnelles, et dans certaines confréries comme celles des chasseurs, lorsqu’un membre vient à transgresser les convenances sociales communes, les Sages, après avoir entendu toutes les parties, prenaient la décision qui sied, pour punir le fautif et prévenir la récidive et d’éventuels autres apprentis.
Le Sage ne décide jamais et se refuse de prodiguer ses sages conseils dès lors qu’il est convaincu qu’on lui cache la réalité des faits, la vérité, parce qu’il ne veut pas et ne peut accepter que l’on souille son honneur. Parce que l’honneur souillé d’un sage ne se lave pas. L’âge lui enlève cette possibilité de rachat.
Le sage œuvre toujours pour la paix et toutes ses interventions sont orientées vers cet objectif. Aussi, le sage analyse toutes les hypothèses et solutions possibles et décide pour celles qui peuvent le plus garantir cette paix, et ce quel que soit la difficulté de la décision à prendre.
C’est pourquoi, traditionnellement, dans nos communautés, et même aujourd’hui, les Sages formulent des recommandations, souvent très difficiles à accepter, mais dans lesquelles se trouvent le salut de toute la communauté.
Aly Teyéni MANA.

